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mardi 1 mai 2012

ben si...


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samedi 10 mars 2012

Mon gamin est sur Facebook (3) et il s'y fait des amis… que faire ?

La plus grande inquiétude des parents, c’est que leurs enfants tombent sur des choses pas jolies jolies… Classique et pas propre à Internet. Quand j’habitais du côté de Pigalle, j’ai rencontré des gens qui tentaient d’éradiquer la prostitution du quartier. Et ils y sont arrivé. Bientôt, je parie qu’il n’y aura plus de sex-shop. Tout cela au nom de leurs enfants. Mais j’aimerais bien qu’on m’explique l’intérêt de s’installer à Pigalle si on ne supporte pas son environnement…
Personnellement, le premier truc porno que j’ai vu, c’était un livre, trouvé dans l’armoire de mes parents. Mon père m’avait envoyée lui chercher un pull… Quant à mes filles, elles ont vu leurs premières scène porno sur une cassette video sur laquelle je leur avait enregistré un film pour enfants. Ce que j’ignorais c’est que leur père avait utilisé cette cassette pour enregistrer un porno de Canal+ et n’avait évidemment pas changé l’étiquette.
Le porno, c’est pas joli joli. Mais cela fait quand même parti des choses de la vie.

Etre choqué aussi. Il y a de très nombreuses choses choquantes dans la vie. Bien plus que les films de cul. L’injustice, les gens dans la rue, la famine… Parmi les 8-17 ans participant à un réseau social, ils sont 30% à avoir été choqués ou gênés par ce qu’ils y ont vu. C’est écrit en grosses lettres…
Mais choqué une fois ? plusieurs fois ? souvent ? ce n’est pas précisé. Personne n’en sait rien. C’est dommage, non ?
Et choqués par quoi ?
– 19% l’ont été par des images pornos, de la pornographie, des personnes dénudées sur leur réseau social
– 15% par de la violence (bagarres, accidents, sang)
– 13% par des propos racistes, homophobes
– 5% par alcool et beuveries
– 5% par politique et religion.
Ces vrais que ces deux derniers items sont particulièrement choquant ;-)

Ce sont des réponses spontanées des enfants interrogés. Les réponses ne sont pas triées par tranche d’âge. Cela dit, la pornographie, la violence, les propos racistes sont des choses dérangeantes quel que soit l’âge. Moi-même je ne suis pas fan des films où la violence est érigée en principe, les films d’action par exemple. Je n’aime pas non plus les pornos. Mais on ne me fera pas croire que ces gamins, qui aiment un certain cinéma, dont certains d’entre eux (surtout les garçons, et à partir d’un certain âge) vont se renseigner sur la sexualité sur des sites pornos, sont particulièrement choqués par ce qu’ils voient sur les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux, pas Internet…
En plus, plus cul-béni que des réseaux comme Facebook ou Flickr ou autres, c’est difficile. Je connais un certain nombre d’artistes dont les comptes ont été désactivés pour avoir exposé des œuvres représentant des personnes nues. Cela n’avait rien à voir avec de la pornographie. C’était de l’art. Mais cela a été identifié comme dérangeant et immédiatement désactivé. Un ado qui posterait systématiquement des vidéos violentes sur Internet, des vidéos avec de la barbarie, un viol, un bastonnage sur son compte aura toutes les chances de se le faire désactiver très rapidement.

Les vidéos de cuites, sans doute pas, même si elles choquent 5% de nos têtes blondes. Mais où les adolescents se procureraient-ils des images de beuverie si ce n’est en se filmant eux-même. Et là, le problème n’est-il pas plutôt la beuverie en elle-même que son film sur le Net ? N’est-il pas dans le fait que l’ado s’adonne au binge drinking plutôt que dans les pseudo risques pour sa carrière future ? Ou la gêne qu’il va provoquer chez ses copains en leur montrant ce à quoi il s’est adonné ou ce à quoi ils ont tous participé ? Arrêtons de voir l’arbre. Regardons la forêt.

Notre société est schizophrène. D’un côté elle demande aux parents de surveiller leur progéniture car elle peut être choquée par des vidéos porno, de la violence, etc. D’un autre côté, elle propose des objets, soit disant culturels, aux jeunes qui sont d’une rare violence. Vous avez vu les publicité pour les jeux vidéos ? Celles où l’on voit des personnages munis d’armes monstrueuses décimer des ennemis, perpétrant des massacres à répétition ? Cela passe à la télévision, à des heures de grande écoute, à l’intérieur de série “familiales”. Je ne parle même pas de la sacro-sainte grande messe du 20 heures qui nous sert, en plein milieu du repas, son lot de tremblements de terre, de tsunamis, de guerres…


Call of Duty Black Ops - Il y a un soldat en… par CultureGames
Et pour les 70% restant, ceux qui disent ne pas avoir été choqués, est-ce que parce qu’ils n’ont pas été exposés ou parce que les mêmes choses ne les choquent pas, ne les choque plus ? De quoi doit-on s’inquiéter le plus ? Pourquoi seuls 30% auraient été exposés et pas les autres, vu que les réseaux, comme les jeunes, fonctionnent peu ou prou de la même manière ?

La cerise sur le gâteau est dans la conclusion du chapitre : « Quand ils on été choqués, 45% n’ont rien fait. Seuls 11% en ont parlé avec leurs parents et 37% avec leurs amis : ils en parlent plus facilement quand le sujet des réseaux sociaux est abordé en famille. »

Oh la vilaine petite culpabilité qu’on essaie de refiler en loucedé aux parents…Quarante-cinq pour cent de nos malheureux enfants sont de pauvres laissés pour compte, qu’on laisse se dépatouiller seuls avec des choses affreuses vues sur le Net. Les parents doivent s’investir, parler d’Internet avec leurs enfants, etc. Bien sûr. Evidemment. Comme on parle des dangers de la société avec eux : les inconnus dans la rue, la violence à l’école, la cigarette, la drogue. Cela dit, avec toute la meilleure volonté du monde, on prévient, on n’empêche pas. Parce qu’il arrive un moment où les enfants doivent apprendre par eux-mêmes. Vous connaissez, vous, des parents qui incitent leur môme à fumer ? Et pourtant, le nombre d’adolescents qui commencent à fumer dès le collège est toujours important. C’est pas faute d’en dénoncer les dangers. Mais voilà, la vie, elle s’apprend en la vivant, et le danger s’expérimente en le provoquant. Ça a toujours été comme ça. On aura beau les mettre sous cloche nos beau ados, il y aura toujours un moment où ils la feront voler en éclat. et tous les interdits n’y pourront mais.

Et puis il y a un truc qu’on ne lit jamais nulle part, c’est qu’on peut aussi se faire des amis sur Internet. Sans être pour autant misérable socialement. Dans ceux qui forment le cercle de ce que j’appelle mes meilleurs amis, il y en a beaucoup que j’ai connus via Internet, des sites de discussion, mon blog. J’ai rencontré des gens formidable grâce à ce média. Ils ne sont pas tous devenus mes meilleurs amis. Mais ce sont des gens qui comptent pour moi, dont l’existence est importante. Qui m’ont aidé dans des moments difficiles, qui m’ont soutenue. Et parmi ces personnes-là, il y en a que je n’ai jamais rencontrées. Jamais. Même pas téléphoné. Je ne sais même pas quelle tête elles ont. Et à la limite, cela m’est égal. Je sais que si j’ai besoin d’elles, elles seront là. Et inversement d’ailleurs.

Dans le même ordre d’idée, les réseau sociaux peuvent permettre à celui qui est victime ou simplement isolé dans son collège, parce qu’il est différent, de trouver des gens qui lui ressemble, un groupe auquel appartenir. Alors, ces amis, ils seront peut-être lointains ; il ne les aura peut-être pas rencontré en vrai, ou quelques jours seulement en colo… Mais peut-être lui permettront-ils de s’exprimer, d’être un ado comme les autres, loin des quolibets, des railleries, de la mise à l’écart… Il partagera avec eux des passions communes, qui ne seront pas celles des autres. Des passions un peu à part.
Exemple, une de mes filles est une fan de gothique lolita, un genre dérivé des mangas. Elle a, sur le Net, des amies qui partagent la même passion, avec qui elle peut en parler, qui ne se moquent pas d’elle quand elle craque sur des poupées qu’elle trouve si mignonnes – et que moi personnellement, je trouve assez moches. Qui ne lui glisseront pas, perfides, en parlant d’une robe : « Oui, c’est joli, mais je ne mettrais pas ça pour aller à l’école. » ou « Tu sais, carnaval, c’était la semaine dernière… »

Poupées Gothic lolitas

Autant dire qu’essayer d’inciter nos ados à ne rien dire d’eux sur les réseaux sociaux est un vœux pieu. Internet, c’est leur vie, leur vie sans nous. Et nous, nous devons apprendre à ce qu’ils vivent en dehors du cocon familial. Aux parents qui seraient tentés d’aller fouiller dans le compte internet de leur enfant pour voir s’il n’y a rien de grave, s’ils n’ont pas trop révéler de détails croustillants sur leur petite vie, j’ai envie de leur demander de bien réfléchir à ce qu’ils font. L’apprentissage se fait en famille, au jour le jour, et pas uniquement sur Internet. Un ado sera moins enclin à croire ses parents quand ceux-ci lui parle de respect de la vie privée alors même qu’ils tentent par tous les moyens de s’immiscer dans la sienne.
Oui, nos enfants ont droit à une vie privée. Et c’est aux parents de la leur donner. En respectant leur intimité. Cela commence très tôt. Je connais des mères qui ne supportent pas que leur enfant ne leur raconte pas tout ce qu’il a fait à l’école. Mais l’école est son domaine. Il a envie de le partager, il le fait. Il n’a pas envie ? on respecte. On n’ouvre pas son courrier, ses mails, son journal intime, son compte Facebook. Je n’aimerais pas du tout que mes filles me fasse cela. Et je ne leur fait pas. C’est contre les parents que l’enfant apprend ce qu’est l’intime.
Je ne sais quasi de la vie amoureuse de mes filles. Elles ne m’en parlent pas. Elles en parlent beaucoup entre elles. Est-ce que ça  m’intéresse ? Mais oui, ça me passionne même. Mais qu’est-ce que vous voulez que je fasse, que je les espionne ? Que j’aille sur leur Facebook pour savoir si elles ont un amoureux ? Je sais ce que je dois savoir. Et elles, elles savent que si elles ont un problème, si elles ont envie de m’en parler, je suis là. Pour le reste, eh bien je musèle ma curiosité.

Prodiguer des conseils, oui, sans aucun doute. Faire preuve d’autorité, sans doute aussi. Mais pas en fouillant dans ses poubelles.

Enfin, la notion même de vie privée évolue. Il fut un temps où cela n’existait pas. Il n’y avait pas d’intime. La reine accouchait devant la cour, le roi mourait de même. Il mangeait, se lavait, pétait, rotait devant tout un tas de gens. Chose que l’on imaginerait même pas de nos jours, et c’est tant mieux. J’aurais même aimé que l’actuel présiprince soit plus discret sur sa vie privée qui ne nous regarde pas. Mais je ne mets pas la même chose dans le concept vie privée que mes parents. Et il en va de même avec mes enfants. Moi, par exemple, le geotaggage perpétuel me pose problème. Que tout le monde sache où je suis au moment où j’y suis, même si c’est pour y faire rien du tout, me gêne. Je n’ai pas envie de voir débarquer n’importe qui, y compris des amis, sur un quai de métro qui me dirait : « J’ai vu que tu étais là sur mon téléphone, du coup je suis venu… » Mes amis, j’adore les voir, quand j’ai envie de les voir. Je ne tiens pas à les voir surgir à n’importe quel moment de la journée. Idem concernant les MSN et compagnie. Je ne les ai pas installé parce que je n’aime pas être dérangée quand je suis sur mon ordinateur par quelqu’un qui voit de la lumière et qui a envie de passer. Même si c’est un copain. Je ne suis pas disponible à tout moment du jour et encore moins de la nuit. Cette fonction de messagerie m’énerve également sur Facebook. Avant, il y avait une messagerie – on lisait quand on voulait – et une messagerie instantanée. Maintenant les deux sont mélangés. Et ça m’agace.
Ma fille pas du tout. Elle vit avec son ordi et son portable et répond à tous ces messages immédiatement où qu’elle soit ou presque. Que les gens sache où elle est ne la dérange absolument pas. Et quand je lui dis : mais enfin, quand même, ça ne regarde personne. Elle ne comprend même pas à quoi je fais référence. Peut-être qu’elle le verra plus tard. Le fait d’être ainsi surveillée en permanence la dérangera-t-elle. J’espère. Parce que ça nous prépare quand même une société de cyberflics que je n’aime pas du tout. Mais ce sera sa vie, il faudra elle qu’elle la défende, qu’elle se batte pour préserver des libertés qu’elle-même aura définies. Au nom de quoi je vais lui imposer, pour sa vie future, des choses à faire ou à ne pas faire.

J’ai des valeurs. J’espère lui en avoir transmis un certain nombre. J’espère aussi que, comme moi, elle en acquiérera d’autres, qui lui seront propre. Mon boulot de mère s’arrête là. Sa vie, c’est elle qui l’a vivra. Avec Internet. Ou sans. Elle choisira.

mercredi 7 mars 2012

Mon gamin est sur Facebook (2) ou comment faire croire aux gens qu'on gère les problèmes

 J’avais promis une suite à mon précédent post, Ce n’est pas si facile à écrire… Ce sondage, les campagnes publicitaires qui ont suivi, la série d’articles ou de reportages sur le sujet ont alimenté chez moi une réflexion qui part un peu dans tous les sens et que j’ai essayé de canaliser.  

J’avoue aussi que la tapage anti-Internet en général, et antiréseaux sociaux en particulier m’agace. Parce que bien utilisés, ce sont des espaces de liberté sans précédent. Et c’est sans doute ce qui gêne.

Dans l’enquête L’usage des réseaux sociaux chez les 8-17 ans, le nœud gorgien, c’est visiblement le chapitre L’exposition au contenu sensible. Contrairement à ce qu’on pourrait craindre, il est plutôt rassurant : 84% des 8-17 ayant un profil sur un réseau social n’ont jamais publié de photos/videos sans l’autorisation des photographiés. Ils sont 91% a déclarer qu’ils n’ont jamais publié de photo ridiculisant quelqu’un de leur entourage, 93% à affirmer n’avoir pas dit de choses blessantes sur un camarade, et 96% a déclarer n’avoir jamais participé à un groupe critiquant ou étant méchant avec quelqu’un. Sans surveillance des parents, les jeunes se conduiraient donc, en très grande majorité, plutôt bien sur Internet. Peut-être parce que les jeunes, dans leur grande majorité, se conduisent plutôt bien dans la vie en général.

On regarde de l’autre côté, et on apprend que 82% des jeunes ne se sont jamais fait insulter sur Internet et 87% n’ont jamais été victime de mensonges ni du rumeur. Ils sont tout de même 18% et 13% à l’avoir été. C’est évidemment trop. Mais le sondage de conclure : « 1/4 des jeunes victimes d’incivilité sur leur réseau : 25 % des jeunes connectés ont été victimes d’insultes ou de mensonges/rumeurs… » Là on frise la malhonnêteté intellectuelle en jouant dangereusement sur les mots.
– un quart des jeunes victimes d’incivilité sur leur réseau. Non, parce que le sondage ne concerne que ceux qui sont inscrits dans un réseau social et que ceux-ci, parmi les 8-17 ans, ne sont que 48%, avec des grandes disparités selon les âges.
– 25% des jeunes connectés… Déjà, cela veut dire quoi, connecté, si on ne précise pas à quoi ? L’imprécision (on se connecte à Internet et celui-ci est vaste) dramatise, forcément. Et pour arriver à ces 25% on additionne les résultats de deux questions différentes. C’est comme si je constatais qu’il y a 5 jeunes qui aiment les bananes dans cette classe, et 6 qui aiment les pommes. et que j’en tirerais la conclusion qu’ils sont donc 11 à aimer les fruits. Le hic, c’est qu’il y a ceux qui aiment à la fois les bananes et les pommes. Les comptent-on deux fois dans ceux qui aiment les fruits ? Eh bien, il y a fort à parier que ceux qui sont victimes de mensonges et de rumeurs se font également insulter.

Mais pour les contempteurs d’Internet et de ses réseaux, la chose est claire : un quart des enfants sont victimes d’insultes et de rumeurs sur le Net.

Cela me rappelle tous ces articles, ces reportages qui ont fleuri ces derniers temps sur le harcèlement à l’école et dans lesquels Facebook était mis en cause. Le harcèlement à l’école est une plaie dont les adultes, et notamment les enseignants, n’ont pas toujours pris la mesure. C’est en train de changer, et c’est tant mieux, car c’est d’une grande violence pour les enfants qui en sont les victimes. Quand j’étais présidente des parents d’élèves de l’école de mes filles, il est arrivé un cas assez terrible et qui aurait pu mal finir. Heureusement, l’enfant et ses parents ont eu la bonne réaction. Elle, en a parlé à ses paents. Eux sont venus nous voir, nous, les parents d’élèves. Et ce qu’ils nous ont raconté, ce que leur fille leur a raconté, nous a laissé sur le cul. Cette gamine de CM2 était totalement rejetée par les autres. Pas uniquement par sa classe. Par l’autre CM2 aussi. Les autres niveaux étaient également au courant de l’exclusion la concernant et avaient pour consigne de ne pas s’en mêler. C’est une autre gamine, qui, pour s’amuser, avait décrété la mise à l’écart. Et comme elle avait de l’ascendant, ses copains ont suivi. Puis l’effet a fait boule de neige. Personne n’avait le droit d’approcher la victime, de jouer avec elle, de la toucher. Il se disait que si on la touchait, on pouvait attraper le sida. Pendant un cours de sport, lors duquel les enfants devaient faire une ronde, ceux qui étaient à côté d’elle ont mis des gants, ou ont tiré sur leurs manches pour que leur peau n’entre pas en contact avec la sienne…
Ce manège a duré plusieurs semaines, au nez et à la barbe des enseignants. Par contre, ceux-ci, quand ils ont été alertés, ont réagi immédiatement et dans le bon sens. Le manège a cessé. Il y a eu de nombreuses discussion avec les élèves.
Une de mes filles a été elle aussi victime de harcèlement, parce qu’elle est différente de ses camarades. Heureusement, nous avons une relation de confiance, et elle m’a tout raconté très vite. Quand cela a commencé à aller trop loin, je suis intervenue. Là encore, les enseignants ont eu la bonne réaction. Et cela a cessé. Un temps. C’est revenu. Puis cela a cessé à nouveau. Les enfants sentent très vite quand un autre est laissé pour compte ou quand ce n’est pas le cas.
Par contre, ma fille n’a jamais été victime de harcèlement sur Internet. Tout simplement parce que les gamins qui l’emmerdent au collège ne font pas parti de ses contacts. Ça limite bien les choses. Dernièrement, une gamine avec laquelle elle a été en colonie, avec laquelle elle n’était pas particulièrement amie, mais qui avait insisté pour qu’elles soient en contact, lui a mal parlé. Elle l’a virée. A la différence de la vraie vie, sur Internet, on peut couper le sifflet à quelqu’un. On est obligé d’aller au collège, de retourner voir ses petits tortionnaires. Pas sur Internet.

On dit que le harcèlement scolaire serait démultiplié par Internet qui rendrait les choses encore plus dures. On parle aussi de ces enfants qui ont jusqu’à 300 contacts. Mais ce sont rarement les mêmes. Un enfant en but au harcèlement n’est pas un leader, pas quelqu’un de populaire. Il n’a pas 300 contacts. Il en a même assez peu, ce qui peut le protéger. Parfois, aussi, il espère intégrer LE groupe. Celui des ados normaux. Parce que quand on est un ado, le groupe, c’est la deuxième famille obligatoire pour pouvoir quitter la première. Alors peut-être est-il tenté de faire allégeance, d’établir le contact sur Facebook. C’est alors que ça peut dégénérer. Mais ce n’est pas plus terrible qu’en vrai. Parce qu’en vrai, c’est déjà terrible. C’est déjà insupportable.



"Les injures" : Campagne contre le harcèlement à l’école par LeNouvelObservateur

Le seul passage sur Facebook concernant cette video (et les deux autres de la série), c’est quand une petite pétasse publie la photo du gros sur Internet à partir de son téléphone portable. Peu crédible. Vous savez combien coûte un forfait avec Internet illimité et ce genre de téléphone ? Vous pensez que la majorité des enfants de collège ont les moyens d’avoir ce genre de portable ? Et puis pas besoin de réseau social pour transférer une photo. Les forfaits bloqués des ados ont la plupart du temps SMS et MMS illimités. Et ils savent s’en servir. Et c’est d’ailleurs par ce biais que se font les envois de photos gênantes et choquantes, les vidéos, qui ont été jusqu’aux tournantes filmées. Pas sur Facebook. Mais quoi…, on ne va pas interdire les téléphones quand même…

Pour en revenir à la campagne sur le harcèlement et à la très grande faute d’Internet, je me rappelle de nombreux lancements de reportages : « Une plaie, qui gagne les écoles, multipliée par Internet » Sur France 2 notamment, avec un lancement plutôt appuyé de Pujadas. Le reportage lui-même ? A croire que le présentateur ne l’avait pas regardé… Il montrait un garçon qui avait dû changer d’école parce que victime de harcèlement. Il y racontait ses souffrances, avec beaucoup de clairvoyance. Parlait-il d’Internet ? A aucun moment. Alors ?

Idem dans un supplément télé du Nouvel Observateur. L’article s’appelle L’Ecole sans foi ni loi. Et le chapeau dit : « Les réseaux sociaux ont envahi le quotidien des collégiens. Avec des conséquences parfois tragiques. » Il présente un documentaire qui s’appelle, lui, La Face cachée des cours de récréation et qui porte sur le harcèlement à l’école, « ce mal insidieux qui fait trembler l’Education nationale ». Et la journaliste d’écrire que l’école doit faire face « à un autre genre de harcèlement, aux effets ravageurs : les menaces sur Internet (…) Il est facile devant son ordinateur d’écrire tout et n’importe quoi. Les insultes fusent via les réseaux sociaux, où l’impunité est totale. Des groupes se forment contre une personne et s’acharnent. Le bouc émissaire est poursuivi à coup de chats méchants et grossiers qui fabriquent un monde sans foi ni loi où la réalité peut rattraper le virtuel ». Et de citer le cas d’une jeune fille qui s’est défenestrée à l’automne dernier, victime du harcèlement  de ses camarades à la suite « d’une altercation qui avait démarré, semble-t-il, sur Facebook ». C’est moi qui souligne le semble-t-il. Oui, cela a été dit au moment du décès de cette jeune fille. Est-ce que cela a été prouvé par la suite, corroboré par l’enquête ? Non, et c’est pour cela que la journaliste soit prendre une distance, avec ce “semble-t-il”.

Car à chaque fois qu’on veut démontrer l’effet néfaste des réseaux sociaux, on sort un cas qui n’a soit rien à voir, soit qui est tellement extrême qu’il n’est absolument pas exemplaire. Comme celui de cet adolescent américain qui s’est suicidé parce qu’un de ses « copains » avait mis sur le Net une video de lui ayant des rapports avec un autre garçon. Il était homo, et jusque là, personne ne le savait. Bien sûr que ces agissement sont répréhensibles. Sont-ils la majorité de l’espèce, sont-ils suffisamment courant pour qu’on doivent s’en alarmer. Eh bien je n’en sais rien. Parce que autant des enquêtes sérieuses ont été menées sur le harcèlement à l’école, par des chercheurs en sociologie par exemple, des psychologues, etc. Autant, ce n’est pas le cas pour les dangers que l’on impute à Internet en général, aux réseaux sociaux en particulier.

D’autant que – et ça le papier du Nouvel Obs télé le dit très clairement – s’il y a une recrudescence du harcèlement à l’école (il a toujours existé mais les chiffres de signalement explosent), il ne faut pas omettre les « coupes drastiques opérées dans ce service public depuis 2007 : quelque 66 000 postes de professeurs ont déjà été supprimés ; les effectifs du personnel surveillant sont à la baisse eux aussi. » Rien que dans le collège de mes filles, le nombre d’enfants accueilli a fait en quelques années un bon important, presque d’un quart de sa population d’origine. Si le nombre d’enseignant à, lui aussi, augmenté, mais pas dans les mêmes proportions, celui du personnel de surveillant est resté dramatiquement stable.

Le nombre d’articles et de reportage sur ce harcèlement auxquels serait mêlé ce pauvre Facebook est essentiellement dû à une campagne assez spectaculaire du ministère de l’Education nationale sur le thème. Les médias les plus importants ont été convoqués à une conférence de presse sur le thème. Certains confrères m’ont fait part de “l’insistance” de ce ministère pour que le sujet soit traité “avec le volet Internet” même si leurs propres enquêtes ne le mettait pas en valeur (et pour cause). Et quand le volet ne peut y être, on fait le lancement adéquat.

Toute cette agitation pour quoi faire ? Bon sang, mais c’est bien sûr, la campagne… électorale celle-ci. Il est sans doute important de faire savoir aux parents que l’Etat est inquiet pour leurs enfants et qu’ils s’occupe du problème. En paroles… Des paroles qui coûtent cher… Il en profite pour taper sur Internet, cet ennemi si facile, ce lieu de permissivité et de liberté insupportables. C’est pervers et pathétique. Parce que ce ne sont pas quelques spots à la télé, aussi bien fait soit-ils qui mettront fin au harcèlement à l’école. Ce sont des adultes formés à la question qui peuvent rester vigilant et prévenir. Oui, mais pour cela, faudrait arrêter de déplumer l’Education nationale de ses enseignants, de ses encadrants…

dimanche 1 janvier 2012

Mon gamin est sur Facebook, c'est grave docteur ? - 1re partie

Quelques uns de mes étudiants ont planché sur un sondage concernant l’usage des réseaux sociaux chez les 8-17 ans. Pour mieux corriger leurs papiers, et tenter de voir s’ils n’avaient pas fait d’erreurs, je dois étudier ce sondage.

L’intitulé me laisse dubitative : une enquête sur les 8-17 ans et Internet, comment ne pas penser que cela mélange tout et son contraire… Qui y a-t-il de commun entre disons une petite Manon de 8 huit ans, scolarisée en CE2 et une grand Tristan, 17 ans, qui est au lycée, en première ?

J’ai donc téléchargé le sondage. C’est une enquête TNS Sofres effectuée à la demande de la Cnil et de deux associations de protection de l’enfance.

A priori, quand on sait comment fonctionnent les sondages, on se dit que, vu les commanditaires, Internet, a priori, est coupable. De quoi, on ne le sait pas encore. Mais forcément coupable. Toutes ces enquêtes, une fois réalisées, sont la propriété de ceux qui les ont commandées, et payées. Ils ont la possibilité de les divulguer, ou pas. Et logiquement, un organisme ne publie que les sondages qui vont dans son sens. Ici, nous avons deux commanditaires de la protection de l’enfance qui ont souvent la dent dure contre le réseau des réseau, ce nouveau fléau. Analyse faite, Internet ne s’en tire pas si mal que cela. Et le sondage fait bien la part des choses entre les plus de 13 ans (âge « autorisé » par Facebook pour ouvrir un compte) et les plus jeunes. Et le grand écart est effectivement là. Reste tout ce qu’on peut faire dire aux chiffres et certains ne s’en privent pas..

Premier élément donné : 48 % des 8-17 ans sont connectés à un réseau social. Ce qui en soit, n’est pas énorme. J’aurais cru plus. En fait, je me rends compte que non. Nombre de mes étudiants, et cela m’étonne toujours, n’ont eu  que très peu de contacts avec les réseaux sociaux avant de rejoindre l’école. Parce qu’ils n’en voyaient pas l’intérêt. Et je suis suis obligée de leur dire, que, si, ils peuvent y trouver de l’intérêt. Un intérêt professionnel. Et avant d’avoir 21 ou 22 ans, ils ont eu moins de 17 ans…

Cela dit, j’aimerais savoir quelle est, dans ces 48 %, la proportion des 8 ans, et celle des 17 ans. Ça ne doit pas être loin des 97 % chez les second et des 3 % chez les premiers. Deuxième chiffre sur la même page : 96 % utilisent Internet, 93 % chez les 13 ans et moins. Quand même… me dis-je in peto. Sauf qu’il ne s’agit que d’aller sur Internet. Et qu’évidemment la quasi totalité des enfants se connectent puisque le maniement d’Internet est une matière enseignée dès l’école primaire. Ma dernière fille (11 ans), dès le CM1, a eu des recherches à effectuer sur la Toile. Ce qui m’énervait plutôt. Pas parce que j’avais peur du grand méchant loup. Mais parce que faire une recherche sur Internet, ce n’est pas du tout quelque chose d’évident. Et qu’une fois qu’on a entré « Hercule » ou « Victor Hugo » dans Google, comment fait-on pour trouver quelque chose de pertinent ? Chercher sur Internet, cela s’apprend. Avant de lancer leurs élèves sur des recherches à faire chez eux sur la Toile, les enseignants seraient bien avisés de le faire, avec eux, en classe, en leur montrant les outils les plus efficaces. Et après leur avoir donné les clés d’utilisation de Wikipédia et les mises en garde nécessaires

Bref, 93% des moins de 13 ans surfent sur Internet. Je me demande pourquoi on n’arrive pas à 100 % vu les programmes scolaires…


Léone faisant ses début à l'ordi

Ils sont 18 % de moins de 13 ans à être connectés à un réseau social (mais l’analyse dit « près de 20 % », 18 %, ça ne doit pas assez parler…) Là encore, j’aimerais bien savoir comment se répartissent ces 18 % en fonction des classes d’âge. Et de comparer Manon, toujours 8 ans, à… Lola, 13 ans, en quatrième au collège.

Le chiffre existe. Le sondage le donne deux lignes plus bas. Ils sont 11 % des élèves du primaires à se connecter sur un réseau social. De cette première partie, le sondage conclut, à juste titre, que le déclic se fait en fait au collège. Et qu’à partir de ces années-là, les ados se connectent soit depuis leur ordinateur personnel, soit depuis leur téléphone portable, avec donc le forfait adhoc, plutôt coûteux. Ce qui m’étonne, c’est que, un peu plus haut, il disait que c’étaient les enfants dont la famille appartenait aux catégories populaires qui se connectaient le plus, plus que ceux des familles dites aisées. Pas d’explication à cette contradiction qui n’a surpris personne semble-t-il.

Les chiffres qui suivent ne concernent que les 48 % de jeunes qui admettent être sur un réseau social. FB ou un autre. Surtout FB.

Deuxième chapitre, L’attitude des parents face à l’utilisation des réseaux sociaux. Parent ! Vous ne vous occupez pas assez de vos gamins. C’est un peu la tendance générale depuis quelques années : mettre les parents en accusation et leur faire porter le poids de ce que la société ne peut plus faire. Hop hop hop, je suis hors sujet…

« Si 99 % des parents savent que leur enfant est sur un réseau social, c’est un sujet dont on parle peu. » Et pour cause. Vous avez déjà essayé de parler de ses copains avec un pré-ado ou un ado ? J’imagine très bien la conversation autour de Facebook. Enfin, je l’imagine… je la connais, je l’ai déjà vécue. C’est un parent qui cause tout seul devant son gamin qui soupire, lève les yeux au ciel et conclut en disant : « De toute façon, tu comprends rien… » Ce qui n’est pas vrai, mais ce que l’ado se plait à penser. Restons optimiste, il y a quand même 14 % des ados qui en discutent avec leurs parents. C’est énorme.

Cela dit, si les parents n’en parlent pas, ils suivent. Quasi la moitié des ados sont amis avec leurs géniteurs. Ma fille aînée (17 ans demain) m’a virée un jour en m’accusant de l’espionner. Au départ, je n’avais pas voulu être son amie, c’est ma fille, pas ma copine. Mais lors d’un de mes voyages, nous avons trouvé plus simple de nous connecter pour discuter en chat. C’est plus souple et plus pratique que MSN quand on se trouve dans un cybercafé aux portes du désert, ce qui était mon cas.

Je n’allais jamais sur sa page. D’abord parce que je refuse de l’espionner, ensuite parce que, de toute façon, je ne comprends rien à ce qui s’y raconte. Mais de temps en temps, je tombais sur une de ses actualités sur MA page. J’ai eu le malheur de répondre à l’une d’elle. Hop, virée. Depuis elle m’a remise. Puis m’a virée à nouveau. Et s’est plainte pas plus tard que ce matin de ne pas pouvoir lire ma page parce que je n’étais pas son amie.

Ma seconde fille (13 ans) doit son compte à sa meilleure copine, alors qu’elle n’avait pas l’âge requis. Vu le nombre d’heures qu’elle passe sur mon ordinateur (très peu, j’occupe la place), et qu’elle n’en a pas à elle, j’ai laissé faire. Elle m’a très vite inscrite comme amie. Elle aurait pu ne pas le faire. Quant à la petite dernière, je viens de lui créer une adresse mail. Mais j’ai refusé de lui ouvrir un compte FB. Appuyée en cela par l’aînée. Il faut dire que la petite n’a pas d’amie qui ait un compte FB avec qui converser. A part jouer (il n’y a que cela qui l’intéresse), elle n’y ferait pas grand chose. Mais il a fallu lui exliquer que ces jeux-là nécessitaient des amis pour avancer. J’en sais quelque chose. Cela fait deux semaine que je ne fais que ça, jouer…

Je connais des jeunes filles qui ont plusieurs comptes mais se ferait hacher menu plutôt que de le reconnaître. L’un est connu de leurs parents. L’autre non. On est content parce que, tout compte fait, notre enfant ne passe pas tant de temps que ça sur FB. On croit surveiller. On ne surveille pas grand chose en fait. On se fait avoir en beauté.

Le sondage poursuit : « Seul la moitié des enfants s’estiment surveillés ». Le total est effectivement de 55 %. Mais seuls 48 % des garçons disent l’être. Et 63 % des filles… Les vieux réflexes reviennent toujours. Donc, quand on dit que les parents ne surveillent pas leur progéniture, ça dépend laquelle. Mais n’en a-t-il pas toujours été de même ? Quand j’avais entre 13 et 17 ans, mes copines étaient bien plus surveillées que leurs frères (je ne pas dire la même chose, je n’ai pas de frère). Elles n’avaient pas le droit de sortir seules avant un âge avancé (la majorité en général). Si elles avaient un grand frère, ça allait, mais sinon… il fallait attendre le petit ami dûment adoubé par les parents. Pour les garçons, la surveillance était plus lâche on va dire… Et ça n’a pas changé.

En passant, les moins de 13 ans se sentent surveillés à 77%.

Super surveillés :-)


Léone faisant ses début à l'ordi

Le sondage constate cependant que la surveillance serait « plus quantitative que qualitative ». C’est-à-dire que les parents se contenteraient de limiter les moments où les 8-17 ans ont le droit de se connecter (28 %) plutôt que de vérifier ce qu’ils disent ou montrent (23 %). Evidemment, c’est peu. Mais si on isole les moins de 13 ans, le deuxième chiffre monte à 42 %. Dans toute cette partie, la surveillance des parents est bien plus importante pour les enfants de moins de 13 ans que pour les autres. En résumé, les parents sont assez peu associé à la pratique qu’ont les jeunes d’Internet et des réseaux sociaux. Et pour cause. Je les vois assez peu au-dessus de l’épaule de leur ado pendant que celui-ci surfe. Sauf à vouloir vivre dangereusement… Il faut remettre les choses dans leur contexte. La surveillance des parents est directement liée à la relation qu’ils entretiennent avec leur enfant. On ne peut pas focaliser uniquement sur les réseaux sociaux. C’est un ensemble. Que nombre de parents soient dépassés par leurs ados, je les comprends. Ce n’est pas tant la compétence technique qui leur fait défaut, que la compétence émotionnelle. Elever un ado, c’est dur. Et on fait ce qu’on peut avec les moyens qu’on a.

La majorité des enfants utilisent leur propre identité (92%). En général, comme leurs parents. Ça c’est moi qui le dis. Et je pense que les gamins ont déjà compris beaucoup de choses. J’ai un pseudo, sur ce blog. Mais je sais depuis longtemps qu’il est totalement transparent. Il ne faut pas chercher loin pour trouver mon vrai nom, éventuellement mon adresse. Tous ceux qui se sont fait licencié pour avoir dit du mal de leur entreprise dans leurs blogs personnels avaient des pseudos. L’entreprise même avait un pseudo. Qui n’ont servi à rien. Et je me souviens très bien de ce proviseur radié de l’Education nationale à cause de son blog. Il avait pourtant été très précautionneux, avec pseudo et tout… Il a heureusement, depuis, été réintégré…

Le mythe du contributeur anonyme est valable tant qu’Internet est utilisé par un petit nombre de gens. Mais plus la toile s’étend, est utilisée par un nombre de personnes de plus en plus grand, plus il est facile d’y retrouver n’importe qui. Même par hasard. Parce qu’on connaît toujours quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un…

Et puis la plupart des ados se connectent aux réseaux sociaux pour communiquer entre eux : discuter, s’envoyer des blagues, des vidéos drôles, des confidences (qui d’ailleurs n’en sont plus vraiment). Bref, Internet est une vraie cours de récré sans la distance imposée par la présence physique (avec ce qu’elle peut avoir de paralysant ou d’inhibant à cet âge-là). Avec tout ce que cela comporte. J’y reviendrai…

Tous les gamins livrent des informations personnelles : leur vrai nom, leur âge, leurs centres d’intérêt, leur adresse mail, le nom du collège ou du lycée, leurs marques préférées. Mais ils ne sont que 9 % à donner leur numéro de portable et 5 % le fixe. Moins de 10 % d’imbéciles, c’est rassurant. Surtout avec des parents qui les surveillent aussi peu. Parce que les autres données, franchement, où est le problème ?

Les photos et les vidéos, qui risquent de vous poursuivre toute votre vie. Julie en vacances, Gaétan en train de faire des grimaces immondes et ridicules, les soirées plus ou moins alcoolisées suivant l’âge… Pour la plupart, des conneries. Il y a aussi beaucoup plus grave. Des vidéos filmées à l’insu des jeunes et mises en lignes contre leur gré. J’y reviendrai aussi.

Et puis, précise le sondage, les enfants disent à 58 % s’ils sont célibataires où s’ils sortent avec quelqu’un. Le chiffre monte à 71 % pour les garçons de plus de 13 ans. C’est quelque chose qui m’a toujours amusée. Avez-vous été voir des pages de jeunes de moins de 17 ans sur FB. Moi, quelques unes. Beaucoup de filles sont fiancées avec leur meilleure amie. Non, elles ne sont pas homosexuelles. Elles pourraient, mais ce n’est pas le problème. C’est juste une façon de montrer l’importance que cette amie là a dans leur vie. Il faut dire que la notion de célibat ou non, pour des jeunes de moins de 17 ans, à part quelques cas assez rares, c’est très très relatif.

Cela dit, si les enfants renseignent ces éléments, c’est aussi que leurs parents, comme la majorité des adultes, le font sans se poser de questions.

Mais surtout, et ce que dit le sondage à cet égard est tout à fait juste, pour la majorité des jeunes, les relations sur Internet n’ont rien virtuel. Tout simplement parce qu’ils utilisent ces réseaux sociaux comme leurs parents utilisaient auparavant le téléphone. Ils communiquent entre eux. Ils passent des heures à discuter. Comme tous les ados l’ont toujours fait. Seul l’outil a changé. Mais il coûte moins cher. Je me rappelle qu’à mon époque, la question de la facture de téléphone était toujours été une cause d’engueulades entre mes copains et leurs parents (les miens ne payaient pas le téléphone, c’était la boîte de mon père qui prenait la facture en charge). Puis les ados ont fait exploser la facture de leur téléphone mobile. Enfin on a inventé les forfaits bloqués et Internet. Et la paix des familles est revenue. Enfin, sur cette question. Donc oui, Internet, les réseaux sociaux, c’est la vraie vie parce que la plupart des gens que les jeunes y côtoient sont leurs propres amis, ceux du collège ou du lycée, ceux rencontrés en colonie de vacances. Leur bande, pour le meilleur et pour le pire. Qui n’est jamais certain, mais, quel que soit l’outil, n’est cependant jamais loin.

A suivre donc…

En photo, ma fille, moins de 1 an, faisant ses débuts sur l’ordinateur. Qui n’a aucun secret pour elle. Aujourd’hui, dix ans plus tard, elle aimerait bien un compte Facebook. Mais j’ai dit non… Quand elle aura des vrais amis qu’elle pourra retrouver, on réenvisagera la question. Mais pour le moment, elle n’en a pas besoin.

jeudi 24 novembre 2011

La dernière composition


poires, sucre, boutons de rose,cardamome, anis étoilé

une tuerie

lundi 21 novembre 2011

Ma fille n'aime pas les psy…

En ce moment, elle est le spleen incarné. Elle traine ses journée en longueur comme sa moue. Elle nous toise, ne répond pas quand on lui parle, ou alors de façon agressive. Mutique, elle boude. Puis crie. Puis boude à nouveau…

Rien que de très normal pour une adolescente. Sauf que…

Hier, par exemple, après s’être vue dans la glace, elle a poussé un tel hurlement de désespoir que ses sœurs et moi avons grimpé quatre à quatre les étages jusqu’à sa chambre.

A par ça, a dit la psychologue, tout va très bien…

Au printemps, j’avais annoncé à ma princesse mélancolique que si elle n’allait pas mieux, je l’emmènerais chez le psy(chiatre). J’ai fini par le faire. Elle l’a vu deux fois et a décrété que cela suffisait comme cela. Les psy, elle ne les aime pas. Ce sont des incapables, incapables de faire quoi que ce soit si ce n’est écouter. Et elle, quand elle était petite, elle n’avait pas besoin d’être écoutée. Elle voulait être entendue, qu’on la sorte de là de cette vie qui la faisait souffrir. Quand elle a dit pourquoi elle souffrait, cela a été des ennuis à n’en plus finir. Le pire, c’est la menace de placement. Elle n’a gardé que cela dans sa tête. Assistantes sociales, psychologues, pedopsychiatres, que des beaux parleurs. Elle ne veut plus de ces gens-là. Même si je lui dit que ce qui s’est passé est plus compliqué que cela.

Après des vacances un peu mouvementée, j’étais contente d’apprendre que nous avions enfin une place au Centre pour adolescent. Bon d’accord, pas de psychiatre ni de pedopsy, mais au moins le Centre. D’accord a-t-elle dit sans barguinier. J’aurais dû me méfier.

Elle a donné le change à la psychologue. « Oui, je sais, ça n’allait pas fort. Mais j’ai décidé de me reprendre, de faire des efforts en classe… » La psychologue, impressionnée m’a dit : « Ecoutez, elle à l’air d’aller très bien votre fille…
– Oui, mais euh, comment dire. Je me demande si elle ne donne pas le change parce que, vous comprenez…
– Mais non, elle va très bien, il faut lui donner sa chance.
– Si vous le dites.
Comme si je ne la lui avais pas déjà donné des centaines de fois, cette chance.

Pas de suivi, donc, juste un rendez-vous de contrôle un mois plus tard. Et l’ado qui continue de donner le change devoirs faits, conduite pas irréprochable, mais bien meilleure, nouvelles amies… Au rendez-vous suivant, je ne peux que reconnaître qu’elle va mieux. La psy toute contente confirme donc le bon état général de ma fille.

En sortant, je a regardais du coin de l’œil en me disant : voyons combien de temps cela va durer.

Ça n’a pas loupé. Le lendemain, elle perdait pied. Bon sang ! ma fille !

Elle ne fait plus ses devoirs, ne promène plus le chien, ne le nourrit pas non plus, ne s’occupe plus de ses phasmes, envoie les gens balader. Elle n’a plus d’amies (en a-t-elle jamais eu). Les filles de sa classe se foutent de sa gueule. Les garçons la traite de champignons. Elle se déteste, souffre, parle de mourir.

Mais à par ça, Madame la psychologue, tout va très bien, tout va très bien…

mardi 15 novembre 2011

Saint-Pierre-des-Corps


[[akynou]]

11 septembre, le ciel en pleurs et nous à l'abri. Pour combien de temps ?

dimanche 6 novembre 2011

BDM

Non, ce n’est pas une VDM quelque peu enrhumée. Quoi que… C’est l’acronyme de bridage des mineurs. Et c’est le sujet du film de Maïwen, Polisse, que j’ai été voir avec ma fille aînée.

Dès que j’en ai entendu parlé, j’ai su j’irai le voir. D’abord parce que j’aime beaucoup cette femme. Ensuite parce que le sujet qu’elle avait décidé d’aborder frontalement me parlait. La vie des policiers membres de la brigade des mineurs. Brigade où j’ai passé un après-midi. Pas pour un reportage. Pour accompagner mes enfants et témoigner. Un peu comme la femme jouée par Sandrine Kimberlain, mais pour une affaire moins grave. Mon ex battait mes enfants, il ne les violait pas.

Le film est fort. Mal ficelé parfois, mais fort. Mal ficelé par exemple parce que je ne comprends pas trop le pourquoi l’histoire du petit Solal. Et je comprends encore moins pourquoi tant d’articles en parlent et présentent ce qu’il dit comme le moment le plus poignant. Pour moi, c’est le plus mièvre et aussi le moins crédible. Du violeur qui pleure et reconnaît ses tort à l’enfant qui n’a pas de séquelles et remporte sans trembler la compétition de gymnastique. Tout finit bien. Avec une belle image du garçon qui sourit et soulève sa coupe de champion. Les journaux ne le disent pas, ils ne parlent que de ses boucles blondes, de ses questions sur la pédophilie que je n’ai même pas retrouvées dans le film. L’histoire de Solal, pour moi, elle est de trop, elle ne sert à rien sauf à ajouter un moment rassurant. Parce qu’il est sans doute plus rassurant en effet de se souvenir d’une histoire qui finit bien. Même si la chute finale n’est pas si belle et qu’au bout il y a la mort.

Quand même, j’ai trouvé autrement plus poignante et forte l’histoire de cette femme africaine qui vient donner son enfant à la brigade parce que cela fait six mois qu’elle vit dans la rue avec lui et qu’elle ne veut plus de ça pour lui. Cela oui, c’est du vécu. Et cela finit mal, parce que, malgré toute la bonne volonté de la brigade, tous ses efforts, il faut séparer cette mère de son enfant car aucun foyer ne les veut ensemble. C’est quelque chose que j’ai vu, oui. La détresse de cette femme, avec son accent, sa voix douce, les choses terribles qu’elle débite avec ce calme que l’on n’atteint que lorsqu’on est totalement au fond du gouffre, ce léger zozottement qui ferait presque sourire, le désespoir d’abord muet, puis hurlant du gamin, oui, ce sont des choses que je reconnais, que j’ai vues dans les familles réfugiées dont les enfants étaient dans la même école que la mienne. La lutte de tous les jours de ces femmes. Ce sacrifice ultime pour que l’enfant, au moins, soit sauvé. Cette incroyable dignité dans le désespoir souligné par un geste, celui de se masquer les yeux. Non là, pas d’image d’Epinal, on ne va pas nous raconter le bonheur du gamin dans son foyer.

Fort aussi, mais on connaît son talent, le rôle interprété par Sandrine Kimberlain. Cette femme qui soudain comprend ce que lui dit son enfant, et le gouffre qui s’ouvre. Oh, pas tout de suite. Pas d’un coup. Mais c’est bien un gouffre dans lequel  s’effondre l’apparence tranquille du bonheur familial pour l’illusion duquel on consent à passer sous silence tant de choses. Mais la profondeur du gouffre, on n’en prend la mesure que lorsque le père incestueux admet très volontiers faire l’amour à sa fille et, avec un sourire cynique, affirme qu’avec les gens qu’il connaît, il ne pense pas en prendre pour vingt ans, non. Ignoble. Mais bien réel. Et quel comédien aussi. Il faut savoir jouer les salauds intégraux.

Car c’est peu dire que les acteurs sont formidables. Parce qu’on y croit à leurs histoires, celles qu’ils vivent, celles qu’ils reçoivent. On croit aussi à leurs fous-rires, aux cocasseries du quotidien. Parce qu’il ne fait pas croire, on rit beaucoup dans ce film. Et heureusement, parce que sinon, il serait insupportable. Et puis j’ai retrouvé des choses. Je me souviens de la jeune inspectrice qui nous avait reçues. Elle devait avoir à peine une trentaine d’années. Je me rappelle sa neutralité. Il n’y avait pas de bienveillance ni d’agressivité. Elle n’était pas là pour juger. Mais pour enregistrer nos dépositions et les transmettre. Elle était étonnée que j’ai pu déposer une main courante dans mon commissariat et qu’on l’ai reçue, là-bas. Alors que ce n’est pas du ressort du commissariat de quartier. Il aurait fallu qu’ils m’envoient à la brigade, directement. Elle m’a demandé si je voulais porter plainte. Je lui ai demandé si ça servait à quelque chose. Probablement à rien a-t-elle répondu.

La plupart de mes souvenirs sont flous. Au rez-de-chaussée il y avait des portiques de sécurité. Cela venait d’être refait. Il y avait du monde qui allait et qui venait. Je crois qu’elle est venue nous chercher. Je ne me souviens ni de l’étage ni des couloirs. On nous a installées dans une petite salle d’attente, pas dans les couloirs comme dans le film. Il y avait des livres et des jouets pour enfants, comme chez le pédiatre, la psy, les psychologues, les associations chargées de suivre les familles à problème… Bref, comme partout. Elle venait nous chercher les unes après les autres. Ça a duré longtemps. Elle ramenait une de mes filles, repartait avec une autre. Et puis ça a été mon tour. Je l’ai suivie dans les couloirs. Je ne me souviens pas si c’était au même étage, ou plus haut. Il y avait des travaux. Son bureau, qu’elle partageait avec quatre ou cinq collègues, était tendu d’un bleu soutenu. Exactement comme dans le film. La même couleur. Ça, j’ai reconnu tout de suite.

Il y a un autre truc dont je me souviens parfaitement, c’est que je n’ai pas eu peur. Je veux dire pas dans cette brigade. A aucun moment. Je ne risquais rien. Pourtant, j’étais en plein tempête. Pingpong entre les assistants sociaux, celle qui nous suivait dans le cadre de la mesure demandée par le juge pour enfant, celui du collège de ma fille aînée. La surenchère entre les deux. Et la menace de me prendre les filles et de les placer. Je vivais dans l’angoisse perpétuelle. Mais là bas, à la BDM, je n’ai pas eu peur. Comme si, pendant une après-midi, quelqu’un avait momentanément pris mon fardeau. 

A la fin du film, la salle est restée totalement muette et silencieuse. Pendant la quasi totalité du générique. Nous étions tous enfoncés dans nos fauteuils, sans dire un mot, à regarder défiler les noms des acteurs, des producteurs, des assistants, des caméramans, des perchistes… Il nous a fallu, à tous, un long moment pour descendre.

Quelque part, ça m’a rassurée. Je n’étais pas sûre de tenir le coup, je n’étais pas sûre de mes cicatrices. Mais j’ai reçu ce film comme les autres, comme s’il ne m’était rien arrivé de particulier, comme si je n’avais jamais mis les pieds dans cette brigade. Même pas mal. Cela me prouve donc que je vais globalement bien et me confirme que tout cela est derrière moi. C’est quand même une chouette chose.

Cela dit, il est 3h20 du matin et je ne dors toujours pas…

J’ai remis en ligne tous mes billets de cette période là.

samedi 5 novembre 2011

Orage

Les colère d’adolescents sont comme des orages.

Il fait beau, chaud, pas même vraiment lourd. On est bien, encore. Et puis, d’un coup, le ciel s’obscurcit et puis ça tonne, ça pleut, ça vente, ça arrache tout sur son passage. Ça jette des horreurs à terre, ça piétine l’herbe. La foudre tombe, au hasard, sur vous, vous brûlant, laissant derrière elle une odeur de poudre et de cochon grillé.

Et puis ça part tonner ailleurs. Plus loin. On entend encore le vent, comme une porte qui claque. Ça s’arrête enfin. Demain, il fera beau à nouveau, on pourra rire, sourire. Ces orages-là ne durent pas. Ils laissent à peine une trace.

Mais ils sont fatigants.

samedi 29 octobre 2011

Des citrons confits

Cela faisait longtemps que je n’en avais pas préparé. Mais j’ai ramené de nombreux citrons de chez ma tante. Elle les fait pousser dans son jardin sans engrais ni pesticide. Et puis j’ai ramené aussi de la bonne huile d’olive. Alors autant en profiter.

Il faut bien laver et essuyer les citrons. Ils ne sont pas tous bios. Et même quand ils le sont, on ne sait pas où ils ont trainé. Donc on lave soigneusement parce qu’on garde la peau.

Préparation des citrons confits

On les coupe en rondelles épaisses, on retire les pépins, on dépose les rondelles dans un saladier (ou une passoire) et on saupoudre de sel (fin ou gros, suivant ce que vous avez). On couvre le saladier d’un torchon propre. Il faut les laisser dégorger une demi journée. 

Préparation des citrons confits

On essuie à nouveau avec un tissu propre et on range les rondelles dans un bocal. On ajoute une gousse d’ail épluchée, un bâton de cannelle, de la coriandre fraîche. Mais on peut également varier les plaisirs. Je n’avait pas de coriandre, je l’ai remplacée par du thym et de la cardamome. On peut aussi mettre des clous de girofle. On fait suivant ce que l’on a sous la main et ses goûts. 
Une fois le mélange prêt, il faut couvrir d’huile d’olive et bien fermer le bocal.
Attendre minimum cinq jours pour consommer. Une fois le pot ouvert, les citrons se conservent très bien au réfrigérateur, à condition
 d’être toujours couverts d’huile d’olive.

Confit de citrons
Ces citrons confits s’utilisent dans un grand nombre de recette : tajine de poulet aux olives et au citron par exemple, que je vais cuisiner ce week-end pour ma sœur et son mari.
recette inspirée du livre Trésors du Sud, l’olivier, les olives et l’huile d’olive, de Martine Calais, éditions du chêne

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