Ça déménage 3

Dimanche.

Je n’ai pas beaucoup dormi. Je ne sais même pas vraiment à quelle heure je me suis levée. Sans doute vers 7 heures si j’en crois les sonneries de l’église. Petit déjeuner, avec ce qui reste. Puis de nouveau des cartons. Mon moral fait des vagues. J’ai l’impression d’avoir bien avancé, puis tout de suite après que tout reste à faire… Les « invités » arrivent peu à peu. Ils ne savent pas encore à quelle sauce ils vont être mangés. Sinon, je crois qu’ils repartiraient immédiatement. Et je ne pourrais pas leur donner tort. Je n’ai plus de rouleau de scotch, impossible de fermer les cartons. J’appelle Anne et Sara qui, avant de venir, font les marchés pour en trouver quelques uns. Je vais chercher le camion avec François. Sara nous rejoint en cours de route avec sa voiture qu’elle laissera là bas pour garder la place. Nous rapatrions l’engin et nous bloquons ma rue. Une voiture se cale derrière nous. Ils attendent que nous les laissions passer. Vu la largeur de la rue, c’est totalement illusoire. J’explique au conducteur, très remonté, qu’il s’agit d’un déménagement et que nous en avons pour quelques heures. Je lui indique un itinéraire de délestage. Mais il est tellement persuadé qu’il n’y a pas d’autres chemins, qu’il ne m’écoute même pas et reste à crier que je dois bouger le camion. Alors là… tu peux toujours courir mon vieux. Ce n’est pas tout à fait ce que je lui dis, je reste d’un calme olympien. Mais je lui tourne le dos pour aller bosser. Quand je reviens, mes mots ont dû finir par atteindre son cerveau, il a fait demi tour et n’est plus là.


Nous commençons à charger. Les cartons, les meubles, on monte, on charge l’ascenseur, on descend, on amène au camion. Et la navette va. On est encore de bonne humeur. A l’étage, Anne et Sara démontent les meubles. Le Nôm a disparu. Normalement, je pensais qu’il resterait dans l’appartement pour le démontage (dont la grande armoire, qu’il est le seul à savoir défaire), les placards de la cuisine que nous espérons emmener et, surtout, vider les deux placards des toilettes qui sont remplis de ses merdes, le mot est faible. Mais comme d’habitude, il n’en fait qu’à sa tête, il est donc parti dans le nouvel appartement, je ne sais pas trop quoi faire. Le comble de l’efficacité.

A l’heure du repas, nous grignotons sans même nous arrêter. J’ai fait le plein de chips, de bières, de charcuterie. Mais personne n’y touche vraiment. Y a trop de boulot, ce déménagement est un vrai cauchemar. Je continue mes va-et-vient, cinquième étage, rez-de-chaussée, camion. J’ai les jambes qui commencent à me rentrer dans les hanches. Ne pas s’écouter. Il y a des muscles d’ailleurs que je ne sens même plus. Marloute et Leeloolène ne sont pas en reste. François charge le camion. Sara et Anne continuent de démonter la literie, Chonchon se pointe, Aude est restée à la maison, terrassée par une grippe. On charge encore et encore, et puis c’est plein et puis l’heure avance, il faut au moins aller décharger tout cela, avant que les invités ne s’en aillent. Je pars avec le camion. Luciole est là, j’entre aperçoit la jolie Louise qui me fait un grand sourire. Il y a assez de bras pour décharger, je retourne à la maison pour continuer à démonter/emballer.
Nous travaillons d’arrache-pied. Je descends les morceaux de meubles au fur et à mesure. La cour est pleine. Au milieu, la balançoire en forme de Babar que je comptais proposer à Luciole pour ma nièce. Quand je descends la fois suivante, un petit garçon cabriole autour, les yeux émerveillé. Et crotte, tant pis pour Louise qui en aura bien d’autres, je laisse partir le Babar avec le gamin.

Je téléphone au Nom en lui demandant de rappliquer dard dard. Il dois démonter les meubles et vider son placard. Il acquiesce et arrive un quart d’heure plus tard. Evidemment, il commence par critiquer. Ce n’est jamais assez bien fait. Je lui fais remarquer qu’au lieu de casser le travail des autres, il pourrait les remercier de bosser et s’y mettre lui-même. Un ange passe. Les autres font semblant de regarder ailleurs… Il me fout la honte. La majorité des personnes présentes sont des amis à moi ou des membres de ma famille. Et les siens, de copains, ils sont où. L’un d’eux est venu deux le matin, un autre a aidé à repeindre l’appartement (et nous aidera beaucoup plus tard). Sa mère est là aussi. C’est maigre comme équipe. Liliane est gentille et aidante, mais je la surveille du coin de l’œil. Elle est de santé fragile et je ne voudrais pas qu’elle se fasse mal. Elle nous prépare un déjeuner créole qui sentira délicieusement bon, mais qu’elle laissera cramer : immangeable…

L’heure tourne, je ne sais plus ou mettre les objets que je descends. Le camion n’est toujours pas revenu. Les voisins sont très discrets. Soit ils sont partis en week-end, soit ils se planquent pour ne pas avoir à nous filer un coup de main. Je ne leur demande rien. Je m’inquiète pour le camion. Il arrive enfin. François a été bloqué dans les embouteillage. Il lui a fallu une heure et demi pour effectuer ce que je vais en vingt minutes à pied. Bonjour la galère. Leeloolène et Marloute s’en vont. Ma belle-mère aussi. Nous l’embrassons, elle repart en Guadeloupe dans quelques jours. Les uns après les autres les invités nous laissent à la fiesta. Demain, c’est école, il faut préparer les cartables. Je les comprends et les envie un peu.

Nous restons le Nôm, François et moi. Le premier démonte. Il faut d’ailleurs que je me fâche pour lui faire comprendre de laisser tomber les meubles de cuisine, tant pis, on les laisse, et pour qu’il s’attaque à l’armoire et à son fameux placard. Je descend les meubles et les morceaux de meubles, et j’aide François à les grimper dans le camion. Je descends ainsi le sèche linge, le lave vaisselle, le lave linge (le plus lourd et de loin) et le frigidaire (le plus encombrant). Je m’étonne moi-même de ma résistance, de ce que je suis capable de soulever et de porter avec le diable.
Nous devons accélérer la cadence, la nuit tombe et nous n’avons plus la lumière dans toutes les pièces. Jalb arrive, appelé par Anne. C’est ça les copains, quand on appelle au secours, ils arrivent sans tarder. On n’en peut plus, son intervention est décisive, elle nous redonne un peu de courage. Nous descendons l’armoire démontée, et tout un tas de trucs dont j’ai perdu le fil et le compte. Il reste encore du bordel là haut mais beaucoup d’objets que je vais jeter. Sara nous a dit qu’elle viendra avec Anne pour faire les derniers va-et-vient avec sa voiture le week-end prochain. Nous quittons l’appartement, il est 21 heures, il fait nuit noire.

Nous arrivons dans le nouveau. Louise dort dans la chambre des filles. On ne peut donc rien y mettre. Nous déposons ce que nous déchargeons dans la chambre de Lou et le salon. Rien que dans cette pièce, les cartons forment une montagne de 3 mètres sur 3 et de 1,75 mètre de hauteur (ma taille).

31 octobre
ce qu'il restait quinze jours après...


Il ne reste plus beaucoup de place pour bouger. Les aller-retour continuent, mouvement perpétuel : camion ascenseur troisième étage. Et hop, je me retrimballe le lave-vaisselle, le sèche linge et le lave linge (le plus lourd), sans oublier l’armoire démontée, la table qui pèse un âne mort, et des trucs des trucs des trucs, des trucs… Il est 23 heures, le camion est vide, François est livide de fatigue, Jalb est un peu dans le coltard et moi, je ne sais pas parce qu’il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas savoir… Luciole réveille Louise et part avec son amoureux. Jalb nous laisse et nous restons le Nom et moi.

Je picore des chips et refuse de manger le plat de sa mère. Je sais, c’est de sa mère, mais c’est imbouffable. Il manque s’étrangler, imbouffable ? Ben oui, le riz cramé, c’est rarement bon. Je le laisse râler et passe au salon. J’installe le canapé lit dans ce qui sera un jour notre chambre. Nous calons des dos d’armoire et d’étagère contre les fenêtres pour occulter les lumières. Nous errons au milieu de tout ce fatras et je mesure ce qu’il me reste à faire… Pensons à autre chose, à dormir tiens ! Le Nôm fait tomber une planche et jure doucement. Je suis en pyjama. Soudain, la sonnette se met à retentir. Ça sonne, ça sonne, ça ne s’arrête pas, ça fait un boucan de tous les diables. J’en suis encore à me demander ce qui se passe que le Nôm est déjà dans les escaliers de l’immeuble. Puis j’entends des éclats de voix. Il est en train de s’engueuler avec la voisine du dessous. Ha non ! pas déjà… Je descends à mon tour, calme le Nôm et essaie de m’excuser auprès de la voisine : « On a fini, on a juste fait tomber une planche, il faut bien que l’on emménage… » Mais l’autre est une vraie conne et en dix minutes elle répète quinze fois (au moins) la même chose. Elle n’écoute pas ce que je lui dis, elle tourne en boucle sur le fait que nous faisons trop de bruit, qu’il faut que son enfant dorme. Oui, je sais, elle l’a déjà dit, mais on pourrait peut-être passer à autre chose PUISQU’ON VOUS DIT QUE C’EST EXCEPTIONNEL. Putain, elle m’énerve la grosse…
Je finis par remonter. J’aurais dû la laisser avec le Nôm. Il m’explique pourquoi il est parti comme une flèche. La voisine du dessous, plutôt que de venir te dire, en sonnant à ta porte, tout le bien qu’elle pense du bruit que tu fais, descend au rez-de-chaussée et gueule anonymement dans l’interphone. Sauf que là, le Nôm a été plus vite qu’elle et elle s’est fait pincée dans l’escalier. Elle lui a déjà fait le coup pendant qu’il posait le plancher, elle a même été râler chez la gardienne. Bon, ben bienvenue dans la nouvelle maison…

Commentaires

1. Le mercredi 12 décembre 2007, 12:11 par Anne

Ah l'accueil chaleureux des grincheux, j'ai l'impression que les déménagements ne seraient pas vraiment insurmontables sans ça...

Quel cauchemar, ma pauvre...

2. Le mercredi 12 décembre 2007, 12:52 par brol

Le truc, avec les voisins, c'est de leur dire quand ils viennent râler que leurs bruits ne nous dérangent pas, parce qu'on les entend très bien eux aussi. :-p

3. Le mercredi 12 décembre 2007, 14:27 par luciole

Ta voisine d'en face à l'air charmante en tout cas, ce soir là, elle a fait chauffer le biberon de Louise dans son micro ondes... Tu verras, un jour on rira de tout cela, si, si, je te jure plus la galère à été forte, plus on en rit plus tard x-)

4. Le mercredi 12 décembre 2007, 16:56 par Moukmouk

Quel courage... bravo...
Je t'admire beaucoup, j'en connais des plus forts qui se seraient effondrés en pleurant de fatigue...

5. Le mercredi 12 décembre 2007, 18:11 par andrem

Le plus dur est bien la grosse du dessous. C'est toi qui l'a nommée ainsi, hein. Le déménagement, c'est très fatigant, c'est stressant, et mille raisons y contribuent qui ne sont pas seulement la fatigue des portages et des va-et-vient, des meubles lourds et des armoires normandes charentaises.

Aussi l'abandon pour de vrai du lieu des souvenirs, le nouveau lieu qui ne sait rien, une nouvelle planète, même si seulement quelques centaines de mètres les séparent. Tiens, justement, une nouvelle voisine, la grosse, qui ne durera pas le temps du déménagement mais bien plus longtemps ; ainsi apparaisssent les pires épines de ce changement durable, de ce bouleversement de l'inconscient, au delà des nouvelles odeurs et de tout ce que l'animal que nous sommes n'a pas encore su cartographier dans son nouveau monde.

Cette épine de la grosse est plus violente que tout le reste. Ce que tu en décris ne présage rien de bon, et face à ces gens là, je me sais impuissant à en perdre mon sang-froid et me couvrir de ridicule. Je suis nul à l'oral, vieille rengaine. Alors j'admire le nôm qui part au combat, et je t'admire qui trouve ces mots pourtant simples que je n'aurait pas trouvé en même situation: "puisqu'on vous dit que c'est exceptionnel".

Qui aurait envie de déménager tous les soirs, rien que pour réveiller les enfants des grosses?

6. Le mercredi 12 décembre 2007, 21:48 par Mavie

Je suis les épisodes de ce déménagement dont j'avais eu ouïe dire lors du dernier jeu du sablier. Quelle histoire!
Après, ça me rappelle celui d'une copine l'été dernier qui semblait à certains moments être sans fin...Mais pourtant, une fois passé ces galères, en tant qu'aidante, j'en avais plutôt gardé un bon souvenir. Mais bien sûr c'est différent quand il s'agit de son propre déménagement...
Ton déménagement de blog est vraiment une réussite! J'aime beaucoup le nouveau papier peint et la bannière aléatoire... z-z

7. Le mercredi 12 décembre 2007, 22:15 par Fauvette

Un déménagement cauchemardesque effectivement. Moi aussi je suis sidérée par ta force...
Et pas seulement ta force physique.