La France en otage

C'est une réponse à un commentaire que j'ai lu, à propos d'une grève. Une jeune femme, encore une jeune fille, criait son écœurement devant un pays infantile qui fait la grève et qui prend les gens en otage... J'ai failli laisser un très long commentaire sur le blog où j'ai lu cette diatribe, et puis j'ai préféré le faire ici, chez moi. Parce que je ne veux pas prendre l'auteur du blog dans une querelle qu'il n'a ni voulu ni favoriser.

Les mots étant ce qu'ils sont, Ingrid Betancourt est otage. Les gens qui se démerdent comme ils peuvent pour aller bosser (et j'en fais parti) lors des grèves ne sont pas des otages.

Le gouvernement pouvait éviter cette grève en ouvrant des négociations. Les préavis de grève étaient déposés depuis longtemps. S'il ne l'a pas fait, c'est que politiquement, il n'a pas voulu le faire. Je pense quil se croyait assez fort pour jouer la population contre les grévistes et casser définitivement le mouvement. On ne peut pas dire que cela se soit passé tout à fait comme il le voulait. il a donc, avec les entreprises concernées, été obligé de s'assoir à la table des négociations.

Pendant ce conflit, toute la communication a été bouclée pour ne faire passer que les usagers gueulant contre la prise d'otage. J'en veux pour preuve les consignes qui ont été passées dans les rédactions de Radio France par exemple, pour n'interviewer que des usagers mécontents. C'est une chose que nous, journalistes, avouons assez peu. C'est douloureux de le reconnaître. Mais nous en parlons entre nous.
Pourtant, et je ne suis pas la seule, j'en ai croisé beaucoup des usagers, qui galéraient, qui étaient épuisés, mais qui comprenaient. Ceux-là, curieusement, on ne les a pas entendus.
Il serait temps que nous soyons majeurs, que nous fassions la part des choses entre ce que nous martèlent les entreprises de communication et la réalité.

De façon plus générale, toutes les avancées sociales, en France, n'ont pu être acquises que par la grève, le conflit : les congés payés, la semaine de 40 heures, la sécurité sociale, etc. Tout au long du 19e et du 20e siècle. Parce que nous avons le patronat le plus réactionnaire du monde occidental. Que des salariés, au nom de tous les autres, se mettent sur le tas et prennent le risque de ne plus avoir de salaire pendant des semaines pour défendre ces acquis que nous, nous ne savons pas défendre, eh bien je trouve ça bon et salutaire. Et ce n'est pas moi qui les mépriserait. Je leur dirai plutôt merci et bravo pour votre courage.

Je travaille depuis longtemps dans des entreprises privées, j'ai une longue expérience du rapport patron/salarié. Et je sais ce qu'on nous prend, et je sais ce qu'on nous dit et je sais comment on nous traite. Je suis cadre, j'ai eu aussi des grosses responsabilités dans des journaux. Et je sais le stress qui monte, la violence des rapports sociaux, le mépris. Pourtant, je vis et travaille dans un milieu extrêmement privilégié.
Je passe une partie de ma vie à négocier avec mes patrons, je connais bien ce petit jeu qui consiste à faire semblant de discuter, puis de dire : de toute façon, c'est ça, et c'est rien d'autre. Tout est monté, trafiqué. Pour une entreprise qui dégage des millions d'euros de bénéfice, les direction en sont encore à pleurer misère... C'st réel, c'est du vécu. On nous prend pour des billes. Nous nous retrouvons face à des gens, les DRH, qui sont formés pour ça : laminer le dialogue social.
Sauf… sauf quand on réussit à créer un rapport de force. Alors là, oui, on négocie. Vraiment.

J'ai négocié les 35 heures dans mon entreprises, ça a pris deux ans. Deux ans, pendant lesquels on a essayé de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, deux ans à subir les pressions sur les salariés dont on a bloqué les salaires, les primes, les congés, les avancements pour que nous renoncions à ce que nous demandions : la simple application de la loi. Mais voilà, appliquer les 35 heures, ça impliquait de reconnaître que nous faisions beaucoup d'heures supplémentaires. La direction a essayé de détourner la loi a son profit pour nous faire travailler sans notion d'horaires alors que nous dépassions les 50 heures. A cause d'une désorganisation et avec des couts qui mettaient l'entreprise en danger.
La juste application de la loi.
Il a fallu qu'un des "négociateurs" dépasse les bornes et injurie une des négociatrices sur son physique et sur son appartenance ethnique pour que nous réussissions à renverser le rapport de force. En trois réunions, l'accord a été conclu. L'organisation a changé et nous travaillons effectivement 35 heures, parfois moins. Mais nous travaillons beaucoup mieux. Et le journal est à l'équilibre.

On en est là du dialogue social dans notre pays. Ce n'est pas un cas isolé, j'en ai des milliers.

Commentaires

1. Le jeudi 13 décembre 2007, 14:31 par Eor

Merci Akynou de prendre chez toi le flambeau de cette discussion commencée, amorcée ailleurs...


Malgré ma faible expérience dans la vie professionnelles, je suis complètement d'accord avec toi.... Donc la boite où je travaille, nous en sommes en pleine renégociation des accords en vue d'augmenter la flotte.....Ca tire vers le bas du côté de la direction qui refuse d'entendre les arguments que notre intersyndicale propose (après avoir mené une enquête où une immense majorité des personnes concernées ont répondu - nous sommes environ 200...)....


Quant aux itv lors des grèves, j'étais surpris de n'entendre QUE des gens contre..... Je n'aurais pas osé imaginer qu'il soit possible que des directives aient été données...... Mais bon.... quand on entend que le ptit nabot félicite Pou*tine pour sa superbe élection et reçoit avec tapis rouge certains ..... Est-ce si surprenant.......

2. Le jeudi 13 décembre 2007, 14:39 par brol

Il y a également le problème de la banalisation de certains mots. Tu cites ici "otage", il y en a d'autres.
Personnellement, j'ai été accusé de "lyncher" des gens sur des forums parce que je mettais leur nez dans leur caca. Que veut dire "lyncher" ? Prenons la définition dans un dico, c'est tout de suite plus simple : "Exécuter quelqu'un sans jugement. Brutaliser gravement.". Entre dire, même d'une manière bien peu diplomatique, à quelqu'un qu'il se trompe et exécuter quelqu'un sans jugement, il y a quand même un putain de gouffre !
Je suis particulièrement atterré de constater la pauvreté du vocabulaire des gens, des raccourcis (souvent malsains) qui peuvent être pris... A croire qu'il n'y aurait pas d'autre solution pour mettre en lumière une idée que de ne le faire qu'en exagérant le trait, grossièrement, à l'excès.
Beurk beurk, hein ?

3. Le jeudi 13 décembre 2007, 16:11 par Franck

Ça va mieux en le disant ! Merci Akynou d'avoir mis des mots sur ce que beaucoup d'entre nous ne peuvent ou ne veulent pas dire ou écrire.

4. Le jeudi 13 décembre 2007, 17:16 par Bladsurb

Beaucoup de choses, dans ce billet, mais dès qu'on parle de ce genre de sujet, je trouve que beaucoup d'éléments se juxtaposent et se mélangent, ce qui ne simplifie pas les discussions ...
Je reviens juste sur quelques points...

"Le gouvernement pouvait éviter cette grève en ouvrant des négociations". Il me semble qu'il y a une modification de taille des revendications syndicales au cours de la grève. Avant, les syndicats voulaient une discussion d'ensemble, tous régimes spéciaux confondus (et je suppose en face en face avec le gouvernement) ; l'objectif affiché étant un retrait pur et simple de la loi.

Ce n'est qu'au cours de la grève que plusieurs syndicats ont parlé de discussion entreprise par entreprise, avec des représentants du gouvernement présents. Et ce n'est pas du tout la même chose. C'est suite à cette ouverture que les discussions ont pu commencer, effectivement entreprise par entreprise, et non d'une manière globale et confondue.

De plus, ce qu'il y avait à négocier a aussi changé. Mais là, le jeu est beaucoup plus compliqué, entre les dirigeants généraux des syndicats, les dirigeants des branches impliquées, et les syndiqués eux-même. En haut, ils savaient que la loi passerait (sans doute voient-ils d'une manière plus générale le problème des retraites, et savent que tout ne pourra rester tel que c'est aujourd'hui), et que ce qu'il y avait à négocier, c'étaient les aménagements aptes à faire passer la pilule. En bas, ils étaient nombreux à croire en un nouveau 1995 ou en un nouveau CPE, donc à vouloir poursuivre la grève jusqu'au retrait de la loi. Au milieu, je ne sais pas trop, il y a eu aussi des luttes de pouvoir personnel.


"que des usagers mécontents" : si j'avais été interrogé, donner mon exact sentiment aurait été assez compliqué. Oui, je comprends qu'ils fassent grève pour défendre leur morceau de steak, oui je compatis avec le fait que leur condition de départ à la retraite va changer, mais aussi oui je pense qu'il est normal que ce système change, et oui je veux que cette loi passe. Donc, en fonction de l'intitulé de la question, on aurait pu me mettre dans un camp ou dans l'autre. En 1995, le ressenti était fort différent. Les cheminots disaient souvent faire une grève par procuration, en remplacement d'une grève que les salariés du privé ne pouvaient pas faire. Et c'est en cela que cette grève longue et pénible avait été supportée. En 2007, ce discours ne passe absolument plus. Il ne doit plus y avoir grand monde à croire que si les cheminots gardaient leur système spécial, cela permettrait aux salariés du privé de revenir sur 37,5 ans de cotisation. C'est plié, et c'est plié parce que c'est nécessaire.

Et c'est ce que m'attriste le plus dans ce genre de discussion : le problème des retraites n'est toujours pas perçu correctement. Je recommande chaudement ce billet d'Ecopublix (en espérant qu'ils rédigent les 39 autres !). En 1970, un homme arrivant à l'age de la retraite avait une espérance de vie de 15 ans. En 2030, il aura, à l'age de la retraite, une espérance de vie de 25 ans. Pour les femmes, on passe de 20 ans à 30 ans de durée moyenne de retraite. Cela fait une énorme différence, et dont il faudrait se réjouir énormément ! On gagne plusieurs mois d'espérance de vie chaque année ! C'est phénoménal ! Le fait que cela entraine quelques mois ou années de travail en plus n'est qu'un faible prix, si ça permet de bénéficier correctement de tout ce temps de retraite en plus ! On me parle souvent alors de retraités pauvres. Mais cela aussi est bien moins vrai aujourd'hui qu'il y a quelques dizaines d'années : on est passé de 25% de retraités sous le seuil de pauvreté, à 4% aujourd'hui (entendu dans un débat télévisé, désolé pour l'absence de source). Mais cette réalité là apparemment ne passe pas du tout dans l'opinion. Dès qu'on parle de modifier les conditions de départ à la retraite, c'est ressenti comme une attaque d'une avancée sociale, sacralisée sur quelques chiffres (nombre d'annuités, age minimum ...) au lieu d'être vu comme un nécessaire ajustement à des changements démographiques majeurs et réjouissants.

Bon, j'arrête là.

5. Le jeudi 13 décembre 2007, 17:27 par Eor

Bladsurd : Certes, les régimes de retraites sont à revoir..... mais ne sommes nous pas en train de tomber dans une généralisation On nous parle d'équité... ok, soyons équitable.... Mais pour que ce soit vraiment juste pour tout le monde, ne faudrait il pas prendre en compte chaque type de professions, et regarder quelle est la duree de vie moyenne après l'age de la retraite N'existe t-il pas des métiers plus usant que d'autres qui méritent de partir plus tôt pour aussi pouvoir avoir une belle retraite?

6. Le jeudi 13 décembre 2007, 17:47 par Bladsurb

Oui. L'équité serait du genre "25 ans de retraite" pour tout un chacun. Mais cela voudrait dire que les femmes, qui vivent plus longtemps, devraient aussi travailler plus longtemps :-) ? Et les fumeurs auraient droit à un départ à la retraite anticipé, vu que leur espérance de vie est moindre :-) :-) ?
Blague à part, sur le principe, je suis tout à fait d'accord (et moi qui ait un métier peu usant physiquement, ça me ferait quelques mois ou années de plus) mais le passage du principe à une mise en pratique n'est pas évident. Ce n'est non plus facile de trouver un bon moyen pour prendre en compte le fait qu'on puisse changer de métier au cours d'une vie.

7. Le jeudi 13 décembre 2007, 19:49 par Bladsurb

Ah, une source pour la diminution du nombre de retraités pauvres :
http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/IP761.pdf

8. Le jeudi 13 décembre 2007, 19:59 par Moukmouk

Merci Akinou, tu as bien raison. le patronat français ne me semble pas le plus rétrograde du monde, il fait tout comme ailleurs pour grignoter tout ce qu'il peut. Par contre, je suis toujours étonné du mépris affiché par les patrons français pour les travailleurs. Il y a des coups de pied au cul qui se perdent.

9. Le jeudi 13 décembre 2007, 21:48 par brol

Les hauts cadres sont pas mal dans leur genre, côté mépris...

10. Le jeudi 13 décembre 2007, 22:18 par akynou

Tu sais, ce qu'on appelle des patrons, ce ne sont en général que des hauts cadres maintenant. En tout cas dans les grandes entreprises. :-)

11. Le vendredi 14 décembre 2007, 00:05 par andrem

Merci Akynou de ce travail. Mon commentaire est trop long, je ne me relis pas. Où la trouves-tu donc, ton énergie, dans ce vent de folie qui te tournoies ces derniers temps? Apprends à te poser, un peu. Je vais dire à Luciole de te surveiller.

J'en ai dépensé de la salive, ces derniers temps, sur l'usage insupportable du mot otage, et je citais Florence Aubenas comme toi tu cites Ingrid Bétancourt.

Ce devais lui faire drôle, à Florence Aubenas, quand elle prenait le métro en novembre dernier, d'entendre des voisins de barre de maintien se plaindre d'être otages. J'ai longtemps voulu faire un billet là-dessus, mais le déferlement du mot à toutes les sauce avait fini par me décourager, il ne faut pas se décourager.

J'ai aussi négocié les 35 heures, voilà plus de dix ans maintenant. Gros travail qu'il va falloir refaire avec cette histoire de rachat des heures, histoire sortie du chapeau qui me hérisse au delà de tout, piège à gogos présenté comme la source de richesses. Comme si le temps n'était pas plus précieux que les sous. Comme si vendre plus de son temps allait compenser qu'ils ne l'achètent pas assez cher, eux, notre temps.

La notion de rapport de forces que tu évoques est essentielle. Ici, l'enjeu de l'opinion publique est primordiale, d'où le travail de muselage accompli. Il faut jouer finement de la mobilisation, du jusqu'où ne pas aller trop loin, et je reconnais que j'aurais mal vécu que les grévistes poursuivent au delà du dimanche.

A ma grande et heureuse surprise, nous avons assisté à un mouvement calibré au millimètre, malgré une apparence foutraque, et sans que nul ne puisse parler d'une véritable organisation. C'est le foutraque qui a accouché de ce résultat, entre les hue et les dia. Ils ne pouvaient faire mieux, et tu ne m'en voudras pas si j'en crédite l'essentiel à Bernard Thibault, qui a bien dû se sentir un peu seul parfois.

Tu m'en veux? Tant pis, je persiste.

Rapport de forces: nécessité absolue pour négocier, ne rêvons pas. Celui-ci se construit lentement, et pas seulement sur l'agitation sociale, la grève et les feux de pneus. Les détours de l'intelligence, la solidité des argumentaires, la qualité des analyses techniques et économiques une fois oubliées les incantations journalistiques (mais oui, ils nous les assènent, leurs incantations, tes collègues du haut du pavé, beaucoup d'entre eux, sans donner l'impression qu'ils y aient réfléchi avant de proférer).

Il y a même parfois la logique interne patronale, l'arrogance des hauts cadres qui se prennent les pieds dans le tapis, et les grands chefs qui veulent être grands chefs à la place des grands chefs. Jouer le bon cheval contre le psychorigide. Mettre le doigt sur la contradiction flagrante. Appuyer sur les conséquences financières, utiliser les arguments patronaux de la fois d'avant, les prendre à leurs propres slogans; certains propos patronaux sont des hérésies si évidentes que le gain de cause devient facile et ceux que nous avons devant nous, visiblement, se mettent à haïr leurs collègues beaux parleurs, et ainsi de suite.

J'ai connu le contraire aussi, le délégué syndical qui se tire une balle dans le pied et la revendication évidente mais inapplicable, par exemple. Mille autres exemples à urticaire. L'atelier modèle où l'on débraye pendant qu'on le négocie comme modèle pour un atelier pourri à changer. La revendication idéologique détachée de la réalité de la Fondation, en voilà un autre piège à nous. Et je ne te parle pas de cette tentative de grève pour soutenir le non au référendum.

Je vais bientôt sortir de ce cirque là. Je suis en effet fatigué, et ce n'est pas seulement le contexte politique et social qui en sont cause. Si je te disais que personne ne veut plus faire ce travail, se mettre en avant pour porter la parole, et parfois la construire, car souvent la parole ne parvient même pas à exister chez les plus faibles. Ils se réveillent une fois l'accord conclu, pour m'insulter de ma faiblesse et de ma complicité. Alors je suis fatigué. Je pars. Qui le veux me remplace, je ne vais pas supplier. Et s'il n'y a personne, chacun fera pour lui-même dans le tréfonds de la Fondation, où on lui dira de faire; il n'aura plus personne à insulter du mauvais accord.

Moi, je pourrai bloguer bien plus, écrire, écrire, écrire. Ici ou ailleurs si quelqu'un me donne un lieu. Voyager, photographier ce que j'aime plus que tout faire, transformer un monde en un bout de papier à deux dimensions en trempant les mains dans les produits chimiques, écouter le bruit des gens, les langues inconnues et l'air du temps. Ecouter Lady Day et lire Duras.

Je sors de ma dernière réunion de Comité d'Entreprise.

12. Le vendredi 14 décembre 2007, 01:15 par sophizzy

Voilà ma réponse : http://sophizzy.free.fr/index.php?2007/12/14/10-la-france-en-otage-reponse-en-vrac
Je persiste et signe avec le mot otage. La langue française a une qualité : elle est variée, riche et s'emploie au sens propre et au sens figuré. Elle fait appel à l'anglais quand elle n'a pas ce qu'il faut, elle n'est pas raciste. Elle utilise je t'aime de façon honnête et ironique. Elle dit gérer un budget comme gérer une crise. Si je suis pour une certaine rigueur dans l'utilisation du vocabulaire, je m'attends aussi dans vos blogs de qualité à une ouverture d'esprit qui ne se braque pas au premier écart de langage..Je n'en dis pas plus. Ah si un dernier mot - pour ceux qui n'iraient pas lire ma réponse et en resterait à ce post- l'utilisation de mon âge comme premier argument et phrase d'accroche de ton message me semble déplacée. Si l'expérience a de la légitimité, la jeunesse d'esprit offre aussi de nouvelles perspectives qu'on ne saurait balayer d'un revers de mains condescendant sous prétexte qu'il est "jeune femme", que dire, "jeune fille". Encore une chose..si l'école nous berce dans de tendres illusions, elle a aussi le mérite de nous apprendre à se méfier des idées reçues (suite sur mon blog).

13. Le vendredi 14 décembre 2007, 02:39 par Oxygène

Tu as répondu comme j'aurais voulu le faire. En 2003, j'ai fait grève contre la réforme des retraites dans la fonction publique. Mon mari aussi. Cette réforme qui pénalise les femmes en premier. Nous avons été traînés dans la boue par cette presse aux ordres. Les "entreprises de communication" comme tu le dis si bien nous ont accusés de prendre les élèves et leurs parents "en otage". Et ça m'a mise en rage. C'est une bataille que nous avons perdue, en particulier pour les jeunes femmes ou jeunes filles qui débutent dans leurs fonctions au service de l'Etat. Si elles trouvent encore quelques responsables syndicaux motivés, qu'elles les interrogent sur ce que cette prise d'otage va leur coûter en terme de carrière et de vie de famille !

14. Le vendredi 14 décembre 2007, 09:22 par Anne

Bon. Du strict point de vue logistique, je me suis fait renvoyer une "actualité qui s'annonce substantielle" au prétexte que personne ne comprend, alors je suis... dépitée...

Plus dans le sujet, j'étais plutôt de parti pris pour cette grève, mais ce qui m'a sauté au visage, c'est que ce que les médias, les chefs d'entreprise et quelques politiciens ont voulu montrer, c'est cette haine des utilisateurs de transports mécontents contre les cheminots grévistes. Un truc bien purulent et violent, qui éloignait habilement les esprits du fond du sujet, d'ailleurs.

Ca ne s'appelle pas de la diversion ça ? (Et aussi : diviser pour mieux régner)

15. Le vendredi 14 décembre 2007, 09:23 par Anne

linguistique, pas logistique, chuis fatiguée moi !

16. Le vendredi 14 décembre 2007, 09:28 par Valérie de Haute Savoie

Je voudrais juste dire que c'est bien beau de vouloir faire travailler les gens jusqu'à 65 ans.... quand on voit la difficulté d'un vieillard de 50 ans* pour trouver un VRAI travail c'est pas gagner

(*)'ai justement 50 ans et justement je cherche un VRAI travail !

17. Le vendredi 14 décembre 2007, 10:33 par luciole

La guerre des mots ne cacheraient elle pas la guerre des maux ? On s'envoie de "l'otage pas otage" d'un côté et de "la rafle, pas rafle" de l'autre. Une partie des français s'est sentie " pris en otage" c'est à dire utilisé comme un moyen de pression, C'est le mot "utilisé" qui me semble important là. Ce qu'il semble démontrer c'est ce sentiment si présent d'impuissance, et de manipulation qui rend souvent les gens incapables d'engagement. Ce que je trouve terrible, ce n'est pas qu'un individu utilise ce terme c'est l'écho qu'en fait la presse, c'est le fait que le chef de l'état l'utilise également. Car alors, toute relativité, toute connaissance, et toute compassion devient impossible et c'est ainsi que nous montons les gens les uns contre les autres. Ce que je trouve terrible c'est que la puissance de cette image "pris en otage" ferme le débat par la violence qu'elle renvoit. Et autant créer un choc avec le mot "rafle" pour ce qui concerne les arrestations massives de "sans papiers" me parait nécessaire, autant là ça me paraît néfaste.

18. Le vendredi 14 décembre 2007, 11:13 par andrem

L'usage des mots n'est jamais innocent. Les traducteurs le savent, ils galèrent bien assez pour tenir compte de tous les entendus et sous-entendus du texte q'ils traduisent. On le saurait, si les traducteurs automatiques donnaient de bons résultats non comiques.

L'usage massif du mot otage dans le cas de la grève n'est pas innocent, surtout, comme le remarque Luciole, lorsqu'on l'entend au plus haut niveau. Faire des simagrées sur la langue française et sur la richesse d'un mot unique est un écran de fumée pour cacher aux autres et parfois à soi-même le véritable objectif de l'usage du mot.

Quel est l'objectif? Très simple, madame. L'objectif est de ravaler au rang de terroriste le gréviste moyen. Ce qui a plusieurs avantages:

On peut le châtier sans réfléchir, c'est un terroriste d'abord.
On peut passer outre la revendication sans se pencher sur le pourquoi du comment, ce sont des privilégiés qui se vautrent et se gobergent.

Ah mais non j'ai pas voulu dire ça! Mais si, c'est dit, répété, avec insistance et acharnement, pas de retour arrière possible, pas de "ctrl.Z".

Ce sont des terroristes, voilà ce que permet de dire le mot otage. Assume un peu ton opinion, toi qui me lis et l'emploie, ce mot, à tout bout de champ.

Tu évites ainsi toute réflexion, tout débat, tout travail sur ce que signifient le mot retraite, le mot service public, le mot durée de vie, le mot génération, le mot vieillesse, le mot fatigue, le mot répartition, le mot cohésion, et son ami le mot cohérence, le mot vie quotidienne, le mot respect de la parole, le mot continuité de l'Etat, et puisque parfois il y a des jeux chez Akynou, tu peux continuer la liste.

Je m'arrêterai seulement au mot cohérence. Si ces gens qui te prennent en otage, comme tu dis si bien, sont si privilégiés, si tranquilles, si inutiles, si déficitaires, pourquoi mettent-ils à ce point le bazar lorsqu'ils cessent leur non-travail de paresseux en n'étant plus payés?

Mais bon, je rigole, hein. Non? C'est jsute un arrêt, tant de travail est à faire.

Oui, il faut travailler sur tous ces mots dont la liste pourrait bien s'allonger. C'est compliqué, c'est laborieux, plus laborieux qu'une classe, c'est fastidieux, c'est méticuleux, et il n'y a aucune paillette pour esbaudir le passant.

Alors oui, c'est tellement plus facile, le mépris avec lequel d'un air négligent ou furibard on jette en pâture le mot otage, on s'en repaît le gosier.

Je m'énerve je m'énerve. Et le devoir m'appelle (à tarte). Ouais, on est vendredi comme toujours, vous savez bien que je suis capable du pire, surtout le vendredi.

Et encore, je n'ai pas dit Alonzi alonzo, vous avez remarqué.

19. Le vendredi 14 décembre 2007, 13:03 par Akynou

Je voudrais bien qu'on argumente sans s'énerver s'il vous plaît. Le débat sert à éclairer, on ne convaincra personne. Et surtout pas en s'énervant. Et en plus, eje n'ai pas écrit ça pour qu'une personne s'en prenne plein la tête. Il se trouve que j'apprécie aussi ce qu'elle peut écrire par ailleurs. Même si je ne suis pas d'accord du tout avec elle sur ces points là (utilisation du mot ET analyse de la grève).

Si on s'énerve, je ferme les commentaires.

20. Le vendredi 14 décembre 2007, 13:16 par Akynou

Bon, faudrait que je réponde, même si je n'ai pas trop la tête à ça.

Je suis assez étonnée comme Valérie de cette volonté de faire travailler les gens plus longtemps quand on voit le taux de chomage chez les plus de 50 ans, leur précarité quand ils ont un emploi, leur difficulté à en trouver un... Dans ma branche, je sais très bien que si je perds mon boulot, je n'en retrouverai jamais un. On n'embauche plus des journalistes quand ils ont passé 45 ans/50 ans. Ça ne date pas d'hier. Mon père, il y a 20 ans, voyait ses CV retourné avec juste son âge entouré.

Il y a une contradiction flagrante entre les propos volontaristes des uns et la pratique des autres. Et la contradiction est d'autant plus renforcée quand les uns et les autres sont une seule et même personne... (un patron du Medef par exemple). Cela dit, quand j'aurai l'âge d'être à la retraite, la pyramide des âges ce sera de nouveau inversée. Alors on entendra sans doute un autre discours...


Sophizzy, il n'y avait aucune condescendance de ma part (y compris dans le paragraphe que j'ai supprimé parce que mal compris). Juste un constat. Ceux qui me connaissent savent que je pratique assez peu la condescendance ni le mépris. Et ce n'est pas moi qui traitait les français d'infantiles :-).

Quant aux mots, mon métier est justement de travailler dessus. Et à force de les dévoyer, je ne peux que constater qu'ils perdent terriblement de leur sens.
Je peux traiter une fille de "grosse" et lui expliquer ensuite, que non, ce n'est pas ce qu'elle a compris, que cela veut dire autre chose, parce que si on prend l'acceptation anglaise, et si on joue avec la langue, etc. Mais si la nana a alors l'impression que je me fous de sa gueule, elle n'aura pas tord :-)

Les mots ont un sens, souvent ils en ont plusieurs, ceux-ci sont attestés par les dictionnaires. Et j'explique justement à mes étudiants que nous avons tout intérêt à les utiliser dans leur vraie acception si on désire être compris par tout le monde, par tous ceux qui parlent français quel que soient l'endroit où ils vivent. Car si quelqu'un n'est pas sûr de comprendre un mot, c'est vers le dictionnaire qu'il se tournera. Prendre des libertés avec le sens des mots, c'est manipuler le langage et la communication.

Je ne réagis pas (nous ne réagissons pas, je ne suis pas la seule il semble) à un écart de langage. Si tu avais été la seule à détourner ce mot, nous n'aurions même pas relevé. Mais à l'échelle à laquelle cet "écart" est fait, il est normal que nous réagissions. et cela renforce mon idée que la langue doit être précise.

J'ai un collègue qui a été pris en otage dans une banque lors d'un braquage. Et, bon, ça l'énerve aussi, de dévoiement.

Bladsurb, je te réglerai ton compte quand j'aurais la tête à ça ;-) Là, désolée, mais je suis out. :-(

Luciole : oui, tout à fait

21. Le vendredi 14 décembre 2007, 14:17 par brol

Moi, j'en ai marre qu'on écrive "avoir tort" avec un putain de "d" à la fin ! Elle est tordue la proprio ou quoi ? ;-)

22. Le vendredi 14 décembre 2007, 14:32 par Akynou

oui, la proprio est tordue, mais c'est une autre histoire... :-)

23. Le vendredi 14 décembre 2007, 14:33 par andrem

Ce sera chez Akynou et nulle part ailleurs que je continuerai de poser mes pavés. Il faut bien sûr que le commentaire y soit entrouvert.

Pour les rapides-lisants, et comme je me suis rapide-relu à l'instant avec un peu d'inquiétude et à la lumière de ce que rappelle Akynou, je précise que le "tu" de mon commentaire s'adresse à n'importe quel lecteur potentiel et non à tel ou tel que je voudrais viser.

Tel ou tel que je voudrais viser sera servi à domicile le jour où je voudrai servir, sans sous-entendu ni ellipse.
Ou chez moi si je veux, la porte est ouverte au droit de réponse.

Même pas peur. Tout le monde connaît les chemins de chez moi. Je n'y réponds pas vite mais je réponds.

24. Le vendredi 14 décembre 2007, 16:28 par sophizzy

Je suis effarée par le déchaînement de violence suite aux propos que j'ai pu tenir et surtout ne pas tenir précédemment.

Je regrette deux choses :

- l'utilisation inexacte de ma part de l'expression "mépris d'une révolution infantile" que j'ai d'ailleurs explicitée ailleurs

- la forme que prend TOUT débat et sans exception en France lorsqu'il s'agit d'un sujet de société. C'est manichéen, c'est noir ou blanc, bon ou mal. Et c'est sans nuance.

Andrem se permet de faire un raccourci en me prêtant une opinion qui n'est pas la mienne. Pas un seul instant, je n'ai parlé du fond de la réforme des retraites : j'ai dit qu'elle était nécessaire ! Alors oui, j'assume mes opinions mais celles que j'ai formulées, et non pas celles que l'on me colle arbitrairement à la peau. Pas la peine de dire que le TU es général quand il s'adresse à moi en particulier. No offence.

Mon propos était, pour résumé, de dire qu'un recourt systématique au blocage est dangereux et que je prône pour cela une alternative réfléchie à cette solution trés largement instrumentalisée par le politique et les médias.

Etre pour une alternative ne veut pas dire être CONTRE les aspirations des grévistes. Je suis choquée par les raccourcis pris ici et là pour orienter le débat selon une forme pour ou contre !

Si l'on s'attache tant aux mots, alors ayons aussi un minimum de rigueur dans les réponses rédigées. Pourquoi dire retraite entraîne un tel déchaînement ? Pourquoi dire laïcité scinde la France en deux ? C'est souvent le problème du dialogue d'ailleurs. Personne n'écoute l'intégralité du débat mais percute quand un mot fait sens pour lui. Dire réforme des retraites ne veut pas dire suppression des acquis sociaux : c'est incroyable !
Bref, comme je l'ai déjà dit j'ai un blog où j'ai explicité mes propos. Ceux qui veulent bien m'accorder le bénéfice du doute ( je vais pas dire la présomption d'innoncence car je risque de me faire lyncher) iront lire ma réponse.
Ce n'est pas la peine de fermer les commentaires Akynou. Pour ma part, j'en ai dit assez !

25. Le vendredi 14 décembre 2007, 16:34 par sophizzy

:-/ Pour détendre l'atmosphère... en fait la grève de leeloolene et ma réponse était un coup monté pour que mon blog ait un peu plus de succés :-p ...
C'est réussi je pense ! ;-)