Partir ou rester

Je reçois de nombreux messages et mails qui me disent : « Pars » ou « Surtout, ne partez pas ». Je comprends les motivations et les raisons de chacun. Mais elles ne sont pas les miennes. Je ne suis pas dans le cadre d'une séparation ordinaire où les enfants seraient un enjeu entre mon mari et moi. Les enfants sont un enjeu entre la justice, mon mari et moi. Et ça change beaucoup de choses...

Je récapitule donc pour que la situation soit bien comprise. Nous sommes passés devant le juge pour enfant en août dernier. La juge pour enfant à pris une mesure d'IOE pour Investigation et Orientation éducative. Et elle a chargé une association spécialisée dans ce genre de tâche de nous suivre. De mener l'enquête pour voir comment cela se passe vraiment dans notre famille.

Les personnes chargées de notre famille nous suivent depuis presque six mois. Six mois, c'est d'ailleurs la durée de la mesure demandée par la juge. C'est à la fois très long et très court. Mais suffisant il me semble pour comprendre les enjeux et la situation. Un rapport doit donc être remis le premier avril à la juge pour enfants.

Après avoir fait leur possible pour essayer de maintenir la cellule familiale, et de nous aider à mieux vivre tous ensemble, elles ont conclu que mes enfants ne devaient plus vivre avec leur père car celui-ci représentait un danger pour elles. Même s'il a cessé les coups, il continue son éducation "à la schlague" en criant à chaque fois qu'il leur demande quelque chose et elles continuent d'avoir peur de lui, de craindre son arrivée, de fuir sa présence...

Les personnes de l'association ont donc fait savoir à mon mari que s'il ne quittait pas la maison très vite, elles demanderaient au juge, dans leur rapport, le placement des enfants. Par mon avocate, j'ai appris que la juge avait le placement facile. Enfin, facile, j'exagère, mais que c'était une mesure qu'elle utilisait plus facilement que d'autres.

Lors de l'entretien à l'association, quand il a été question de l'éventuel placement des enfants, j'ai dit que je ne pouvais même pas l'envisager et que par conséquent, si mon mari ne partait pas, je partirai avec les enfants. J'ai aussi dit à mon mari que s'il m'obligeait à partir, ce serait une coupure définitive entre nous (nous venions de parler pendant une heure de thérapie familiale et individuelle pour lui, conditions sine qua none pour un éventuel retour à la maison, dans le cas où il partait).

Avant hier, mon mari m'a fait savoir qu'il refusait de quitter la maison. Je dois donc partir. Si nous restons, les filles seront placées.

Alors, évidemment, ça me fait grave chier de laisser mon appartement à un bonhomme d'autant que c'est moi qui paie le loyer, que nous y avons emménagé il y a peu et que je commence à m'y plaire. Mais un déménagement sera de toute façon préférable à un placement de mes enfants, pour elles, comme pour moi.

Je précise que mon mari n'a quasi aucun revenu et que c'est moi touche 95% des revenus de la famille. Si je quitte définitivement cet appartement, il sera incapable de le payer. Alors que moi, j'ai les moyens de me trouver une autre logement. Cela dit, j'aime autant garder celui-ci...

Nous allons camper pendant quelques jours chez une amie qui a un atelier près de l'école. Mais il faut très vite que je trouve une autre solution (il y en a deux qui se profilent) au moins jusqu'au jugement qui, je l'espère, interviendra avant mon départ en vacances. Parce qu'il y a une chose qui est sûre, je ne renoncerai pas aux vacances en Corse. Les enfants et moi en avons trop besoin. Et puis ce sera nos premières vacances entre filles... Après, j'espère quand même pouvoir récupérer mon appartement.

Si mon mari était parti de la maison, il serait sans doute venu avec nous. Parce qu'en vacances tout se passe différemment entre nous, entre elles et lui. Mais là, il peut toujours s'accrocher. Nonmeho.

Commentaires

1. Le jeudi 13 mars 2008, 16:12 par Oxygène

C'est limpide et tu sembles choisir la meilleure solution pour conserver la garde de tes enfants. Bises.

2. Le jeudi 13 mars 2008, 16:29 par Seashell

Oui c'est limpide. Désarmant mais limpide.
Ceci dit, il me semble t'avoir plus désarmée qu'aujourd'hui. Me trompe-je ?

Bisous, et de toutes façons, on sait bien que tu fais au mieux avec ce que tu peux.

Ah, et bien reçu pour les vacances, aussi :-)

Bisous

3. Le jeudi 13 mars 2008, 16:42 par Akynou

Ben au moins, maintenant, je sais où je vais. Même si c'est pénible, au moins je n'ai plus de doute... Donc ça facilite forcément les choses.

4. Le jeudi 13 mars 2008, 17:07 par samantdi

Comme quoi, les choses avancent, malgré tout. Courage, je vous embrasse !

5. Le jeudi 13 mars 2008, 17:22 par Fauvette

Oui je comprends ton choix et ta priorité : garder tes enfants, pas de procédure de placement, tout faire pour l'éviter.
Et je sais que ce n'est pas simple à prendre cette décision.
Une page se tourne, grâce à ton courage.
Je t'embrasse.

6. Le jeudi 13 mars 2008, 17:30 par Clopine Trouillefou

Tu es si courageuse que les larmes me montent aux yeux quand je pense à toi. Et que je commencer à avoir peur pour toi, des réactions (hélas prévisibles) de ton futur ex !
Ah ! Que l'on voudrait pouvoir te protéger, te protéger vraiment, détourner de toi et de tes filles tous les tourments. Et que les services sociaux aient les moyens de leurs actions, et qu'ils vous prennent en charge efficacement, et en vous protégeant...
Je considère comme un honneur de te rencontrer ici, en tout cas. Va de l'avant, ma belle, tu peux compter sur moi, dans toute la mesure de mes dérisoires moyens...

Clopine.

7. Le jeudi 13 mars 2008, 20:39 par alixire

Courage ! Que dire d'autre? Je penses à vous. Bisous

8. Le jeudi 13 mars 2008, 21:46 par PMB

Tenez, c’est déjà la Corse !
......

Sò pueta di l’alte cime,
U mo mondu à mè ghjè u sole,
Cù li cunfini di nuli …
U mo circondù sò e stelle,
Sò pueta in le montagne,
Da lu Padru insin’ à Cagna …

Sò pueta di li spinzi
Di le zenne è di le spilonche
Sò pueta di la terra
Di l’alture è di la ghjerba
Lu mo cantu hè superbu …

Sò pueta di la luna
Bionda è chjara, lucicante
Lu mo cantu in la notte
Introna tutte le grotte
Sò pueta di l’elpale …
........

http://www.dianadilalba.com/

et le blogue d’un journaliste ami :

http://www.corsicaregina.net/

9. Le jeudi 13 mars 2008, 22:58 par Seashell à PMB

Et dire que j'ai osé m'endormir à leur concert ;-)

Pour ma défense, je ne comprends pas les paroles…

10. Le jeudi 13 mars 2008, 23:52 par persepolis

Juste pour te souhaiter beaucoup de courage pour la suite, et pleines de choses heureuses à venir pour toutes les 4.

11. Le vendredi 14 mars 2008, 11:21 par isabelle

j' ai lu ces derniers et je ne savais comment commenter
tout est remonté a la surface
une ville tellement loin de chez moi
je vis chez lui avec sa fille
j' ai sauvé la petite et puis je suis partie un soir pendant qu'il était en réunion
avec juste mes sacs
elle m' a hébergé pendant quelques semaines alors que je suis arrivée en larmes a sa porte
le chef qui a décroché son téléphone quand j' ai demandé une mutation ailleurs loin ailleurs tout de suite
j' ai ri quand 2 ans après il a appelé et laissé un message qu'il m' avait pardonné et que je pouvais revenir ah ?ah ben non alors nonmeho
j' ai refait ma vie comme on dit mais s'il le faut je prendrais mes deux enfants sous le bras , mes sacs et je recommencerai toujours ailleurs
sauver tes enfants c'est te sauver toi c'est le plus important si tu veux continuer à vivre

12. Le vendredi 14 mars 2008, 11:54 par andrem

Je me lance. Attendez-vous au pire, quand je me lance.

C’est à vous tous que ce discours s’adresse, réunis dans le salon d’Akynou.

Je ne sais s'il faut parler de courage. Curieusement, ce mot m’inspire une certaine méfiance. Sans doute qu’il ne m’est pas véritablement applicable.

Ne prenez pas ce début comme un reproche ; ici n'est pas le lieu des zizanies et des chicayas, ni le moment. Je m'interroge ; l'inquiétude que j'éprouve pour Akynou et ses filles me dépasse, je l'avoue. Comme me dépasse l'histoire qui les tourmente. Ce qui suit exprime mes hésitations et mes ignorances, et n'est pas une leçon de choses.

Spectateur incertain et distant de cette tragédie familiale, si bien racontée que l'on comprend que le racontar est une des armes nécessaires dans la bataille, je me dis que je n'aime pas ce piédestal que j'aimerais pourtant tant construire à Akynou, et dont elle aurait bien aimé se passer. Je ne veux pas diminuer ses mérites et son énergie, mais il me semble que le mot de courage n'est pas le bon mot.

Vous tous qui lisez ici, confrontés à ces affres, vous auriez fait comme elle et vous vous seriez jetés avec toutes vos forces dans la bataille ; mais ce qui ne peut être comparé entre ce que vous auriez fait et ce qu’Akynou fait, chacun étant ce qu’il est, est la savante alliance d'énergie et d'intelligence qu’il faut déployer, alliance changeante selon les uns et autres, difficile à trouver, parfois totalement paralysée par l'agitation et les faux-fuyants, alliance qui pourtant seule permet de trouver le bon chemin dans l'entremêlement des fausses bonnes idées et des solutions finales, alliance bien en place chez Akynou.

De nous l’écrire, au fil des jours et des mauvaises nouvelles en attendant les bonnes, lui apporte ce supplément de lucidité et de distance sur lequel elle peut s’appuyer pour repartir. L’écriture de son histoire correspond, je le ressens ainsi, à des minutes aussi nécessaires que l’étaient en son temps celles de Monsieur Cyclopède. En cela vous lui êtes précieux, dont elle sait qu’elle aura vos lectures et vos commentaires.

Si donc un piédestal doit être construit, ce sera celui de cette alliance là, et sur cette voie trop n'est jamais trop. Mais gardons-le pour plus tard, tenons le au chaud, nous construirons la statue en son temps. Aujourd'hui, Akynou a besoin de nos regards et de nos pensées, je sens que je me répète mais trop n'est jamais assez. Il y va de la vie de ses filles et l'expression ne me paraît pas grandiloquente.

Et le courage dans cette affaire ? Voici que j’y reviens, moi qui n’en voulais pas quelques lignes et vingt-quatre heures plus haut. Au fur et à mesure que tourne la roue, les décisions se radicalisent, et les croix à tracer dans les cases prévues à cet effet sont à tracer. Chaque croix est une croix. Un crève-cœur. Un pan du passé qui s’effondre, ou pire, qui s’évanouit. Un morceau d’espoir qui s’éteint. Il y a des cases qui ne pourront jamais être cochées, et dont il faudra faire comme si elles l’étaient. Il est là, le courage, sur ce point de croix précis, sur ce chemin de croix là. Et je ne le nommerai pas courage, je le nommerai vaillance, comme j’avais nommé l’alliance il y a vingt-quatre heures. La justesse du mot me semble aller bien au delà de l’euphonie.

Le plus subtil et le plus utile pour nous sera d'être juste ce dont Akynou a besoin, ni au delà en nous mêlant de ce que nous ne savons pas et en jugeant ce qui n'a pas à être jugé, ni en deçà en allant cultiver notre jardin confortable. Car Akynou a aussi besoin que nous soyons un peu inconfortables en la lisant, et que nous le lui fassions savoir. Par là elle sait qu’elle n’est pas seule, même lorsque face à la vague immense creusée depuis l’autre bout de l’Océan son esquif lui apparaît dérisoire et nu. Nous sommes le ballast qui le maintient du bon côté.

A mon tour je deviens encombrant. Pardon.

13. Le vendredi 14 mars 2008, 17:50 par ag.

Je fais partie de celles et ceux qui vous ont écrit "ne partez pas", ignorante que j'étais d'une partie des faits, et si bouleversée par ailleurs de votre situation (évidemment évocatrice pour moi de souvenirs), alors merci, merci de prendre le temps d'exposer ici aussi clairement vos motivations.

La phrase à retenir pour moi, qui m'explique tout, le passé, le présent et l'avenir, c'est : "Lors de l'entretien à l'association, quand il a été question de l'éventuel placement des enfants, j'ai dit que je ne pouvais même pas l'envisager et que par conséquent, si mon mari ne partait pas, je partirai avec les enfants."
Tout est dit, parfaitement dit.

Même si c'est un peu nébuleux pour elles actuellement, vos filles sauront un jour ce qui s'est passé, même si vous ne leur expliquez pas tout ; elles démêleront les fils, c'est malin les enfants :-), se souviendront, et vous en remercieront. Je vous l'assure.
Pour cela, continuez, vous avez l'énergie, pas celle du désespoir, celle de l'instinct, qui fait bouger les montagnes et dévier les cours d'eau.

(@ andrem : pas question de "courage", en effet, juste la vie qui pousse, face à l'inertie mortifère).

Bien à vous.

14. Le vendredi 14 mars 2008, 18:57 par flo

Bon, eh bien moi je trouve que tu fais ce qu'il faut faire. C'est-à-dire que tu es maintenant dans la phase "esprit pratique" :
> faire appel à la justice de façon qu'il ne puisse plus tard revendiquer des droits sur les enfants (bien des femmes se sont mordu les doigts d'avoir accepté l'amiable et de s'être retrouvées qq années après avec un bonhomme procédurier qui est passé du registre des sentiments -"aie pitié regarde que je suis malheureux"- à celui de l'exigence et de la revendication)
> ne pas céder au chantage et à la technique de l'emmerdement maximum. Il veut rester ? ok, mais si tu es titulaire du bail et que tu résilies, il a ou pas les moyens de le reprendre.
> avoir ce qu'il faut dans le dossier pour qu'il ne te réclame pas en plus une pension (ça ne s'appelle plus comme ça) ou un revenu/capital compensatoire
> attention à bien avoir une autorisation de quitter le domicile conjugal --mais j'imagine que tu y as songé et que tu es bien conseillée. Mais peut-être le dossier te permet-il de prendre cette mesure même sans cette autorisation.

Bref, au final bravo. Pas facile de bien faire les choses dans ces cas-là. Pas facile de reprendre les rênes de la vie. Mais je pense sincèrement que tu peux te dire quelque chose que peu de gens sont certains de pouvoir se dire : "j'ai fait ce qu'il fallait et j'ai fait le mieux"

bises et peut-être à un de ces jours à l'opéra

courage pour le bout de chemin qui reste et au nom de tous les mômes exposés, encore bravo ... you are a great mom !

15. Le vendredi 14 mars 2008, 20:54 par JD

Bravo Ag et Flo. Ça c'est du concret, pas du larmoyant.

Ni de l'abstrait, ni de l'encombrant...

16. Le samedi 15 mars 2008, 00:35 par akynou

Hem...J'ai jamais eu l'iimpression d'avoir un jour lâché les rennes de ma vie :-) Donc je n'ai effectivement pas eu à faire un grand effort pour les reprendre.

A dire vrai, je ne suis ni très courageuse ni très exemplaire. Des femmes comme moi, il en existe des millions. Sauf que moi, j'écris sur le Net et comme le dit si bien Andrem, ces posts là me sont nécessaire. D'abord parce que j'ai toujours besoin d'écrire et qu'en ce moment je ne peux quasiment écrire que là dessus. Et encore, j'en parle très mal. J'attends le moment où ce sera derrière moi et digéré pour pouvoir vraiment écrire cette histoire.

De toute façon, chaque histoire ressemble à toutes les histoires, mais chaque histoire est totalement personnelle. Je ne crois pas que mon mari fasse tout pour me créer le maximum d'emmerdement, parce qu'en dehors du problème des enfants, nous nous entendions plutôt bien et qu'il continue de m'aimer.
D'ailleurs, je ne fais pas tout, moi-même, pour lui créer un maximum d'emmerdement, et pourtant, c'est ce qu'il doit penser très fort en ce moment...

Je le crois juste totalement paumé et se raccrochant à n'importe quel conseil stupide donné par un ami. J'en ai reçu moi-même de toutes sortes et il faut être bien armé pour ne pas se planter.
Et puis surtout, totalement ignorant de notre monde et de sa manière de fonctionner. Je n'ai jamais autant mesuré le décalage qui existe entre nous. Il n'est pas tant dû au fait qu'il soit des Antilles et moi, Parisienne, même si ça joue. Mais plutôt au fait que nous sommes de deux milieux différents, nous sommes issus de deux planètes différentes.

C'est quelque chose que je ressentais assez quand j'étais dans sa famille, (même si j'ai toujours été très bien reçue), je me faisais l'effet d'une martienne. Je ne mesurais pas à quel point c'était la même chose pour lui.

Le trop grand respect des différences a fait que je ne l'ai pas beaucoup aidé dans son intégration. C'est un débat universel, hélas. Mais maintenant, l'heure n'est plus au regret. Comme je le lui disais assez vertement la dernière fois que nous en avons parlé : "C'est plus le temps des explications, c'est le temps de l'action." Boudiou.

Bon, aller, je vais aller me faire dormir les yeux. Bonsoir à tous

17. Le dimanche 16 mars 2008, 18:15 par Marloute

Ohhhhh, non pitité, Akynou ne pars pas de cet appartement !!!!

lol

Je dis ça, au risque de choquer, juste pour ne pas refaire si tôt "le déménagement d'Akynou" (homérique, je vous l'assure)

Cela dit.

Chère Akynou.

Si tu pars, évidemment, on revient, et on t'aide à déménager (sauf que là, maintenant que je connais l'ampleur des dégats, je fais appel à toute la blogosphère pour le déménagement...

18. Le dimanche 16 mars 2008, 22:12 par akynou

Trop tard, on est partie...