Racontars

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mercredi 3 février 2010

Etude de pieds


[[akynou]]

mardi 2 février 2010

Tournez manège


[[akynou]]

A l’Abbaye de Fontevraud, avait lieu, en octobre, une exposition sur les animaux des manèges traditionnels. Avec quelques pièces fort étonnantes…

vendredi 29 janvier 2010

Love story à Bastille (La Somnambule)

L’histoire est digne d’un roman photo cucul la praline, comme ceux que je lisais chez le coiffeur quand j’attendais que ma mère sorte de dessous le casque séchant. Dans un hôtel suisse, Elvino aime la douce Amina qui le lui rend bien. Ils vont signer leur contrat de mariage sous l’œil furibard de Lisa, l’ancienne fiancée d’Elvino.


Nous sommes à la veille des noces, le notaire est là pour le contrat. Tout le monde est très joyeux. Arrive un touriste (dont le manteau de fourrure fait penser qu’il est très riche). Lisa entreprend de l’amadouer mais quand il voit Amina, il ne peut s’empêcher de l’admirer et de le lui dire.

Crise de jalousie féroce d’Elvino, qui reproche à sa promise de faire la coquette (alors que, franchement, il n’y a pas de quoi fouetter un chat). Larmes d’Amina. Et puis tout le monde se calme et comme c’est la fin de la journée, on se sépare en prévision des noces du lendemain.

Lisa, cependant, est restée pour « s’occuper » du voyageur. Elle minaude, il se laisse faire. On sent qu’ils vont sans doute passer du bon temps ensemble quand, coup de théâtre, Amina arrive, enroulée dans une couverture. Elle dort à poing fermé, elle est somnambule. Elle chante et parle de sa noce, de sa joie, de son amour pour Elvino.

Le voyageur, troublé par sa présence, est tenté de profiter d’elle. Puis se ravise et la laisse dormir, la couvrant même de son manteau de fourrure. Il n’aurait pas dû. Car cette salope de Lisa court réveiller Elvino pour lui dire que sa chérie fricote avec le voyageur. Quand tout le monde arrive sur place, on ne voit pas l’homme, on ne trouve qu’Amina, endormie sous le manteau, et on en conclue qu’elle a fauté. Coup de sang du jaloux, qui frappe la douce jeune fille.

Le lendemain, la mère adoptive d’Amina est la seule à prendre sa défense. Et elle trouve, dans la chambre du voyageur, un bas et une chaussure qui sont celles de Lisa. Elle met cela de côté. En attendant, ça chauffe pour Amina. Elle est battue et humiliée par son amoureux qui lui arrache même sa bague de fiançailles et annonce qu’il va se marier avec l’infâme Lisa. Amina s’enfuit et se réfugie dans sa chambre.

La Somnambule, Bellini


 Pendant ce temps, la préparation des noces va bon train. Au moment où le cortège s’apprête à partir à l’église, le voyageur revient. C’est en fait le comte de la région (et aussi le vrai père d’Amina, heureusement qu’il n’a pas fauté, sans cela, houuuuuu, bonjour l’inceste). Bref, le comte jure qu’Amina est innocente et raconte qu’elle est somnambule. Evidemment, personne ne le croit et encore moins ce gros balourd d’Elvino. La noce va pour repartir et la mère d’Amina, qui est revenue pour demander aux gens de faire moins de bruit car sa fille s’est enfin endormie (du coup, on ne s’attend pas du tout à la suite…) s’insurge contre ce mariage.

Lisa le prend mal. Elle engueule la mère. Elle lui dit qu’elle a tout à fait le droit de se marier avec un homme, qu’elle n’est pas une trainée qui passe la nuit dans la chambre d’un célibataire. La mère d’Amina voit rouge : comment oses-tu mentir, et d’ailleurs, tu y étais toi-même dans la chambre du comte, j’en ai la preuve, dit-elle en lui balançant à la gueule le bas et la chaussure, tiens prends ça ! Gniark bien fait.

Lisa est blême. Elvino est con. Enfin, ça, tout le monde l’avait compris. Il s’arrache les cheveux en criant : comment ? Les deux femmes que j’aime m’ont trompé et avec le même homme !!!! Je suis maudit (Là, devant tant de candeur et de bêtise, la salle entière s’est écroulée de rire). Lisa ne dément évidemment pas d’autant que le comte confirme. Reste Amina qui dort.

La Somnambule, Bellini

Et d’ailleurs, quand on parle de la louve, elle sort du bois. Elle arrive, toute dormante, enroulée comme la veille dans sa couverture. Le comte est bon et démontre à Elvino que la douce et charmante Amina est bien somnambule. Celle-ci pleure la mort de son amour, sa déchéance, c’est déchirant (ça l’est vraiment mais pas pour l’histoire). On presse Elvino de la réveiller pour lui dire qu’il sait, qu’il s’excuse, etc. Et c’est ce qu’il fait et la douce Amina pardonne (et là, vraiment, elle est bête, parce que son Elvino, c’est quand même un rustre, jaloux et qui la cogne). Elle se relève et court se changer. Un rideau tombe et c’est une copie de celui de l’opéra Garnier. Amina revient, vêtue de rouge, avec des gants de gala (on se demande bien pourquoi, c’est pas clair) pour entonner son air final qui est celui de son triomphe.

La Somnambule, Bellini

Et tout fini par une chanson sur les tables, une noce, quoi.

Vous l’aurez compris, ce Bellini pas ne brille pas par l’histoire, exemplaire dans son côté guimauve. Par contre, au niveau musical, c’est fabuleux. Les airs d’Amina sont magnifiques, les duos aussi. Et si l’on se moque des personnages on admire les interprètes et leurs partitions. Avant le levé de rideau, une jeune femme est venue nous prévenir que Melle Dessay était souffrante mais qu’elle chanterait malgré tout. Elle est présente quasiment du début jusqu’à la fin et elle a été tellement admirable que nous nous sommes tous demandé ce qu’elle aurait fait si elle avait été en pleine forme.  Je n’ai hélas ni video ni son pour vous faire partager l’immense bonheur que fut pour mes oreilles sa prestation.

Les autres interprètes étaient pas mal non plus. Le Conte Rodolfo (Michele Pertusi) a une basse fort harmonieuse chaleureuse. Teresa (Cornelia Oncioiu) est une belle figure matenelle et Lisa (Marie-Adeline Henry) chante parfaitement les pestes. Par contre, je suis restée dubitative à l’écoute du ténor. Par moment, notamment dans les duos avec Natalie Dessay, il faisait preuve d’une belle musicalité. Mais le reste du temps, son jeu était aussi morne que sa voix qui ne portait pas vraiment.

La Somnambule, Bellini

On peut lire aussi
Natalie Dessay embrase les neiges et les coeurs
Natalie Dessay est sublime dans…
Dessay met La Bastille à ses pieds
La Somnambula à Bastille
La Somnambula à Bastille (deuxième)

Et merci aux prosélytes lyriques (et surtout à Olivier) qui ont permis que je passe cette délicieuse soirée.

jeudi 28 janvier 2010

Je m'suis fait timbrer

Dans le période de course contre la montre (un peu comme ces derniers jours), quand je n’ai pas le temps de passer au guichet, il m’arrive de commander des timbres sur Internet. A La Poste, service public.

Il y a quelque temps, j’ai découvert qu’on pouvait commander des timbres, tout à fait valable, fabriqués à partir de photos personnelles. J’ai trouvé l’idée amusante, j’en ai donc fait faire trois planches. Pas de ma tronche ni de celles de mes gamines, non, de jolies photos pour faire de beaux timbres. Et j’ai payé sans plus faire attention. Etant arrivée à bout de mon stock, j’ai renouvelé l’opération. Je viens de recevoir les nouvelles planches. Bon, l’impression n’est pas terrible, nettement moins bonne que la fois précédente. Disons qu’avec mon imprimante, je pourrais faire mieux et elle n’est pas de la dernière génération loin s’en faut, elle a à peu près l’âge de Léone (comme quoi, elle est solide).

Bref, je reçois mes timbres, je les montre aux filles et là, je regarde la facture d’un peu plus près. Les planches en sont tombées. Pour 30 timbres pour lesquels je fournis la photo, je fais la mise en page via Internet, etc., 35,99 euros. Pour 30 timbres édités par La Poste, j’aurais payé 16,80 euros, soit plus de moitié moins. Si ce n’est pas un appel au piratage, ça (surtout que ce n’est pas difficile à faire avec les nouveaux logiciels et vu la qualité merdique de ce qui est proposé)…

 La Poste est définitivement passé du côté obscur de la force. Quand à moi, je jurais, mais un peu tard, qu’on ne m’y reprendrait plus.

mercredi 27 janvier 2010

Cette hiver le phasme pique se porte en broche


[[akynou]]

Nous l’avons eu tout petit, à peine visible derrière sa feuille de murier. Il a bien grandi malgré la difficulté de trouver des ronces en plein hiver pour le nourrir.

samedi 23 janvier 2010

J'en ai marre des clichés des articles de presse

Ce matin, je me suis fâchée contre mes étudiants. J’étais en train de corriger une brève sur Haïti, et je tombe sur « l’île maudite ». S’il y a une expression qui m’énerve ces derniers temps, c’est bien celle-là. On voit ça partout dans la presse. Mais à eux, comme je les avais sous la main, je leur ai dit ma façon de penser : « Vous diriez, vous, que la République dominicaine est un pays maudit par la nature ? Non. Il ne l’est pas. Pourtant, c’est la même île. Ou que le Japon est une île maudite ? Pourtant il a subi des tremblements de terre aussi violents.
La situation qu’Haïti connaît n’est pas due à la nature, à une malédiction, mais à une politique économique, une exploitation  menée par la France, par les Etats-Unis. Alors ne venez pas me dire qu’elle est maudite. Victime, oui, mais pas maudite.

– Mais madame,  on lit ça partout… (oui, hélas, je m’en suis rendue compte figurez-vous…)

– Et c’est parce qu’on dit des conneries partout que vous êtes obligés de les répéter ? Réfléchissez donc par vous-même. La presse est en train de crever de ça, de cette langue convenue, où l’on utilise toujours les mêmes clichés. Alors si vous, qui n’êtes même pas encore dans le métier, vous vous y mettez, mais dans dix ans, la presse aura définitivement crevé.

J’y ai été un peu fort. Mais ils ont convenu que j’avais raison. J’espère que cela les fera réfléchir.

Parce que, quand même, ça veut dire quoi maudit. Ces jeunes, ce que je leur reproche, c’est de ne jamais ouvrir un dictionnaire. Mais dans cette profession, ils sont loin d’être les seuls. Car si mes confrères ouvraient de temps à autre un de ces livres, ils y verraient que :
- le premier sens de maudit, c’est qui encourt la réprobation. Vous pourriez me dire, vous, en quoi Haïti encourt la réprobation ? Et la réprobation de qui ? A part donner raison aux sectes de tout genre qui déjà prolifèrent sur cette île, aux racistes, à quoi sert ce mot ?

Deuxième sens : Détestable, exécrable. Faut-il vraiment que je commente ?

Dernier sens : Rejeté, réprouvé, condamné. Sans doute par ceux qui la traite de maudite. Par ceux qui l’ont tenue bien loin, oublié, au point de ne pas savoir quoi en dire quand elle est revenue aussi brutalement dans le cœur de l’information.

Jamais la presse n’a choisi plus mauvais qualificatif que celui-ci. Jamais elle n’a été plus à côté de la plaque qu’en employant ce terme. Enfin, quand je dis jamais, je me trompe. Elle n’a fait que ce qu’elle fait régulièrement. Dans la concurrence infernale à laquelle se livrent les médias, personne ne prend de risque. On parle des mêmes sujets de la même manière. Avant, chaque journal avait son propre concept. Mais il a disparu le concept. Si je vous montre un papier du Nouvel Observateur et une autre de L’Express, sans vous dire d’où je les ai pris, qui fera la différence entre les deux ? Même leurs unes se ressemblent et mettent en avant les mêmes sujets au même moment. Ah oui, parce qu’il s’agit bien de ne pas prendre de risque. Il s’agit plus de ne pas perdre de fric, voire d’en gagner, que de délivrer une réelle info avec une valeur ajoutée. Du coup, on traite tous des mêmes sujets et de la même manière. La presse française est devenue d’un conformisme à pleurer. Idem pour la télé. Entre le journal de TF1 et celui de France 2, quelle différence dans la façon de traiter un sujet ? Aucune. A tel point que sortis de leur contexte, ces reportages ne peuvent être identifiés. TF1 ? France 2, Tf2 ? France 1 ?

Dans la rédaction dans laquelle je travaillais, je me plaignais de ne pouvoir distinguer les articles de quelques uns de mes confrères. Pas tous, certains avaient un vrai style. Je lisais deux lignes et je reconnaissais leurs papiers. Mais pour d’autres… rien à faire : les mêmes constructions, les mêmes expressions, les mêmes clauses de style. Et, surtout, les mêmes clichés. La France est forcément terre d’accueil (alors que, soyons sérieux, elle est terre d’accueil pour pas beaucoup de monde,…), la Corse est forcément l’île de Beauté, les premiers caracolent toujours en tête, l’énergie est celle du désespoir, etc.

On utilise également les mêmes registres. Pour la situation économique, par exemple, on utilisera des métaphores météorologiques : Nuages sur la conjoncture, coup de froid sur les salaires, tempête dans l’hémicycle. Autres champs sémantiques largement utilisés, la géologie, le sport et la guerre : le séisme électoral, l’UMP mobilise ses troupes, levée de bouclier, la dernière ligne droite, Fillon monte au filet…

Comme le souligne Alain Joannes dans Le Journalisme à l’ère électronique (passionnant pour des tas d’autres sujets) : « Ces clichés privent les reportages et les commentaires de significations précises. Ils donnent une impression de paresse intellectuelle et de manque de courage. Ces clichés évite aux journalistes d’utiliser des mots qui pourraient froisser la susceptibilité des gens du pouvoir. » Et il cite un petit manifeste d’Eric Hazan, LQR, la propagande au quotidien que j’ai également été consulter et qui n’est pas à piquer des vers.

Hazan décrit notamment comment cette langue de clichés joue tout d’abord sur les euphémismes pour atténuer, par exemple, les maux de la société : on ne parle plus de grève mais de mouvements sociaux, plus d’infirmes mais d’handicapés, plus d’arabes mais de Maghrébins, plus de chômeurs mais de demandeurs d’emplois. On ne dit plus les pauvres, mais les gens de condition modeste. « Comme si les pauvres n’avaient plus le droit d’être orgueilleux », commente Hazan. Le recours à l’anglicisme fonctionne de la même manière : il remplace le mot français afin de l’adoucir. Une autre forme d’euphémisme consiste à utiliser des mots en « post » tel que post-industrie pour essayer d’oublier la période d’industrialisation et ainsi refermer la page sur les ouvriers pauvres et la lutte des classes. C’est une façon de dire au lecteur : vous n’y pouvez rien.

Le problème, c’est que cette monotonie, le fait d’avoir l’impression de lire partout la même chose, écrit qui plus est de la même manière, fait que l’on s’ennuie à lire, à écouter. Et on se lasse. On n’a plus envie. Et pourtant, l’info, on sait que c’est nécessaire, mais on n’arrive plus à accrocher, à se sentir concerné. Autre conséquence, la perte de crédibilité de ceux qui utilisent cette langue : vendus pour les journalistes, tous pourris pour les politiques sont les termes que l’on trouve régulièrement dans les commentaires des articles de presse sur le Web ou dans les blogs. En définitive, le résultat est le même : une certaine désaffection des médias. Et croyez-moi – c’est ce qui me navre le plus – cette désaffection me touche également.

vendredi 22 janvier 2010

Je me souviens

Anne se souvient des choses qu’elle a dû apprendre et demande : « Et vous, qu’est-ce qu’il vous reste, de vos par cœur ? »

Il était un grand mur blanc, nu, nu, nu
contre le mur une échelle haute, haute, haute
et par terre un hareng saur, sec, sec, sec…

Je me souviens de toute cette récitation apprise en primaire et je m’en suis servi comme histoire à raconter à Léone pour qu’elle s’endorme. Il y a aussi de nombreuses contines. Par contre, je regrette de ne pas me souvenir d’une chanson en occitan apprise dans une communale charentaise et que le maître nous faisait répéter en jouant d’un mini orgue à manivelle.

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

J’ai oublié le reste, mais je me souviens de l’émotion de cette histoire et de ces quelques vers d’un Hugo désespéré appris au collège.

C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Je me rappelle aussi la fin, à laquelle on ne s’attend pas, qui choque presque délicieusement, et qu’on regrette ensuite de connaître car on ne peut plus revivre cette sensation.

Deux et deux quatre, quatre et quatre huit huit et huit font seize…
Répétez ! dit le maître
Deux et deux quatre, quatre et quatre huit
huit et huit font seize…
Mais voilà l’oiseau lyre qui passe dans le ciel
l’enfant le voit, l’enfant l’entend, l’enfant l’appelle
Sauve-moi, joue avec moi, oiseau !
Alors l’oiseau descend
et joue avec l’enfant

Et plus que ce poème de Prévert, je me souviens de la chanson des multiplications

J’ai mis mon képi dans la cage
et je suis sorti avec l’oiseau sur la tête
Alors
on ne salue plus
a demandé le commandant
Non on ne salue plus

a répondu l’oiseau
Ah bon
excusez-moi je croyais qu’on saluait
a dit le commandant
Vous êtes tout excusé tout le monde peut se tromper
a dit l’oiseau.

Celui-ci, c’était pour le plaisir, c’est ma sœur qui devait l’apprendre. Mais il était tellement joli que je l’ai toujours gardé en tête. Et puis, c’est ma toute première notion d’anarchie… Les instituteurs savent-ils bien les graines qu’ils sèment ?

Dites-moi où, n’en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, et Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Echo, parlant quant bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu’humaine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?

Villon donc et il faut ajouter à ce texte celui de la ballade des Mercis ou le terrible

Frères humains qui après nous vivez,
N’ayez les cœurs contre nous endurcis
Car si pitié de nous pauvres avez
Dieu en aura plutôt de vous merci

de la ballade des pendus. Plus léger, sans doute, l’amoureux transi Ronsard, né dans la région où maintenant je vis

Mignonne allons voir si la rose
Qui se matin avait desclose
Sa robe de pourpre au soleil
N’a point perdu cette vesprées
Les plis de sa robe pourprée
Et son tein au votre pareil

Un grand libidineux qui aimait les jeunes filles assurément comme s’en moqua Brassens. Mais bien plus facile à apprendre que son contemporain José Maria de Hérédia dont je ne me souviens que du

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal

dans le même temps, les litanies que nous transformions et que j’ai retrouvé avec amusement en écoutant ma grande alors en cinquième et en quatrième

To be I was been
to eat I ate eaten
To have I had Had
To do I did done
To see I saucisse

Les cours d’anglais donc et de nouveaux sons à se mettre en mémoire. Et puis le lycée ensuite, avec une nouvelle langue encore

Las tierras, las tierras, las tierras de Espana
las grandes, las solas, desiertas llanuras
Galopa caballo cuatralbo
jinete del pueblo
al sol y a la luna

Et puis aussi cette petite chanson des soldats de Pancho Villa

La Cucaracha
La Cucaracha
Ya no puede caminar
Porque no tiene
Porque le falta
Mariguana que fumar.

Eh oui, elle figurait dans mon livre d’espagnol. Je le sais, j’ai vérifié. C’est un des rares que j’ai gardé avec mon Lagarde et Michard de terminale.

J’ai appris bien d’autres choses encore, mais de toutes celles que j’ai retenues, celles-ci sont les plus chères à mon cœur.

jeudi 14 janvier 2010

Dey

Dey-o m-rélé dèy-o
Ayiti roy (bis)
Ayiyti chéri min pitit-ou mouri
Sa ka poté dèy-là pou ou roy
Ayitoma min sab-ou lan draspora
Min péyi-a ap kaba
Sa ka poté dèy-la pou ou Ô

Ayiti jé fémin
Ayiti désonnin
Ayiti détounin
Sa ka poté dèy-là pou ou
Ayiti m-mrélé-m
Kok ou rélé tout san-ou
Kok péyi-a sanblé
Roy-Roy pou konbit-là



Deuil, je crie le deuil d’Haïti
Deuil, je chante le deuil d’Haïti
Haïti chérie, voici que tes enfants sont morts
Et que les autres sont nus
Qui va porter le deuil pour toi
Ayititoma, ton sang est en diaspora.
Le pays se meurt
Qui portera le deuil
Haïti rendue aveugle
Haïti détournée
Haïti zombifiée
Qui portera ce deuil
Haïti, je t’appelle
Je t’appelles pour que tu m’appelles
Que tu appelles et réunisse ton sang
Pour le grand Koumbite


Photo REUTERS/Eduardo Munoz vue sur Boston.com

Moi je ne sais pas quoi dire. Cette île, c’est tellement hors normes. A première vue, une histoire, des hommes et surtout des malheurs. Comme si elle était punie d’avoir été la première nation noire forgée par d’anciens esclaves. Un des endroits les plus pauvres de la planète, déjà, qui a, chaque fois qu’il a envisagé la possibilité de se relever, pris un bon coup sur la tête.

Mais à regarder de plus près, la réalité est à la fois plus compliquée et plus isimple. Pas de force mystérieuse ni métaphysique. Non, que de l’humain.

Haïti fut d’abord forcé d’accepter, en 1825, la reconnaissance d’une « dette de l’indépendance » vis-à-vis de la France alors que son économie commençait à tout juste à se relever. En effet la guerre de libération avait détruit toute l’économie, décapité les élites, ravagé les plantations… Pour la France, il s’agissait surtout de ne pas courir le risque d’autres guerres d’indépendance. Elle y a mis le paquet envoyant force navire de guerre, menaçant d’envahir, de réduire, de retourner à l’avant. Haïti a dû céder et, jusqu’à l’aube du 20e siècle, a dû se saigner aux quatre veines pour rembourser environ 150 millions de francs-or (renégocié ensuite à 90 millions, il paraît que ce serait l’équivalent de 31 milliard de dollars, c’est en tout cas la somme qu’Aristide à réclamé à la France, mais il n’avait aucun moyen de le lui imposer, lui), une somme colossale, en s’endettant et ce dès 1828. Les richesses (comme celles provenant de la vente du café) furent, dès le début, consacrées au remboursement.

Puis est venu le temps de la domination américaine. L’occupation de l’île d’abord. Puis les politiques agricoles hasardeuses qui ont entraîné la disparition des cochons de l’île puis la fin de la production agricole avec l’arrivée massive de riz américain. Les conséquences furent terribles sur la population campagnarde. Il faut ajouter à cela
- la dictature des Duvallier (qui ont amassé une énorme fortune en détournant non seulement l’aide internationale mais également les prêts des différents gouvernements, aggravant ainsi la dette du pays) et leurs sinistres tontons macoutes, dictature soutenue par les gouvernements occidentaux
- les fariboles sur le vaudou et les zombis (encore un coup des Américains), dont s’est d’ailleurs bien servi la famille Duvallier pour terroriser la population,
- Aristide qui a trahi son peuple après lui avoir donné tant d’espoir,
- une classe riche, mulâtre méprisante du petit peuple de crève la faim,
- des cyclones qui font plus de ravages sur un habitat de misère,
- et maintenant, un tremblement de terre de 7,5 sur l’échelle de Richter…

Pourtant, Haïti, qu’on connaît si mal, ce sont des paysages qui vous coupent le souffle, une population très pauvre, mais aussi très jeune, qui bouffe la vie, et qui aimerait bien bouffer tout court aussi d’ailleurs (allez voir le webdocumentaire que je viens de mettre en lien, il est remarquable), des musiciens internationalement connus (Tabou Combo, Dadou Pasquet, Wyclef Jean, Beethova Obas, Toto Bissainthe, Boukman Experyans, j’en passe et des pas moins bons), des écrivains remarquables (Frankétienne, Lyonel Trouillot, Jacques-Stephen Alexis, Louis-Philippe Dalembert, Edwige Danticat, René Depestre, Dany Laferrière, Jean Métellus, Jacques Roumain, pour ne citer que les plus connus, et j’en oublie), une diaspora immense présente de New York à Montreal en passant par Paris, et toutes les grandes villes d’Europe.

Alors oui, la nouvelle du tremblement de terre ce matin m’a laissée sans voix. Et puis j’ai été chercher dans ma discothèque ce disque de Toto Bissainthe et cette chanson, pour chanter, moi aussi le deuil. Porter le deuil. Solidaire de cette île qui souffre.

Mais il ne faut pas s’arrêter là. Il faut, dans la mesure de nos moyens, participer à la solidarité. Il faut donner, à la Croix Rouge, à Médecin sans frontières, à Médecins du Monde, à la Fondation de France (sans trop non plus disperser les dons parce que l’aide doit arriver au plus vite). Haïti a besoin de nous.

En dehors des auteurs que j’ai cité, on peut lire aussi la trilogie de Madison Smartt Bell sur l’histoire de l’indépendance haïtienne : Le Soulèvement des âmes, Le Maître des carrefours et La Pierre du bâtisseur. Fascinant et incroyablement documenté pour un roman. Des historiens et écrivains haïtiens ont salué cette œuvre d’un écrivain américain né dans le Tennessee.

Note : j’ai complété mon billet parce que j’ai encore ce matin entendu des journalistes se poser la question du pourquoi de la pauvreté d’Haïti. Et que si la nature est indifférente aux malheurs des hommes et choisit au hasard ceux qu’elle fait souffrir, ce n’est pas le cas des hommes. Haïti est la mauvaise conscience des grandes puissances.

mercredi 13 janvier 2010

Chienne de dent !

La vie, c’est comme une dent
D’abord on y a pas pensé
On s’est contenté de mâcher
Et puis ça se gâte soudain
Ça vous fait mal, et on y tient
Et on la soigne et les soucis
Et pour qu’on soit vraiment guéri
Il faut vous l’arracher, la vie
Boris Vian


Est-il vraiment utile de préciser que j’ai passé ma fin d’après-midi chez le dentiste et que j’ai présentement une poche de glace sur la joue.

J’ai quasiment toutes les photos pour un diptyque, me manque des petits bouts de textes à illustrer, si vous avez des idées (même en photo, pourquoi pas) n’hésitez pas à me les proposer.

mercredi 6 janvier 2010

Des photos de Platée

J’ai quatre ou cinq textes en panne dans mon stylo par manque de temps, dont un sur ce merveilleux spectacle, vu à Garnier avec Garance (mais à défaut on peut lire le billet de Kozlika).









J’essaierai tout de même d’en faire un billet. Si un autre sujet ne détrône pas celui-là… Et puis je réfléchis à un Diptyque. J’ai déjà quelques photos en vue.

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