mercredi 17 juin 2009

Lundi ibère

Carme, a longtemps été mon opéra préféré, sans doute parce que, petite fille, c’est celui qui me semblait le plus accessible. L’histoire était simple, forte, et l’héroïne avait quelque chose de fascinant pour une petite fille qui découvrait que la condition des femmes n’était pas franchement enviable. Comme le disait si bien mon père : « Fais ce que je te dis, ne dis pas ce que je te fais… »

Un de mes premiers CD acheté fut celui de Carmen chanté par La Callas. J’en ai écouté des versions très différentes. J’ai vu les trois Tragédies de Carmen de Peter Brook. Je me suis précipitée au cinéma quand Carmen Jones est enfin sorti en France, Bizet venant de tomber dans le domaine public (les héritiers jugeant cette adaptation trop loin de l’œuvre initiale, les couillons).


carmen jones 1

Je kiffe Dorothy Dandridge. Mais cet extrait là n’est pas mal non plus.


carmen jones 2

C’est également un des rares opéras dont je connais certains airs par cœur. J’étais même capable de les chanter (dans ma salle de bains uniquement et quand il pleuvait déjà, c’est une honte, je n’ai pas la voix qu’il faut pour ce type d’exercice). J’ai également vu le film, de Rosi avec du beau linge, Placido Domingo dans le rôle de Don José, Ruggero Raimondi dans celui d’Escamillo et Julia Migenes en Carmen plus minaudière que force et caractère. Plutôt fade et statique – un comble pour le cinéma –, même si les voix des deux hommes étaient superbes.
J’allais donc plutôt curieuse à cette première. Garnce aurait dû venir, mais elle était punie. J’vais donc une place à vendre et c’est aux Prosélytes Lyriques que je la proposais, sans trop de succès. Il n’y eu qu’un candidat qui se démis en faveur de son ami. Et c’est ainsi que je me retrouvais devant l’Opéra comique avec S., violoncelliste, presque plus intéressé par ce qui se passait dans la fosse (la direction d’orchestre de Gardiner – il faut dire, ce n’est pas rien) que sur scène. C’est juste un peu stressant d’allet écouter une œuvre avec un musicien. On a toujours peur de dire une connerie. Mais S. fut charmant et emballé. Comme moi.
D’habitude, j’aime beaucoup le premier acte, moins le reste et le personnage de Micaëla m’assomme, car elle est interprétée de façon bien mièvre (il faut dire que le rôle est fade face aux Bohémiennes). Je déteste José mais c’est le personnage qui veut ça (sauf Harry Bellafonte dans Carmen Jones) Et il y a des airs que je chéris particulièrement comme « Sur les ramparts de Séville, chez mon ami Lilla Pastia…»

Près des remparts de Séville (Antonacci/Kaufmann, ROH 2006)

Cela dit, cela faisait un paquet de temps que je n’avais pas écouté Carmen. Eh bien, j’ai pris une bonne claque.

Tout d’abord, hommage à sir John Elliot Gardiner. Sa direction fut impériale. Il a rendu hommage à la musique de Bizet, préservant son charme, sa spontanéïté, sa joie et sa tristesse. Pas de pompe, mais de la nuance, de la subtilité et pour tout dire de la vie t « des cojones ». Quand on lui fait remarquer que sa Carmen met l’accent la sensualité du personnage, il répond : « Oui, c’est oppressant, étouffant et provocant. Venez en maillot de bain ! »
La mise en scène est elle aussi dépouillée du folklore ibérique qui était parfois pesant. Bien, sûr, cela se passe en Espagne, à Séville, ville encore sous influence maure. Et les cigarettières sont bien légèrement vêtues. Mais le décor est sobre. Les mouvements de foules sont formisablement orchestrés, parfois comme dans un ralenti qui donne le vertige. Les différents personnages n’en font pas des caisses et restent au plus près de leur vérité. Et le chœur, mon Dieu le chœur, ha quel chœur ! Des voix sublimes, une musicalité fantastique, un jeu de scène époustouflant,  ça danse, ça chante, ça joue, dans un bel ensemble et avec un bel allant. On se croirait presque dans une comédie musicale à Broadway. Moi qui ne connaissait que les chœurs de Bastille, un peu plan plan il faut dire et pas toujours justes, ceux là, misère ! quelle santé ! Quant à leur diction, elle est impeccable, on se passe aisément des sou-titre.
Ce qui n’est pas toujours le cas de Don José, que le français visiblement embarrasse. Le ténor américain Andrew Richards ne fut pas toujours à l’aise dans les deux premiers actes. Mais quel beau Don José. Il n’est pas ce benêt que Carmen mène en bateau. Il est un homme passionné, dont la Gitane tombe vraiment amoureuse, même si elle finit par se lasser de sa jalousie morbide. Et dès que le désespoir s’empare de lui, tout bascule. Il devient réellement fou. Il y a un moment, presque imperceptible, dans la scène finale, à l’instant où il se rend compte que non, décidément, Carmen ne le suivra pas, sa main, près de son oreille, a un geste saccadé. La douleur même. Cette main à elle seule est le hurlement muet de l’homme blessé à mort. Et tout le reste est à l’avenant. Wow !
Et moi qui n’aimait pas Micaëla, qui la trouvait mièvre et insignifiante, gnan-gnan (elle ne figure pas dans l’œuvre originale de Mérimée, elle fut ajoutée par Bizet pour contenter les canons moraux de l’époque), l’interprétation d’Anne Catherine Gillet m’a fait changer d’avis. Quelle belle voix, quelle belle âme, quelle force pour cette fragile jeune fille. Elle n’a pas à reougir devant Carmen. Elle est belle, amoureuse, passionnée, courageuse et tout ceci grâce à la magie de la voix de la jeune cantatrice.

Et puis il y a Carmen, Anna Caterina Antonacci, sublime. C’est un rôle qu’elle connaît, puisqu’elle le chante depuis 1998. Et visiblement, c’est un personnage qu’elle aime. Pas de minauderie, ni dans le jeu ni dans la voix. De la fierté, de la joie, de la force, de la violence, de l’amour, de la dureté, de la sensibilité. Elle est cette femme totale et elle chante totalement. Non seulement elle chante, mais elle joue, elle danse. UN abattage digne des plus grande meneuse de revue. Et une diction du français impeccable. Putain ! (pardon) quelle nana ! Il y a si peu d’héroïne qui assume ainsi leur vie, leur mort, leur liberté, leur féminité, surtout de cette époque. Et La Antonacci lui rend enfin justice. J’ajoute que c’est une femme mangifique à presque 50 ans.

Bref, je suis fan, totalement fan. Je voudrais y retourner (trois heures pourtant mais qui passent si vite). Mais pas la peine, tout est plein. Mais l’Opéra Comique a lancé une opération spéciale, pour le soir du 25 juin. Le spectacle sera retransmis dans 45 salles de cinémas françaises et suisse dont on peut consulter la liste sur le site. Dommage, il n’y a rien à Tours. Sans cela j’y aurais été en courant !


mardi 16 juin 2009

Lundi anglais

Cela faisait une éternité que je n’étais pas allée au cinéma. Mais puisque mon rendez-vous de travail était annulé et qu’une météo toute britannique s’était emparée de la capitale, je n’avais rien de mieux à faire. Il me restait deux places. Et coup de chance, les deux films que je souhaitais voir passaient dans le même cinéma à des horaires compatibles. Deux films anglais, comme le temps.

J’ai lu un jour Anarchie au Royaume-Uni, de Nick Cohn. Il y décrit une Angleterre moche, crade, bruyante, pétée de partout, peuplées de clodos, de SDF, de marginaux. L’envers du décor en quelque sorte, bien loin du sourire de Tony Blair. MAis le livre n’est pas désespéré, bien au contraire, il est puissant et plein d’espoir. L’Angleterre éternelle est là. Comme elle est sans doute aussi, dans les films de Ken Loach. Le premier film que j’ai vu de lui, c’est Family Life. Il est sorti en 1971. J’avais donc une douzaine d’année quand j’en ai lu la critique. Et l’histoire de cette jeune femme, que la société anglaise – parents compris – et la médecine psychiatrique rend folle m’avait marquée. Le journaliste décrivait entre autres une scène où la mère s’éloignait dans un corridor carrelé. Le bruit des talons, bien net, bien propre, était à lui seul la métaphore de cette Angleterre coincée et bien pensante qui voit sa jeunesse sombrer avec le sentiment du devoir accompli. Je n’ai jamais oublié ce papier et quand j’ai pu, enfin, voir le film, j’ai attendu cette scène. Je ne peux pas dire que j’ai été déçue, la scène était insignifiante, mais c’est cette insignifiance même qui lui donne toute sa force.

Je suis longtemps restée incrédule, perplexe face à ce film. Oui, tout y était dit, tout ce qui concernait cette époque. Mais les personnages : les médecins, les parents, les voisins… étaient si loin de moi, de ce que j’espérais du monde que j’en suis restée comme blessée. Je ne remettais absolument pas en cause la plausibilité de l’histoire. Mais c’était si violent, si terrible que j’en suis restée avec un méfiance vis-à-vis de ceux qui ne sont pas capables de se remettre en cause, de douter (même si ce n’est pas tout à fait leur faute) et une certaine aversion pour une certaine Angleterre.

Le film était sombre, terriblement, et sans espoir. Ce n’est pas le cas de Looking For Eric, du même réalisateur mais sorti tout récemment. et le coktail Ken Loach/Eric Cantona, ça c’est quelque chose que je voulais voir. Le décor a vieilli, les personnages aussi. Les maisons de la banlieue anglaise ne sont plus proprettes depuis longtemps. Le tatchérisme est passé par là. Le blairisme aussi. Et cette Angleterre populaire a sombré dans la pauvreté et la précarité, la violence. Plus personne n’a de certitude et encore moins Eric, le héros, qui crève de ne pouvoir expier une faute impardonnable, celle d’avoir abandonné Lilly, sa première femme, et Sam, leur petite fille de quelques mois.

Eric, c’est le frère de Janice, l’héroïne de Family Life. Le peu qu’il explique de son père, quincailleur, raconte la même rigidité, la même incompréhension du monde à venir et le même naufrage. Donc, Eric a sombré. Il erre, tel un fantôme, entre ses deux beaux-fils qui ne foutent pas grand chose si ce n’est quelques menus trafics, et son boulot de postier. Et c’est une autre fantôme, la légende d’Eric Cantona, joueur fabuleux et fantasque de MAN U, Manchester United, qui lui vient en aide.

J’adore Cantona. Peut-être pas autant qu’Eric, mais ce personnage de sale gosse génial mais pas si mauvais que cela, cette grande gueule ombrageuse, ses aphorismes, sa superbe me l’ont, quoi qu’il fasse, rendu sympathique. J’aime certains joueurs de foot pour des raisons parfaitement extrafootballistiques : Cantona, Thuram, Dhorasoo.

Dans le film, le roi Cantona est parfaitement chiant. Il débarque avec sa compassion, ses phrases à la mord moi le nœud traduite en anglais à la diable. Mais cela fait partie du personnage : « I’m not a man, I’m Eric Cantona ! » Le donneur de leçon est cependant bienveillant et, surtout, à l’écoute. Et le postier qui gardait tout son malheur pour lui, finit par détricoter son malaise et reprendre sa vie en main. Il y a un côté midinette dans ce film que je ne connaissais pas chez Ken Loach. Une midinette virile qui aurait pu chanter Les Copains d’abord, de Brassens. Car le message est là avant tout, dans l’amitié et l’esprit d’équipe. « Certains éprouveront peut-être une certaine condescendance envers cette idée, explique Ken Loach. Mais ce film parle de la solidarité entre amis en prenant pour exemple un groupe de supporteurs de foot. Il est aussi question de l’endroit où vous travaillez et de vos collègues. Même s’il peut sembler banal de dire cela, ce n’est pas le vent de l’époque. Ou du moins ça ne l’est plus depuis trente ans. Ceux qui vous entourent ne sont plus vos camarades, ils sont vos concurrents. »

De la grandeur dans les petites misères du quotidien. Et un film drôle et plein d’espoir.

Le temps de changer de salle et me revoilà outre-Manche. L’England des sixties, celle d’avant Tatcher, celle de Family Life, mais côté flamboyant. Je me suis marrée comme rarement. Un film qui pète la forme et l’insouciance. C’est l’histoire invraisemblable d’une radio pirate basée quelque part en mer du Nord, donc hors zone de contrôle, qui émet des émissions que l’etablishment britannique réprouve, mis que tous les autres adorent. Une Skyrock qui passerait de la bonne musique, ce que le rock et la pop ont fait de mieux : les Who, les Stones, Cream, les Yarbirds, les Small Faces, les Hollies… C’est aussi l’histoire d’animateurs fêlés qui s’éclatent comme des malades à faire écouter la meilleure des musiques et à parler bite et cul à l’antenne, des gamins irrévérencieux, insupportables mais géniaux. C’est l’histoire enfin d’un ministre ultra puritain (Kenneth Brannagh absolument parfait) qui n’a de cesse de faire arrêter ce scandale et de faire taire cette ù@#*€$ de radio de voyous, de pornographes. Il n’y a que dans les pays très coincés, sclérosés jusqu’à la moelle que peuvent naitre des hommes aussi déchirés et fantasques. Je parle des animateurs de Radio Rocks, pas du ministre… Quoi que…

Le film a une patate qui vous rend la fougue de vos 20 ans. Qui vous rappelle également pourquoi on a aimé cette musique et ce qu’elle avait de révolutionnaire. A l’époque dont parle le film, j’étais une mominette, mais la déflagration causée par le rock et la pop ont eu, très longtemps des retombées radioactives.

Bref, je suis sortie de ce cinéma, anglophile sautillant sous la bruine parisienne avec une envie de prendre le train et de filer à Londres.

A la place, j’ai mangé une salade crevette et j’ai filé à l’Opéra Comique où l’on chantait une toute autre chanson. Celle de Carmen. Mais c’est une autre histoire.

mercredi 10 juin 2009

Les "serviteurs" du géant

Qu’ils sont élégants les membres de Royal de Luxe. Une élégance un peu fanée et grunge qui leur sied à merveille. Un bel habit de velours rouge digne des valets de cœur et des godillots, des foulards de corsaire dans les cheveux, des gants d’ouvriers pour les manœuvres. Cela donne à l’ensemble un petit air de Pirates des Caraïbes plutôt plaisant.

Cette noria infernale pour faire avancer le Géant de 15 mètres, auquel un homme moyen n’arrive même pas à la cheville a quelque chose de puissant et de magique.



Les femmes ne sont pas en reste. Ce sont elles qui s’occupent d’actionner les bras et les mains dans lesquelles elles tiendraient à plusieurs.





D’autres photos sur mon compte Flickr. Et c’est même possible de faire un diaporama. Il m’en reste un bon paquet à poster. Il aut notamment que je vous raconte la soif du scaphandrier.

samedi 21 mars 2009

Oncle Vania

J’aime le théâtre des Bouffes du Nord. Pas seulement sa programmation, souvent intéressante, mais sa salle. J’aime cette surprise de découvrir les gradins et les décors immense derrière la façade quelconque d’un immeuble haussmanien. J’aime ses balcons décorés, ses hauts murs et sa verrière tout là haut.

Cette fois-ci, j’ai décidé d’y emmener la grande. Oncle Vania de Tchekhov. Une pièce rassurante parce qu’on la sait de très grande qualité. Si on ajoute à cela des acteurs comme Philippe Torreton, Benureau ou Marie Bunel, on se dit que c’est LE spectacle à faire découvrir à une adolescente, qu’elle va adorer. Peu de risque de se tromper.

Effectivement, j’ai fait mouche. Elle a beaucoup aimé, et moi aussi.

Je ne me souvenais plus de l’argument de la pièce. Je ne lis pas Tchekhov tous les jours. Il m’en restait des souvenirs lycéens. Autant dire anciens. Mais je n’ai pas cherché à rafraîchir ma mémoire. J’aime cette impression de découvrir quelque chose. J’ai donc découvert

-  un texte extrêmement moderne, qui parle d’écologie, de politique, de frustration, de l’âge qui vient et qui rend impuissant, d’hommes, de femmes. Rien que des choses anciennes, mais au traitement très actuel. On ne fait même plus attention aux phrases du genre : préparez-les chevaux, faites seller mon cheval… Ça passe avec le reste. C’était hier, aujourd’hui, ce sera demain.

- Philippe Torreton est royal, mais sans surprise. Je ne l’avais jamais vu au théâtre (mais très souvent au cinéma et régulièrement le matin en déposant les enfants à l’école et dans les manifs pour les sans-papiers, mais c’est une autre histoire). Je n’ai pas choisi la pièce pour lui, je ne savais pas, à l’époque, qu’il y jouerait le docteur cinglé. J’étais contente de l’apprendre.  Torreton fait du Torreton. Mais comme il le fait divinement bien, c’est du pur bonheur. Bon, il a pris un peu de bide, mais Mikhaïl Lvovitch Astrov le vaut bien. C’est un personnage à la hauteur de la renommée du comédien : politiquement correct ( en se plaçant du point de vue d’aujourd’hui) même si désabusé, cynique, fatigué car, quand il parle d’arbres et de nature, et même de la misère des hommes, il devient terriblement séduisant. Soyons honnête, Torreton est séduisant à tous les moments de la pièce, même quand il se conduit comme un soudard.  Et même en dehors de la pièce…

- Marie Bunel est tout en ambiguité, belle et lumineuse, heureuse et malheureuse et en même temps aguichante alors qu’elle se défend de l’être. Cette Elena, il faudrait l’aimer sans l’aimer, la chérir sans la toucher, sans la tenter, ce qui est impossible. Elle perturbe par sa seule présence le bon ordonnancement du domaine. Le royal Torreton saura y mettre bon ordre.

- Agnès Sourdillon campe une Sonia solide et écorchée comme sa voix. Une voix rauque de femme, mais une diction de petite fille qui récite dès que la tirade est un peu longue. L’actrice est jolie mais campe ce laideron avec conviction. Et cette façon qu’elle a de parler, s’il est surprenant, passe impeccablement parce que cela colle parfaitement au rôle. C’est une jolie trouvaille de mise en scène, ou de mise en bouche.


Pour le reste, la nourrice est… nourrice, le professeur odieux comme il se doit, le propriétaire ruiné encombrant et servile… Tout ceci est assez plat et sans grand intérêt. La grand-mère m’a rappelé la mienne avec cette façon de préférer son gendre à son propre fils.

Et il y a Vania, tout en déchirement, et en réalisme. Un homme de 50 qui se rend compte qu’il est passé à côté de la vie pour ce beau-frère, le professeur, qui n’en valait pas la peine. Bénureau est un Vania dépressif et maladroit, qui rate tout y compris l’assassinat de son beau-frère. Je l’ai trouvé un peu trop nounours. Pas tout à fait à la hauteur de son désespoir.

La mise en scène est académique. On est dans Tchékhov merde quoi, dans cette Russie fin de règne, avec les bouleaux, la datcha… La révolution d’octobre n’a pas encore ravagé ce fragile équilibre, mais ça va venir. Il y a des roses, un samovar… classique. On ne s’ennuit pourtant pas une seconde, grâce à la magie du texte et au génie de Torreton.

Ça ne finit pas très bien, a constaté Lou. C’est vrai, mais en attendant, on rit, beaucoup (je ne me souvenais pas que Tchékhov avait ce génie du comique de situation), on est ému, souvent. Et puis on se reconnaît avec nos vies parfois insatisfaites, qu’on n’aurait sans doute pas imaginées comme cela quand nous avions 15 ans… Au moins, cette fin-là, on sait qu’on peut y croire.

vendredi 6 mars 2009

Koen Augustijnen. Ashes

Vous étiez assis à une table de ce Café de Luna, près de la place Clichy. Je vous avais remarqué, parce que votre anglais masquait mal votre accent néerlandophone. Et que c’est un accent que j’aime bien. Mais je ne vous avais pas vraiment regardé. Vous n’étiez qu’un touriste inconnu discutant à une table voisine. Et puis, vous vous êtes levé, tout en continuant à parler, et vous avez agité vos mains façon “Ainsi font font font, les marionnettes”. Chez tout autre que vous, le geste aurait paru ridicule. Mais cela n’avait rien à voir, c’est comme si vos mains avaient attrapé une vie propre, étaient devenues indépendantes. Vous souriiez et vous expliquiez quelque chose  à votre interlocuteur, une de vos main est venue se positionner au dessus de l’autre. C’était fascinant et en même temps très fugace, dans le feu de la discussion. Mais c’est là que je vous ai reconnu. Je vous avais vu, il y a deux ans, sur la scène du théâtre des Abbesses où vous dansiez un spectacle que vous aviez chorégraphié, Import/Export, et qui m’avait ému aux larmes


Koen Augustijnen au café de Luna

J’ai failli me lever pour venir vous parler, vous dire combien j’avais aimé votre spectacle, quel ravissement cela avait été de découvrir votre nom dans le programme de Théâtre de la ville en juin dernier. Ma déception quand je n’avais pas pu avoir de place avec mon abonnement. Mon impatience à attendre l’ouverture de la location. La fébrilité quand je reçus le mail m’informant que les réservations étaient ouvertes et mon bonheur, enfin, quand je reçus ces places tant espérées. Bien sûr, il ne restait que des sièges tout en haut, mais je savais que je serai au paradis.

Et voilà que vous étiez là, en train de parler boutique, et vous laissiez vos mains s’échapper, mimant un passage de votre spectacle.

Ces mains-là, je les ai reconnues alors que j’étais assise au théâtre des Abbesses. Ces mains libres et indépendantes qui rendent fou celui qui si peu les posséde au point qu’il se lance dans le mur (Benjamin Boar). Mais juste avant, le rideau s’était levé sur une scène d’apocalypse, des corps partout, affalés, morts peut-être, comme jetés à terre par une guerre, une femme créole, une ombrelle rouge à la main, avait traversé la place. Puis les corps s’étaient mis à bouger et la femme à pousser des petits cris de frayeur. Au fur et à mesure que les morts vivants s’étaient relevé, esquissant des mouvements maladroits et aléatoires, la femme était devenue folle et s’était mis à hurler de terreur, pantin épileptique remuant son gros popotin au milieu des soucougnans. C’était fort, c’était âpre.

En fait de morts- ils sont sur-, des survivants. Et rien ne peut, pour eux, être tout à fait normal. Alors il y a l’homme aux mains libres, et puis cet autre, Gregory Edelein, qui donne du bois pour se faire battre à un troisième larron, Jakub Truszkowski. Il lui met le bâton dans les mains puis se jette à terre en attendant les coups. L’autre pose calmement le bâton, essaie de le repousser. Mais continuellement celui qui cherche les coups revient à la charge et se jette à terre avec plus de violence encore. Les autres danseurs observent la scène sans intervenir. Parmi eux, un homme saoul, ou fou, ou élastique. Très élastique. Gaël Santisteva bien sûr. Il tombe, se relève, tombe encore, monte sur le toit, manque d’en tomber et se récupère au dernier moment, mais fini quand même par en tomber. Il grimpe le long des murs et s’élance dans le vide. On retient alors son souffle mais il rebondi sur un trampoline que l’on n’avait pas vu et disparaît dans les cimaises pour mieux en dégringoler, rigolard… L’aviné au sourire perpétuel qui se joue de tout, la chance de l’inconscient qui traverse tous les dangers, qui nous tétanise et nous fait rire puisque tout se passe bien. L’auguste qui nous extirpe des OOOOh ! où le cœur se serre, puis des Aaaaah de soulagement puis des rires, enfin, de soulagement. Nous revoilà, enfants, au cirque, charmés par tant d’élégance.

Mais la voilà, Ligia Manuel Lewis, métisse, cheveux en pétard, qui se plante au bord de la scène, prononçant de petits yes victorieux chaque fois qu’elle se redresse, mais c’est pour mieux s’effondrer. Elle est une boule de douleur, de victoire, de joie, de fierté, d’angoisse et tout cela tord son corps au fur et à mesure qu’apparaissent ses personnalités schizophrènes qui lui font pousser des cris de rage, de haine, de joie et au final de soulagement. Et nous, nous serons bien sûr passés par toute cette gamme de sentiments. Comme dans tout ce spectacle qui joue sur nos nerfs et nos sentiments. Et nous fait rire aussi, notamment quand arrive l’impressionnante Chantal Loïal, la créole aux fesses callipyges qu’elle remue fort bien pour aguicher son homme : “Viens ! Viens ! Viens !” A chaque fois, il avance d’un pas mais quand il est trop proche, elle le repousse d’un : “Pars ! Pars ! pars!” Et les injonctions se répètent à un rythme endiablé qui fait bientôt perdre la tête à l’homme.

Voilà, ça vie, ça bouge, ça remue, ça crie, ça se jette et puis, soudain, on retient son souffle parce que la tendresse et la douceur sont là, palpables, et qu’on voudrait les retenir, ne pas les voir fuir, ces deux-là qui se touchent avec une telle légèreté, qui s’effleurent et qu’un souffle fait changer de position jusqu’à atteindre celle parfaite qui permet à l’autre de venir se nicher, s’encastrer, se blottir (Athanasia Kanellopoulou et Jakub Truszkowski). L’exact contraire de cet autre duo, où l’un et l’autre sont séparés d’un long bâton, empêchant tout contact jusqu’à ce qu’elle se libère et du bâton et de lui. Se libérer est le mot et elle s’enfuit, l’empêchant de la rattraper. Et quand il la rejoint, il y a toujours ce bâton entre eux, comme si, quoi qu’il arrive, ils ne pourront plus jamais se rejoindre (Sung-Im Her et Gregory Edelein).

Chaque scène, chaque mouvement est accompagné de la musique d’Haendel, interprétée sur scène, par un violon, un accordéon, un luth, un violoncelle et des percussions. Et surtout par deux magnifiques voix, celle de Steve Dugardin, alto masculin, et Amaryllis Dieltiens, soprano. Tout le monde se retrouve sur scène, se regroupe, se tient la main comme pour saluer. Et puis il y a un cercle de lumière, au sol que tous commence à regarder. Alors Gaël Santisteva s’allonge, à cet endroit exact. Il est mort, mais il parle, il regarde ceux qui l’entourent et se demande pourquoi ils sont là, pourquoi ils le regardent avec ces airs contrits. Il voudrait qu’ils partent, tous, ce qu’ils finissent par faire, mais chacun se retourne pour, à sa façon, envoyer un au revoir. Quelques gestes qui s’envolent comme un adieu. On croit que le spectacle est fini, mais il repart de plus belle, les musiciens reprennent leur place, les danseurs leurs rondes jusqu’à ce que tous, à nouveau à terre comme au commencement entament un long balancement, que la musique s’apaise et que, enfin, vient la nuit et résonnent les dernières notes d’une berceuse.



Koen Augustijnen

Et nous sommes restés dans l’ombre, retenant nos souffles et nos applaudissements pour que la magie dure encore et encore. La troupe, enfin , est venue saluer. Puis il vous ont appelé. Alors vous êtes monté sur scène, avec eux. Et moi, j’étais debout, tout en haut du théâtre des Abbesses et avec les autres, j’ai crié mon plaisir .

Voilà M. Koen Angustijnen. Il me reste à compter les jours qui me séparent de votre prochaine magie. Il me reste à vous dire un seul mot. Merci.

En dehors de la première et de la dernière photo, les très beaux clichés des répétitions sont de Chris Van der Burgt.
J’ai voulu citer les danseurs parce qu’ils sont exceptionnels et aussi parce qu’ils ont tous participé à la création du ballet. J’espère juste que je ne me suis pas trompée dans les rôles parce que la traque sur Internet n’est pas facile pour tous. Mais il faut ajouter celui du directeur musical qui a fait un boulot exceptionnel, Wim Sellers.

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Et puis le spectacle sera le 17 à Nevers, les 21 et 22 à Stockholm, du 26 au 28 à Bruxelles et 2 et 3 avril à Leuven (Belgique), le 7 avril à Saint-Etienne, les 8 et 9 à Orléans, le 11 à Dunkerque, le 21 à Forbach, le 23 à Bruges, du 2 au 4 mai à Brighton (UK), u 8 au 9 à Glasgow, le 11 à Norwich (UK), du 15 au 16 à Sévilles, les 21 et 22 à Grenade, le 30 à Guimarres (Portugal), les 17 et 18 juin à Ridehuset (Norvège), les 26 et 27 à Londres, du 1er au 3 juillet à Marseille, les 8 et 9 aout dans un festival de théâtre au Pays-Bas, du 15 au 20 septembre à Belgrade, les 25 et 26 à Bonn, le 29 à Saint Nicolas (Belgique), du 1 au 3 octobre à Gant (Belgique), une longue tournée au Pays Bas et en Belgique, le 23 au Mans (France), les 30 et 31 octobre et 2 novembre à Berlin, du 10 au 13 à Madrid, les 20 et 21 à Turin, du 25 au 27 à Lyon, à Angoulême aussi mais je ne connais pa la date précise, le 8 décembre à Valence, du 10 au 12 à Grenoble, les 15 et 16 à Mulhouse, du 13 au 16 janvier 2010 à Anvers,


lundi 27 octobre 2008

La petite renarde rusée

Grâce aux prosélytes lyriques, j'ai emmené hier après-midi Garance voir La Petite renarde rusée, de Janacek. Un conte dans lequelle la nature, les animaux, libres, beaux, intelligents, côtoient une espèce humaine bête et méchante.

Question musique, Janacek n'est pas ma tasse de thé. Mais cette renarde là se laisse écouter. Y compris par les enfants qui y ont trouvé beaucoup de plaisir. Il y avait derrière moi un petit garçon de trois ans qui a suivi toute l'histoire et était subjugué. Garance, a côté de moi, était vraiment ravie.

Les chanteurs jouaient fort bien la comédie et avaient de très jolies voix (même si parfois un peu couvertes par l'orchestre). J'ai été gênée, comme souvent, par le fait que le rôle de certains personnages masculins soit tenu par des femmes. Parce que je ne sais jamais qui chante. Le duo entre la renarde et le chien m'est ainsi passé au dessus de la tête. et j'ai eu du mal à suivre celui de la renarde et de son amoureux. Pourtant, cette scène d'amour était bien plus convaincante, à mes yeux, que celle du Roméo et Juliette auquel j'ai assisté il n'y a pas longtemps, et dans lequel Roméo était également joué par une femme (dont la voix était superbe, là n'est pas la question). C'est sans doute grâce au jeu de la chanteuse qui tenait le rôle, Hannah Esther Minutillo.

La mise en scène est légère, joyeuse et on entend rire beaucoup aux trouvailles (la scène du poulailler notamment)

L'histoire, qui tient en quelques lignes :

Le garde chasse se repose dans la forêt. Des méchants moustiques en profitent pour venir lui sucer le sang. La renarde jour avec une grenouille. Celle=ci finit par réveiller le garde chasse, qui se réveille et attrappe la renarde.


La petite renarde rusée 1

Dans la cour du garde chasse, la renarde doit repousser les avances du chien et se défendre des enfants de la maison. Elle mord l'un d'eux au grand dam de la femme du garde chasse qui demande à celui-ci de l'attacher. La nuit, la renarde rêve à la forêt. Au petit jour, le coq arrive avec ses poules. Elle tente de pousser celle-ci à la rébellion contre le coq oisif et profiteur. Mais en pure perte. Elle tente alors de se pendre. Le coq vient vois ce qui se passe, la renarde l'attaque le tue ainsi que toute les poules. Le garde-chasse et sa femme tente de l'attraper, mais elle s'enfuit.


La petite renarde rusée 2

De retour dans la forêt, elle chasse de sa tanière un blaireau et lui pique son terrier.


La petite renarde rusée 3

Pendant ce temps, les humains discutent au bistro. L'instituteur est amoureux d'une jeune fille mais n'ose se déclarer. Le garde chasse se moque de lui. L'autre lui renvoie la monnaie de sa pièce en parlant de la petite renarde.

La petite renarde rusée 4

Puis, il rentre chez lui passablement éméché sur son vélo, ou plutôt à côté. Et il chante son rêve de femme. Cela dit, on apprendra très vite qu'elle va en épouser un autre, un volailler, sans doute beaucoup moins timide...

La petite renarde rusée 4B

La renarde, elle, séduit, lors d'une rapine un beau renard. Qui se ressemble s'assemble.


La petite renarde rusée 5

Elle l'emmène dans son terrier. Mais devant les commérages que cela entraîne, elle l'épouse. Pour un texte qui oppose la vie animale à la vie des humains, c'est d'un classique... 


La petite renarde rusée 6

Ils ont beaucoup beaucoup beaucoup d'enfants. A qui elle apprend à se méfier des humains, à vivre libre et à profiter de la vie. Mais elle croise: Harašta, le volailler, elle le défie en lui disant ce qu'elle pense de lui, des hommes en général qui méprisent tout ce qui n'est pas eux. Elle lui vole ses poulets et il la tue, presque par mégarde. Le Garde-chasse est dépité : ce n’est pas lui qui a obtenu la peau de la renarde, dont il voulait faire un manchon pour sa femme. Il retourne dans la clairière où il avait rencontré la renarde. Il croit y voir sa fille. Mais il est victime de son désir, qui le berce d’illusions : ce n’est qu’une grenouille qui lui saute dans les bras en disant que ce n'est pas lui que le garde chasse avait déjà vu, mais son grand-père.

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Aujourd'hui, j'ai été voir Les Chimpanzés de l'espace. Du spectacle oui, pas fatigant pour un sou et assez marrant. Je vous fait grâce de l'histoire. 

jeudi 10 juillet 2008

Don Carlo 2

Où ai-je laissé l'impérieux Carlo ? Ha oui. Il s'était mis dans de mauvais draps en confondant Elisabeth de Valois et la princesse Eboli. Au tableau suivant, nous avons droit à une foule en joie, puis à une procession de pénitents, style semana santa. Un cercueil passe, et je n'ai pas très bien compris si c'était celui de Charles Quint (alors que, d'après le livret, il n'est pas mort, mais en retraite au monastère de Yuste) ou juste avec un saint quelconque qu'on balade pour l'occasion. Arrivent les nobles de la cour, la reine, Rodrigue, la princesse Eboli et d'autres. Tout ce beau monde est réuni là pour voir brûler des hérétiques. Le sport national espagnol à l'époque. Philippe II, toujours tendre, jure de servir Dieu par l'épée et le feu (et c'est effectivement ce qu'il fit, jamais l'inquisition ne fut aussi forte que sous son règne).

Au beau milieu de son discours, il est interrompu par son fils, accompagné d'une délégation de députés flamands venus plaider leur cause. Il souhaite être nommé gouverneur de la région. Mais papa n'est pas d'accord. Les relations père fils sont à leur meilleur niveau, on peut dire. Du coup, Carlos, toujours aussi excité, tire l'épée contre son père, ô sacrilège. Philippe II ordonne qu'on l'arrête. Et c'est son ami, Rodrigue qui le désarme. Je trouve que Stefano Secco est parfait dans le rôle de la tête brûlée. Il trépigne, gesticule. Parfait… La voix aussi est parfaite. Ecoutez.


Don Carlo 4A



Don Carlo 4B

Tout de suite après, la cour et les sujets assistent à une autodafé. La lumière des flammes vient discrètement lécher le décor. C'est très soft. Trop même. Si on n'a pas lu le livret, il y a peu de chance qu'on comprenne ce qui se passe… Cela dit, je ne vois pas un metteur en scène installant sur scène des hérétiques en train de brûler…
Au tableau suivant, Philippe se lamente sur son triste sort,  seul, dans son cabinet. Il chante sa solitude, son amour malheureux pour Elisabeth (« Ella giammai m'amò!...
Quel core chiuso è a me,
Amor per me non ha!...
Io la rivedo ancor contemplar trista in volto
Il mio crin bianco il dì che qui di Francia venne.
No, amor non ha per me!... » ) et pense à la mort. Pour un peu, on le plaindrait. C'est très beau.



Don Carlo 5

Entre le Grand Inquisiteur, terrible aveugle octogénaire, quasi porté par ses sbires et tout tremblotant (sur scène, il m'a fait penser à l'Empereur, dans La Guerre des étoiles, cela dit, superbe voix). Le roi lui demande un conseil pour punir l'infant. L'inquisiteur le rassure sur le fait que, s'il tue son fils, il sera pardonné par Dieu. En échange, il lui demande la tête de Posa qu'il trouve un peu trop libre d'esprit, pas assez soumis. C'est qu'on a le meurtre facile…

Exit le grand inquisiteur. Entre la reine, angoissée parce qu'on lui a piqué son coffret à bijoux. On la comprend. Les joyaux de la couronne, tout de même… Mais c'est le roi, son mari, qui l'a, ce coffret, et il contient une preuve de la duplicité de la reine : un portrait de l'infant. Elisabeth se récrit : mais non, mais non, elle est fidèle au roi, le portrait est celui qu'on lui a remis quand elle était encore fiancée à Carlo. Et toc ! N'empêche, Philippe n'est pas content et parle de l'enfermer dans un couvent. Pénible perspective pour une jeune fille de 14 ans (ce qui n'est pas tout à fait l'âge de la cantatrice, même si elle est ravissante). Il la traite d'adultère. Elle s'évanouit…


Don Carlo 6
Philippe appelle alors au secours. Entrent Rodrigue de Posa (toujours là dans les bons coups) et la princesse Eboli. Posa défend la reine et Eboli s'en veut. C'est elle qui a remis le coffret d'Elisabeth à Philippe. Le roi et Posa sortent. Eboli se jette aux pieds de la reine pour lui demander son pardon
– Pardon ? Mais de quoi.
Eboli avoue alors son méfait. La reine lui donne le choix entre l'exil et le couvent. Elle sort, très digne. Restée seule, Eboli maudit sa fatale beauté. Mais espère encore sauver Carlo.


Don Carlo 7

Bon, après, tout est dit. Posa est assassiné alors qu'il discutait avec Carlo dans sa prison. Celui-ci est libéré par le roi et par une foule en colère menée par Eboli.

Dernier tableau. Au couvent de Yuste,  Elisabeth médite sur le monde et ses emmerdes. Carlo la rejoint. Il veut honorer la mémoire de Rodrigue en sauvant les Flandres. Ils se disent adieu, espérant se retrouver dans un monde meilleur (après la vallée de larmes…). Philippe survient et  surprend leurs dernières paroles. Ils s'engueulent et les soldats qui accompagnent le roi embrochent le fils. Cela dit, j'ai comme un doute, un énième, dans le livret il est dit que Carlo se réfugie dans la tombe de son grand-père… Et même que Charles Quint apparaît :

DON CARLO:
Dio mi vendicherà!
Il tribunal di sangue sua mano spezzera!

(Don Carlo, difendendosi, indietreggia verso la tomba di Carlo V. Il cancello si apre, apparisce il Frate. È Carlo V col manto e colla corona reale.

IL FRATE (a Don Carlo):
Il duolo della terra
Nel chiostro ancor ci segue,
Solo del cor la guerra
In ciel si calmerà!

L'INQUISITORE:
È la voce di Carlo!

IL CORO:
È Carlo Quinto!

FILIPPO (spaventato):
Mio padre!

ELISABETTA:
Oh ciel!
(Carlo V trascina nel chiostro Don Carlo smarrito)

Troublant, n'est-il pas ?

Il paraît, je crois que c'est Kozlika qui l'a dit à la sortie, que le livret français était beaucoup plus révolutionnaire que l'italien. Ce qui ne m'étonne guère, Versi a eu maille à partir avec la censure de son pays de nombreuses fois. J'ai appris depuis que le livret italien ne contenait pas le premier acte. Don Carlos, la version française, comprend donc cinq actes. L'italienne n'en compte que quatre et elle s'appelle Don Carlo. Ce qui est amusant, dans cette histoire, c'est que le personnage de Carlo est extrêmement romantique, mais qu'il n'apparaît pas tellement plus sympatique que son père. C'est un vrai enfant gâté, incapable de se contenir. L'original était, dit l'Histoire, bien pis : violent, dément… et personne ne sait s'il mourut en prison ou empoisonné. En tout cas, pas passé par le fil de l'épée.
Quant à la jeune Elisabeth, elle décéda quelques années plus tard. Ce qui permit à Philippe de rejouer l'histoire en épousant une autre fiancée de Carlo, qui n'était autre la nièce du roi.

C'est curieux, cet opéra : les décors étaient beaux, la mise en scène pas mal (disons que concernant Verdi, cette année, j'ai vu pire), les chanteurs très bons, la direction d'orchestre parfaite, les chœurs impeccables. La musique de Verdi très belle. Mais je me suis ennuyée. Il manquait à cette histoire la chair et le sang que l'on sent palpiter, pas très loin, derrière…

dimanche 6 juillet 2008

Don Carlo

Grâce à Traou, j'ai pu aller, avec d'autres prosélytes lyriques, écouter et voir Don Carlo, l'œuvre de Verdi sur un livret français de Joseph Méry et Camille du Locle. Cela dit, ce soir-là, nous avons eu droit à la version italienne. L'histoire, bien sûr est tragique, comme presque toujours chez Verdi. Et comme dans tous les opéras que je connais de lui, la relation père/fils est on ne peut plus compliquée et conflictuelle. Je me demande comment était M. Verdi père. Il faut dire que l'époque ne devait en rien favoriser le dialogue…

Je dois être trop axée sur les rapports au père en ce moment… Enfin, toujours est-il que d'après Verdi, entre l'infant Don Carlos, et son père Felipe II, ça n'allait pas très fort.

Le rideau s'ouvre sur une scène dépouillée avec au centre une croix de feu entourée de pénitents. Parmi eux, l'infant Don Carlos pleure et gémit. Il est amoureux de sa mère. On se dit : « Wow ! Œdipe quand tu nous tiens… » en fait, non, ça n'a rien à voir. Le premier acte a été enlevé. Il aurait pourtant dû nous apprendre que Carlos était fiancé à Elisabeth de Valois, une fille de France. Mais que Felipe II a préféré épousé lui-même la jeune fille pour renforcer l'alliance entre la France et l'empire espagnol… Carlos avait eu le temps de tomber amoureux d'Elisabeth, à Fontainebleau je crois. Evidemment, quand on sait tout cela (et en l'apprend en lisant le livret), on comprend tout de suite mieux.

Cela dit, ce n'est pas parce qu'il ne s'agit pas de sa vraie mère que les choses sont plus simples pour Carlos. Pendant qu'il gémit, un de ses amis, Rodrigue, vient lui parler des Flandres. C'est vrai, il n'a que ça à penser, des Flandres, Carlos. En fait, cette région est mise à feu et à sang par Felipe qui veut en extirper tout esprit hérétique. Il a du boulot et entre nous soit dit, il n'a pas choisi la meilleures des méthodes, mais bon… Carlos  raconte ses malheurs à son copain et Rodrigue le secoue : Allons ! il y a autre chose de plus important à faire, comme défendre les Flandres par exemple. Voilà une saine occupation plutôt que d'avoir des vues lubriques sur belle-maman…

Carlos se laisse convaincre. Il envoie son ami intercéder auprès de la reine, pour qu'elle accepte de le recevoir. Il voudrait qu'elle intercède pour lui auprès du roi afin que ce dernier le nomme gouverneur des Flandres. Un peu compliqué, certes. Pendant, ce temps, la reine ne se doute de rien. Elle prie avec son mari dans le couvent où vit retiré Charles Quint (en fait, je n'ai pas très bien compris si celui-ci était vivant et en retraite monastique comme le veut l'Histoire, ou mort et enterré ou en passe de l'être…) Devant sa porte, ses dames chantent et dansent, emmenée par la princesse Eboli, la célèbre borgne…



Don Carlo 1
Rodrigue de Posa fait son boulot, la reine accepte de recevoir Carlos. Mais, c'est plus fort que lui. Au lieu de lui parler des Flandres, il lui déclare sa flamme. Elle le repousse une première fois, très digne, il tombe dans les pommes. Elle s'inquiète. Du coup, ça lui redonne des forces : si elle s'inquiète, c'est qu'elle l'aime. Il devient pressant. Elle le repousse de nouveau et lui dit qu'elle ne peut lui donner que la tendresse d'une mère. Il s'énerve, insiste, rien y fait. Alors, il part en courant et la laisse seule en train de pleurer.


Don Carlo 2A


Don Carlo 2B


Carlos est une jeune imbécile impulsif… Parce que, au deuxième acte, quand il reçoit un billet non signé lui donnant rendez-vous dans les jardins de la Reine, il fonce tête baissé dans ce qu'il croit être un rendez-vous amoureux avec elle. Et quand il aperçoit la femme qui lui a écrit, il lui déclare sa flemme tout de go, avant de se rendre compte qu'il ne s'agit évidemment pas d'Elisabeth, mais de la princesse Eboli qui en pince pour le prince… Monseigneur !
Quand il se rend compte de son erreur, il essaie de temporiser. Mais la princesse n'est pas une andouille. Elle comprend bien que l'infant l'a prise pour une autre. Et elle devine aisément de qu'elle autre il s'agit, pour être borgne elle n'en est pas moins lucide. Comme elle n'apprécie pas du tout d'avoir une rivale, elle est très en colère. Très très. Et le fait savoir. Bien décidée à se venger et à venger son honneur. C'est qu'on ne badine pas impunément avec ce genre de concept dans l'Espagne du siècle d'or (et après…).
Là dessus arrive le Rodrigo, je n'ai pas bien saisi pourquoi. Sans doute pour envoyer le prince dans les Flandres, c'est un monomaniaque…Il faut dire que la scène se passant de nuit, on ne voyait pas grand chose de ce qui se passait…


Don Carlo 4

Alors, Carlos, en Flandres, ira ira pas ? Allez, je vous laisse devant cet insupportable suspens. Je vous raconterai la suite de l'histoire demain… (la dernière vidéo a un gros défaut, elle bégaie, je corrige cela demain).

vendredi 16 mai 2008

Y a-t-il un fan de Benjamin dans la salle ?


Nouvelle star 2008 Benjamin
Vous mettez ce genre de video sur votre blog et je vous jure que vous allez faire monter le nombre de vos visiteurs. C'est d'ailleurs uniquement pour cela que j'ai mis son nom dans le titre. Faut dire que le gamin a du charme à revendre et du talent.

Mes filles, elles, elles en pince pour Cédric, un beau marin. Emission du 16/04/08 : Cedric chante I've got you under my skin - Nouvelle Star 2008 - wideo
Emission du 16/04/08 : Cedric chante I've got you under my skin - Nouvelle Star 2008 - wideo
Elles n'en sont peut-être pas au point d'en scotcher des posters dans leur chambre (et pour coller des images, elles s'y entendent...), mais pas loin.

Mais moi, celle dont la voix me fait tripper, c'est Amandine Emission du 15/05/2008 : Amandine chante When a man loves a woman - Nouvelle Star 2008 - wideo
Emission du 15/05/2008 : Amandine chante When a man loves a woman - Nouvelle Star 2008 - wideo

C'était ma minute midinette à moi. Vous souhaitiez savoir ce que je fais le mercredi soir ? Ne cherchez plus. Jusqu'à la finale, vous le savez.

vendredi 25 avril 2008

Vendredi 18 (3) Le barbier de Coline

Quelques phrases encore, toutes tirées du programme (dont le prix est redescendu à 10 euros). Sur Almaviva : « […]Aristocrate habitué à se faire servir, les autres doivent trouver les idées à sa place.
Personnage touchant et comique, de temps en temps héroïque.
Son amour pour Rosine le rend furieusement actif, mais le véritable moteur de sa passion, c'est d'en découdre avec un père, en l'occurence Bartolo […] »
Le ténor Javier Camarena est absolument parfait dans ce rôle de jeune con dynamique.

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