Kimbe red, pa molli

Le préfet de Guadeloupe l'a dit : Allez, assez jouer, maintenant, il est temps de rentrer chez vous et de reprendre le travail. Mais qu'est-ce qui est réglé ? L'accord il y a quelques jours ne concerne qu'à peine 15 000 travailleurs sur quelque 85 000. Que cherche-t-on à faire ? A créer de nouvelles disparités après celle entre les fonctionnaires et les autres salariés. Une Guadeloupe à plusieurs vitesses où certains – dont la majorité de ceux qui travaillent dans le secteur du tourisme – resteraient éternellement les parents pauvres ?

Le Medef refuse de signer l'accord, tout comme d'autre organisations patronales majoritaires. Ils sont égaux à eux-même. Ne rien lâcher, jamais. Comme déjà en 1967, lors d'une précédente grande grève qui a autrement mal tourné. Depuis quelques jours, les magasins ouvrent, les stations service fonctionne. Les organisations patronales ont-elles l'impression que, quoi qu'il arrive, le mouvement est fini ? Elle devrait se méfier. On nous a annoncé la fin du conflit déjà une fois et le résultat a été la mort de Bino.

Dans une interview donnée au Monde, Lilian Thuram s'interroge

Allons-nous vers une société qui est encore capable de penser aux plus faibles ? Telle est la question que se posent les Français aujourd’hui, et notamment les Guadeloupéens. On peut d’ailleurs se demander si ce mouvement n’est pas avant-coureur de ce qui pourrait se passer sur le continent.

Que voulez-vous dire ?

Une situation comparable à celle qui bloque l’île aujourd’hui peut parfaitement se mettre en place sur le continent. La Guadeloupe est souvent en avance sur la métropole en matière de conflit social. Si je vous demande ce que vous inspire “mai 67″, vous allez me répondre que je me trompe d’une année ou que je ne connais pas l’histoire de France.

Peu de gens se souviennent des événements de mai 1967 en Guadeloupe : trois jours d’émeute, réprimés par les forces de l’ordre, 87 morts, parce que des ouvriers réclamaient une augmentation salariale. Dans les manifestations se trouvaient également des étudiants : cela ne vous rappelle rien ? On aurait tort de minimiser la grève générale qui se déroule actuellement en Guadeloupe ou de penser qu’elle n’est le fait que d’une seule organisation indépendantiste. Tous les syndicats sont derrière. Exactement comme en France, le jeudi 29 janvier, quand plus d’un million de personnes ont défilé dans les rues…

Si le patronat reste sur ses positions, j'espère que le gouvernement aura la présence d'esprit de déclarer l'extension de l'accord à toutes les branches, comme il en a le pouvoir. C'est le seul moyen, en l'état, d'en voir la fin en l'absence d'un protocole de fin de conflit impossible si le Medef ne cède pas. En attendant, la situation s'envenime en Martinique ou le couvre-feu a été "conseillé".

Dans le port de Brest


Grâce au conflit, j'ai découvert un hebdo, La.Mée, sans publicité, entièrement écrit et réalisé par des bénévoles. Il existe depuis janvier 1972 et traite d’abord de l’actualité du Pays de Châteaubriant. Mais il ne dédaigne pas les autres nouvelles du monde. Son dossier sur la Guadeloupe est parfaitement réussi et permet à ceux qui ne sont pas familiarisés avec l'histoire et la politique de l'île de mieux comprendre ce qui se passe.

Repost : si vous souhaitez savoir en quoi consiste l'accord (dit JAcques Binot en hommage au syndicaliste assassiné) vous pouvez le lire dans ce post de Chien créole.


Photo prise sur le port de Brest

Commentaires

1. Le dimanche 1 mars 2009, 21:46 par pasdupe

Merci pour toutes ces informations complètes et peu partisane

2. Le mardi 3 mars 2009, 11:33 par Leeloolène

Mai 67... depuis le début du conflit j'y pense !...
Et comme je le disais chez Oxygène il y a quelques temps, la Guadeloupe a simplement ouvert la voie à un vrai mouvement national à venir !
Ils ont simplement le savoir-faire et l'expérience pour se faire plus entendre qu'en France (et tu sais aussi bien que moi leur force d'action quand il s'agit de mouvements sociaux pour paralyser l'île), pour avoir été les premiers à se révolter. Mais ça traversera l'Atlantique... l'histoire l'a montré déjà...