Mots dits maux 1

Il y a des mots qu’on hésite à dire, encore plus à écrire, jusqu’à ce qu’ils vous prennent à la gorge, vous serrent le cœur, et menacent de vous faire exploser. Alors, à la recherche d’un soulagement éphémère, on se met bravement devant sa page blanche et son se dit : Mon Dieu, je suis déjà incapable de vivre cela, comment puis-je le raconter ?

Mon mari bat mes enfants. L’homme que j’aime bat mes enfants que j’aime. Et je me dois, pour sauver les uns d’abandonner l’autre.

Oui, c’est abominable de battre ses enfants. De marquer leur corps de bleus, de les faire vivre dans la peur jusqu’à ce que maman rentre, parce que, quand maman est là, tout redevient normal. Un homme qui fait cela ne peut être que monstrueux. Mais pourtant, cet homme-là je l’aime. Et cet homme là aime ses enfants.

Difficile de faire un couple plus mal assorti que nous. Nombreux sont ceux qui se demandent ou se sont demandé ce que nous faisions ensemble. Il est créole créolophone, fils d’agriculteurs antillais, sait lire pas très bien, écrire pas très bien non plus, parler français on ne peut plus mal. Je suis journaliste parisienne, issue d’un milieu bourgeois, confortable. A priori, pas grand chose à voir. Mais voilà, la mayonnaise a pris. Elle a fait de nous un couple, une famille. Il y a eu Lou, avec son histoire, puis notre mariage, puis Garance, puis Léone.

Quand je l’ai rencontré, il était au chômage depuis quelques mois. Et squattait chez des copains. Et ne cherchait pas vraiment de boulot. Des jobs oui, pour se faire quelques sous. Mais sans plus. C’est peu de dire qu’il n’aime pas bosser pour un patron. Mais comme il n’a pas les moyens d’être le sien… Comme quelques enfants de sa génération, il est entré à l’école sans savoir un mot de français. Tout son entourage ne parlait que créole. Et le français, il ne l’a jamais appris. Jamais vraiment. Il est sorti du système scolaire à 16 ans, en cinquième, après s’être fait chier copieusement. Et il a djobé (faire un job).

Quand je l’ai rencontré, il avait 32 ans. Il était gentil garçon, sérieux, pas coureur, pas encore trop joueur, adorable, tendre, amusant et d’une curiosité insatiable. Il connaissait son île comme sa poche. Ça nous a rapproché. Il fallait le voir avec les enfants, petits, un amour de garçon. Ça m’a charmé aussi.

On ne se comprenait pas très bien. Moi parlant français, lui créole. Mais nous avons tous été amoureux un jour… Et dans ces cas là, on n’a pas besoin des mots. Mais il a dû y avoir, déjà, à ce moment-là, une bonne dose d’incompréhensions.

Si on nous prend quelques années plus tard, après la naissance de Garance par exemple, la situation est la suivante. Je travaille, beaucoup. Fritz ne cherche plus de travail car il a pris officiellement un congé parental d’éducation. Les rôle au sein de notre couple sont un peu différents de ceux habituels, mais ça fonctionne. Fritz est un père attentionné, câlin, adorable. Tous ceux qui l’ont vu à cette époque là avec les enfants peuvent en témoigner. Un amour de papa poule, quasi plus maternel que moi. Ma seule inquiétude était que je le trouvais dur avec Lou. Après avoir été le père que j’ai raconté, il était devenu un père autoritaire, exigeant, qui déjà criait, un peu, et sortait la ceinture, de temps en temps… Je me suis interposée, systématiquement. Mais je n’ai pas compris ce qui se passait. et surtout, je n’ai pas mesuré ce qui allait se passer plus tard.

Je ne suis pas en train de prendre les fautes sur moi. Je suis en train d’essayer de mettre des mots sur une situation pour mieux l’appréhender. Je ne cherche d’excuses à personne. Il y a une situation, et une seule solution, la séparation. Mais je veux comprendre et faire comprendre. Autant que ça serve. Et puis peut-être aussi pour les enfants.

La sévérité soudaine de mon mari envers notre fille aînée m’a fait très peur, parce que j’ai cru qu’elle était due à l’histoire de sa naissance.. C’est quelque chose que j’ai eu du mal à aborder avec lui. Alors je me suis juste interposé, en disant non. D’autant que je n’étais à l’époque pas exempte de tout reproche à cet égard.

Quand j’étais enfant, c’est peut dire que j’ai reçu des volées. Comme la plupart de mes sœurs. Mon père, dès qu’il était fatigué, piquait des hurlantes phénoménales, nous envoyait au lit sans manger, et nous donnait des corrections humiliantes et douloureuses. Une de mes sœurs avait pour habitude de se débattre, de refuser la correction, de hurler encore plus fort que mon père. Elle recevait le double de coups. Je me souviens d’une fois, elle devait avoir 7 ans, je ne sais qu’elle petite bêtise elle avait faite. Mon père a voulu lui administrer une fessée (c’est comme cela que l’on disait, comme pour un médicament). Elle s’est débattue, s’est défendue et dans la bagarre, a donné un coup à mon père, sans le faire exprès bien entendu. Ça a rendu mon père fou de rage. Il l’a rouée de coups et puis, pour la “calmer”, l’a mise sous la douche froide. Elle hoquetait. J’étais à la fois terrorisée et terriblement rassurée de ne pas être à sa place. Ma mère nous a expliqué qu’avec mon père, il valait mieux prendre sa dérouille sans rien dire, sinon, cela aggravait notre cas. C’est ce que je me suis appliquée à faire. J’y allais, la peur au ventre, mais j’y allais, en me disant qu’ainsi j’échappais à un châtiment encore plus terrible.

Le cérémonial était toujours le même, il nous renversait sur ses genoux, nous déculottait (une bonne fessée doit être administrée cul nu), et nous demandait si nous préférions la main nue ou le martinet, tout en précisant : « Avec le martinet, je me contrôle. » Je ne me souviens pas avoir fait une quelconque différence…

Le problème, avec ce genre d’éducation, c’est qu’une fois sur deux, on la considère comme normale, puisque tout le monde fait comme ça. En plus, la fessée était théorisée. C’était bon, nécessaire à l’éducation d’un enfant. Ajouter à cela un bon complexe judeo chrétien… J’ai mis du temps, énormément de temps, à comprendre que non, cette éducation là n’était ni normale ni nécessaire. Les fessées ne m’avaient jamais fait de mal à moi. D’ailleurs, si je n’en avais pas reçues, je n’aurais peut-être pas réussi aussi bien à l’école… C’est vrai que mes débuts d’années étaient laborieux et mes premiers carnets, fin septembre, pas très glorieux (enfin, ce n’était pas nul non plus, j’avais la moyenne). Alors, à chaque vacances de la Toussaint, je recevais ma fessée. Et après, je démarrais. Il me fallait ma fessée de début d’année pour réussir en classe, c’était un rite. Etonnez-vous que je déteste ces vacances-là, encore maintenant.

Il m’a donc fallu beaucoup trop de temps pour me dire que j’étais tout simplement lente au démarrage et que j’aurais eu la même progression sans fessée automnale. Mais le pli était pris. Aussi, quand Lou est née, enfin pas tout de suite, mais quand elle a été à l’âge où les enfants font bouillir les parents, en général vers 2 ans, j’ai appliqué la vieille recette familiale : je me suis mise en colère et j’ai tapé. D’ailleurs, mon mari est intervenu plusieurs fois pour défendre la petite.

Quand j’ai vu dans les yeux de ma fille, heureusement assez vite, qu’elle avait peur de moi, je me suis réveillée. Ça m’a fait trop mal. J’ai développé toutes les stratégies que je connaissais pour ne pas retomber dans ces travers là. Y compris de lui dire que là, j’étais à la limite de ce que je pouvais accepter et lui déconseiller de continuer. Ça a toujours marché. Et s’il m’arrive de passer les bornes, c’est tout à fait exceptionnel. Mais j’ai l’impression d’être revenue de loin.

Commentaires

1. Le vendredi 14 décembre 2007, 14:46 par andrem

Putain Akynou, je dis des gros mots maintenant. J'ai déjà oublié les histoires d'otage, gros mot désolant. Je t'envoie un imêle, tiens.

2. Le vendredi 14 décembre 2007, 15:12 par Minium

:-(

C'est très dur. Et c'est normal d'aller vers la séparation, pour protéger tes filles autant psychologiquement que physiquement. J'imagine que tu as envisagé toutes les solutions, mais n'y a-t-il aucun espoir avec un travail psychologique ? Qu'il sera probablement obligé de faire, qu'il soit avec ou sans toi.

Je te souhaite plein de courage et espère que des choses meilleures vont vous arriver.

3. Le vendredi 14 décembre 2007, 15:43 par luciole

Que dire de plus ... J'ai entendu quelqu'un qui prône l'interdiction de tout châtiment corporel sur un enfant, y compris la fessée et ce qu'elle contient d'anodin parfois encore dans nos esprits, il disait ceci : on ne peut pas faire d'échelle de la violence autorisée car personne ne sait ou cette violence l'entraînera, l'enfant se rebiffe ? la gifle ou la fessé peuvent devenir correction plus violente ainsi de suite, l'enfant se soumet ? Qu'acceptera t'il plus tard comme violence ?

C'est difficile de chercher une autre voie que celle là, encore plus quand c'est ainsi que nous avons été élevé. J'ai été une animatrice à 17 ans, violente, je giflai l'enfant désobéissant, j'ai arrêté après cette seule année parce que je me suis fait peur. C'est difficile de ne pas entrer dans un rapport de force brutal tout en posant des limites clairs pour la sécurité de l'enfant. La violence physique est l'arme des sans mots, ce qui explique probablement la violence de ton mari; quand l'enfant grandi, s'autonomise, s'exprime, mieux que lui même, il n'a plus que cela. ça l'explique et ne l'excuse pas. Un psy un jour m'a dit " ce n'est pas parce qu'on comprend son bourreau qu'on doit le laisser nous faire du mal" ... Je t'embrasse.

Minium: l'espoir ne fait pas toujours vivre, parfois il tue ...

4. Le vendredi 14 décembre 2007, 16:10 par brol

J'essaierai plus tard d'écrire quelque chose ici sur la violence des maux. Quand la boule dans la gorge se sera un peu estompée, quand la colère se sera un peu apaisée.
Des pensées pour vous 5.

5. Le vendredi 14 décembre 2007, 16:13 par samantdi

Ta démarche est courageuse et donnera du sens à tous ces moments difficiles que vous êtes en train de vivre.
Je trouve tellement lucide ce que tu écris :
Je ne suis pas en train de prendre les fautes sur moi. Je suis en train d'essayer de mettre des mots sur une situation pour mieux l'appréhender. Je ne cherche d'excuses à personne. Il y a une situation, et une seule solution, la séparation. Mais je veux comprendre et faire comprendre. Autant que ça serve. Et puis peut-être aussi pour les enfants.

Je crois aussi qu'il faut essayer de comprendre, cela ne veut dire justifier. Quand je lis le récit des châtiments que ton père vous imposait, je suis atterrée, mais quand je pense à ton mari, que je connais (un peu), et qui me fait penser à des hommes que je connais, de ma famille, ou de familles que je fréquente, je suis surtout désolée. Comme Luciole, je devine, peut-être à tort, que cette violence est liée à une perte, celle des "toutes-petites" qui cessent de dépendre de lui et lui donnaient une place valorisante, devenues jeune fille et fillettes.


Comme la voie est étroite... d'une part comprendre et admettre que l'homme violent exprime lui aussi une souffrance et d'autre part, trancher et partir quand on sent qu'il faut le faire, pour soi, pour ses enfants... et finalement, pour lui aussi qui s'enferme dans cette spirale.

Je vous embrasse tou-te-s.

6. Le vendredi 14 décembre 2007, 16:59 par sophizzy

Je n'avais pas lu ton dernier message..réforme des retraites et otages aux oubliettes..Ecoute la belle voix / voie de Luciole la lucide, elle me semble la plus juste..Courage

7. Le vendredi 14 décembre 2007, 18:54 par alixire

Quand j'ai vu la peur dans le regard de ma fille ainée lors d'une de mes engueulades (elle marchait depuis peu), j'ai courru voir un psy, ça a duré 7 ans... Je voulais que l'histoire familiale s'arrête à moi.
Mais ce qui est assez rassurant, c'est qu'après la prise de conscience et un travail sur soi, on peut très bien se libérer de cette violence. Aujourd'hui, je m'en veux quand j'use d'un ton cassant avec mes filles et qu'elles ne le méritent pas. Ce qui ne m'empêche pas de les remettre à leur place lorsqu'elles dépassent les limites. Enfin, de toute façon, en matière d'éducation, rien n'est simple et j'espère ne pas me tromper sur le diagnostique que je fais de mon comportement de mère. Je devrais demander aux filles ce qu'elles en pensent...
C'est bien que tu ais eu ce courage de mettre des mots sur tes maux, et le courage encore plus grand de les donner en pature, en lecture... Les mots m'ont toujours beaucoup aidé dans ces périodes douloureuses.
Courrage grande soeur, je pense fort à toi, à vous...

8. Le vendredi 14 décembre 2007, 19:55 par Anne

Je crois avoir reçu une fessée (imméritée, qui plus est, je te prie de croire que mon père en entend encore parler), ça n'est pas ni l'habitude ni la façon dans ma famille, et j'en suis heureuse, toujours ça de moins à ne pas répercuter, à ne pas avoir à contrôler, dans notre héritage de parents.

Même dans de grandes colères ou de grands agacements, je n'ai pas ce geste réflexe de "lever la main" comme on dit, parce que je suis très consciente de la confiance qui se perdrait, de la peur qui s'instaurerait et du manque total de bénéfice que nous en retirerions toutes les deux. Hélas, si ça suffisait à pouvoir toujours réagir au mieux...

Quand Luciole dit : "la violence physique est l'arme des sans mots, ce qui explique probablement la violence de ton mari; quand l'enfant grandi, s'autonomise, s'exprime, mieux que lui même, il n'a plus que cela", je crois qu'elle touche à la raison.

Mais l'explication du pourquoi ne change rien à la situation.

Ce qui compte, en ce moment, ce sont les décisions que tu prends. Pour protéger tes filles, pour faire en sorte aussi que sorties de la peur quotidienne, elles aient une chance de pouvoir considérer leur père avec moins de peur, avec du temps, de la patience, du dialogue de la part des autres adultes. C'est très courageux et encore plus difficile.

Quoi qu'il en soit, le fait que tu puisses écrire ce qui arrive me semble être un pas de plus dans la bonne direction. J'en suis heureuse pour toi, et je t'espère très vite dans un état de plus grande sérénité.

Bon courage, je vous embrasse fort.

9. Le vendredi 14 décembre 2007, 20:40 par Franck

J'ai connu enfant les mêmes "punitions" et "corrections", et encore à ce jour je reste persuadé que cela ne sert finalement à rien (dans le meilleur des cas).

Il faut protéger les enfants, c'est mon avis, mais évidemment je n'ai pas la solution miracle.

Bon courage, vraiment.
Bises à vous toutes

10. Le vendredi 14 décembre 2007, 21:25 par MB

Est-ce une culture des îles ?

J'ai bientôt la quarantaine, et originaire d'une île lointaine et française, mes parents étaient adpetes des punitions corporelles : ceintures, martinets - dont nous enlevions les brins au fur et à mesure ... -, manche à balai en désespoir de cause, magazine en rouleau , rarement la main nue...

Bien que mon frêre et moi ne soyions pas particulèrement turbulents, c'était je crois pour mes parents un fonctionnement parfaitement normal, et qu'ils avaient dû eux-même subir. Je me rappelle que lors d'un séjour sur l'île, le fils du voisin s'était réfugié chez nous, poursuivi par son père armé d'un fouet pour les boeufs. (oui, oui, un vrai fouet)

Des punitions corporelles et pas particulièrement raffinées, mais d'usage chez cette population d'agriculteurs pauvres, qui dans les années 1970 faisaient encore la cuisine au feu de bois, et lavait le linge à la rivière toute proche.
Il faut dire que l'alcool n'arrangeait pas les choses non plus.

Avec le temps cela ne reste que des mauvais souvenirs, et à la maison aucun martinet, les ceintures restent sur les pantalons, et la fessée est exceptionnelle - ma fille qui a 5 ans a dû en recevoir une, et mon fils plus agé un peu plus, mais c'était le premier et nous avions moins de patience.

De ces punitions corporelles, il ne me reste pas de trace physique, mais j'ai un souvenir très précis du brin de martinet qui s'enroule autour du mollet pour le bruler en y laissant une trace pour plusieurs jours, ou de l'impression de coupure faite par la ceinture qui glisse sur les fesses/. C'était il y a plus de trente ans.

Bon courage Akynou.

11. Le vendredi 14 décembre 2007, 21:37 par Minium

Minium: l'espoir ne fait pas toujours vivre, parfois il tue ...

Luciole, j'en suis parfaitement consciente. Mes mots n'étaient en aucun cas une incitation à une soumission ou à un pardon inconsidéré. J'essaye, en tant que simple lectrice silencieuse d'Akynou pour qui je ressens de la sympathie et une certaine proximité d'envisager des côtés positifs à l'évolution de la situation.

12. Le vendredi 14 décembre 2007, 22:20 par luciole

Minium : je sais que tu sais ce que c'est ... sourire ...Je ne sais pas si tu sais que je suis sa soeur, la proximité que tu éprouves vis à vis d'elle, que je comprends, n'empêche pas qu'il te manque un nombre important de faits, qui, s'ils venaient à ta connaissance te ferait prendre conscience de la maladresse de ta phrase, et je ne doute pas qu'elle parte d'un bon sentiment. Bref, Il serait trop long et trop intime de t'expliquer pourquoi j'ai réagi ainsi. Akynou le sait elle et c'est là l'essentiel.

13. Le vendredi 14 décembre 2007, 22:39 par François Granger

Akynou, je pense à toi.

Tu sais que nous sommes là.

Je t'embrasse.

14. Le vendredi 14 décembre 2007, 22:46 par Minium

Oui, Luciole, je sais que tu es sa soeur et ok, je n'en rajoute pas plus.

15. Le vendredi 14 décembre 2007, 23:22 par Valérie de Haute Savoie

Petite j'ai eu aussi droit aux fessées, coincée entre les jambes de mon père, il frappait à se déboiter les épaules... ce n'est qu'en ayant des enfants que j'ai trouvé cela incroyablement violent.
Cette décision pleine de courage doit être douloureuse, mais il me semble qu'en protégeant tes enfants tu leur donnes aussi de la force pour l'avenir.

16. Le samedi 15 décembre 2007, 00:00 par akynou

Je suis épuisée. La journée a été dure. Et longue. Je ne ferai pas de suite ce soir. Je n'en ai pas le courage. Mais juste quelques réponses.

Andrem : j'ai eu ton mail. Je connais le ver, je l'ai identifié. Mais je ne peux rien faire que ce que j'ai déjà fait.

Minium : quand on arrive là où j'en suis maintenant, c'est qu'on a déjà tout essayé. Quand l'eau monte, on cherche d'abord d'où vient la fuite. Et puis arrive un moment ou il est plus raisonnable de partir si on ne veut pas se noyer...

Luciole :-), oui, c'est un réapprentissage qu'il faut faire, qu'on fait bien de faire et on s'en porte beaucoup mieux ensuite. Mais tout le monde n'est pas capable de le faire.

Brol. Comme je le disais, je ne cherche pas à justifier mais à comprendre. Et à exposer les faits pour que ça puisse éventuellement servir. Rien ne justifie la violence sur des enfants. Et il faut bien que je les protège. Mais ça n'empêche que j'aime quand même mon mari, et que celui-ci aime ses enfants. S'il n'y avait pas d'amour, les choses seraient relativement simple. Mais la vie n'est pas simple. Elle est dure, elle est compliquée, elle est violente aussi parfois, souvent. C'est ce que j'ai toujours dit à mes filles. LA vie, c'est violent. Mais il ne faut pas renoncer à l'adoucir et à refuser la violence. Par contre, il faut s'y préparer.

Samantdi: tu as tout compris. J'y reviendrai :-) Merci d'être là.

Sophizzy : :-)

Alixire : bises

Anne : euh la sérénité, je ne suis pas sûre que ça soit pour tout de suite. J'ai comme l'impression de n'être qu'au début du tunnel. :-(

Franck : moi non plus, pas la solution miracle, la seule qui puisse être censée :-)
Merci

MB. C'est assez proche de ce que j'ai pu voir aux Antilles et du milieu d'où vient mon mari, l'alcool en moins. J'ai vu des scènes semblable, mais pas il y a quarante ans, il y a deux ou trois ans seulement, dans la famille de mon mari.
Le martinet qu'on dépiautait, nous avons connu aussi. Et puis on a arrêté car mes parents se servaient du manche et qu'un clou qui dépsse, ça fait plus mal qu'un lanière en fin de compte...

Minium, j'ai parfaitement compris ce que tu voulais dire :-)

François : oui, merci beaucoup :-)

Valérie : Ce que je voudrais surtout, outre les mettre à l'abri, c'est arrêter avec le cercle maudit de la violence, comme le dit ma soeur Alixire.

C'est marrant, j'ai été longtemps un femme en colère, perpétuellement en colère. Il m'a fallu des années de thérapie pour que ça se calme un peu, voire même beaucoup. MAis ce n'est que maintenant que je comprends le pourquoi de la colère... Comme quoi, on apprend à tout âge.

En tout cas, merci à vous tous d'être là. Très curieusement, cette présence toute virtuelle donne un peu de réalité dans ce truc complètement fou que je vis en ce moment. C'est assez difficile à expliquer. MAis c'est comme cela que je le vis.

17. Le samedi 15 décembre 2007, 00:52 par brol

Tu as (eu) à faire face à une violence physique, brutalement concrète. Je n'ai pas connu cela, juste le souvenir d'une fessée magistrale de la part de mon père (pour je ne sais quelle connerie d'ailleurs).
Par contre, j'ai eu affaire à la violence des mots non en termes d'injures mais de menaces à peine voilées et comble d'incidieux ces mots étaient écrits, postés et reçus alors que j'habitais encore sous le toit parental. Parfois, ils me demandaient si j'avais reçu du courrier... J'ai eu droit aux regards appuyés, aux regards en coin, à la violence des non-dits, des postures, des sensations, à la violence des sentiments qui n'étaient jamais exprimés que par écrit. Mes parents étaient des taiseux qui n'expriment rien oralement, franchement.
Parallèlement, je ne serai, a priori, jamais père de mes propres enfants (même si c'est un crève-cœur à écrire c'est une donnée), il m'est donc bien difficile de me mettre dans la peau d'un parent... Je suis ainsi cantonné au statut double et figé d'enfant et d'adulte.
La violence, quelle que soit sa forme, n'est pas admissible. Elle n'est pas justifiable non plus me semble-t-il pour autant. Rien ne justifie la violence envers n'importe qui, enfant ou adulte.
La violence de mes parents était, je crois aujourd'hui, la manifestation de leur désarroi, de leur incompréhension de ce que j'étais alors, de leur incapacité à s'appréhender eux-mêmes comme parents vis-à-vis d'un adolescent difficile qui se cherchait lui-même.

Si, par mes mots, je t'ai blessée, je m'en excuse.

18. Le samedi 15 décembre 2007, 14:15 par PMB

Rien n’est simple.

Les gens qui interdisent toute violence sur les enfants ont raison, cent fois raison, mais ce sont des idéalistes.

Mon père n’aurait jamais pu lever la main sur nous. Il fallait donc que Maman s’y colle parfois. Jamais de fessée, mais elle achetait un martinet par an, qui avait une vie brève et violente : il perdait mystérieusement un brin par jour et le huitième, atterrissait sur le toit. Il était alors remplacé par une « silette » (petite baguette de bois vert coupée dans la haie, hop sur les mollets. Ils étaient trop pudibonds pour toucher nos fesses.

Aucun des douze enfants n’est devenu violent, et nous avons tous une mémoire aimante des deux.

Je n’aurais jamais pu lever la main sur ma fille. Son hyper sensibilité (et un brin de rouerie) plus le fait qu’elle aurait fait et fait encore l’impossible pour moi.

Le seul à l’avoir fait fut le père de sa mère. Elle avait treize ans, et était allée lire une revue télé dans sa chambre sans demander. Elle ne le lui a jamais pardonné. Et quand elle a su comment il avait mal accompagné sa femme à la mort, elle n’a plus voulu le revoir.

Mon fils, il y eut de mauvais moments. La dernière fois que j’ai voulu lever la main, il avait seize ans. Il m’a dit alors : une, si tu le fais je te la rends, deux si tu le fais, c’est que tu n’es pas capable de parler. Ce fut fini. Maintenant, je suis un papy comblé et nous avons des relations à la vie à la mort.

Avec sa mère, si ça continue ce sera à la mort. Des coups aussi : coups de l’index plié dans le corps. Et surtout, surtout, de la violence verbale, dont je me demande si elle ne peut pas être pire. Lui entendre répéter en boucle : "t’es vraiment plus con que la moyenne". L’entendre me dire, un jour où les profs voulaient qu’il se fasse aider par un psy : « il peut se détruire s’il veut, je ne paierai pas ». La pire destruction que j’ai entendue (pas elle, quand même) fut d'une mère à son fils mon élève : « je regrette de t’avoir fait ».

Akynou, je vois que vous parlez, que vous exorcisez. C’est bien, vous êtes, nous sommes ici dans un groupe de parole.

Et si vous saviez ce qui a pu se réparer entre mon fils et moi, vous auriez une autre raison d’espérer pour vous et votre tribu akynienne !

19. Le samedi 15 décembre 2007, 18:53 par Laurelin

Chère Akynou,

Je m'inquiétais que mon flux rss d'outlook ne reçoive plus les nouveaux billets de ton blog. Alors j'ai cherché où tu avais pu passer (google est mon ami). Et voilà, je te retrouve, et je lis ce billet bien triste.
Je viens ajouter quelques mots de soutien, d'amitié virtuelle dans cette période difficile que tu vis.
Dans la famille à multifacettes que j'ai eu, j'ai eu la chance d'avoir d'un côté des parents qui privilégiaient le dialogue, même si parfois il se faisait avec une grosse voix. Des fessées, très peu, j'en ai mérité, mais jamais déculottées, ni humiliantes. Surtout vexantes, c'est ce qui compte.
De l'autre côté, celui que j'aimais le moins retrouver 3 week-end par mois, les gifles tombaient. Et puis un jour, je devais avoir 13 ans, les mots qui sont sortis de la bouche de l'adulte qui me faisait face sont sortis encore une fois plus forts qu'il ne le pensait. Après avoir vidé mon sac dans un courrier, j'ai tenté de tourner la page et de faire ma vie avec ce qu'elle m'offrait. Je n'ai plus eu de contact avec lui pendant plus de 10 ans. Une tentative a été faite, mais elle n'a pas porté ses fruits, c'est un inconnu dont je ne regrette pas de m'être éloignée, et aujourd'hui, je me sens soulagée de ne pas avoir reçu son éducation. Néammoins, il a marqué mon enfance, il a créé ces moments noirs que l'on veut effacer, au milieu d'une enfance colorée. Il a également marqué ma vie d'adulte.....
Je te souhaite tout le courage dont tu as besoin, j'aimerai que ces quelques mots te témoignent tout mon soutien, et malgré le virtuel, et surtout grâce à la chaleur de tes billets (même ceux en colère) tu puisses trouver une amitié nouvelle, parmis les nouveaux lecteurs de ton blog (et les anciens aussi).

Tendrement,

Laurelin

20. Le dimanche 16 décembre 2007, 00:48 par Fauvette

Akynou, je suis très touchée par ce billet tu t'en doutes.
Oui, je suppose que tu as tout tenté, tout imaginé, avant de prendre la décision de la séparation.
Mais heureusement qu'il y a de l'amour entre vous, parents et enfants. Oui heureusement. Car même s'il y a cette insupportable violence, cet amour va vous aider. A retrouver la façon de poursuivre votre chemin, même s'il y a séparation. Et surtout à ne pas couper les ponts, à ne pas priver les enfants de l'affection d'un père. Même si la route sera longue... Moi aussi je suis sûre qu'il aime ses enfants, mais pour l'instant, il faut quand même les protéger de lui.

Je connais la violence familiale, elle m'a pourri l'enfance, et par répercussion quelques années de ma vie. Ce n'était presque rien au départ, et après c'est devenu incontrôlable, destructeur.

Akynou, il t'en a fallu du courage, du vrai courage pour écrire ce billet, mais aussi de la confiance, en la vie, en vous, en nous. Je t'admire et te remercie.

Je t'embrasse, en te serrant bien fort.

21. Le dimanche 16 décembre 2007, 19:33 par Dom

Juste un petit mot pour t'envoyer tout le courage que je peux.
Je n'ai pas connu la violence mais bien plutôt celle de ma mère et de ses frères et soeurs qui ne peuvent même pas parler de ce qu'ils ont vécu. Mon grand-père vivait même dans la même ville que nous, je l'ai peut être croisé, mais pour ma mère il était mort, tellement qu'on l'a cru aussi. Il a fallu que son fils le fasse dégringoler de l'escalier, le frappe pour que ma grand-mère "accepte" le divorce. Elle me dit aujourd'hui l'avoir fait pour protéger son aîné de ce qu'il allait faire mais trop tard. La famille est marquée, blessée. Et bien que ma mère ne m'aie jamais touchée, il fallait que ma propre soeur me protège et la tienne parce que je refusais son autorité, et cela très tôt. J'ai longtemps cru et je le vis encore, que j'avais fait quelque chose de terrible pour qu'elle veuille ainsi m'anéantir par ses mots, ses gestes tendus, ses regards... Si j'en parle là ce n'est pas pour m'épancher mais pour essayer de mettre des mots de l'autre côté, celui du regard de mes propres enfants que je déteste gronder et pourtant, il faut bien qu'il y ait des règles. Je me sens aussi démunie que toi et je déteste quand nous devons élever la voix ou quand je ressens une vague de violence à leur encontre. Je trouve que tu as ce courage de ne plus vouloir que cela s'enclenche sur une nouvelle génération, c'est essentiel, un chemin plein de questionnements, d'inquiétudes, de pleurs mais celui qui permettra à nos enfants de pouvoir regarder les leurs sans avoir peur d'eux-mêmes. Et cette séparation, chemin de douleur, est essentielle aussi.
Je t'envoie au delà de la distance, tout ce que je peux donner...

22. Le dimanche 16 décembre 2007, 22:33 par akynou

Merci pour vos petites histoires, vos témoignages, vos soutiens et tout et tout... Je continuerai à écrire dès que j'en aurais et le temps et le courage...

23. Le mardi 18 décembre 2007, 04:11 par Traou

Je découvre tes mots dans le silence de la nuit. Lucides, courageux, tristes.
Je te lis, je t'entends. J'aimerais trouver les mots du réconfort ou de la raison, mais je ne sais pas bien. Juste t'envoyer des pensées douces.
Chère Akynou, je t'embrasse.

24. Le mercredi 19 décembre 2007, 15:40 par Marloute

Quel courage.
Quel courage tu as.

Ne te fais pas de souci pour le courage que tu vas devoir déployer maintenant. Je pense sincèrement que tu as fait le plus dur.
Voir les choses.
Comprendre le monde qui t'entoure, tes propres réactions, voir la spirale voir la violence, la mettre en mot. Il t'en a fallu du courage pour tout cela.

Alors bravo.

25. Le mercredi 26 décembre 2007, 14:25 par Clopine Trouillefou

Akynou, juste t'envoyer un sourire à travers les mots... Et toute mon admiration. Que ta route soit la plus douce possible !

Clopine, cabossée elle aussi, tu sais, mais persuadée que tu es sur le bon chemin.

26. Le mercredi 26 décembre 2007, 17:31 par Akynou

Merci Clopine :-)