Vendredi 18 (4) Léger

Nous sommes sortis doucement. Il pleuvait à Brest, non à verse. Et pourtant, l'air paraissait infiniment léger. Traou, Gilda, Joël et moi avons décidé qu'il était encore un peu tôt pour se séparer. Fauvette a fui vers le métro. Nous nous sommes retrouvés dans un endroit attirant, décoré de livres. Le serveur était maladroit et gentil. Il y avait un groupe de jazz, ce qui était bizarre après du Rossini mais pas totalement désagréable. Nous avons beaucoup parlé de mes malheurs. Mais Figaro était encore là et j'ai retrouvé cette impression curieuse de pouvoir raconter des choses tristes et dures avec un certain détachement, comme si ce n'était pas à moi qu'elles arrivaient. Je ne peux pas pleurer tout le temps, alors je ris aussi. Et puis les amis ce soir-là me procuraient un doux sentiment de bonheur. Quand on marche sur la corde raide, on oscille perpétuellement entre les larmes et les sourires. Et franchement, je préfère les seconds.

Toujours la pluie, nous nous sommes séparés. Les trois se sont engouffrés dans le métro. Moi, je voulais garder ma légèreté et préférais rester en surface. J'ai appelé Lou. Elle était encore à une heure de notre lieu de rencontre. Alors, au lieu de prendre un taxi et de me dépêcher, j'ai attrapé un bus. J'ai achevé mon forfait téléphonique avec Leeloolène qui m'annonça une super bonne nouvelle qui m'enlevait un sacré poids et me rendait plus légère encore, mais me fit rater mon arrêt. Je me suis retrouvée à La Chapelle. Je devais aller à Anvers. J'aurais pu prendre le métro, très aérien à cet endroit, mais j'ai préféré marcher. J'ai libéré par téléphone le babby sitter des petites. Les écouteurs dans les oreilles, j'ai presque dansé jusqu'au lieu de rendez-vous. Singing in The Rain.

Un troupeau de parents m'indiqua que j'étais enfin arrivée. Il ne me restait plus qu'à attendre deux bus qui bientôt allaient déverser une horde d'ados excités et crevés par onze heures de voyage. Trop excités, pas assez crevés… C'est dans ces occasions là que j'admire les enseignants. Ils avaient l'air aussi jetés que leurs élèves, mais cela ne les a pas empêchés de surveiller qui partait avec qui. J'ai récupéré ma Lou d'amour et la fille d'une amie. Je devais la déposer chez elle. C'était sur notre chemin. Anvers, place Clichy, il pleuvait toujours des cordes. L'humidité commençait à transpercer mon manteau et la fatigue à m'envahir. Nous avons laissé la petite devant sa porte, j'ai attendu d'être sure qu'on lui ouvre. A la voir s'engouffrer dans le couloir de son immeuble, je me suis soudain rappelée que je n'avais pas les clés et que les petites dormaient. Ça allait être coton de se faire ouvrir la porte. Garance m'avait bien promis de mettre le téléphone sur la table de nuit, mais je connais le sommeil de Garance.

Pendant que nous attendions le bus de nuit – un bon quart d'heure – Lou me saoulait de paroles, me racontant par le menu sa semaine. Nous sommes arrivées enfin à la porte de notre immeuble. J'appelais depuis mon portable pendant que Lou était pendue à l'interphone. Aucune réaction. Long moment de solitude. Et puis une petite voix enchiffrenée se fit entendre. Léone, heureusement, a le sommeil plus léger que sa grande sœur et nous avait entendues. Il ne nous restait plus qu'à monter les six étages… avec la valise.

Léone s'est rendormie à peine recouchée, en plein milieu d'une phrase. Nous avons déplié le canapé. Quand je suis sortie de la douche (chaude, si chaude), Lou s'était blottie dans les bras de Morphée. Alors, en silence, je suis passée d'une pièce à l'autre et j'ai regarder mes chatons dormir.

Voilà, en fait, mon bonheur, il est là, dans le sommeil sans cauchemar de mes trois amours.

et c'est ainsi que le conte fini, celui qui le respire, ira au paradis…

Commentaires

1. Le vendredi 25 avril 2008, 11:10 par Marloute

Ca pique le nez comme la moutarde de lire tout ça.
Et voilà je pleure.

2. Le vendredi 25 avril 2008, 13:48 par andrem

J'ai trop respiré et je n'ai pas envie d'aller au paradis. On est bien, là, non?

Et puis d'abord ce n'est pas un conte. C'est une histoire vraie de maintenant que je crois mordicus comme d'autres croient au paradis d'après.

3. Le vendredi 25 avril 2008, 14:17 par Anne

Qu'a-t-il, le sommeil des enfants, pour nous être si magique et réparateur ? Quoi qu'il en soit, je suis ravie de t'en savoir abreuvée.

4. Le vendredi 25 avril 2008, 15:25 par Clopine Trouillefou

Ben ouais; L'essence de l'essentiel, quoi;
C'est marrant, j'ai écrit, il y a une semaine jour pour jour, ailleurs qu'ici, que caresser la joue d'un enfant pouvait consoler de presque tout... Et j'avais justement pensé à toi (sans le dire) en écrivant ça.

bises à toi, le printemps est là...

clopine

5. Le samedi 26 avril 2008, 23:52 par Dom

J'aime à regarder mes enfants dormir, c'est vrai que de les voir ainsi lancés dans le sommeil cela me ressource. Je sais que le temps difficiles l'art a été comme un moyen de respirer à fond, de prendre un peu de légèreté, de prendre appui pour remonter un peu. Courage à vous.