Voyages et Vacances

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jeudi 22 avril 2010

Allo la planète

C’est une émission que j’aime beaucoup et que j’écoute très souvent le soir en travaillant à mon bureau. Sauf hier soir. Parce que, au début, c’est moi qui parlait…

La deuxième intervention, à propos du voyage à Figuig. C’est en écoute pendant sept jours.


Et puis il y a quelques photos supplémentaires sur le blog de l’émission.

samedi 17 avril 2010

Maisons et jardins

Samedi matin. Je me suis levée un peu après 7 heures pour prendre ma douche tranquillement. Mes deux collègues sont déjà levés, les étudiants, non. Une bonne douche, histoire d’enlever la poussière. Il n’y a que dans ma bouche que je ne peux l’enlever. Je meurs constamment de soif, à cause de la poussière.

A cette heure-là, il fait frais, on supporterait presque une petite laine. Mais je reste bras nus, avec mon tee-shirt.

J’ai descendu deux livres dans le patio. Le premier, Maroc, histoire, société, culture, dans la collection des Guides de l’état du monde. Intéressant pour remettre les histoires que nous entendons sur Figuig dans le contexte marocain. Le second, une introduction à la sociologie, pour essayer de trouver du vocabulaire en vue de ma VAE. Mais je ne suis pas sûre qu’il me serve beaucoup.

Les étudiants arrivent un à un et font la queue à la douche. C’est la raison pour laquelle je préfère me lever tôt. Le petit-déjeuner est servi. Comme hier, il est copieux et délicieux. De gros beignets, des crêpes, du thé à la menthe, de la confiture de figues. Je m’empiffre. Je vais au moins prendre 4 ou 5 kilos. Notre hôte prétend le contraire. Ici, à Figuig, quoi qu’on mange, on maigrit. Il n’y a plus qu’à revendre l’idée aux magazines féminins.

Les étudiants partent par groupe accompagnés des lycéens qui leur servent de guide. Certains vont visiter une boucherie et son abattoir pour étudier la filière de la viande. D’autres vont faire les boutiques pour tenter de comprendre ce qu’il y a dans les penderies des femmes, le troisième groupe attend. Ils doivent visiter un jardin traditionnel et regarder comment on féconde les palmiers à dattes.

Notre hôte nous invite à aller visiter une maison voisine en train d’être rénovée. Le chantier promet une belle et grande demeure, très moderne. Les épais piliers de terre ont été remplacés par d’autres en béton, beaucoup plus fins. Cuisine américaine dans le patio espace à vivre protégé de la pluie par une loggia sur la terrasse, chambres.

Ils ont récupéré l’espace de la ruelle. Le propriétaire du chantier explique qu’il en a le droit, la plupart de ces ruelles sont privées. Elles n’ont été ouvertes que pour permettre d’aller d’une maison à l’autre à l’intérieur d’un même quartier. Chaque quartier étant originellement constitué d’une seule et même famille. Cette ruelle, qui donnait sur la rue principale, était fermée d’une porte, souvent laissée ouverte dans la journée pour laisser leur passage à tous ceux qui vivent là, et fermée la nuit. Cela permettait aux femmes et aux enfants de vivre à l’abri des regards. Dans cette partie-ci, tout appartient à la même famille. Ils peuvent donc fermer une ruelle pour en ouvrir une autre. Ou pas, ils s’arrangent pour que tout le monde puisse aller et venir. Mais dans le quartier d’à côté, une partie des maisons a été vendue. Du coup, ils ne pourraient pas fermer définitivement l’accès de la ruelle car ils empêcheraient les gens de rentrer chez eux.

Puis on nous emmène voir une maison, ancienne, non encore rénovée. Une femme y cultive un minuscule jardinet et y tient quelques chèvres et moutons. Comme la plupart, elle vit dans une maison neuve, à l’extérieur de la partie ancienne du ksar. Elle nous laisse entrer, visiter. Les murs sont en terre travaillée à l’ancienne. Ils portent la griffe du temps et de l’érosion, mais ils sont superbes. Nous montons au premier étage. J’aimerais prendre en photos les escaliers. Mais il fait trop sombre et le flash dénaturerait tout. Du linge sèche sur la terrasse qui possède encore une pièce. Comme les autres, elle sert d’atelier.


Encore un étage et nous arrivons sur la terrasse principale. De la laine teinte en noir est en train de sécher près d’une antenne satellite rouillée. On voit bien les différents puits de lumière qui permettent de faire descendre le jour dans les pièces du bas. Tout autour, des terrasses qui communiquent entre elles. C’est la ville du dessus, au soleil, à la lumière. C’était également le meilleur moyen de se sauver lors des répressions sauvages qui s’abattaient régulièrement sur la ville, haut lieu de la contestation berbère. Quelques toits plus loin, une maison à l’architecture particulière. C’est une maison pour les invités de marque, une maison d’hôtes. Elles étaient, me dit-on, très décorées, contrairement aux autres bâtiments beaucoup plus modestes.

On peut acquérir une de ces maisons (quand elles sont en vente, ce qui n’est pas évident car ici, on ne vend pas le bien de la famille) pour environ 3000 euros. Il faut ensuite compter 20 000 euros de travaux pour le rendre confortable. Cela fait donc la maison, véritable petit palais à 23000 euros. Bon, évidemment, Figuig est loin de tout, mais c’est tellement beau.

Nous redescendons de notre promontoire et rentrons à la maison.

Pour repartir aussi sec visiter le jardin d’O*. Nous l’accompagnons dans les ruelles qui nous éloignent peu à peu du cœur du ksar. Les murailles de terre continuent mais à ciel ouvert, cette fois. Elles enserrent les lopins de terre dont on ne voit que les palmiers et les grenadiers en fleurs. O* nous ouvre la porte et nous pénétrons dans un îlot de verdure. Des rectangles de 1 mètre dur 13, délimité par des talus de terre qu’on ouvre d’un coup de pelle quand arrive l’eau. La culture des oasis se fait sur trois niveaux : d’abord les cultures au sol, oignons, carottes, fèves, épinards, salades, choux, blé, etc. Au-dessus les fruits : grenadiers et amandiers. Encore au-dessus les palmiers qui donnent de l’ombre aux cultures. Ce sont tous des palmiers à dattes.

O* nous explique comment il aide à la fécondation car ces arbres sont sexués. Il en possède une soixantaine dont seulement 3 ou 4 mâles. Bien sûr, le vent pourvoie d’habitude à leur rencontre, mais pour être sur d’avoir des dattes il faut aider la nature et c’est ce que s’emploie à faire O*. Il grimpe dans un palmier mâle, dégage le cœur de la tête des piquants (très très durs et très piquants) pour récupérer les fleurs qu’il coupe. Il monte ensuite dans les palmiers femelles, met au cœur de ses fleurs la fleur mâle, attache le tout solidement et le tour est joué. Cette année, il y a eu de la pluie, l’eau n’est pas un problème, le jardin pourvoira aux besoins en légumes de la famille d’O*. Il a aussi des moutons, pour la viande. Il n’achète que des fruits. Il ne cultive que ce dont il a besoin. Quand il en a trop, il échange le surplus contre d’autres légumes ou le vend à ses voisins, mais n’en fait pas commerce. Comme la très grande majorité des jardiniers de Figuig. La grande majorité ont un métier, mais quelques-uns, en plus de leur propre terrain, s’occupent également, moyennant finance des terres d’autres Fuiguigui.

L’autosuffisance a ses limites, celles de la sécheresse. Les années sans pluie, le recours à l’épicier ou au marché sont plus nombreux et plus fréquents. Elles sont de plus en plus nombreuses paraît-il. Tous les dix ans fut une époque, environ tous les deux ans maintenant. La pluie est donc une bénédiction, mais pas toujours. Tout dépend quand elle tombe. Elle peut détruire une récolte de datte quand elle arrive juste avant la cueillette et si elle est trop abondante.

Nous reprenons le chemin de la maison. C’est bientôt l’heure du déjeuner. Les ruelles sont pleines de gens ; des enfants qui jouent, des hommes en mobylette ou en vélo. A pied aussi bien sûr. Des jeunes filles en cheveux. Et des femmes, ombres blanches revêtues du haïk, le voile traditionnel. Elles le portent comme un manteau qui les recouvre de la tête au pied quand elles sortent. Les plus âgées d’entre elles le tiennent de façon à ce qu’on ne voit pas leur visage quand nous les croisons. Les autres n’y font pas attention. Quand leurs mains sont occupées, c’est avec les dents qu’elles retiennent le tissu. Parfois, on voit aussi des femmes avec le hijab et la dlellabah. Il paraît aussi que quelques unes d’entre elles portent le voile intégral, mais elles sont rares. C’est politique paraît-il, pas une habitude de la ville.

A peine arrivés, nous nous précipitons vers le robinet. Il fait chaud, nous avons soif. L’air est sec et souvent plein de poussière. Un groupe entame une partie de tarot. D’autres étudiants reviennent toujours accompagnés des lycées qui leur servent de guide. C’est bientôt l’heure du déjeuner. On nous sert le poulet, délicieux, accompagné de pommes de terre et d’olives. Et un peu de piment, fort, mais qui agrémente parfaitement le plat. C’est tellement bon que je ne peux m’empêcher de saucer. L’inconvénient de manger tous dans le même plat, c’est que mon voisin me pique mon morceau de viande et surtout la partie que je m’étais laissé pour la fin, c’est-à-dire la belle peau bien grillée. Cela m’apprendra. La prochaine fois, je commencerai par ce que je préfère. Du coup, je pique le pilon de ma voisine. A la guerre comme à la guerre. Je ne suis pas faite pour les repas collectivistes, je suis une individualiste de la fourchette et la nourriture a trop d’importance pour moi pour que je veuille partager plus que nécessaire.

Plaisanterie mise à part, le plat est rapidement nettoyé. Nous nous sommes régalé, mais l’étudiant un peu fanfaron qui a trouvé bon de manger un bon morceau de piment. Il a du mal à s’en remettre.

Nous terminons le repas par de délicieuses oranges juteuses et sucrées. Ce sont les dernières, il n’y aura pas de fruits pour ce soir.

jeudi 15 avril 2010

Entre tradition et modernité

Nous continuons notre promenade et arrivons près d’un jardin où s’affairent des femmes. Voile noir, voile blanc, petites filles en cheveux. Je prendrais bien des photos, mais je n’ose pas. Elles sont trop loin pour que j’ose leur demander la permission. Les étudiants sont dans la même expectative. Nous choisissons de continuer la balade. Nous débouchons bientôt dans le centre administratif.

Figuig est composé de nombreux ksour, d’une ville nouvelle et d’un centre administratif, situé au centre de tout, ce qui est bien pensé. La plupart des ksour sont sur les hauteurs, sauf le nôtre, Zenaga, qui est en bas, dans la palmeraie. Le centre administratif regroupe de nombreux monuments coloniaux. Dont l’ancienne église, transformée en mosquée à l’indépendance puis en centre de documentation. A côté, la maison des citoyens. En face, une ancienne demeure qui vient d’être entièrement retapée grâce à une ONG italienne et qui doit devenir une maison pour accueillir les touristes. Les jardins sont en partie terminés, ainsi qu’une piscine sans eau. Mais derrière, il reste encore du travail. L’endroit sera magnifique quand tout sera terminé. De l’autre côté de la rue, un magnifique jardin, réalisé grâce à des subventions du département de la Seine-Saint-Denis. Il est tellement joli qu’il est interdit d’y pénétrer. En face, la sous-préfecture, la résidence du pacha. C’est également un ancien bâtiment colonial qui a de la gueule. Des étudiants tentent donc de le prendre en photo. Un gradé sort alors pour nous dire, courtoisement, que c’est interdit. Comme dans quasi la totalité des pays. Parfois, il est même interdit de photographier les aéroports.

Nous continuons, mais la chaleur se fait sentir et nous mourrons de soif. Nous n’avons pas pensé à emmener des bouteilles d’eau. D’ailleurs, nous n’en avons pas. Nous allons à l’hôtel de Figuig qui possède un café en terrasse d’où on voit toute la palmeraie. L’endroit est plaisant. On nous propose des jus de fruit, orange, pomme, banane. Un vrai régal. La discussion va bon train. Mais il faut rentrer. Mon collègues propose de prendre un raccourcis, qu’il ne retrouve pas. Nous rebroussons chemin pour en prendre un autre qui va plutôt nous rallonger. Nous traversons la palmeraie, nous cheminons entre les murailles qui tombent en ruines, les bassins abandonnés et les parcelles bien entretenues. Le contraste est saisissant. Il en va des arbres comme des ksour, les terres ont donner tout ce qu’elles avaient. Elles redeviennent poussière.

Je retrouve en partie le chemin que nous avions suivi à l’aller. Mais je finis par me tromper. Mon collègue me rattrape et m’explique le fonctionnement des croix et des flèches que je n’avais pas remarquées. Nous arrivons à la maison, rouges de chaleur et, pour certains, de coups de soleil. Nous passons nos bras sous l’eau et nous nous désaltérons. Le déjeuner est servi. Une énorme salade de tomates, concombres, oignons, pâtes, poivrons dans laquelle nous tapons allégrement tout en nous bourrant de pain. Quand arrive le plat principal, que nous n’avions pas envisagé, nous n’avons plus faim. Mais on ne refuse pas le tagine de pruneau. Notre hôte nous explique que la nappe fine qui recouvre la table sert à débarrasser tous les déchets en même temps. Traditionnellement, il y en a une par plat. Ainsi, quand des invités de marque viennent, la première chose qu’ils font, c’est de compter les nappes. Ils savent ainsi combien de plats seront servis. Ce qu’il est utile pour adapter sa faim mais sans doute aussi pour voir comment on est considéré dans la maison.

Il nous raconte également (il raconte très bien les histoires) que déjeunant avec des spécialistes de la religion, ceux-ci avaient demandé à manger par terre et non assis sur les banquettes comme nous, car le Prophète mangeait à même le sol. Après le repas, ils devaient se rendre à un autre endroit de la ville. Les huiles lui ont proposé de monter dans leurs grosses Mercedes, mais lui leur a répondu que le Prophète allait à pied. Et qu’il ferait de même.

Les lycéens qui vont servir de guides à nos étudiants doivent nous rendre visite avec leur professeur de français. En attendant, nous nous répartissons dans les chambres, qui à faire la sieste (comme moi) qui à entamer une partie de tarot. Mais ils ont à peine le temps de faire un tour que les jeunes gens arrivent. Nous nous installons tous dans la salle du repas pour discuter. Tout le monde se présente. Puis les étudiants expliquent aux lycéens les sujets qu’ils ont choisi de traiter et leur demande ce qu’ils en pensent, comment eux le vivent. Les trois thèmes (cuisine, vêtements, santé) tournent autour du passage entre tradition et modernité. Ainsi, pour les vêtements, les jeunes affirment tout de suite s’habiller moderne, ce qui à première vue est vrai. Mais l’enseignant les reprend  : « Et quand tu es chez toi, qu’est-ce que tu portes ?
– Une djellabah
– Et à quelles autres occasions tu portes la djellabah ?
– Aux mariages, dans les cérémonies…

De fil en aiguille, on se rend comte que la séparation n’est pas aussi nette que les lycéens veulent bien le dire. Le cas de la santé est encore plus flagrant. Quand on leur demande s’ils préfèrent la médecin moderne ou traditionnelle, la réponse est nette :
– je me soigne à la pharmacie.
– Mais, demande l’enseignant, quand tu es malade, que tu tousses, qu’est-ce qu’elle fait ta mère
– Elle me passe de l’huile d’olive sur la poitrine
– Et si ça ne va pas mieux ?
– On met aussi un … [cataplasme]
– Et quand tu as une écharde dans le doigt, qu’est-ce que tu fais, tu vas à la pharmacie ;?
– Non, ma mère me passe de l’oignon ou de l’ail.
– Et si tu te casses une jambe, tu vas voir qui ?
– Le rebouteux.

La discussion continue ainsi pendant une bonne heure adroitement menée par l’enseignant. Un de nos étudiants demande alors aux garçons s’ils savent faire la cuisine. Oui, répondent-ils, quand on va en pique-nique entre nous. Il apparaît donc que les garçons, les hommes, se font des sorties pique-nique entre eux et qu’à l’occasion ils cuisinent un ragout typique (une marmite) dont les femmes ne connaîtraient pas la recette. Mais la pièce cuisine leur est interdite, c’est le domaine des femmes. Les deux seules jeunes filles ne disent rien. Elles écoutent. Elles interviennent sur d’autres sujets. Surtout l’une, l’autre semblant trop timide.

Elles se taisent à nouveau quand on parle d’avenir. Tous ces lycéens préparent un bac scientifique. Ils veulent faire les classes préparatoires pour intégrer les meilleures écoles : ingénieurs, médecins, etc. Pour partir ? Pour revenir ? Ils ne répondent pas. C’est B. – il gère ici des chantiers avec son frère – qui répond à leur place : revenir, c’est pas bien. Il faut partir.

On nous raconte le cas d’un cousin de la maison. Toute sa famille est partie en France. Le père d’abord, puis la femme et les enfants ensuite par le regroupement familial. Mais lui était déjà majeur. Il n’a pas eu l’autorisation et est resté tout seul à Figuig, sans personne. Il a fini par réussir à les rejoindre, en passant par la Belgique. Mais comme il n’a pas ses papiers, il ne peut pas envisager revenir, même en vacances. Sinon, il serait à nouveau prisonnier de la ville.

Je demande alors aux jeunes filles ce qu’elles, elles souhaitent faire plus tard. Elles sourient, puis l’une d’elle répond : nous marier. Mais, je lui demande, on ne fait pas des études de sciences et de math juste pour se marier. Elles sourient encore. Elles veulent travailler dans l’agriculture. Dans l’agriculture ? Ingénieures agronomes corrige un de leur camarade. Il semble qu’au Maroc, pas vraiment ici à Figuig, encore que je n’en sais pas grand chose, l’agriculture soit souvent dans la sphère de travail des femmes : le soin des champs en plus de celui de la famille. Une affaire interne en quelque sorte. Mais ici, quand nous nous promènerons dans les jardins, nous n’y verrons quasiment que des hommes.

Le groupe se lève, étudiants et lycéens vont se promener ensemble, les uns faisant découvrir la ville aux autres. Ils vont également faire des repérages pour les reportages. Les deux prof partent prendre un pot au café. Je suis fatiguée, ils me conseillent d’aller faire une bonne sieste. Je ne me fais pas prier. Je pensais dormir une petite demi-heure, voire une heure. J’émerge deux heures et demie plus tard. Le soleil descend sur l’horizon, la lumière est magnifique. Je sors l’appareil photo. Puis je me mets à l’ordinateur. Je m’installe sur la terrasse. Il fait si bon, la meilleure heure.

La nuit tombe peu à peu, il est 18h30. Dans la fraîcheur qui commence à s’installer, une voix s’élève. Allah Akbar, ce sont les muezzins qui appellent à la prière. Des minarets des différents ksour, ils se répondent, puis le silence retombe peu à peu.

Il fait nuit noir quand toute la troupe revient. Les étudiants ont passé l’après-midi à crapahuter et sont épuisés, les deux profs ont été en voiture près de la frontière algérienne. Nous devisons tous autour de la table, une partie de tarot s’improvise bientôt. Je remonte dans ma chambre avancer mes travaux d’écriture. Puis c’est l’heure du dîner. Encore un couscous. On nous avait prévenu, ici, c’est couscous tous les soirs. Non, précise notre hôte, demain, c’est la soupe. Il paraît qu’elle est délicieuse.

Après le repas, la table débarrassée, nous continuons les discussions entamées plus tôt. On nous amène des petites pâtisseries maison et du thé à la menthe. Une merveille. Notre hôte nous raconte comme ici les gendarmes sont recrutés : on dit « ceux qui ne savent pas lire, vous vous mettez à gauche, ceux qui savent lire, vous vous mettez à droite » et on prend ceux qui sont restés au milieu et qui n’ont rien compris… C’est une blague que l’on pourrait raconter chez nous…

La soirée s’achève. Certains étudiants sont déjà allés se coucher, demain, ils se lèvent tôt, à 7 heures il faut dormir. Je regarde une dernière fois mes photos, et j’éteins l’ordi. Je ne sais pas comment on dit « Bonne nuit » en berbère. Tiens, il faudra que je demande.

Visite du ksar

Le réveil a été bien plus tôt que prévu. Ce n’est pas l’appel à la prière qui m’a réveillée, non. J’avais judicieusement emporté des boules quies, mais plus prosaïquement mon téléphone portable dont j’avais oublié de désactiver l’alarme. Dance me to the End of Love chantait Madeleine Peyroux. Je lui ai cloué le bec et me suis retournée contre le mur. Il était 5h15 du matin, un peu tôt pour jouer les braves. Je me suis réveillée à nouveau vers 7 heures. Je me suis levée pour voir. La lumière douce et blanche du matin éclairait la terrasse, j’ai pris quatre photos et me suis recouchée. Pour me relever vers 9 heures, en même temps que les autres. Je me suis précipitée à la douche, histoire de ne pas faire la queue. Le petit déjeuner a été servi. Très copieux. Des crêpes, des galettes, du beurre, de la confiture de figue (il y en avait aussi de fraises, mais je n’ai pas fait tous ces kilomètres pour en manger), du thé à la menthe. Nous nous sommes servis et resservi, beaucoup trop en tout état de cause. Il va falloir beaucoup marcher pour éliminer tous ces caloris.

Les estomacs calés, les chaussures de marche chaussées, nous sommes sortis de la maison pour visiter le ksar et aller voir la palmeraie. Dans la partie ancienne, où nous demeurons, les maisons sont faites de terre. Les plafonds tiennent sur des poutres de palmiers et sur leurs écorces. Tant que les maisons sont entretenues, cela donne des habitations fraîches et agréables. Mais beaucoup ne sont plus habitées, ou seulement par les chèvres. Elles se délitent alors. Irrémédiablement. Pas toutes heureusement, mais c’est un véritable trésor architectural qui est en train de partir en poussière.

Les maisons sont organisées autour de la cour. Elles réunissaient des familles élargies, chacun logeant dans une pièce ou deux, la cuisine étant commune. L’étage est plus large que le rez de chaussée. Les maison passent ainsi au dessus des rues, les transformant en longues galeries où donnent les portes. Il y fait toujours frais, mais il n’est pas toujours facile de s’y retrouver, et personne n’a édité de plan. Vu d’en haut, il n’y a que des terrasses. On s’y perd facilement.

Nous essayons donc de nous faire des repères, ils existent pourtant. Une croix noire sur le mur indique une impasse, une flèche bleue le chemin à suivre. Mais on ne nous le dit pas immédiatement. La tête de groupe est partie sur un train d’enfer. Moi qui m’arrête pour prendre des photos, je suis rapidement larguée. Je suis tant bien que mal. Mais il y a trop de choses à voir, à remplir les yeux et la carte de l’appareil photo. Je m’arrête trop souvent. A un moment, je me retrouve seule, dans une impasse. Au bout un jardin où travaillent deux hommes. Je leur demande s’ils ont vu passer un groupe. Non, pas du tout.

Merci, leur dis-je. De rien répondent-ils en riant. Je rebrousse chemin. M’aperçois qu’il y avait une bifurcation. Le groupe a dû tourner par là. Je croise une jeune homme. Je lui pose la question. Avez-vous vu passer un groupe ? Oui me répond-il dans un sourire. Ils sont à une centaine de mètres. Merci, merci… Effectivement, après deux ou trois coudes, j’entends leurs voix. La route grimpe sec, ils sont en haut en train d’admirer le paysage. Mon collègue, qui vient pour la quatrième fois, explique la palmeraie. Je les rejoint essouflée par la montée.


mercredi 14 avril 2010

Petit matin


[[akynou]]

Premier réveil à 6 heures. J’ai pris quelques photos, la lumière était si belle, et je suis vite aller me recoucher.

mardi 13 avril 2010

En route pour Figuig

Je n’y crois pas, je suis au Maroc ! Pour un peu, je me mettrais à quatre pattes sur le tarmac et j’embrasserais le sol. Voilà quatre ans que je veux y aller, quatre ans qu’à chaque fois, je dois renoncer. Le comble, ce fut l’an dernier quand, faute de passeport, je n’ai pu embarquer dans l’avion. Mais aujourd’hui, j’y suis.

La journée a commencé tôt le matin, à 7 heures, quand j’ai levé les filles. Nous étions toutes les quatre tendues. La première fois que nous nous séparions plus d’une journée ou deux depuis que nous sommes installées à Tours. Elle le vivent mal. Léone a dormi avec moi et s’est retournée toute la nuit. Lou n’a pas fermé l’œil, quant à Garance, cela fait plusieurs jours qu’elle est infernale.

Elles sont parties à l’école et j’ai pu finir tranquillement ma valise. J’ai pris le chemin de la gare, à pied, j’ai laissé ma voiture à ma mère venue garder les filles. TGV pour Paris, Bus pour Orly Sud, puis enfin, boeing pour Oujda.

Le voyage s’est passé sans problème, j’ai dormi une partie du temps, le reste, j’ai photographié la Terre vue du ciel avec mon téléphone portable. Aucune idée de savoir si les photos seront belles ou non. Mais je voulais montrer ça aux filles.


Dans le vol Paris-Oujda

Et puis nous avons atterri après deux heures et demi de vol. A 17 heures, heure locale, après être partis à 16h20 heure de Paris. J’aime ces voyages qui font remonter dans le temps ou qui l’annihile, ces journées qui s’étirent et qui font plus de vingt-quatre heures. Mais notre périple n’est pas fini. D’Oujda à Figuig, il nous reste quelque 350 kilomètres.

Les étudiants prennent le bus. Car nous sommes ici dans le cadre d’un projet d’étude. Nos apprentis journalistes doivent réaliser un reportage multimédia. C’est la quatrième fois que l’EPJT (Ecole publique de journalisme de Tours, nouveau nom de l’IUT de journalisme de Tours) emmène des étudiants dans cette oasis marocaine, à la frontière de l’Algérie. Les équipes précédentes ont réalisé un magazine, un reportage radio, un autre télé, et enfin, celui-ci.

Nous, les enseignants, avons droit à une voiture, une Dacia. Neuve et jolie, mais rembourrée avec des noyaux de pêches. Et les routes promettent de ne pas nous épargner. Notre chauffeur nous l’a dit, les pluies de l’automne dernier ont emmené une partie du revêtement avec elles. B* parle d’une voix douce et grave et son accent fait chanter les mots. Une vraie voix radiophonique.

Nous nous arrêtons à Oujda pour récupérer des poulets qui nous seront servis là-bas. Nous buvons un thé à la menthe et mangeons des madeleines, seul en-cas proposé. Nous dînerons une fois arrivés, pas tout de suite donc, mon estomac crie déjà famine et proteste, mais il va devoir attendre. Nous partons à la recherche d’une station essence. La première est fermée, nous devons retourner au centre ville. Pas évident, apparemment, de se fournir en essence officielle (nous avons besoin de notes de frais), ici, nombreux sont ceux qui font de la contrebande et de vente à la sauvette sur le bord de la route. Beaucoup moins cher qu’à la pompe évidemment. Les stations ferment, faute de clients. Les rues, elles, grouillent d’hommes, de femmes, d’enfants, qui marchent d’un bon pas. Des petites voitures slaloment dans la circulation. Elles arborent sur leur toit un écriteau : “petit taxi”. Ici, comme partout, le métier est réglementé. Les taxis dit petits n’ont pas le droit de quitter la ville.

Nous prenons enfin la route de Figuig. Effectivement, elle est dans un triste état. Je plains notre chauffeur. Nous rejoignons le bus à notre première étape, dans la ville de Ain Beni Mathar. Nous entrons dans un bar, rempli d’hommes, pas une femme hormis nos étudiantes. La télé retransmet un match de foot opposant Benfica à Liverpool. Puisque nous allons rester éveillés jusqu’au bout de la nuit, je bois un café. Et cherche les WC. Sur la terrasse, une porte qui ne ferme pas donne sur des toilettes à la turque. Pas de papiers. A la guerre comme à la guerre, je ne vais pas me rendre malade. Mais les étudiantes préfèrent se retenir. Elles me disent préférer un buisson au bord de la route, je les comprends. Le truc, c’est que, sur cette route, il n’y a pas de buisson.

Nous repartons, la chaussée semble un peu moins cahotique. Je somnole. La Lune se lève, violemment orange. Elle éclaire le paysage de sa lumière blafarde, nous permettant de découvrir des montagnes, des villages qui semblent abandonnés. Nous n’avons pas eu beaucoup de contrôle de police. Les gendarmes dorment aussi. Nous longeons la frontière algérienne et les relations entre les deux ne sont pas au beau fixe. Tout est donc très surveillé. C’est une des cause de la situation d’isolement de Figuig, port naturel entre les deux Etats. La palmeraie s’y étendait de part et d’autre, des caravanes y faisaient étape, les marchandises circulaient. Mais depuis le conflit du Sahara occidental en 1976 la frontière est fermée. En fait, les relations entre l’Algérie et le Maroc sont chaotique depuis l’indépendance et chacun à son point de vue. Pour l’Algérie, c’est la faute des Marocains et vice versa. Le résultat est de toute façon le même plus personne ne vient à Figuig et beaucoup, les jeunes surtout, rêvent d’en partir.

Deuxième arrêt, deuxième thé à la menthe. Mon collègue discute avec un homme, Figuigui d’origine, mais qui travaille ici comme infirmier. Un des groupe d’étudiants veut enquêter sur la santé dans la région. L’homme avoue qu’il en a assez de cette ville perdue, qu’il rêve d’ailleurs. Ici, dit-il, vous ne trouverez pas de spécialistes marocains. Ils refusent de venir s’enterrer ici et préfèrent exercer dans les hôpitaux privés où ils gagnent très bien leur vie. Ici poursuit-il, il n’y a que des spécialistes chinois. Les généralistes, oui, ils sont marocains, mais c’est le gouvernement qui les oblige à s’installer. Sinon, ils partiraient, comme les autres. Et à Figuig, vous verrez, c’est pareil.

En attendant, nous repartons, il est passé 23 heures, plus d’1 heure du matin à Tours. Et la journée s’étire à n’en plus finir. Les derniers kilomètres sont épuisants. Au dernier barrage, nous réveillons les gendarmes pour leur signaler notre passage. Ici, tous les étrangers doivent signaler leur présence. Si nous ne le faisons pas maintenant, nous serons obligés d’aller à la gendarmerie demain. Enfin, nous apercevons les premières maison de Figuig. Les boutiques fermées, mais le petit épicier ouvert, quelques personnes qui marchent sur les trottoirs, la préfecture, l’ancienne église coloniale, l’hôtel ouvert par la municipalité et, enfin, une petite place où nous nous garons.

La maison qui nous héberge est située dans le ksar Znaga (prononcer Zenaga). Nous descendons de nos véhicules respectifs. Avec nos valise à roulettes, nous faisons un bruit d’enfer dans les ruelles labyrinthiques. La porte de la maison s’ouvre sur une cour carrée autour de laquelle s’articulent des pièces. Un escalier mène à la terrasse où sont installées les chambres. Notre hôte a réuni deux maisons, il peut ainsi héberger des groupes comme le nôtre. Mais ce n’est pas son métier. Lui, il vit la plupart du temps en France où il s’est réfugié en 1973 lors d’une vague de répression d’Hassan II. Il paraît que la région a été très meurtrie.

D’autres habitants ont rénové les vieilles demeures familiales et les ont transformées en maisons d’hôtes. Ils accueillent le plus souvent des randonneurs de passages ou des familles venues visiter la région. Nous prenons possession de nos chambres. Un épais matelas posé sur une natte en plastique qui couvre tout le sol, le confort est sommaire, mais bien suffisant. En bas, toilettes et douches. Mais si vous aviez l’habitude de prendre deux douches par jour, sachez qu’ici on n’en prend qu’une, nous dit notre hôte. Et si elles durent dix minutes, ici, ce sera deux. L’eau est rare et précieuse. Pas question de la gaspiller.

Il est 1 heures du matin passée et nous nous attablons devant un somptueux couscous. Malgré l’heure tardive, nous sommes affamés et nous faisons honneur aux deux plats qui trônent au milieu des tables. Pas d’assiette, nous mangeons directement dans le plat en faisant des couloirs dans la semoule où est versée la soupe de légume. Au dessert, nous dégustons des oranges délicieuses, juteuses et sucrées, un vrai bonheur. Puis, repus et fourbus, nous allons dormir. On nous a promis une grasse matinée (jusqu’à 9 heures au moins). Il est 2h30, 4h30 heure française. Je sombre sans me faire prier


vendredi 9 octobre 2009

Mais qu'allais-je faire dans cette galère (2)

Suite de ce texte là

Lou et Léone sont aux anges. On enchaîne avec l’attraction suivante, une toboggan géant dans lequel on glisse installé dans un petit canot pneumatique. Je refuse d’y aller. J’ai mal au dos, et les toboggans, je connais : dès qu’il y a une bosse, on s’en prend plein les vertèbres. Mais je pousse Lou à y emmener Garance, qu’elle ne reste pas sur une mauvaise impression. La queue est longue comme un jour sans pain. Quand leur tour arrive enfin, elles sont hilares.

Nous n’en sommes qu’au début. Les deux L veulent absolument faire les montagnes russes. Garance déclare forfait et moi je fais celle qui pas concernée. Je connais ce genre d’engin. J’y suis montée un jour avec toute ma famille, mon père, ma mère, (mes frères) et mes sœurs, ce n’était pas le bonheur yéyéyéyé. Mes parents à l’arrière, c’était à peu près 200 kilos. J’étais au premier rang. On allait vite, très vite, si vite que le machiniste a été obligé de freiner notre voiture. Enfin, c’est mon père qui l’a dit. Moi je ne sais pas. Je n’ai rien vu. J’ai gardé les yeux fermés tout le temps. Je venais de manger une choucroute et je ne me sentais pas très bien. En plus, il y a avait une folle qui hurlait dans mes oreilles, ce qui n’arrangeait rien. Une vraie scie. Au bout d’un long moment, je me suis rendue compte que la folle, c’était moi. J’étais tellement terrorisée que je ne m’en étais pas rendue compte. En descendant de l’engin, je me suis jurée que jamais, au grand jamais, je ne remonterai dans cet engin. Jusqu’à ce jour, j’ai tenu parole.


Garance et moi avons pris une résolution. Nous n’allions pas passer notre temps à regarder les deux autres s’amuser comme des folles dans des engins qui vont vite. Mais nous allions, nous, choisir des amusements de vieillards. Des trucs bien pépère, pas trop haut et qui ne dépasse pas les 20 à l’heure. Tandis Lou entraîne Léone pour lui faire goûter au charme des soucoupes et des tasses tournant à tout allure (ça aussi, j’ai testé en Angleterre et j’ai dit « plus jamais »), nous dénichons L’attraction qu’il nous faut. Un petit train, aux couleurs acidulées qui balade les gens dans tout le parc à 3 mètres du sol. C’est haut pour des victimes du vertiges comme nous. Mais il avance tellement pas vite qu’à aucun moment nous nous nous sommes senties en danger. Même pas peur !

Pour admirer le côté kitsch du parc, c’est vraiment parfait. Cela m’a rappelé Disneyland, la musique insipide en moins. Une ne fausse place du Tertre jouxte un pseudo campement d’Amérindiens installé près d’un plan d’eau sur lequel flotte des radeaux en faux rondins. Le royaume du plastique toc.

Nous rejoignons Lou qui tient absolument à nous faire prendre à l’abordage le bateau des pirates. On se calme. En fait, il s’agit d’une balançoire géante. Quand elle est au plus haut, le bateau est à la verticale. Bon, en même temps, ce n’est qu’une balançoire. J’accepte donc de participer. Garance aussi. Mais je la sens tendue à côté de moi. Alors je lui explique qu’il faut qu’elle fasse comme si elle était sur une balançoire normale quand elle veut lui donner de l’élan. Ça limite le vertige. N’empêche que je ne regarde pas en bas. Je préfère lever les yeux au ciel, bien au dessus de la cime des arbres.

Les deux L adorent. Garance semble séduite. Moi ? Ben eux, faire ça au peigner la giraffe…

Mes péripéties ne sont évidemment pas terminées. Nous embarquons pour faire un tour sur la rivière du Colorado. Très ressemblante comme il se doit… N’empêche, c’est plutôt marrant. Les filles enchaînent avec la rivière canadienne (on voyage ma bonne dame), celle qui finit par une grande glissade d’où tout le monde sort éclaboussé. Elles adorent, et j’adore les prendre en photo depuis la terre ferme.

Et… enfin… nous mangeons. Ça tombe bien, j’ai tellement faim que j’en aurais bouffé King Kong !

À suivre

vendredi 2 octobre 2009

Mais qu'allais-je faire dans cette galère 1

Ce jour là, j’ai emmené les filles au Pal, ce supplice qui commence si bien et qui finit si mal. Pour les parents. Ce zoo/parc d’attractions, où se côtoient dans la même immense enceinte, animaux de toute sorte et gigantesques manèges est le paradis des enfants et des ados. Pas celui des parents qui s’imaginent passer une journée pépère avec des gamins bien occupés, mais finissent sur les rotules de leur avoir couru après.

L’entrée est gratuite pour les moins de 1 mètre. Ce qui est assez logique si l’on sait qu’ils n’ont droit à quasi aucune attraction. Elle est de 17 euros pour les moins de 10 ans et de 20 euros pour tous les autres. Soixante dix-sept euros, dons, pour ma famille, ce qui fait mal au porte-monnaie. Mais vu la journée, ce n’est pas cher payé.

Première surprise, même tôt le matin, même la grande majorité des vacanciers repartie au boulot, il y a foule. Mais nous avons eu de la chance. D’abord, nous ne sommes pas arrivés par la même route que tout le monde. Du coup, la jeune femme qui faisait la circulation m’a fait passer rapidement l’entrée du parc. J’ai garé la voiture dans l’immense parking pas très loin de la sortie (pour éviter les embouteillages de fin de journée) et nous nous sommes dirigées vers les caisses, devant lesquelles les queues étaient  impressionnantes. Dans ces cas-là, je me dirige toujours vers celle qui est le plus au fond. C’est là qu’il y a le moins de monde. et puis, une nouvelle caisse s’est ouverte juste à côté, je m’y suis précipitée. En moins d’un quart d’heure, nous étions dans la place.

Première attraction réclamée par les filles, King Kong. Il s’agit d’un énorme automate qui se saisit d’un wagon a bord duquel nous avons pris place, le soulève de terre et le secoue dans tous les sens en roulant de gros yeux qui passent par toutes les couleurs. Drôle, un peu ridicule et pas flippant pour un sou même pour ceux qui, comme moi, souffrent de vertige. King Kong nous a reposé tranquillement et nous sommes reparties vers une nouvelle aventure.

Celle-ci, dès le premier regard, je ne la sentais pas. Le disque du soleil est une espèce de grand cercle (d’où son nom) sur le bord duquel sont installés des sièges, les passagers s’installant face à l’extérieur. Le disque, tout en tournant sur lui-même à une allure que j’ai jugée assez vive, se déplace le long d’un toboggan qui fait comme une grosse vague. Pas très chaude j’étais à l’idée de monter là dessus. C’était sans compter sur l’enthousiasme délirant des mominettes qui m’ont entraînée quasi de force. J’exagère pas du tout. En même temps, comme je suis une maman courageuse, j’ai pris sur moi et j’y ai été, à reculons certes, mais j’y ai été.
En faisant la queue, j’ai eu le temps d’observer les personnes qui m’avaient précédée : ça hurlait, ça rigolait, ça faisait des mimiques et des grimaces, mais c’était plutôt bon enfant. Une petite minorité, en général des hommes, jouait les blasés. Et ceux-là se divisaient en deux camps : ceux qui se la pêtaient grave et ceux qui, visiblement, auraient préféré être ailleurs. En tout état de cause, cela avait l’air supportable.
Dans notre groupe, ceux qui, totalement malades de vertiges, n’ont quasi pas ouvert les yeux mais ont hurlé comme des dingues se comptaient sur les doigts d’une seule main : Garance et moi. Ce qui est assez peu si on compte le nombre de personne par passage. Mais il faut aussi tenir compte du fait que les vertigopathes normalement constitués restent à terre, eux…
Pour ma part, si je subodorais que j’allais passer un sale quart d’heure, Garance, elle, avait totalement oublié son vertige. D’abord parce qu’elle le masque grâce à sa volonté de fer quand elle fait de l’escalade ou de l’accrobranche. Ensuite parce que nous n’avons pas beaucoup d’occasion de l’éprouver.



Donc nous nous sommes installés et le manège a commencé à tourner. Dès que nous avons passé la vague, j’ai fermé les yeux, serré les dents, les fesses, mes mains sur le guidon du siège et prié (oui, je l’avoue) pour que cela s’arrête vite. Et puis j’ai pris conscience que, sur ma gauche, ça allait encore moins bien. Léone a crié : « Garance tombe ! » Il m’a fallu de longues secondes et un courage surhumain pour arriver à ouvrir les yeux et à jeter un coup d’œil à ma nichée. Lou et Léone s’amusaient comme des folles. Mais Garance était accrochée comme une naufragée à son siège. Les yeux clos, elle hurlait de terreur. Ça m’a fait mal, d’autant que je ne pouvais rien faire. La jeune femme qui s’occupait de la machinerie a repéré la panique de ma fille et ne l’a pas quittée des yeux. J’ai vu, à son regard, qu’elle était prête à tout arrêter si cela tournait mal. Jusqu’à la fin, elle surveillera la petite. C’était presque rassurant.
J’ai trouvé le supplice interminable. Je déteste ce genre de sensation. Tout va tellement vite et dure si longtemps. Pendant presque toute la course, je n’ouvrais les yeux que lorsque nous montions et que je pouvais regarder en l’air. Je n’ai pas hurlé, mais j’ai senti que les cris n’étaient pas loin. Cela m’aurait sans doute aidé, mais je me suis retenue à cause des filles. Les gémissements de Garance me donnaient envie de pleurer. Je la regardais, son visage était baigné de larmes. Sa détresse m’empêchait de penser à la mienne, ce qui aurait pu paraître une bonne chose, mais ne l’était pas tant je souffrais de mon incapacité à lui venir en aide. Et ça durait, et ça durait. En réalité, à peine cinq minutes, mais ces minutes là m’ont paru interminables. La machine s’est enfin arrêtée et j’ai pu aller consoler Garance. J’ai oublié de remercier la jeune femme du manège, qui avait un joli minois. Sa réaction et sa façon de regarder ma fille m’ont pourtant beaucoup aidée. La grande et la petite étaient, elles, aux anges.

(à suivre…)

mardi 15 septembre 2009

Fugue en chien mineur

Le Mouky n’en fera jamais d’autres. Déjà, depuis notre arrivée dans l’Allier, le voisin aurait dû nous le ramener plusieurs fois. De la route passante, il excitait ses deux basset artésiens. Puis il s’est pris d’affection pour un autre voisin qui a planté son potager dans le jardin de l’amie qui me prête la maison. Il s’est mis à le suivre partout.

Hier, nous avons été pêcher. Evidemment, il n’est pas resté près de nous, gambadant tout autour du lac. Garance, fâchée contre sa sœur est rentrée à la maison . Mouky l’a suivi. Nous avons donc pensé qu’il était avec elle. A notre retour, elle était, elle, étonnée de ne pas le voir avec nous. Le petit vaurien avait fait une fugue. Nous l’avons attendu un long moment avant que j’ai l’idée de consulter le répondeur de mon téléphone portable. M’y attendait un message de la police municipale qui avait arrêté le vagabond et mis à la geôle. Prière de le récupérer le lendemain à partir de 9 heures.

Le lendemain, à 8h30, coup de fil de M. Police municipale qui voulait vérifier que j’avais eu son message et que j’allais bien passer récupérer mon délinquant. Il a dû comprendre qu’il venait de me réveiller car il m’a prié de prendre tout mon temps pour venir. Mais, un quart d’heure plus tard, il rappelait : « Euh, en fait, vous pourriez venir tout de suite ? Il hurle à la mort, on ne s’entend plus. »

Cela avait sans doute duré une bonne partie de la nuit. Les voisins ont dû être contents.

Nous sommes arrivées Lou et moi devant la mairie. Qui était fermée au public. Mais avisant une fenêtre ouverte sur un bureau auquel s’affairait une jeune femme, je me suis permise de la héler. « Vous venez pour le chien ? Ne bougez pas, je vous ouvre. » Voilà comment on arrive à faire ouvrir une administration avant l’heure… La dame est partie chercher M. Police municipale. Tout le monde avait l’air très heureux de nous voir. Je ne savais pas qui je libérais le plus : le chien ou les employés de la mairie. Le premier pleurait, on l’entendait geindre : « Lâchez-moi, je n’ai rien fait, je ne le ferai plus, je le jure, je veux voir ma maman… »

De me voir, il n’en pu plus de joie. Et que je saute partout, et que je pleurniche, et que je me trémousse. J’aurais pu, comme l’auraient fait d’autres, l’engueuler : « Qu’as-tu fait, gredin, pour te retrouver derrière les barreaux. Honte à toi. Je ne te connais plus. Mais j’ai préféré me la jouer à la Brassens dans Les Quatre Bacheliers. Je fus magnanime et accueillis le fils prodigue comme si j’étais heureuse de le voir. Ce qui, en vérité, était bien le cas.
Mais depuis, il est bouclé à la maison. Fini les maraudes. Mouky ne sort que dûment accompagné et tenu en laisse.

Cela dit, M. Police municipale et Mmes de la Mairie ont vraiment été extrêmement gentils et très compréhensifs. Car il n’est pas autorisé de laisser son chien divaguer sur la place publique. Cette fugue aurait pu me coûter cher.


lundi 14 septembre 2009

Costumes de rêves

Quand nous avons prénétré au sein du CNCS, aucune des filles ne connaissait le nom de Noureev. A voir les photos, elles ont vite compris qu’il s’agissait d’un danseur. Mais c’était bien tout.

Et moi, qu’en savais-je en fait ? Qu’il venait de Russie, d’URSS même, qu’il était un des danseurs les plus fantastiques. Qu’il fut directeur de la troupe de l’Opéra de Paris. Qu’on lui attribuait une vie de débauche et de dépravation. Qu’il était mort du sida. Et à voir certaines de ses photos, qu’il avait un goût certain pour les tentures et les tissus riches, chamarrés… En fait, j’en connaissais plus sur son côté people que sur ce qui le constituait réellement : la danse, la scène.

J’ai passé deux heures à apprendre le danseur rien qu’en regardant les costumes des différents ballets qu’il a dansé, chorégraphié, créé. Et je suis sortie du musée fascinée. Quant aux filles, elles sont devenues des fans. La jeune femme qui nous a servi de guide y est sans doute pour beaucoup.

Revenons au début. Sur les bords de l’Allier, à Moulins, le quartier Villars fut construit au XVIIIe siècle pour accueillir un régiment de cavalerie. Puis il devint une caserne de gendarmerie. Celle-ci ayant déménagé en 2000, la municipalité décida de tout détruire et de transformer l’endroit en parking. Une association fut montée pour défendre le bâtiment, fort beau, et qui contenait un escalier absolument magnifique. L’association demanda à ce que l’escalier fut classé. Ce qu’elle obtint en 2005. Mais entretemps, la mairie avait tout de même envoyé les démolisseurs et une partie de la façade et de l’escalier avait été détruit. Je ne sais pas qui était le maire de Moulins à cette époque, mais ce n’était pas une flèche.

Heureusement, depuis, l’endroit a été entièrement restauré et a retrouvé de sa superbe. Les scènes nationales, telles l’Opéra de Paris, la Comédie française, le bibliothèque nationale (qui possède un fonds important concernant les arts du spectacle) cherchaient un endroit pour les entreposer les costumes dont elles ne savaient plus quoi faire. L’ancienne caserne fut proposée et acceptée. C’est ainsi qu’avec le partenariat d’une entreprise nationale (encore pour un peu de temps) d’énergie, des bâtiments furent construits pur entreposer des costumes, des décors, des maquettes. Bref, de merveilleux trésors du spectacle vivant. Au total, quelque 8000 costumes dont les plus anciens datent de la moitié du XVIIIe siècle. Nombreux sont ceux qui sont encore utilisés et qui font la navette entre le CNCS et le les scènes.

Depuis 2006, certaines de ces merveilles sont exposées par thème.

- Au fil des fleurs, scènes de jardin
- Mille et une nuits
- Jean-Paul Gaulthier, Régine Chopinot : le Défilé
- Christian Lacroix
- J’aime les militaires
- Théodore de Bainville
- Bêtes de scène.

Il y a un roulement tous les quatre ou cinq mois, sinon, les objets exposés s’abîmeraient trop. A l’été 2007, j’avais pu admirer les costumes de scènes créés par Christian Lacroix. Une pure merveille d’exposition. Dans l’auditorium, on pouvait regarder un documentaire sur la création des costumes de La Gaîté parisienne chorégraphié par Baryshnikov. On y découvrait le travail d’orfèvre du grand couturier français. Et c’était émouvant de voir le tutu prendre vie, du dessin de Lacroix aux répétitions, puis s’endormir dans la vitrine du musée.

J’avais prévu d’aller régulièrement à Moulins pour voir les expositions de cet exceptionnel musée. Mais les aléas de la vie en ont décidé autrement. Ma rentrée de vacances fut, cette année là, mouvementée, comme les deux qui suivirent.

Les filles étaient enchantées de revoir les lieux. C’est Lou qui a réclamé la visite guidée. Et elle a eu raison. J’aurais été bien incapable de leur en dire autant sur le génial Noureev. Sa fondation a passé un accord avec le CNCS. Elle cherchait un endroit pur exposer, entreposer tout les objets en sa possession : costumes, photos, notes, tissus… un trésor inestimable. Et dès l’an prochain, deux salles permanentes seront entièrement consacrées au danseur.

dLa guide nous accompagne tout au long de la vie de Noureev. De sa naissance à bord d’un transsibérien à sa mort à l’hôpital du Secours perpétuel de Levallois-Perret. Entretemps, on aura tout appris sur la naissance de sa passion pour la danse, à 5 ans, en regardant une représentation du Lac des cygnes, sur son entrée au Kirov à 17 ans, son passage à l’ouest en 1961, et son explosion dans le monde de la danse occidentale.

Difficile d’imaginer qu’une simple expo de pourpoings et de tutus puisse nous en apprendre autant sur la vérité d’un artiste exceptionnel. Il apportait un soin tout particulier à ses costumes, mais également à ceux de tous ses partenaires. Ce qui lui valu les foudres du Kirov ? Il refusait de porter le petit bloomer pudiquement imposé aux danseurs masculins. Nijinsky s’était fait viré pour la même raison.

Il modifia la coupe des pourpoings qu’il portait de façon à ce que rien ne bouge quand il dansait. et Dieu sait qu’il complexifia la danse masculine, la sortant de son rôle de faire-valoir. Le choix des couleurs, des matières avaient également leur signification. On suit la guide de vitrine en vitrine et on se prend à regretter de n’avoir jamais vu aucun ballet de cet incroyable génie.

Nous avons terminé la visite par l’auditorium qui donnait à voir un documentaire où Noureev parlait de lui sur des images de répétitions, de travail à la barre, où l’effort et la difficulté se lisent sur la visage, sur le tremblement d’un muscle. passionnant.

Garance, bien sûr est subjuguée. Elle aime tant la danse classique – et je n’ai jamais pu l’emmener voir un de ces ballets – qu’elle semble dans on élément. Mais plus surprenant, Lou est époustoufflée par les prouesses physiques. Quant à Léone, elle papillonne et rêve à des tutus brodés d’or ou d’argent.

A la librairie, je me ruine : le catalogue de l’expo, celui d’un expo précédente, des cartes postales, des albums et quelques livres à offrir plus tard à Garance. Elle ne le sait évidemment pas. C’est une surprise pour son prochain anniversaire.

Nous quittons la caserne enchantées de notre journée. Et nous nous promettons de revenir régulièrement découvrir de nouvelles expositions, si les trains nous le permettent. En décembre, les ballets russes. Ça va donner !

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