vendredi 14 octobre 2011

Cette nuit

Je suis descendue sortir la brioche de la machine pour la mettre à sécher. Elle sera parfaite, demain, pour le petit déjeuner des filles. Par la fenêtre, j’ai vu le jardin éclairé par une Lune presque pleine. Alors je suis sortie me baigner dans cette lumière. Pas un nuage dans le ciel, juste une galette entourée de petites étoiles. Il faisait frais, mais presque doux, sensation délicate.

Alors j’ai décidé de sortir les boules Quies et de dormir la fenêtre ouverte. Eh oui, parce que même dans une rue aussi calme que la mienne, il y en a du bruit. Le livreur de la NR qui fait pétarader sa motobylette vers 4 heures du matin, les trains de marchandises qui quittent ou arrivent à Saint-Pierre-des-Corps, les gros camions sur l’autoroute. Et puis, au matin, les portières de voiture qui claquent, les voisins qui se saluent, les gamins qui partent à l’école.

Demain, je dors. Et je veux dormir longtemps. Je veux prendre le temps de rêver.

dimanche 18 septembre 2011

Mon blog fait la gueule

:C’est vrai, je l’avoue, cela fait des jours et des jours (et même plutôt des mois) que je le délaisse. Trop d’occupations, trop de choses à penser pour pouvoir écrire sereinement. L’image que j’ai de moi en ce moment, c’est celle d’une femme arc-boutée. J’ai de nombreuses casseroles sur le feu (mais non, pas aux fesses, pour qui vous me prenez-vous ?) et elles sont toutes remplies de lait. Pas simple.

- D’abord, il y a cette VAE que je devrais commencer et qui me terrorise. La masse de boulot supplémentaire que cela représente, et toujours des doutes quant à mes capacités. Entendons-nous bien : je suis un cador dans mon métier. Je pense être une bonne journaliste et surtout une excellente secrétaire de rédaction., même si je ne l’ai pas toujours clamé sur les toits parce qu’une fois, cela m’est revenu en boomerang. Je suis une bonne enseignante parce que je suis exigeante avec moi, avec mes étudiants et que je connais mon métier (que je leur enseigne avec passion). Mais je ne pense pas être un jour une bonne universitaire. Ces gens-là me fatiguent. Déjà, quand j’étais étudiante, je fuyais ce milieu autocentré sur son petit nombril. Et qui fait si souvent passer ses intérêts propres bien avant ceux des étudiants au service desquels il devrait être. « Oui, mais vous comprenez, les étudiants passent, nous, nous restons », m’a répondu l’un deux un jour après avoir essuyé mes critiques. « Oui, mais tu comprends, moi j’enseigne parce que je suis obligée. Je suis une chercheuse », m’a rétorqué récemment un de ces purs esprits.

Pourtant, c’est entre les fourches caudines de ces gens-là que je vais devoir passer si je veux un jour avoir une chance d’être titularisée et ne pas me retrouver au chômage dans trois ans.

L’avantage de travailler dans un IUT, c’est que la plupart de mes interlocuteurs et collègues sont des professionnels avant d’être des enseignants, qu’ils ont travaillé dans le privé. Cela donne des repères différents. Les vrais enseignants qui travaillent avec moi sont imprégnés de cette ambiance là, et cela se passe plutôt bien. Mais ailleurs, non de Dieu, quelle méconnaissance du monde, quelle petit esprit mesquin de chapelle. Il y a des UFR qui se la pètent grave. Alors que, franchement, il n’y a pas tant de raisons que cela de ramener sa fraise. Hou ! cela me rendrait presque vulgaire…

Cela dit, le travail intellectuel que tout ceci me demande comble probablement un creux que j’avais au préalable rempli par mon activité bloguesque. Je ne manque pas de matière à réflexion…

- Ensuite il y a mes démêlés judiciaires. J’ai perdu mon divorce, mais au moins, je suis divorcée. Cela dit, j’ai un énorme dette vis-à-vis de mon ex-conjoint. Cela fait quelques semaines que je veux écrire là-dessus (pas sur ma dette, mais sur cette chose étrange qu’on appelle la justice dans les affaires familiales). Mais comme je n’ai toujours pas réussi à digérer la pilule, j’attends encore. J’ai rendez-vous avec mon avocate en début de mois prochain. La CAF m’a donné de bons conseils (je déduis de la prestation compensatoire toutes les pensions alimentaires non payées. Et je rembourse la CAF mensuellement de l’allocation parent isolée touchée en remplacement. Avantage, c’est comme un prêt à taux zéro. Comme de toute façon l’ex ne me versera jamais cette pension… A 200 euros par mois, j’en ai pour un peu plus de six ans. Et je garde mon capital pour l’éventuel achat d’une maison (ou pour les études des filles).

Ce qui m’épuise à l’avance, ce sont les contraintes judiciaires (et financières) : notaires pour solder la communauté, frais de justice (j’ai eu 900 euros à payer pour la procédure auprès du juge des enfants), facture de l’avocat. Pour le moment, j’en suis à presque 10 000 euros en frais divers sur les deux procédures. Au bout de trois ans et demi. Je suis hallucinée par le coût.

- Il y a aussi mes veilles sur Internet. En fait, sous prétexte de veille, pour mes étudiants, je passe beaucoup trop de temps sur Fesse de bouc et sur le petit oiseau. Bon, je bosse aussi tout de même. Mais la plupart du temps je glande. J’ai une immense envie de glander. En réaction à tout ce qui m’est imposé, j’ai énormément l’envie de glander à donf !

- Enfin, il y a les enfants qui grandissent. Et avec lesquelles parfois, je me sens bien impuissante. Ou dépassée. Ou les deux à la fois.

Donc, voilà, arc-boutée, pas vraiment sereine. Pas assez en tout cas pour m’occuper de ce blog. Et pourtant, cela me ferait du bien. Allez, je vais essayer de m’organiser. D’autant que j’ai une furieuse envie de diptyque.

Repost du lendemain : Je me rends compte que j’ai oublié ma mère. Oh ! le bel acte manqué. Mais c’est vrai qu”à elle seule elle mérite un billet…

Repost 2. Ce blog a maintenant huit ans…


mercredi 24 août 2011

C'est quoi ma vie

Cette nuit, j’ai rêvé une histoire de geek. Je travaillais sur un petit ordinateur portable, façon tablette. Et puis j’avais un problème. Et là je recevais un message sur l’écran qui me disais comment faire pour m’en sortir. Mais comme je n’arrivais pas à faire ce qu’on me disait, pour masquer mon incurie, j’éteignais la machine et rebootait. En serrant les fesses pour qu’elle remarche.

je recevais alors un autre message qui m’engueulais, et me traitait de nulle à chier. Ce n’était pas les mots, c’était le sens. Alors j’inventais un gros char pour m’en sortir et faire en sorte que ces geeks veuillent bien toujours essayer de régler mon problème. Et très curieusement, c’est ce qu’ils ont fait. Nous avons commencé une videoconférence qui promettait d’être très instructive, puis mon rêve a changé de sujet et je ne me souviens pas de la suite. Juste du look des geeks. Des ZZ top modernes, la barbe, les cheveux, les lunettes, mais le pantalon baggy et encore les boutons d’acné. Génial… Une vraie caricature.

Comme je n’ai pas de problème informatique en ce moment, j’imagine qu’il s’agit de ma vie, ou une partie de ma vie. Sauf que si je m’imagine parfaitement raconter un bobard pour me sauver la mise, je me vois mal m’éteindre pour me rebooter. J’aurais trop peur qu’il y ai un problème à l’allumage. Donc il doit s’agir d’autre chose. Mais quoi…

lundi 15 août 2011

Le boulet du parking

A 22 heures, il n’y a pas grand monde sur le parking de la gare d’Austerlitz. Il faut dire qu’il est cher, et pas très grand. Les gens préfèrent à juste titre se garer ailleurs ou utiliser un autre moyen de transport. Pas de casemate avec un employé, au cas où il y aurait un soucis, pas de ballet de voiture, pas foule devant la machine où l’on paie. Juste moi, et ma carte bleue (qui n’est pas bleue, comme la plupart des cartes de paiement maintenant en France, mais on va dire “carte bleue” quand même, parce que “carte de paiement” pourrait rendre confus l’utilité de l’objet que je tiens en main, cela pourrait être juste une carte pour payer ce parking-ci et… non rien).

Pas bleue ma carte de paiement mais néanmoins gondolée. Et pas de rire. Enfin, je ne crois pas. Elle n’a pas aimé un séjour prolongé derrière le pare-soleil de la voiture (oui, j’ose le dire, il m’arrive d’abandonner ma CB à cet endroit, mais je n’habite plus Paris). Tant que c’est la puce qui sert de vecteur de paiement, pas de soucis. Par contre, la bande magnétique en a pris un coup. C’est le cas ici. La machine toussote et me refuse ma carte. Je dois payer 6,50 euros (pour une heure), comment faire ?

Une famille est arrivée derrière moi, je ne les vois pas mais je les entends commenter le prix. Oui, c’est onéreux, les gares rançonnent les accompagnateurs des voyageurs de manière odieuse, c’est sûr. Ils commentent tous mes gestes, de façon assez drôle. Ça me fait rire, mais ça me stresse. L’impression d’être le boulet qui amuse la galerie. Je fouille dans mon sac à main à la recherche de mon porte monnaie. Tout une histoire. Ce n’est pas un sac de fille que j’ai, c’est une caverne d’Ali Baba où tous les objets présents se passent le mot pour se planquer les uns derrière les autres. Ainsi quand je veux mes clés, je trouve le crayon que je cherchais désespérément dix minutes plus tôt, etc. Là, ça ne manque pas, je tombe sur la convocation de départ en colo de Lou qui m’ a échappée il y a une bonne demi heure. Quand j’avais retrouvé mon téléphone portable. Mais que je ne voulais ni appeler quelqu’un ni répondre au téléphone*. Je respire un bon coup, replonge dans le sac et finis par dénicher le porte-monnaie. Que j’ouvre pour faire la grimace. Il ne contient que des jaunets. Il y a peu de chance que j’arrive à réunir 6,50 euros avec ces piécettes.

– Vous n’avez plus que 5 secondes pour payer, dit la voix derrière moi, 4, 3, 2, 1. 

Mon ticket de parking ressort effectivement. Là, je frémis. La dernière fois que cette mésaventure m’est arrivée, à chaque fois que je remettais le ticket, la facture du parking prenait 50 centimes de plus.

Je réinsère le ticket de parking, ouf la somme reste a même. Reste la question du paiement. Je fouille dans mon sac à la recherche d’un billet de 20 euros qu’il me semblait avoir encore. Je ne trouve qu’un billet de 50 euros (oui, chez moi, c’est souvent tout ou rien, des pièces de 2 centimes et des billets de 50 euros) que je sors fébrile. Pour le donner à la machine. 

– C’est risqué, commente la voix. 

– Je sais, mais c’est tout ce que j’ai, réponds-je. et j’espère que ça va marcher.

Mon billet avalé, la loupiote clignote et… rien. Rien ne sort, ni billet, ni monnaie, ni ticket. Je m’affole un peu. Je ne sais plus que faire. Eh, la bécane, tu ne vas pas me bouffer 50 euros quand même !

– Annulez la transaction, fait la voix

J’obtempère, récupère mon billet et me lamente. Je n’ai pas d’autre moyen de paiement.

– J’ai la monnaie. 

Je me retourne avec un grand sourire. La femme est patience et sourire, l’homme, amusement, l’enfant, indifférence, il attend. J’apprécie l’absence de condescendance chez l’un comme chez l’autre. Je tends mon billet de 50 et récupère aussitôt la monnaie en coupures de 20 et de 10. Je paie, récupère mon ticket, remercie encore et avance vers ma voiture. Mais où son mes clés ? Pas dans ma poche. Ha oui, en cherchant l’argent tout à l’heure, j’ai dû les mettre dans mon sac. Je cherche, je cherche et ne trouve rien. Ha si, le billet de 20 que je cherchais tout à l’heure. En désespoir de cause, je retourne vers la caisse (il y a de la lumière), m’accroupie, et sors méthodiquement tout ce que contient mon sac. Mes clés jouent à cache-cache : j’aperçois un bout du porte-clé qui disparaît dès que je tends la main.

La famille qui m’a secouru passe à côté de moi en me souhaitant une bonne nuit, un poil d’ironie dans la voix. Mon sac est vide, son contenu git sur le bitume. Je trouve enfin mes clés. Je remballe tout en vrac. M’installe dans ma voiture et me dirige vers la sortie, le ticket de parking coincé entre mes lèvres : je n’ose plus le lâcher. Je suis derrière une voiture. Le couple devant moi se rend compte qu’il n’est pas passé par la case machine à sous et qu’il ne peut donc pas sortir. Ni lui, ni les trois voitures qui le suivent. Ça va, je ne suis pas seule au monde dans la boulettitude.

(*) c’est pour cela que je ne réponds jamais au téléphone quand on m’appelle. Si j’ai besoin de mon téléphone, je ne le trouve pas. En fait, il faudrait que les gens m’appellent quand j’ai besoin de quelque chose d’autre dans mon sac. Là, j’aurais peut-être une chance de leur répondre. Sauf si entre temps, j’ai eu besoin d’un autre truc. Enfin, c’est compliqué.

vendredi 1 juillet 2011

L'heure du berger

Quand le bruit et la fureur du monde (ou plus simplement celle de mes enfants) se fait tonitruante, j’attends l’heure du berger. Entre 22 heures et 22 h 30, je fausse compagnie aux filles et je m’assoies au milieu de mon jardin ou sur les marches du perron. Le jour décline dangereusement. Les oiseaux volent dans tous les sens. Ils le font plus tôt aussi. Mais à cette heure-là, ils crient. Les martinets passent au-dessus de ma tête, plus ou moins haut suivant le régime des pressions, en s’époumonant. On dirait des écolières (pour l’aigu de la voix) sortant de classe. Ça piaille, ça se poursuit, ça se bouscule, ça rit aussi beaucoup.

Pourtant, d’après une étude dont s’est fait l’écho Mme la principale du collège de mes filles, environ 17 % des enfants se disent victime de harcèlement et être mal dans leur peau. Soit une moyenne de quatre par classe.

Dans le ciel de mon jardin, impossible de savoir si le ramier est dépressif ou la colombe harcelée. Je ne saurais jamais non plus si la mésange est neurasthénique. Elle a quitté le quartier et ne reviendra qu’à l’automne. 

Llà haut, un mouette toute blanche attrape les derniers rayons du soleil. il en va de même pour ces volatiles de fer appelés communément avions. Ils laissent leur trace blanchâtre qui peu à peu s’efface. Les martinets sont ceux qui s’attardent le plus tard. Ils volent en formation serrée, comme s’ils jouaient à chat. Les nuages deviennent roses. Une tourterelle ricane dans l’arbre voisin. On entend de moins en moins de bruit. La ville s’efface, il ne reste que les jardins et le ciel. 

Et puis, d’un coup, tout bascule. Une chauve souris fait son apparition. Et avant qu’une deuxième ne la rejoigne, tous les oiseaux disparaissent. Quand s’allume la première étoile,  les Microchiroptères se lancent dans la grande chasse aux insectes nocturne. C’est l”heure exquise, celle du berger.

samedi 23 avril 2011

L'Etat policier

Je profite au maximum de ces quelques jours de vacances que j’ai bien méritée. Je lézarde au soleil (quel temps merveilleux depuis quelques jours), dans mon jardin. Et surtout, je lis. Des magazines et aussi quelques polars.

Je viens de terminer Le Temps de la sorcière, de Arni Thorarinsson. L’histoire d’un journaliste (personnage récurent) exilé dans une province du Nord pour y lancer un supplément local, et qui tombe sur une affaire étrange. Sur deux en fait, mais qui n’en sont somme toute qu’une seule. Ça fout la trouille à n’importe quel parent d’ado sur les dangers qui les guette, la méchanceté du monde qui nous entoure et sur leur propre aveuglement. C’est bien foutu, on ne devine pas le nœud de l’intrigue dès le deuxième chapitre et quand on la subodore, on se demande comment l’auteur va nous y amener. Et ce n’est pas décevant.

Et puis il y a des passages réjouissant. Tel que celui-ci. C’est un dialogue entre un chef flic et le journaliste héros de l’histoire.

– (le journaliste) Donc vous trouvez tout a fait inutile que les gens qui achètent des cartes SIM donne leur nom et leur adresse ?
– Non, ce n’est pas inutile. C’est impoli et insultant pour les gens ordinaires.
– Mais ça simplifierait la tâche de la police, non ?
– Je n’ai jamais demandé à personne de me mâcher le travail. Je veux que la tâche de la police soit ardue. Elle n’a pas à être facile. Dans quel type d’Etat le travail de la police est simple ?
– Un Etat policier ?
– Voilà. Vous le dites vous-même. Je refuse de vivre dans un pays où l’Etat définit ses besoins en fonction des criminels. Je veux vivre dans un pays où l’Etat définit ses besoins en fonction des gens du commun.
– Eh bien dites donc !
– Un Etat qui définit ses besoins en fonction des gangs de voyous finit tôt ou tard par se transformer en Etat voyou.
– Eh bien dites donc !
– Vous vous moquez de moi trouduc ?
– Loin de là. Vous êtes vraiment pas un sale flic.
– Je peux parfaitement être un très sale flic. En cas de nécessité. Tout ce que je veux c’est être un flic, pas un espion ni un militaire.

Ça m’a rappelé en creux l’affaire Tarnac, et bien d’autres…

Il y a aussi dans ce livre une réjouissante assemblée municipale ou de simples citoyens mettent le nez de leurs élus dans leur caca. Très simplement, en appelant un chat un chat. Un peu comme dernièrement quand ils ont refusé, via un référendum, d’assumer les pertes d’une banque privée.

Décidément, ils me plaisent ces Islandais.

Arni Thorarinsson, Le Temps de la sorcière, Points Policier

vendredi 4 mars 2011

Grande journée. Comme on n'aimerait pas en vivre trop souvent quand même

Moi qui ne voulais pas faire de ce blog un journal des râleries du quotidien, je sens que, aujourd’hui au moins (mais quelques jours auparavant aussi), ça va être raté.

La journée n’avait pas trop mal commencé. Je me sens encore fatiguée mais plus en forme (en formes oui, surtout) (et je me demandes en fait si je ne tiens pas avec les nerfs) (va savoir).

BRef, on se lève, on petit déjeune je fais le tour de la maison et je me rends compte du désastre. N°1 a surtout pensé à sa fête (elle a pendu la crémaillère mercredi soir), à son compte Facebook, et ses SMS. Et sa chambre n’est pas des plus avancée. On va dire tout juste la moitié. Cela fait trois jours que n°3 essaie de démonter sa mezzanine. Ce n’est pas que c’est difficile, c’est que c’est le genre : j’enlève un morceau, je joue, j’enlève un morceau, je joue… Evidemment la partie jeux est plus longue que la partie démontage. Il a fallu que je supprime télé, wii et DS pour arriver à quelque chose.

Celle du milieu est la plus vaillante. Elle m’a beaucoup aidé, tous ses livres sont en carton, son bureau démonter. Mais il ne faut pas regarder en détail. Elle est tout de même, et de loin, la plus motivée.

Ma chambre ? C’est pas mieux. Mon bureau est le bordel le plus absolu. Déjà, en tant normal, c’est n’importe quoi, mais là je me retrouve avec tous les petits riens que les filles trouvent, dont elles ne savent que faire, et qu’elles déposent sur mon bureau. C’est une vieille habitude : je retrouve ainsi des vieux bracelets, cassés, des papiers divers, des photos, des bouts de machins et de trucs. C’est tout juste si j’arrive à accéder à la fenêtre ou à mon lit, tant il y a des cartons absolument partout. Et le placard du haut n’est pas fini de ranger, mon bureau pas fini de vider.

Bon, il faut bien commencer par un bout. Mon plan, emmener tous les cartons de livres qui sont rangés dans la bibliothèque pour démonter celle-ci et laisser le passage. Elle se trouve effectivement en grande partie dans le cpouloir. Je commence à charger la voiture (heureusement, j’ai pu me garer juste devant ma porte) en portant les cartons. Puis je me suis souvenue que j’avais acheté un diable en début de semaine. Je lui mets deux cartons. Je roule jusqu’à la porte extérieure, descends les deux marches, puis le trottoir. Un crac sinistre m’indique qu’il y a comme un petit problème. La roue du diable est tordue et cassée. avec deux cartons seulement. Dire qu’on m’avait assuré qu’il pouvait porter jusqu’à 80 kilos… Soixante euros quand même…

Bref, il est 10 heures et le M. Numéricable doit passer entre 10 heures et midi. Donc je vais faire le pied de grue dans la nouvelle maison. Où on se les pelle. Je regarde le thermostat. Il fait un peu plus de 11 °C. C’est que je sors de bronchite. Elle fait quoi la chaudière ? Je descends, elle a l’air allumée, mais ne semble pas marcher. Mais je n’ai pas le mode d’emploi. Or je sais qu’on me l’a laissé. Je révolutionne la cuisine. Je finis par le trouver au bout d’une heure (dans une maison vide, je le rappelle). Je comprends le mécanisme du thermostat. Je redescends voir la chaudière. Et je me rends compte qu’elle essaie de s’allumer mais n’y arrive pas car… il n’y a pas de gaz !!! J’appelle l’ancienne locataire, que je connais bien, qui est une copine (et qui m’a laissé une maison dans un état, moi, franchement j’oserais pas…). Je lui avait dit de ne surtout pas faire couper le gaz et de prévenir, quand elle donnerai ses relevés de compteurs que je prenais la suite. Elle s’est pas fait chier, elle a tout fait couper. Je galope à la maison. Envoie Garance attendre M. Numéricable. Et téléphone à M. Gaz. Je tombe sur un jeune homme charmant, qui s’occupe de résilier mon contrat ici, enregistre mon contrat là bas. Et me dis : « Comme votre prédécesseur a fait couper le gaz, nous sommes obligés de faire une remise en route et de contrôler s’il n’y a pas de fuite, rendez-vous au mieux dans une semaine.
– Dans une semaine, mais nous emménageons demain, et il fait 11 °C dans la maison.
– Je comprends bien votre problème, mais pas possible avant.
– Vous n’avez pas une procédure d’urgence ?
– Si, mais c’est 104 euros. »

Je vous fait grâce des centimes. J’ai pris la procédure d’urgence, me voyant peu vivre avec les trois louloutes dans une maison froide. Entre temps, M. Numéricable était arrivé. Et avait lui aussi une mauvaise nouvelle. Le boitier de raccordement n’était pas sur ma maison, mais sur la voisine. Il n’avait pas assez de câble. Et donc il ne pouvait rien faire aujourd’hui. Donc pas de câble, pas d’Internet, pas de télé, pas de téléphone. Raaaahhhh Lovely. Prochain rendez-vous ? Ben pas avant mercredi matin 8 heures. Comme dit mon père, quand ça ne veut pas, ça ne veut pas.

Entretemps, M. Gaz était passé. En fait de visite de contrôle, mon c… mes oies. Il a remis le compteur en route. Comme le gaz n’alimente que le chauffage, il n’est même pas rentré dans la maison… Bien gagné les 104 euros quand même.

Du coup, j’ai fait des pâtes pour les filles. Et moi. Il faut bien manger. Des sucres lents de préférences. Avec des franckforts, ça ne demande pas beaucoup de travail. Après le déjeuner, j’ai chargé la voiture de cartons de livres et Garance et moi avons été les déposer dans la nouvelle maison (devant laquelle des voitures sont installées et ne semblent pas vouloir bouger malgré mes petits mots doux, ça va être classe demain). Puis j’ai couru chez le Roi L’Enchanteur acheter un nouveau diable et quelques cartons supplémentaires (ça coute une fortune ces trucs là).

Retour case maison, montage du diable, remplissage du coffre de la voiture de cartons de bouquins (trois voyages quand même), re vidage. Au centre de la pièce, les cartons. Parce que sinon, nous n’auront plus de place pour mettre les meubles quand ils arriveront. On voit que ce n’est pas mon premier déménagement.

Et puis je rentre. Dans l’embrasure de la porte, du courrier. Dont trois lettres de mon avocate. A là, ça sent définitivement la journée marquée de seau de m…Les conclusions de l’avocat de la partie adverse. J’appelle mon avocate. Je dois fournir les réponses avant samedi prochain. Ce p… d’avocat de l’autre nie évidemment les coups aux enfants, l’argent dépensé follement au jeu, le refus de bosser. Et continue d’affirmer que je n’ai choisi le père de mes filles que avoir un homme au foyer. J’en ai ras la casquette de me faire trainer dans la boue par cette petite bite qui en plus affirme que je n’ai eu de cesse que de séparer les enfants de leur père alors qu’au contraire, j’ai tout fait pour les réconcilier. Ça va être la guerre. Lou va écrire une lettre de témoignage. Elle a 16 ans. Sa parole peut être prise en compte. 

Enfin, c’est pas tout ça, mais j’ai encore des cartons à faire, un dîner à préparer. Et une nuit de sommeil avant le grand chambardement. Je ne sais pas si je pourrai me reconnecter avant… quelques jours.

Dieu que je hais les déménagements

samedi 26 février 2011

Nouvelles du front des cartons

Pas beaucoup dormi cette nuit. La toux, la toux, la toux. J’ai réussi à trouvé une position semi assise. Mais du coup, j’ai les reins en compote. Mais bon, j’ai dormi un peu. A 8h30, j’ai appelé SOS médecin. Ici, à Tours, les médecins de ce service ne sont pas très nombreux et en ce moment totalement débordés. Donc, il faut aller à leur permanence. A l’autre bout de la ville.

Me voilà donc en train de m’habiller, de prendre la voiture et d’aller entre deux quintes de toux, jusqu’à leur dispensaire. Rendez-vous 9h50. Je suis à passée à 10 heures. Le diagnostique a été vite fait : bronchite avec risque de pneumonie. Arrêt de travail recommandé. Radio des poumons à faire en urgence. Hospitalisation éventuellement envisageable selon ce que dit la radio. Là, sincèrement, j’ai pleuré.

Je déménage dans une semaine. Lundi je lance le magazine de l’école et c’est moi qui fait office de rédacteur en chef. Je dois aussi récupérer une voiture en remplacement de ma vieille titine en attendant que la nouvelle arrive. Et je dois me taper les cartons. Ça va être dur à gérer tout ça du fond de mon lit.

En fait, sur la radio, mes poumons ne sont pas atteint. Je dois donc me reposer. Mais je ne risque pas tout de suite l’hospitalisation. Mais il ne faut pas que je me fatigue trop. Je suis passée à la pharmacie. Je tenais à peine debout et la pharmacienne faisait sa commerçante, c’est à dire qu’elle papotait avec une cliente. Sans rien remarquer. Heureusement, la cliente, elle, a vu. Et a abrégé. Merci

Et puis mon amie Jeanne m’a appelée en m’engueulant parce que je ne lui avais pas dit que j’avais besoin d’aide. Maintenant, elle est là, elle fait les cartons avec les filles qui du coup se sont mises au boulot. Au moins jusqu’à ce soir. Lou m’a déjà demandé la permission de sortir.

Pour le reste, je verrai au jour le jour.

vendredi 25 février 2011

Post geignard

A l’heure qu’il est, je devrait être en train de fermer le vingtième carton de la journée. Pas être au fond de mon lit. Mais voilà, ce qui a commencé par un nez qui chatouille et des éternuements, s’est transformé en grosse sinusite et maintenant en belle bronchite.

Je suis donc au fond de mon lit. En train de pleurer sur mon sort. Personne ne m’aide, personne ne m’aime, ça sonne pareil, non ?

L’aînée, en plus de me la jouer crise d’ado à outrance, s’est contentée de mettre en carton une partie de sa chambre. Depuis le début des vacances, elle est soit au fond de son lit en train de regarder des films, soit avec ses copains. Pour arranger le tout, elle a perdu de sa subtilité me concernant. Donc quand je vais mal et que du coup, je fais chier le monde (je manque moi-même totalement de subtilité quand je vais mal, que je m’angoisse, comme c’est le cas en ce moment), au lieu de s’inquiéter pour moi, elle se tire en faisant la gueule.

Les deux autres… je n’ose même pas entrer dans leur chambre. Elles passent leur temps devant la télé, surtout la dernière. Ne débarrassent la table que quand je me fâche (après au moins quinze demande). Ne range rien de ce qu’elles dérangent. Campent dans le salon avec leurs affaires et les y laissent. La maison a souvent l’air d’un dépotoir, là, avec les cartons, c’est pire que tout.

Il me reste à débarrasser la moitié de ma chambre, la totalité de la vaisselle, des bibelots, une partie de la bibliothèque, tout mon bureau (le cauchemar), la salle de bains est en partie faite (seule contribution de Lou au bien commun), la buanderie, le garage et la cave.

Je me demande si je ne vais pas en finir là immédiatement tout de suite tellement j’en ai marre. Déménager dans une ville dans laquelle on ne connaît pas beaucoup de monde, c’est pas de la tarte. J’ai l’impression de vivre au bout du monde… Et le pire, c’est que je souffre le martyr à chaque fois que je tousse. Je crois que je vais juste pleurer. Ce qui ne changera rien, ne me procurera aucun soulagement parce que personne ne me consolera. Mais c’est tout ce que j’ai la force de faire.

samedi 12 février 2011

Le jour ou Moubarak a dégagé

Nous sommes le 110211. Il est 23h23. Ce sont des chiffres qui m’amusent. La journée a été relativement tranquille. Plus que la soirée en tout cas. J’ai préparé mon sac, dit au revoir à mes enfants, et je suis partie travailler. M’attendait un groupe d’étudiants de première année. Des tout-petits mignons. Pour la première fois, ils s’essayaient à faire du secrétariat de rédaction (sur les textes de leurs camarades), et à mettre les textes en maquette. En utilisant un outil, le Mac, un logiciel, In Design, qu’ils connaissaient assez peu. Ils ont eu un cours théorique en début d’année. Mais là, ils passent à l’étape pratique et je suis là pour les guider. Certains, je le sens, s’ils osaient, m’appelleraient bien « maicresse », pour se moquer de moi. Gentiment. Faut dire que je surjoue le personnage de la prof qui fait les gros yeux quand ça ne va pas. Faire les choses sérieusement sans se pendre au sérieux. Aujourd’hui, il y en a un qui a osé m’appeler Akynou. C’est autorisé, mais peu s’y aventurent. Ils restent prudemment au Madame. L’une d’entre eux s’est essayé au Madame Akynou. Là, je dis non ! C’est l’un ou l’autre, il faut choisir.

Dans l’ensemble, ils n’ont pas les deux pieds dans le même sabot et sont plutôt de bonne volonté. Il y en a même certains, si les petits cochons ne les mangent pas, je pense qu’ils iront loin. On sent qu’ils peuvent être bons. Voire très bons.

Bref, journée intéressante, voire amusante. Fatigante aussi parce que je suis sollicitée par les uns, par les autres. Je les incite à faire des pauses. On ne travaille pas plus de deux heures sur écrans sans prendre des pauses. Autant qu’ils prennent de bonnes habitudes.

J’ai déjeuné en compagnie d’un de mes confrères, journaliste de RFI qui intervient chez nous pour la radio et des qui sont sous ma responsabilité, ou qui l’ont été. Dont une jeune femme que j’apprécie beaucoup. L’an passé, elle fut la dernière recrutée sur la liste d’attente. Tous les jours, ou presque, elle m’appelait pour demander où en était la liste, si elle allait être prise. Et je ne pouvais pas lui répondre. Elle était à la fois agaçante, et en même temps, elle avait tellement envie de venir que c’était attendrissant. Du coup, avec cette motivation, j’ai cru en elle. Cela n’a pas toujours été évident. Elle n’était pas sûre d’elle, se cherchait beaucoup. Mais, mine de rien, elle avançait. Elle a fini deuxième de la promo, ce qui m’a fait plaisir. A fini par accepter de faire une année de licence, alors qu’elle n’en avait pas envie au départ. Mais je pensais qu’elle devait la faire. Que cela lui serait bénéfique. Et d’après ce que me disent les autres enseignants, cette année, effectivement, elle explose. En plus, elle est magnifique. Beaucoup plus sûre d’elle. Lors du déjeuner, je la regardais. Et je lui ai dit que je la voyais future rédactrice en chef de magazine. Elle a sourit. Elle n’y croyait pas vraiment. La vie est dure pour les jeunes journalistes. Mais je lui ai rétorqué qu’elle avait le temps, qu’elle était au tout début de sa carrière. Et que c’est comme cela que je la voyais. J’en ai connu des rédactrices en chef, elle est de cette trempe. Et je suis sûre qu’elle y arrivera.

A 17 heures, j’ai planté là mes étudiants, rangé quelques affaires dans mon bureau. Puis j’ai pris ma voiture. Le journal de 17 heures était en train de se terminer. La virgule de fin avait à peine retentit que la journaliste a repris la parole pour annoncer qu’Hosni Moubarak avait démissionné. Dans la voix de la journaliste, une légère excitation. En général, les grands faits historiques me laissent froide. J’en ai vécu quelques uns. La chute du mur de Berlin ? A l’époque, c’était pourtant une vraie révolution, magnifique. La fin d’une époque. Mais cela m’a laissée indifférente. Les avions dans le World Trade Center, j’ai trouvé ça horrible, mais cela n’a jamais représenté pour moi le cataclysme ressenti par d’autres. En tout cas pas plus que le tremblement de terre d’Haïti l’an passé qui a d’ailleurs occasionné beaucoup plus de morts. Le départ de Ben Ali, oui, c’était bien. Voilà, c’était bien. Pourtant, à chaque fois qu’il se passe quelque chose, je me précipite pour voir, observer, comprendre. Mais je ne ressens pas cette espèce de ferveur qui semble porter les autres. Et qu’on ne me dise pas que c’est à cause de mon métier que je suis blasée. C’était déjà comme cela bien avant que je devienne journaliste. Par exemple, quand le premier homme a marché sur la lune. Mais là, d’entendre la voix sautillante de cette journaliste alors que je traversais la Loire radieuse sous le soleil, mon cœur a bondi. Et je me suis surprise à sourire de bonheur.

Je suis allée me garer du côté de la gare puisque j’avais un train à prendre. Un train pour Paris. C’est que j’ai une soirée théâtre et que, comme il se doit, je ne vais pas aller au théâtre dans ma bourgade de province. Il n’est de planches qu’à Paris. Bon, en réalité, je n’ai pas encore réussi à changer de réseau. J’en ai un très bon dans la capitale, que j’ai mis des années à me constituer et quelques bons amis avec qui sortir. Ce n’est pas encore le cas à Tours. D’ailleurs, qui pourrais-je rencontrer : les enseignants qui bossent avec moi, mais ils ne sont pas si nombreux et déjà très occupés. Et des étudiants avec qui la déontologie m’interdit de sortir y compris en tout bien tout honneur. D’ailleurs, je n’en aurais guère envie. Qu’aurais-je donc de plus à leur raconter. Nous vivons sur des planètes différentes.

Donc je me fais des soirées dans la capitale, et c’est la course. A 18 heures dans le train, à 19 heures dans le métro, à 19h45 dans le Monoprix (j’ai oublié mon pyjama à la maison), à 19h55 dans un appartement prêté, téléphone en main pour des affaires de boulot puis les enfants, poêle dans l’autre pour me faire réchauffer un plat. A 20h20 dans la rue. Il fait vraiment doux pour un mois de février à Paris. Doux au point de rendre étrange les lumières de noël. Il faut dire que noël est loin, déjà. Je rejoins le théâtre des Bouffes du Nord et une amie. Nous allons voir une pièce de Shakespeare. Quand j’avais pris les billets, je m’étais dit qu’avec Shakespeare, franchement, je ne pouvais pas être déçue. Et j’ai bien eu raison. On a assisté à un tourbillon d’une extrême drôlerie, mené avec un abattage à couper le souffle. La comédie des erreurs est une pièce de jeunesse du grand William et il s’y est beaucoup amusé sur le ton de la farce.



Comme souvent, on traverse une partie du décor pour rejoindre sa place. Le sol est couvert d’une fausse pelouse. Il y a une petite estrade en bois de chaque côté de laquelle est installé un bar avec des distributeurs de bière, qui doivent servir en réalité une espèce de Fanta rouge et moussant. En tout cas, je l’espère vue la quantité de cette boisson ingurgitée par chacun des comédiens durant la pièce.

L’histoire, a priori, est simple. Enfin non. Elle est compliquée. Plus qu’un boulevard. Des jumeaux ont été séparés très jeunes lors d’un naufrage. Chacun était accompagné d’un autre membre d’une paire de jumeaux qui devait être son serviteur.  Des années plus tard, un jeune homme, Antipholus, arrive en ville accompagné de son serviteur, Dromio. Il l’envoie déposer de l’argent chez leur hôtesse. Mais Dromio revient à peine deux minutes plus tard. Antipholus n’en revient pas et lui demande ce qu’il a fait de son argent. Le drôle lui répond qu’il n’a jamais reçu d’argent mais que la femme de son patron l’attend pour le déjeuner. Qu’elle est même déjà passablement en colère de son retard. Vous l’aurez compris, ce Dromio-là n’est pas le serviteur du jeune homme, mais celui du jumeau d’Antipholus, Qui porte le même nom.

S’ensuit une série de quiproquos et de farces assez drôles. La femme du jumeau local prend le jeune homme pour son mari et l’invite dans sa maison. Mais celui-ci tombe amoureux de la sœur. Et lui fait la cour au grand désarroi de ladite sœur qui s’empresse d’aller tout répéter à l’épouse. A ce moment-là, le mari veut entrer dans sa maison mais trouve porte close. Il va donc chez sa maîtresse. Les deux et les serviteurs se croisent sans se rencontrer. Ça pourrait ressembler à du boulevard. Sauf que c’est du Shakespeare et du Shakespeare mis en scène par Dan Jemmett  et joué par des acteurs époustouflants. Ça n’arrête jamais. On finit à peine un éclat de rire qu’un autre repart. Celle qui joue le rôle de l’épouse, et aussi de la prostitué qui reçoit les faveurs du mari, a un abattage hallucinant. On s’épuise rien qu’à la suivre. Elle se plaint de son mari, pleure, ri, court, bavarde et tout ceci à un rythme suffocant. Valérie Crouzet a joué pour Ariane Mnouchkine, Irina Brooks, Alejandro Jodorowski… Elle est absolument parfaite dans le rôle de femme encore amoureuse mais délaissée par son mari, frustrée et plutôt hystérique. Elle enterre Adjani dans le rôle de la crise de nerf, et elle arrive à nous faire oublier qu’elle parle la langue de Shakespeare, vers, alexandrins et compagnie. On est dans l’histoire et on rit de bon cœur. Et quand elle revient avec les habits de la prostitué chez qui va le jumeau, elle amène une touche de cabaret tordante, se promenant parmi les spectateur, s’asseyant sur les genoux de messieurs fort gênés et draguant un jeune homme sous les yeux de sa fiancée. Plus vraie que nature.

Le jumeau n’est pas mal non plus. David Ayala, avec son jeu drôlissime, incarne à merveille ce gros balourd d’Antipholus, un peu ahuri, qui ne comprend goutte à ce qui lui arrive et son jumeau, plus côteleux, plus bourgeois. Tous sont formidables. Ils ne sont d’ailleurs pas si nombreux que cela. Ils sont cinq à jouer tous les rôles. Ainsi la délicieuse Julie-Anne Roth interprète trois personnages différents.



Bref, ma copine et moi nous avons adoré. Et si jamais vous avez l’occasion d’aller voir cette pièce, n’hésitez pas, courez-y. On y ri tant, et si bien, que le prix des places devrait être remboursé par les sécurité sociale. Puis l’amie m’a raccompagné jusqu’à l’appartement prêté, ce qui m’a évité de rentrer seule et à pied. Nous avons papoté un bon quart d’heure dans sa voiture. Une fois dans le pigeonnier, j’ai allumé la télé pour attendre les infos. Je voulais voir des images de la place Tahrir. Parce que, quand même, aujourd’hui, Moubarak a dégagé.

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