Epopée d'une mère de famille ou Sauve qui peut les soldes !

Grande fille a besoin de nouvelles chaussures. Un vrai besoin, pas un due à la mode qui change et à la moue dubitative devant le placard à godasse plein : j'ai rien à me mettre...
Non, un vrai besoin. Elle a les chevilles hyperlaxes. Donc les pieds partent vers l'extérieur quand les chevilles rentrent à l'intérieur. Ce qui tire sur le genou et occasionne des douleurs, accentuées par l'utilisation intensive des jambes à l'escrime. Le spécialiste consulté s'est gaussé en disant : « Avec des chaussures pareilles (les Converses de rigueur, NDLR), pas étonnant. Il lui faut une vraie paire de chaussure. »
Tête de l'ado…
Le spécialiste a tout de même ajouté, finaud, qu'elle n'aurait le droit de porter ses baskets que deux par semaine. Et que les chaussures pouvaient être des chaussures de sport à conditions que la semelle soit souple au niveau des orteils, assez rigide ailleurs. et que le talon soit ferme et solide.
Mais fille aînée était tellement démoralisée qu'elle n'a même pas entendu.

Vu les prix des chaussures des ados, j'ai décrété que ça attendrait les soldes. Et samedi, nous sommes parties toutes les deux à l'assaut des soldes pour trouver l'introuvable.

Oui, parce que acheter des fringues pour un ado, en compagnie de cet ado, déjà en temps normal, c'est quasi mission impossible, mais alors là, avec les contraintes imposées, c'était inimaginable.

Avec fille aînée, en général, quand nous partons ainsi, cela se passe toujours de la même façon. Nous allons toutes les deux guillerettes, bras dessus bras dessous, heureuses de nous retrouver toutes les deux sans les petites (qui en attendant squattent la télé). Puis au fur et à mesure des boutiques que nous visitons, nos têtes s'allongent. La tension monte, les mots fusent. Après des heures, nous trouvons enfin notre (son) bonheur et nous rentrons dans le même état d'esprit que celui qui présidait à notre départ. Nous sommes maintenant dans la phase 2. Elle jette un regard poli sur ce que je lui montre. Elle a une façon de ne pas dire non, mais de le faire sentir qui a le don, à force, de me faire voir rouge.

Je me mets en quatre pour tenter de lui trouver quelque chose de joli, qui soit à peu près dans ce que je connais de ses goûts mais qui tienne compte des exigences. Rien n'y fait. Tout est moche (même et surtout ce qui ne l'est pas). Elle lève les yeux au ciel, soupire, reste coite, visage fermé. Nous avons parcouru toute la rue Nationale, puis toute la rue des Halles. Et dans ce périmètre, il y en a des magasins de chaussures. Je finis par lui dire que s'il le faut, je lui achèterais des Dock Martens. Avec ça, au moins, elle aura le pied tenu. Evidemment, elle choisi la paire la plus chère, à 80 euros, en solde, des bottes vernies noires. Je lui fait valoir qu'elle ne pourra pas mettre ça tout le temps, elle hausse les épaules. Mais condescend à trouver cela un peu cher.

Dans une autre boutique, elle va craquer pour des bottes Palla*dium à 130 euros en solde. Misère ! Elle veut ma mort. A l'annonce du prix, comme elle est quand même raisonnable, elle repose l'objet du désir en disant : « Mais ils sont ouf ! » Dans une troisième boutique, une dégrif où il y a de très beaux modèles, genre Cam*pers, qu'elle dédaigne, à des tarifs très raisonnable pour la qualité des chaussures. Et il y a des tailles étonnantes, notamment un 41 pour une chassure de femme et un 47, pour des masculines. Nous trouvons une paire de Dock vernies noires, pas (trop) chères, enfin dans mes prix, mais basses (à la cheville en clair). Elle n'en veut pas. Elle préfère les hautes. Oui, mais les hautes ce n'est pas le même prix. C'est un peu plus du double.

Les mots volent (très) bas. Acide à l'extrême. Je lui balance des vannes et des procès d'intention à tout bout de champs. Elle se ferme de plus en plus. Je lui assène des horreurs que je regrette aussitôt : « Oh mais si tu veux continuer de te niquer les jambes et être obligées d'arrêter l'escrime, tu peux prendre ce modèle. » Ou : « J'en ai marre, je rentre. Tant pis, t'auras qu'à continuer avec tes chevilles tordues? Ça te fera les pieds. » Ça me défoule. Elle ne dit rien. D'abord parce qu'elle commence à me connaître, ensuite parce qu'elle ne dit jamais rien quand je l'agresse, elle attend que ça se passe. Mais je vois à ses yeux qu'elle n'en pense pas moins. Putain, ma mère...

En dernière tentative, nous allons rue de Bordeaux. Plusieurs magasins, dont un Cou*rir, là où j'ai vu les godasses en solde les plus chères, un Fred*Aston, qu'elle affectionne et qui a des Dock. Et puis un magasin de pompes de sport dont je ne connais pas la marque. Nous avisons deux modèles, un peu large, mais avec semelles et talons solides, qui lui plaisent, et qui sont dans mes prix. Pas de miracles, la vendeuse nous explique, désolée, que ce sont les derniers modèles et qu'il n'y a plus que des grandes taille. On va pour repartir quand j'attrape sur le rayon une basket blanche. J'essaie de tordre la semelle, le talon est ferme. Je sens l'œil de ma caille s'allumer. L'extérieur est blanc mais représente (discrètement) des tags. L'intérieur est vert. Les lacets sont fantaisie mais pas trop. Je sens frémir entre mes doigts l'objet unique, celui qui va la rendre heureuse sans assassiner mon portefeuille. Je me tourne pleine d'espoir vers la vendeuse.

– Et pour celle-ci, c'est pareil ?

– Oui, c'est la dernière paire. Mais c'est du 40 (Ma fille chausse du 39), et ça taille petit. Vous devriez essayer.

Ma grande se précipite. Je m'affalle à ses côtés tant je n'en peux plus de marcher, que dis-je, de piétiner depuis deux heures. Elle enfile sa pantoufle de vair. Elle sourit et me dit : « C'est bon. » Je demande le deuxième pied, qui lui va tout aussi bien, elle se lève, fait quelques pas, la mine réjouie et gourmande. Nous nous regardons. Son sourire vaut tous les mots. Nous emportons la précieuse paire et repartons vers nos pénates, enthousiastes, bras dessus, bras dessous, mais un chouillat plus fatiguées qu'au départ. Dans sa menotte, elle balance un sac en plastique qui contient un trésor. Elle pianote un SMS fiévreux sur son portable pour convoquer son amoureux, qu'il admire ses précieuses chaussures.

Je crois que je vais lui allouer un budget pour ses fringues. Et elle en fera ce qu'elle veut. Mais alors, du shopping avec elle, je ne sais pas si je recommencerai...

Commentaires

1. Le lundi 12 janvier 2009, 13:43 par Anne

MAis si voyons ! Puisque tout s'arrange à la fin !!

(Sérieusement, je crois que ma mère a renoncé vers l'âge de Lou, ça doit être un signe...)

2. Le lundi 12 janvier 2009, 14:50 par Leeloolène

J'avais vécu l'épisode recherche de slim "qui soit slim mais quand même pas trop... et qui soit noir mais pas complétement rouge" :) C'était déjà épique... mais je dois avouer que la recherche de chaussures est pas mal du tout !!

En tout cas, j'en suis toute émue de me souvenir de mes propres (rarissimes) après midi shopping avec ma mère ! Tu racontes tellement bien le "bras dessus bras dessous pleines d'entrain et de motivation qui se transforme en soupe à la grimace" :)

3. Le lundi 12 janvier 2009, 16:35 par luciole

Oui, le budget fringues c'est pas mal. Tout dépend du souvenir que ça laisse avec le recul. Et elle, se dit elle :" les courses avec ma mère, c'est la galère !" Ou " les courses avec ma mère c'est cool" ? La chance quand même c'est que vous avez fini par trouver. Y a rien de pire que de partir pour et rentrer les mains vides ;-). Même moi à ...t'huit ans, ça me fout le boules quand ça m'arrive !
gros bisous à toutes.

4. Le lundi 12 janvier 2009, 17:04 par Akynou

Le truc, c'est que les courses avec sa mère c'est à la fois cool, parce qu'on est toutes les deux, qu'on parle de choses et d'autres et qu'on s'amuse. Mais c'est aussi la galère, parce que ma patience est assez limitée. Et c'est tout à fait réciproque. :-)
Ça a failli tourné vinaigre aussi quand on a été chercher son cadeau d'anniversaire, un chaine hifi. Je l'avais repérée chez Caroufle quelques jours auparavant et j'étais sûre qu'elle lui plairait. Mais elle a voulu venir avec moi ce jour-là (parce qu'on achetait aussi les affaires du chien). et devant les chaîne, elle a fait son regard vide et sa moue qui n'en est pas une. :-C Evidemment elle en avait vue une à 300 euros qui lisait les vidéos... Mais quand elle a vu le prix, ça l'a calmée. elle a fini par se rabattre sur une, qui maintenant lui plait énormément et qu'elle a installée dans sa chambre avec amour et dont elle ne tarit pas d'éloge. C'était juste le modèle que j'avais repéré... ;-)
Bises à tous les trois ma Luciole

5. Le lundi 12 janvier 2009, 17:07 par Oxygène

J'ai acheté mes plus belles chaussures chez le dégriff dont tu parles. C'est une escale obligée à chaque séjour dans ta ville. :-) Mon ado de l'époque n'y a rien trouvé à son goût, elle non plus..

6. Le lundi 12 janvier 2009, 17:23 par Clopine Trouillefou

Ah, quelle madeleine ! Je me souviens parfaitement : c'est comme ça que l'adolescence de Clopinou a commencé. Par les pompes. Je l'avais emmené là où je trouve généralement chaussure à mon pied (ahaha), pour pas cher, "la Halle aux Chaussures"... Il avait treize ans. Ca n'avait jamais posé problème jusque là...

Dans la voiture, au retour, l'ambiance était plutôt glaciale. Et puis j'ai attaqué : " Tu n'as MEME PAS fait l'effort de regarder. Tu es resté SUR LE PAILLASSON DE L'ENTREE, tu te rends compte ? Tu n''as même pas parcouru les rayons..."

J'avais les lèvres serrées et le ton sifflant. Ce n'était pas encore qu'il n'ait rien trouvé, c'était cette insupportable conviction que le magasin entier n'était pas assez bon pour lui, qui me mettait carrément en colère. J'ai poursuivi : "Tu es donc aussi bête et influençable que les autres, avec le cirque des marques ? Une virgule de merde sur un tissu, trente euros de plus, c'est ça que tu veux ? Tu ne sais donc pas qu'une chaussure, ça doit avant tout t'aller, bon sang, et que le reste, c'est du piège à consos ?"

Je m'échauffais, je m'échauffais, et je commençais à lui promettre que, moi vivante, il allait se passer de "marques", quand le gamin s'est mis lui aussi à crier. Je n'y connaissais rien à rien, et surtout pas aux cours de récré collègiennes, n'est-ce pas. Si je voulais qu'il passe pour un définitif ringard, et que plus personne ne lui adresse la parole, je n'avais qu'à continuer; Oh, il le savait bien, lui, que les marques c'était de la couillonnade ! Mais il ne voulait pas être différent des autres, voilà tout. Et si je l'obligeais à porter des premiers prix, il préférait carrément sauter par la portière...

J'ai eu peur, parce que le gamin était tellement hors de lui, l'enjeu semblait tellement important.... C'était la première fois, je m'en souviens parfaitement. La première fois qu'il s'opposait ainsi à moi, qu'il me rejetait, moi et mes arguments, que sa vie à lui était différenciée à jamais.

Je ne savais pas ce qui allait suivre, mordeldeberde... 13 ans. J''en suis à 15, et je soupire tous les jours...

Clopine (nous achetons désormais via internet, sur la redoute ou les trois suisses, des vêtements "marqués", des marques les plus courantes, puma, nike, autres... Compromis, car je n'ai aucun goût, mais alors là aucun, pour le shopping et les boutiques...)

7. Le lundi 12 janvier 2009, 23:42 par Lyjazz

Ah, cette histoire de marques ça me rappelle une rencontre d'anciens du collège, quand j'étais à la fac. Une copine de la classe de 3ème m'avait dit qu'elle se souvenait de mes tennis ringardes, pas du tout comme celles des autres....
ça m'a toujours fait rire.
Je m'en fichais parce que j'y étais bien dans ces pompes, et que j'avais dû moi aussi braver ma mère pour les avoir. C'était ça qui comptait.
Mais c'était en 1978 ou 79, et les marques ce n'était pas si important. Et j'ai toujours été hors de ce jeu-là, par conviction très précoce...

Pas facile en effet les cours de récré du collège et du lycée, quand il y a rivalités de marques. Et est-ce que l'uniforme est réellement la solution ?
Je me demande, moi qui ai acheté des tennis Flash mc Queen à mon petit de 3 ans..... parce qu'il n'y avait que ça dans le magasin : des chaussures à l'effigie de leurs héros supposés, à leur hauteur ! C'est vraiment ignoble ce travail des marchands : aggripper d'abord les plus petits, pour leur expliquer que les marques, c'est ce qu'il y a de mieux pour eux !

8. Le mardi 13 janvier 2009, 09:50 par Mavie

Joliment raconté et très très réaliste...
Même si tu dis que tu n'as pas la patience, c'est qd même bien d'avoir pris ce temps toutes les deux...Moi, je suis passée très, très tôt au budget fringues et c'est pas pareil. Tu gagnes en liberté mais tu perds en conseils, soutiens ou juste regard sur toi...Je pense aussi qu'avec du recul ou peut-être en allant acheter plusieurs choses, ça peut faire baisser la pression aussi (genre le souvenir qui me remonte est celui de la recherche d'une robe à 2 jours d'une cérémonie...j'en pouvais plus, j'aurais pu accepter n'importe quoi...)

9. Le mardi 13 janvier 2009, 23:02 par saperli

c'est une bonne idée, de lui donner un budget : ça t'évitera effectivement ce genre de séance mais en plus, c'est bien pour savoir quel genre d'ado tu as... Pour mes deux filles, je l'ai fait lorsqu'elles ont eu 14 ans. Et je me suis vite aperçue que l'aînée était un panier percée...

10. Le mercredi 14 janvier 2009, 14:44 par caro

héhéhé cette scène "ma fille et moi courrons les soldes" m'évoque quelque chose de vécu.... la moue de péné quand non, décidément, ces chaussures sont TROP ringardes (moi j'aurais tué à son âge pour avoir des Kickers !!!)... Mais c'est bien aussi, c'est TROP bien aussi les courses ensemble... En juin dernier, Margot a inauguré sa carte bleue et fait son premier retrait au guichet. Ensuite, elle m'a emmené à la terrasse d'un joli café... et m'a payé une bière !

11. Le mercredi 14 janvier 2009, 20:37 par jeanne

Même parcours pour "un 47fillette"...sauf que....Mon grand préférant faire les soldes avec sa soeur,j'ai flâné de mon côté.
Après 2h de recherche,la suite en 2eme démarque?!
Avec "Nanou" ,le scénario est identique au tien ;petit détail :
on commence bras- dessus,bras- dessous,puis au fil des déceptions et des remarques acides ,l'écart de marche entre nous deux se creuse de plusieurs mètres!...Jusqu'à l'heureuse découverte!

12. Le mercredi 14 janvier 2009, 22:56 par Akynou

Caro : Lou déteste les Kickers. J'ai d'ailleurs remarqué que seules les femmes de notre génération en porte (notamment beaucoup d'enseignantes ce qui peut peut-être expliquer la remarque du début ;-))
Margot a une carte bleue et commence par inviter sa mère, trop beau :-) T'as dû être fère, non ?

Jeanne, je ne sais pas s'ils te l'ont dit, mais nous les avons croisés tous les deux. D'ailleurs dans les boutiques où nous allions, quand Lou voyait des grandes pompes de mec, elles pensait à ton fils :-) Mon père faisait aussi du 47 fillettes (fait toujours d'ailleurs). Et quand nous habitions en Charente, il n'avait pas le choix, chaussures noires légèrement montantes qu'il appelait les "chaussures de gendarmes", probablement parce que c'en était. Il lui a fallu attendre ses 35 ou 36 ans pour pouvoir avoir des pompes un peu moins austères, dont une paire de tennis dont je me souviens encore (et qu'on lui piquait régulièrement parce que c'était des vrais paquebots à nos pieds...).

13. Le mercredi 14 janvier 2009, 23:14 par jeanne

:-) :-)
et chouchou, le chien?

14. Le jeudi 15 janvier 2009, 10:30 par Anne

Ben j'ai des Kickers, moi aussi ! Ceci dit, L'Amoureux prétend que je me suis trompée d'une génération.

15. Le jeudi 15 janvier 2009, 10:34 par sLeAbO

suis d'accord avec l'Amoureux, même si j'aime bien les Kickers.

16. Le jeudi 15 janvier 2009, 11:21 par Leeloolène

Moi aussi j'avais des kickers... jusqu'à il y a un an... Où j'ai déboursé 100€ pour des chaussures qui m'ont fait 3 semaines... et que le cordonnier n'a rien pu y faire si ce n'est me donner un conseil "avant... c'étaient des chaussures costauds et inusables... mais elles sont depuis 2 ans construites en Chine et j'en vois revenir toute la journée. Je ne vous conseille qu'une chose... n'achetez plus kickers"...
Je l'ai écouté depuis... car plus de 100€ pour des chaussures aussi peu solides (les semelles ne tiennent plus pour les modèles hiver et l'été ce sont les sangles)... j'ai fait un peu grise mine ! Pourtant j'avais porté ça toute ma vie !! Rendez nous nos vraies kickers solides pleaaaaaaaseee !!