Demain le feu

 La Guadeloupe me manque. Toujours. Je vis avec ce manque, j'en ai l'habitude. Mais en ce moment, il se fait plus pressant. Parce qu'on en parle tous les jours à la radio, aux infos, à la télé, ce qui est assez inhabituel. Parce que ce qui s'y passe à la fois me réjouit et m'angoisse. Parce que je voudrais être là-bas, avec eux, pour faire partie des manifestants.

Le début du mouvement, vu d'ici, ce n'était qu'une grève de plus, comme il y en a souvent. La situation sociale de la majorité des Guadeloupéens n'est pas très florissante, c'est le moins que l'on puisse dire. Et pour autant que je puisse en juger parce que me racontait les amis et les membres de la famille du Nôm, le monde du travail y était souvent une zone de non droit : travail au noir extrêmement répandu, salaires de misère, droits non respectés, paternalisme, mépris du dialogue social. Face à un patronat autiste, le caractère entier des Guadeloupéens ne pouvait que créer des syndicats costauds, grandes gueules, gros bras, qui ne font pas toujours dans la dentelle. Mais à quoi sert la dentelle face à des gens qui s'en tapent ?

Le non droit, ce n'est pas seulement dans le travail, c'est dans toute l'économie. Les monopoles par exemple. On parle beaucoup de celui, illégal, des grandes surfaces, de d'agroalimentaire, etc. Mais il y a aussi les télécom, l'aviation… Tiens, l'aviation… Air*Hexagone avait le monopole exclusif, garanti par l'Etat, jusqu'à l'avènement de la gauche. Et encore pas tout de suite après, parce qu'il fut dur à faire tomber celui-là. Les tarifs étaient hallucinants. Aller aux Antilles était un rêve qu'on ne pouvait pas s'offrir, pas tout à fait comme les Maldives, mais pas loin. Pour la Réunion, c'était pire. Quand le monopole est tombé, les prix sont descendus des deux tiers. Ça fait une sacrée différence. Moi, j'y allais déjà depuis quelque temps. Mon porte-monnaie en a soupiré d'aise. Des compagnies ont fait concurrence à Air*Hexagone : Air*Liberté, *Piratair*, entre autres. Il y eu des vols charters. C'était une période où tout le monde voyageait, les Français vers les Antilles, en voyage, découverte, au Club*Med, à l'U*C*P*E, dans les resorts hôteliers, et puis aussi dans les gîtes qui ont fleuri dans les villages. Si les touristes n'étaient pas toujours bien accueillis dans les grands hôtels, ils étaient comme des coqs en pâte chez l'habitant. Parce que contrairement à ce que l'on dit, le Guadeloupéen sait être accueillant et sait recevoir. Quand il n'est pas surexploité, payé avec un lance pierre. Mais on a vu aussi les Guadeloupéens vers la Métropole. Les familles ont pu se voir plus souvent, on ne manquait plus ni les mariages, ni les baptêmes, ni les enterrements. On pouvait même envisager plus sereinement d'envoyer ses enfants faire ses études de l'autre côté de l'eau, l'enfant pourrait rentrer pour les vacances…

On a tous espéré que l'ouverture du ciel des Antilles allait permettre un développement économique durable. Problème, Air*Hexagone n'a eu de cesse que de récupérer son monopole. Dumping des prix, subventions de l'Etat, etc. Air*Liberté n'y a pas résisté et *Piratair* comme Air*Caraïbes, pour survivre ont été contraints de s'aligner. Air*Hexagone à donc récupéré son monopole, financier celui-là. Et les prix ont à nouveau flambé. Et on assiste a un scandale. La compagnie française affrête des avions qui ont vingt ans ou plus, et qui sont donc largement rentabilisés, avec des prix de billets scandaleux. Ainsi, on trouve des vols secs A-R Paris-Pointe-à-Pitre au prix de séjour d'une semaine dans un hôtel de luxe, voyages compris, dans une île caribéenne de langue espagnole. Et les avions sont nettement plus récents. Dans le même ordre d'idées, on a : les yaourts vendus 7,50 euros les quatre ; les frais bancaires qui passent de 6,50 euros en Métropole et 65 euros dans les îles ; le prix du téléphone aussi. Appeler la Guadeloupe coûte plus cher qu'appeler les Etats-Unis. Allez comprendre pourquoi et qui se met l'argent dans la poche ? Et si vous avez le malheur d'appeler de votre portable votre cousine qui se trouve aux Abymes quand vous, vous vous trouvez à Pointe-à-Pitre, donc à 2 kilomètres de là, vous devrez payer le prix de la communication via la Métropole…

C'est le même exemple que celui du container qui fait Singapour-Paris pour 500 euros et Paris-Pointe-à-Pitre pour 2500 euros. Quand Jego demande des explications et  fait mine de découvrir le pot aux roses, on se demande qui croit-il encore tromper. A moins que les membres du gouvernement soient bien mal renseignés. Mais que fait la police ?

La police… Il y a celle locale. Et puis il y a la gendarmerie. Qui vient entièrement de Métropole ou alors d'autres territoires domiens. Si vous rencontrez un gendarme guadeloupéen, c'est que vous n'êtes pas en Guadeloupe, ou qu'il est en vacances. C'est la même situation partout. Le nombre de gendarmes au mètre carré à brusquement grimpé. Ma belle-mère me dit qu'ils sont arrivés par avions entiers, et qu'il en arrive encore tous les jours (MAM s'est réveillée et en annonce encore 4 escadrons pour les prochins jours). Pourtant, jusque là, le mouvement était plutôt calme. Il n'y avait pas de casse, pas de violence. Des manifestations oui, mais les manifestations pacifiques, les Antillais en ont l'habitude puisque leur principale est une fête.

Et puis voilà, lundi, un défilé de plus, mais les forces de l'ordre qui chargent, qui matraquent, qui injurient aussi. Et c'est le début d'une violence qui n'était pas de mise jusque là. Et hier, un mort. On voit poindre la jeunesse sans espoir, violente, oh oui, très violente, armée, qui s'était tenue à carreau tant qu'on avait l'espoir des négociations et qui voyant l'action des forces de l'ordre, le dialogue mis à mal sont entrés dans la danse.

Les Antilles sont une société violente, On pourrait l'expliquer par bien des choses. La première sans doute, fondamentale, est l'esclavage qui est une blessure cachée, ou pas, en tout Guadeloupéen. Mais il y a le fait aussi que la colère vient vite et déborde rapidement. On bat les enfants, on les élèves à coups de ceinture. On sort le coutelas (la machette) à la moindre engueulade avinée (combien de meurtres en amis après des beuveries). On n'est jamais en conflit ouvert avec le voisin, on se contente de tuer ses animaux, de détruire son jardin, d'empoisonner son chien. On ne se parle pas, on se hurle dessus. Et quand on se salue, le geste n'est pas loin de celui de la menace...

Pourtant, il fait bon vivre là bas, parce qu'il y a encore, dans la plupart des quartiers, des sections, une solidarité qui a depuis longtemps disparu chez nous. Aucun membre de la famille n'est abandonné et on trouvera toujours un endroit pour le loger et une assiette à lui remplir, même si le quotidien est difficile. Cette difficulté à vivre, ce côté chiche, ce manque d'argent, a toujours existé. mais au moins, la plupart des gens avaient avant un jardin potager, des cultures vivrières, un cochon voire un bœuf, un arbre à pain dans le jardin. Et si on ne roulait pas sur l'or, on ne mourrait pas de faim.

Et puis la modernité est arrivée, avec la ville qui s'étend, les maisons qui se construisent, les routes qui s'améliorent, les immeubles qui commencent à barrer l'horizon et les grandes surfaces. Pour tous ceux qui vivent dans les cités, qui n'ont plus le jardins, qui font leurs courses chichement, soir après soir, juste ce qu'il faut pour se nourrir parce qu'ils n'ont pas les moyens d'acheter à plus grande échéance (on estime le caddy hebdomadaire à 150 euros pour une famille de 3/4 personnes), et qui achètent de moins en moins parce que c'est de plus en plus onéreux. On ajoute à cela le cancer de nos société à nous, que nous avons exporté sans scrupules, les zones touchées par le chômage, les cités où l'espoir de travailler a disparu depuis longtemps, les formations qui n'existent pas sur place, les familles qui ne peuvent envoyer leurs enfants en Métropole pour suivre, même pas des études, mais une formation qualifiante qui ouvrira sur un emploi, l'horizon barré, la drogue qui arrive (le crack fait des ravages). Et comme dans certaines banlieues parisiennes, on a fabriqué des bombes à retardement.

Alors voilà, cette jeunesse là a montré son nez. Et j'espère que le préfet, le gouvernement, les institutionnels vont comprendre le message et faire avancer rapidement les négos pour aboutir à une fin de conflit. Parce que même si la population est pacifique, ces jeunes loups-là n'ont rien à perdre. En tout cas, c'est ce qu'ils pensent. Comme leurs cousins qui habitent dans ces cités françaises qui ont flambé il n'y a pas si longtemps.

Maryse Condé disait : « Maintenant nous avons des autoroutes et des échangeurs. Les cases soi-disant insalubres ont été remplacées par des LTS, ces logements très sociaux, assez laids et qui poussent n'importe où et sans raison. J'ai vu la Guadeloupe devenir de plus en plus violente, agressive : on ne parle que de braquage, de viols, de meurtre. Tout cela n'existait pas dans mon enfance. Il m'arrive aujourd'hui d'avoir peur d'aller à Pointe-à-Pitre, au cinéma, au théâtre, au concert. À côté du Centre des Arts règne une bande de jeunes extrêmement agressive. Je vis dans un nouveau pays, dont les habitants ont beaucoup changé et sont mal à l'aise dans un environnement qu'ils ne comprennent pas, qu'ils ne maîtrisent pas. » Je lui ai fait alors remarquer que c'était un portrait bien triste qu'elle portait sur la Guadeloupe. « Oui, probablement, triste, mais pas désespéré. Vous savez, un petit pays comme celui-ci, projeté du jour au lendemain dans le monde moderne, c'est fatal que ça se fasse avec des heurts et des grincements de dents. Il faut essayer de comprendre le monde autour de nous, et accepter tout ceci comme une transition pénible, mais qui débouchera sur autre chose, de meilleur sans doute. »

Moi je pense que ce mouvement, cette mobilisation sans précédent appartient à ce qu'il y a de meilleur dans l'île. Mais il ne faudrait pas que ressorte maintenant le pire.

Commentaires

1. Le jeudi 19 février 2009, 06:42 par julio

Touts sais personnes ont besoin de la vraie victoire pour se prouvé et prouvé qu’il existe, Pour eux et pour les autres ! Ils ont était manipulé divisé pour des raisons d’état depuis plusieurs siècles et il était temps que sa change ! Ils ont souvent était trahie pars s’eux qu’il considère leur amies, le gouvernement leur fait des promesses qu’il fini pars oublié ils ont besoin du vrai développement ou il sera toutes invité a participe et nom qu’on leur dicte depuis Paris la direction à suivre, avec quel que subvention !
Il y a une crise partout dans le monde, dans les crises les hommes se révèle avec leur faiblesses et leur force, le pire et le meilleur, moi je suis confiant pour eux la majorité de sais personnes nous l’on prouve pendent un mois, et a eux de capitalise la victoire qui approche !
Et que personne leur vol leur victoir comme j’ai vu ces jours ci ou des élus qui non rien fait veule se maitre au premier plan!

2. Le jeudi 19 février 2009, 09:15 par Anne

Si seulement on ne s'intéressait pas qu'aux conséquences immédiates, mais aussi aux causes...

Et sur ce point particulier, du logement "parquage des moins riches", que la France a fait de mal, dans ses banlieues ou ses outre-mer...

Bref. Je leur souhaite beaucoup de courage et de ténacité. Et une vraie victoire, pas juste un tour de passe-passe qui fait regarder vers le sujet suivant sans vraiment être une solution.

3. Le jeudi 19 février 2009, 10:24 par samantdi

Merci pour ce billet qui éclaire bien la situation et permet d'avoir une vue synthétique... Malgré tout, je reste assez pessimiste sur les chances de sortir "par le haut" car cela demanderait des changements réels, profonds, politiques... le gouvernement actuel en a-t-il vraiment la volonté ?

4. Le jeudi 19 février 2009, 11:49 par Akynou

Julio je ne sais pas de quels élus tu parles. La plupart de ceux de Guadeloupe et notamment Victorien Lurel sont remarquables et sont sur le front. Aux côtés de leurs concitoyens.
Quant à la victoire qui approche, ojala !
Cela dit, tu es vraiment très difficile à lire.

Anne et Samantdi :-)

5. Le jeudi 19 février 2009, 13:04 par julio

Lucette Michaux-Chevry a dit sais jours si qu’il fallait se rendre toutes uni a Paris elle a était une élut je croie, et même ministre sous Chirac ?
...................................................................................
Je fais beaucoup de faute voila touts ! Et mon discours est guerrier j’aime la confrontation, avancé dans la tension, plus les choses son dure a réalisé plu je suis dans mon élément. Je suis quelqu’un de ténébreux !

6. Le jeudi 19 février 2009, 13:22 par Akynou

Michaux Chevry, ça fait logtemps que son avenir est derrière elle...

7. Le jeudi 19 février 2009, 14:46 par Charlottine

Merci Akynou pour cet éclairage ....Je crains que notre gouvernement ne fasse tout pour laisser pourrir et même aggraver la situation : la présence policière de plus en plus visible me semble bien correspondre à cette volonté...
Je souhaite beaucoup de courage aux Guadeloupéens pour sortir plus forts et mieux respectés de cette crise , mais je reste, comme Samantdi assez pessimiste...

8. Le jeudi 19 février 2009, 15:10 par Traou

Merci Akynou pour ce billet sur une région que je ne connais pas et sur un conflit dont je ne comprends pas, du coup, forcément les causes et les enjeux. Je ne peux que constater le désintérêt flagrant que semble marquer le gouvernement pour cette crise, étant donné son temps et sa façon de réagir...

9. Le jeudi 19 février 2009, 16:27 par Akynou

Le gouvernement se trompe sur toute la ligne. Il a oublié comment les Guadeloupéens sont capables de lutter longtemps et durement. Bien sûr, depuis 1981 (est-ce un hasard ?) les conflits ont baissé en proportion. Mais en 1967, lors d'un conflit, il y a eu plus de 60 morts.
Le gouvernement a essayé de diviser pour tuer le mouvement. Il a donné gain de cause aux patrons des stations service. Et quand ceux-ci se sont déclarés satisfaits, il a annoncé que le conflit était fini. Première erreur. Les journaux en France annonçaient tous le retour à la normal. Domota affirmait qu'il n'en était rien, que les salariés, y compris des stations essence continueraient la grève. Jego est reparti dès le lendemain, en plein milieu d'une négo alors que ses interlocuteurs l'attendaient et n'avaient pas été prévenus. Qui peut croire qu'il ne rentrait en métropole que pour obtenir l'aval du gouvernement sur les négociations déjà terminées. Pourquoi n'avait-il pas prévenu alors, pourquoi a-t-il mis deux jours à s'expliquer ? Son départ a été la deuxième erreur.

Troisième erreur, pour faire taire les récalcitrants, l'Etat a envoyé les gendarmes. Il pensait toujours que le mouvement allait mourir doucement de sa belle mort, puisque le LKP laissait ouvrir des stations et des magasins quelques heures par jour. Le gouvernement devait penser que puisque c'était la fin, il pouvait en profiter pour faire taire les leaders. C'était la mission des gendarmes. Sauf que le mouvement n'était pas fini. Ce qui s'est passé au Gosier est insupportable.
Les manifestants (pacifistes, sans armes) ont été poursuivis jusque dans les maisons, tabassés, injuriés : "Sale nègre, on aura ta peau." Un des leaders, Alex Lollia, est toujours à l'hôpital.

J'ajouterai que la très grande majorité des Guadeloupéens se revendique comme Français. Il y a des leaders indépendantistes, mais ils sont minoritaires. Les Guadeloupéens sont donc Français et qui plus est fiers de l'être. Quand on met le sujet sur le tapis, ils disent qu'ils sont Français depuis bien plus longtemps que la plupart des métropolitains.
C'est normal. Ce n'est pas comme s'il y avait une population autochtone et une autre colonisatrice. Tous les Guadeloupéens, qu'ils soient d'origine européenne, africaine, tamouls, libanaise, chinoise, etc. sont tous d'ailleurs et ils n'ont connu comme patrie que la France. La France qui les a aussi parfois – pas assez – protégés des grandes familles békés, qui a aboli l'esclavage, etc.
Alors oui, ils sont Français et ce qu'ils réclament, pour la plupart, c'est de l'être à part entière. Ce qui les choque et les met en rage, c'est le sentiment d'être traités comme des pièces rapportées ou des citoyens de seconde zone. L'Etat français ferait bien de prendre cela en compte et de ne pas l'oublier.
Les Antillais ont beaucoup donné pour la France, des soldats, des résistants, des richesses, du sang, de la main d'œuvre dans les années soixante et soixante-dix qui a participé au boum économique sans rien recevoir en retour. Sauf à être parqués dans les cités au même titre que les autres immigrés. Car c'est bien comme cela qu'ils sont considérés, comme des immigrés.

Alors il serait temps qu'on pense à eux comme des compatriotes, qu'on les soutienne et qu'on ne les regarde plus comme des bêtes curieuses : mais c'est qui, ceux là, en fait
Ils sont notre chair et notre sang.

10. Le jeudi 19 février 2009, 16:49 par Tambour Major

Merci pour cet éclairage bienvenu. Ce qui ressort de ton récit c'est que la France n'en a pas encore fini avec le jacobinisme... J'ai comme la vague et désagréable impression que les dirigeants ne connaissent pas le pays qu'ils administrent. L'actualité politique et sociale - à tous les niveaux - en atteste.

11. Le jeudi 19 février 2009, 19:57 par Oxygène

Ce soir, je regarde avec consternation Ô télevision. En attendant l'intervention du présiprince, un débat est organisé avec un député UMP bien connu pour la finesse de ses analyses et de ses arguments. Il s'agit d'Eric Raoult. Face à lui, la député socialiste George Pau Langevin.
Si les mesures attendues sont à la hauteur des arguments de Raoult, alors il n'y a plus d'espoir de retour au calme !

D'autant plus que la concertation que semble souhaiter le présiprince me rappelle une autre concertation organisée en une période de crise économique, politique et sociale par un pouvoir arc bouté sur des principes dépassés depuis belle lurette . Ca s'appelait " les Etats généraux " et c'était en 1789.
12. Le jeudi 19 février 2009, 20:02 par Gwadaboy

Salut,

Pour y vivre en ce moment, je voudrais juste apporter mon sentiment et deux précisions.

Mon sentiment: -La plupart des revendications du LKP initialement étaient largement valides, notamment son constat initial sur le niveau de certains prix (tenus scandaleusement hauts par certains importateurs-distributeurs: cela Jego l'a reconnu très vite, et souvent blancs-créoles, mais pas seulement!) et sur le fait que l'organisation socio-économique de la Guadeloupe est quasiment calquée sur la race: blancs majoritairement cadres et noirs majoritairement employés. Ca personne ne peut le contester et cela doit être corrigé par un changement sociétal venant des politiques.

Première précision: Cela fait bien longtemps que Air Gaule ne fait plus voler d'avions de plus de 20 ans sur la Guadeloupe! Les 3 avions faisant la rotation sont des 777 quasiment flambant neufs! PAR CONTRE, Air Gaule a bien inventé la 4ème classe avec la classe Tempo Caraïbes qui n'a pas grand chose à voir avec la classe Tempo vers l'Asie par exemple ;-). Dans la même veine, Air Caraïbes ne se porte pas mal, merci pour elle, et a largement taillé des croupières au monopole d'Air Gaule en prenant presque 50% du marché Métropole-Guadeloupe.

Deuxième précision: si la plupart des revendications du LKP étaient légitimes, SA STRATEGIE de paralysie ne l'était. Ce qu'on a présenté comme une "Grève Générale" ne l'était pas mais le service d'ordre du LKP s'est chargé de fermer les commerces et/ou administrations rétives en utilisant le plus souvent l'intimidation et parfois la force. J'ai été témoin de leurs agissements anti-démocratiques et anti-républicains. Oui au droit de grève, non au débarquement des gros bras qui arrachent les prises électriques des PC du mur ou qui virent les gamins de l'école en plein cours!

Enfin, Mr Lollia n'est pas resté plus d'une heure à l'hôpital et le sentiment général ici est que ses affirmations sur le fait d'avoir été traité de "sale nègre" par les CRS sont pour le moins douteuses...

Enfin, et bien que ces agissements ne sont probablement pas dus directement aux membres du LKP, il faut savoir que tous les endroits (commerces, etc...) qui ont brulé, (au moins dans la région de Basse-Terre) appartenaient exclusivement à des Blancs-Créoles...

Sans préjuger de ce que retiendra l'histoire Domota et consorts porteront à mon sens autant de responsabilités que l'Etat français si cette crise devaient dégénérer en combat blancs vs. noirs, comme elle en prend le chemin...

Mais comme on dit dans le coin: Foss épi kouraj!

13. Le jeudi 19 février 2009, 21:42 par anita

Merci pour ce billet.
Quand le tissu social se déchire, c'est la plupart du temps en périphérie. Depuis que je te lis, que je lis Oxygène, je me dis ce que je me suis toujours dit en travaillant en ZEP dure: l'étonnant, c'est que cela ne pète pas...
Je suis très partagée sur l'issue de ce conflit. Comme tu dis, à quoi sert la dentelle quand l'autre en face n'écoute rien, ne perçoit rien, n'entend rien? Mais on sait aussi que ces flambées de violence se font au dépend des plus pauvres, qu'à l'action succède une réaction plus dure, plus fermée, plus étouffante encore.
Même si on rêve d'un orage qui purifierai l'atmosphère nauséabonde de compromissions,de féroce exploitation, de lâcheté...
Oui, l'envoi de ces gendarmes est le signe qu'ils n'ont rien compris. Il leur faudrait un minimum de sens de l'histoire, de la loi et de la géographie et ils prouvent tous les jours qu'ils en sont dépourvus.

14. Le jeudi 19 février 2009, 23:34 par Akynou

Yeah, un vrai débat :-) Alors

Oxygène : pendant que tu regardais Ô, je regardais un débat sur la chaîne parlementaire avec Luc Saint-Eloi, Christian Paul et un troisième, Martiniquais, dont je n'ai pas retenu le nom. Le débat était de haute volée (sauf le journaliste, qui enfilait les perles, mais bon).

Gwadaboy : merci d'avoir laissé tes commentaires. De première main. Moi, il faut que je téléphone à la famille du père de mes enfants pour avoir des nouvelles fraîches.
Pour les avions, la dernière fois que j'ai voyagé sur ces vols, c'était pas un appareil tout neuf mais un des vieux 747 où on était bien tassés. Il n'y avait même plus les jouets pour les enfants... Contente de savoir que ça a un peu évolué, parce que c'était aussi l'une des revendications. Et pour la quatrième classe, je te rejoints tout à fait. Avoue que c'est indigne, surtout pour le prix payé.

Pour les agissement du LKP, cela ne m'étonne pas plus que cela. Parce que beaucoup viennent de l'UGTG et que cela fait partie de leurs méthodes. Et ce n'est franchement pas top. Cela dit, il y a quand même quelque 100 000 personnes qui défilent toutes les semaines dans la rue. Sur 400 000 habitants. On pourrait effectivement évoquer les grands mots de démocratie et républicain s'ils s'appliquaient complètement aux Antilles. Mais tu sais comme moi que la loi républicaine n'est pas appliquée en Guadeloupe. Même le code de la route on ne le fait pas respecter comme en métropole.
Et je ne crois pas que ça doit se transformer ne combat noir/blanc. Les familles sont bien trop emmêlées pour ça. Pour que ces différences comptent encore. Et si ça dégénère de cette façon là, ce sera parce que la Métropole l'aura bien voulu. Ou provoqué.
Et, pour Lollia, je ne sais que ce que m'en on dit des copains journalistes qui l'ont interrogé à l'hôpital. Sans parler de Mermet qui en a fait une émission. Et il n'a pas été le seul à parler des injures. Et tu voisle comble, c'est qu'ici, en Métropole, ça n'étonne personne, parce qu'on sait qu'ils sont capables de le faire. Ceux qui sont descendus dans des collèges, qui ont collé au mur des enfants pour chercher de la drogue n'ont pas mieux agi. Alors peut-être que Lollia a exagéré, mais là dessus, hélas, il est crédible.

Cela dit, pour ce que je peux entendre, nombreux sont ceux à remettre en cause le LKP et à avoir des griefs tout à fait sérieux à son encontre. Et il est important qu'ils puissent s'exprimer. Mais ils sont encore bien plus nombreux à le suivre.

Anita : je voudrais quand même y croire... Luc Saint Eloi était extraordinaire ce soir et avait une analyse passionnante de la situation. Il faudra aussi que je lise les textes de Glissant et Chamoiseau sur cette crise, mais j'ai pas encore eu le temps d'aller les chercher sur Internet.

15. Le vendredi 20 février 2009, 07:15 par julio

Oui Gwadaboy, mais cette fois le monde est témoin de se qui pourrai arriver ! L’honneur des nations est le même que celui des familles
Le plus fragile doit être servi le premier, et ton président il fait le contraire ! Il a déjà perdu la bataille dans les îles, et il le sait très bien, ces lui qui cherche une porte de sorti !
Il sait que si sa dégénère sa vas dégénérer ici aussi !
La république des profiteur, sais plutôt Nicolas !

16. Le vendredi 20 février 2009, 07:15 par WK

J'habite en Guadeloupe et moi aussi je reste sceptique quant aux déclarations d'A. Lollia. J'ai vu trois interview de lui et cela a donné trois versions différentes. A mon sens, il a voulu faire monter la pression d'un cran. E.Domota, le porte-parole du LKP avait bien dit sur canal 10 " : si un membre du LKP est blessé, il y aura des morts." Malheureusement, il y a bien eu un mort et c'est en plus un membre du LKP. Il a été abattu en essayant de contourner un barrage, sans doute victime d'un excité de la gâchette.
J'ai constaté depuis le début du conflit, que son syndicat, la CTU, n'a cessé de faire de la surenchère. Et les commandos qui "déboulaient" dans les rues de Pointe-à-Pitre ou de Jarry menaçant les chefs d'entreprise et les employés pour qu'ils ferment leurs rideaux, étaient principalement composés de membres de la CTU, avec A.Lollia en tête.
Le LKP a permis de mettre en lumière toute sorte d'incohérence notamment au sujet du prix de l'essence. En revanche, je crains que le principal slogan "la gwadloup sé tan nou, a pa ta yo" (la Guadeloupe est à nous, pas à eux) ne contribue à exacerber les tensions raciales en cherchant des boucs émissaires faciles (les békés), ce qui masquerait une réalité bien plus complexe. Je sais bien que certains expliquent que le "yo" de ce slogan, c'est pour les profiteurs. Pour moi ce sont clairement des propos xénophobes. Et vu la composition de la société guadeloupéenne c'est vraiment contre-productif de jeter de l'huile sur le feu de cette manière.

17. Le vendredi 20 février 2009, 08:42 par akynou

Merci de ton témoignage WK.
Pourrais-je demander à ceux qui passent sur cette page et qui vivent là bas, qu'ils me donnent justement des détails précis des contradictions de Lollia ou des liens ou on peut trouver des videos de ses interventions. S'il est normal de ne pas raconter la même histoire deux fois de la même façon, il y a des distorsions qui signent le mensonges. Mais faut le démontrer.

Je suis d'accord avec l'idée que ce n'est pas en montant les communautés les unes contre les autres qu'on réglera le problème. Elles sont toutes beaucoup trop imbriquées les unes avec les autres. Et aucune n'a plus de légitimité à vivre sur l'île qu'une autre. La seule serait éventuellement les Amérindiens, mais ils ont hélas disparu. Les autres viennent tous d'ailleurs : Blancs, Noirs, Tamouls, Libanais, Chinois. Certains contraint et forcés (Noirs, Tamouls et certains Blancs), d'autres de leur propre volonté. Mais je lutte assez contre les discriminations contre les immigrés ici pour ne pas condamner fermement ce genre de discrimination là bas.

18. Le vendredi 20 février 2009, 10:48 par gilda

Concernant la Guadeloupe je suis comme Traou, et ne m'estime pas assez au fait de la réalité locale pour en parler.
En revanche concernant Yves Jégo je peux dire que fin janvier il assurait encore tranquillement la promotion de son bouquin "Dictionnaire impertinent d'Île de France" (par exemple à la Fnac Parly 2, le 24 janvier - la grève générale n'avait-elle pas commencé le 20 ?-). Je ferais sans doute un très mauvais ministre, je ne dois pas avoir le sens qu'il faut des priorités ...

19. Le vendredi 20 février 2009, 13:31 par Fauvette

Merci Akynou.

20. Le samedi 21 février 2009, 11:25 par jack if

Toujours passionnante Akynou avec tes analyses et points de vue.

La dernière fois que je suis allé en Guadeloupe c'était en 2004.
Donc je ne sais si mon propos est toujours d'actualité, mais je doute que les choses aient changé sur ce point.
Il ne s'agit pas d'observations avec les évènements en cours, juste de politiques basique: la prévention sanitaire de la République n'a pas fait la traversée jusqu'en Guadeloupe.
C'est un fait assez extraordinairement étonnant lorsque l'on pense à la politique de prévention sur le sujet en métropole et lorsque l'on sait les prix abusifs et le coût de la vie délirant, comme tu nous en as donné un petit exemple Akynou : il s'agit du prix du tabac.
Les cigarettes y sont encore moins chères que dans les "Duty Free".
Et ,ce qui m'avait laissé pantois,en tête de gondole dans un supermarché où j'étais passé ! Au moins une dizaines de ces "têtes", avec les marques les plus connues pour des sommes dérisoires.
Des étagères remplies de cartouches,du tabac à gogo, plus accessible que des produits frais, que ces fameux 5 fruits et légumes par jours.
Comme si toutes les maladies liées au tabac n'étaient pas un problème sous le soleil.
Il me semble qu'il y avait la Marine de Bas du Fort qui s'appelait "les pieds dans l'eau", voici donc "le cancer les pieds dans l'eau".
Si les prix de la chose tabagique sont toujours les mêmes, cela montre un peu la grande considérations qu'a la métropole sur nos concitoyens. Quant à parler ici de racisme d'Etat...cela ressemble à l'idée que je m'en fait.

21. Le samedi 21 février 2009, 15:26 par Otir

Quand comme moi, qui ne peux entendre de certaines informations que par le biais des lucarnes, on écoute ou regarde ou lit ce qui se passe en Guadeloupe depuis plus d'un mois, il y a vraiment de quoi se poser des questions sur la politique. Et quand j'écoute la lumineuse Christiane Taubira ce matin, je ne peux qu'être renforcée dans mon effarement :

http://www.dailymotion.com/video/x8...

(J'ai également regardé hier l'émission de décryptage de la couverture médiatique de ce mouvement social en Guadeloupe, sur @si, mais je crois qu'il faut être abonné pour visionner :

http://www.arretsurimages.net/conte...
)

ps après visualisation : je ne vois pas les adresses des liens que je recommande, je ne sais pas s'ils vont apparaître.

22. Le dimanche 22 février 2009, 04:36 par WK

Pour compléter ce que dit Fauvette : Il y a deux produits qui sont moins chers en Guadeloupe que dans l'Hexagone : le rhum et les cigarettes!!! Et concernant le loto et le PMU : aucune différence de tarif entre la Guadeloupe et l'Hexagone.
Certaines organisations syndicales militent pour une baisse de la TVA et de l'octroi de mer (taxe spécifique qui touche tout produit importé en Guadeloupe) sur les prix des livres. Bizarrement cette proposition est restée lettre morte.

23. Le dimanche 22 février 2009, 19:19 par akynou

wk contente de te revoir dans ces parages.
Le rhum quand même, il est produit localement. Ce serait dommage de le payer plus cher. Quoi que, j'aimerais bien le trouver moins cher en Metropole :-)
Pour les cigarettes, je témoigne aussi, la cartouche est vraiment moins cher que dans l'hexagone. Quant aux PMU (je hais le PMU), les plus beaux centres sont aux Antilles. Le patron du PMU se déplace régulièrement aux Antilles pour remettre des prix aux propriétaires qui crèvent tous les plafonds. Quand on voit le PMU des Abymes par exemple... Et tous ces gens qui y viennent jouer des sommes folles... ça m'écoeure (il faut dire que le PMU a ruiné ma famille, donc je ne lui dis pas lerci)
L'octroi de mer a bond dos dans bien des cas...

Otir, les liens sont tout à fait visibles, ne t'en fait pas. :-)

24. Le dimanche 22 février 2009, 19:39 par pasdupe

De retour. Tu as dit sur ce sujet ce que j'attendais, une vision globale du sujet, je ne doutait pas de ton attachement pour ces territoirs.

La discussion continue ailleurs

1. Le vendredi 20 février 2009, 06:33 par padawan.info/fr

Demain le feu, sur le Caillou aussi ?

Akynoo parle avec passion de la Guadeloupe et de ce qui s'y passe en ce moment. Depuis quelques temps je me demande si le conflit là-bas ne va pas faire de petits ici, et il y a trop de choses......

2. Le vendredi 20 février 2009, 11:14 par padawan.info/fr

Demain le feu, sur le Caillou aussi ?

Akynou parle avec passion de la Guadeloupe et de ce qui s'y passe en ce moment. Depuis quelques temps je me demande si le conflit là-bas ne va pas faire de petits ici, et il y a trop de choses......