Et moi, et moi émoi

Généralement, quand on me demande comment ça va et que je commence à dire que… on me coupe assez rapidement pour me répondre : « Mais les filles, ça va ? Non ? » Oui, les filles , ça va. La grande s’éclate à l’escrime et au collège. La deuxième se languissait de l’école, un comble quand on se rappelle ses souffrances des années parisiennes. Et la troisième prends pied petit à petit dans son école. Elle continue l’escrime et va commencer des cours de guitare. Alors, oui, les filles vont bien.
Mais pourquoi ai-je l’impression perpétuelle d’être punie ? Pourquoi mon estime de moi est-elle en déroute au point que je ne peux plus me voir ni en peinture ni en photo et je ne vous parle même pas des miroirs ? Pourquoi est-ce que je renacle à me mettre au boulot, que je développe un sentiment d’échec, de que je me dis que je n’y arriverai jamais.
Les inscriptions en Master sont aléatoires. Toujours quelque chose qui cloche. La personne qui devait défendre mon dossier auprès du département de socio ne l’a pas fait. Total, on ne m’a accepté qu’en licence. Je ne veux pas faire de licence. J’en ai déjà deux, je suis maître de conférence et j’ai plus de vingt ans de métier derrière moi. Ça va. Du coup, nous nous sommes retournés vers une autre solution. Mais pour celle-ci, c’est trop tard, les inscriptions sont closes depuis avril. Par contre, ce que j’ai apprécié, c’est que le responsable de ce département a décroché son téléphone pour me le dire, alors qu’il avait déjà expliqué ce qu’il en était à une de mes collègues, qui me l’avait transmis. Nous avons relancé la première solution. Je dois appeler quelqu’un et ça me soulève le cœur. Vous savez pourquoi ? Parce que je voudrais (que quelqu’un m’attende quelque part, non je déconne) qu’on s’occupe de moi. Qu’on gère ce problème pour moi. J’en ai assez de gérer des problèmes et de devoir rebondir continuellement. Je commence à me faire vieille et je n’ai plus la souplesse des chats. Vous ne trouvez pas que j’en ai assez fait ces deux dernières années ?
Du coup, je bloque. Impossible de lire. Difficile de me remettre à travailler sur mes cours. Je me laisse aller. Et je me déteste. CQFD.
L’Indre-et-Loire (où je vis, pour les distraits) est en pointe sur les campagnes de dépistage des cancers du sein et de colon. Je fais des examens. Et dans l’état dans lequel je suis, évidemment, j’y pense. Je m’angoisse parce que, si je suis malade, qui s’occupera des filles. La visite au médecin a permis de voir que depuis quelques années, je souffrais de diverculite. Enfin, elle en est presque sûre. Le test sur le cancer du colon devra confirmer que c’est bien cela. Et hop, le cerveau se remet à tourner dans tous les sens. D’autant que ce test, je ne peux pas le faire pour des raisons que la décence m’interdit de vous expliquer (encore que, ça pourrait être drôle, mais je maîtrise mal le scatologique). J’ai mal au ventre.
Je ne dors plus la nuit avant 3 heures du matin. Je m’abrutis devant des séries télé que je regarde sur Internet en me tapant des tablettes de chocolat (une par soir). Ce qui n’arrange rien.
Mais enfin, les filles vont bien, alors…

Commentaires

1. Le mercredi 23 septembre 2009, 12:27 par Anne

Hey ma pauvre grande, va. C'est là que je regrette qu'on soit un peu loin pour le quotidien, on se ferait des trucs de remontage de moral et je te promets que tu pourrais me raconter l'intégralité de tes malheurs si ça te chante.

C'est un truc qui m'agace copieusement en ce moment quand je parle de mon très bas moral de bureau, qu'on me renvoie à la joie de retrouver ma fille le soir.

Certes, joie.

Mais c'est comme si le fait d'être parent ne nous rendait que parent, et que la félicité nous emplisse à la simple vue de notre progéniture. Ben non. Ils ont beau aller bien, y a des jours où ils sont chiants et qu'on a déjà envie de s'occuper de nous, si en plus c'est pour supporter leurs conneries d'un air béat, merci bien.

Alors chouette, les filles vont bien, j'en suis ravie pour elles (pour de vrai).

Mais toi, pas, et je m'inquiète pour toi. J'espère que tu pourras vite faire le test (no comment !!), et être "rassurée".

J'imagine que tu y as pensé sans moi, mais un psy payé à t'écouter, histoire de débloquer un peu ce qui coince (sans rapport avec ce qui précède, bien sûr !) ?? Nan ?

Je t'embrasse très fort, je te souhaite que tout aille mieux, vite.

2. Le mercredi 23 septembre 2009, 12:59 par PASDUPE

C'est vrai que tout ça fini (commence, continue) à faire beaucoup.
Chacune et chacun se paye ( souffre) un coup de déprime à un moment de la vie, surtout à l'automne ou tout recommence pour finir au printemps, et pour y remédier la methode coué ne suffit pas, même si ell est nécessaire, il faut un petit (gros) coup de main, que quelqu'un te prenne dans ses bras, te tapote le dos et te laisse mettre son nez dans son encolure. je suis trop loin pour ça mais faisons comme si.

3. Le mercredi 23 septembre 2009, 13:14 par karmara

Tu es top moumoute, comme gonzesse ! T'assures depuis des années à fond les ballons. C'est normal que des fois tu aies envie de lâcher un peu le morceau… Mais petit à petit… je suis sûre que ça va finir par viendre (je me dis la même chose pour moi ! Solidarité !!!!) Sérénité vaincra…

4. Le mercredi 23 septembre 2009, 13:33 par Lyjazz

Le problème quand on est maman, c'est qu'il faut aussi être en forme pour que les enfants puissent continuer à l'être aussi.
Quand j'étais secouriste on avait un adage : un secouriste mort (blessé/malade) ne sert plus à rien.
Et mon médecin me l'a souvent dit : soignez-vous pour pouvoir assurer.
Bref.
Qu'est-ce qui te fait plaisir ? Te ressources ? Un hammam ? Un bain dans un jacuzzy juste pour toi ? Un massage ? Une promenade ? Raconter tous tes malheurs à une oreille compatissante ?
Je suis libre aujourd'hui jusqu'à 18h.
Je suis aussi prête à téléphoner pour toi (si tu m'expliques bien les tenants et les aboutisssants). Je connais bien ce sentiment d'avoir envie qu'on s'occupe de moi. Et en ce moment ça va, je peux faire pour d'autres....

5. Le mercredi 23 septembre 2009, 13:52 par Cunégonde

Un rocher de chocolat noir?

6. Le mercredi 23 septembre 2009, 13:56 par Fauvette

Je comprends, mais ne t'enferme pas dans ce cycle d'autodénigrement, pas bon, pas bon du tout ça.

Tes filles vont bien, tant mieux.
Pense à toi maintenant ma belle, aller parler de toi cela ne te ferait pas du bien ?
Tu as assuré tant et plus ces dernières années, que franchement avoir une grosse envie de break, d'être en roue libre, est plus que normal...

Je suis vraiment désolée de ne pas pouvoir vraiment t'aider, sauf peut--etre en te lisant toujours attentivement, et en t'envoyer tout mon amical soutien. Mais si je pouvais t'aider, je le ferai volontiers

Je t'embrasse.

7. Le mercredi 23 septembre 2009, 14:58 par tilly

rien à voir avec la choucroute, sauf que pendant ce temps là ça fait penser à autre chose... Châtellerault, c'est pas loin de Tours, non ? mais moi avec la géographie... enfin c'est juste pour te signaler le 3 octobre la soirée-concert de soutien à Pierre Etaix, moi je peux pas y aller ;(
http://www.lesfilmsdetaix.fr/

8. Le mercredi 23 septembre 2009, 18:44 par julio

Il faut te soigner, t’occuper un peut plusse de toi, tes filles vont comprendre, elles sont encore petits, mais elles sont assez grands pour comprendre que maman a besoin qu’ont l’aime, qu’ont la câline une peut ! Puis tu es arrivé a un palier de ta vie, mais bientôt la tranquillité reviendra, courage aime toi !
Je t’ambrasse julio !

9. Le mercredi 23 septembre 2009, 21:25 par Valérie de Haute Savoie

Akynou, je reçois des rappels constants pour ce fameux dépistage et cela m'est tout aussi impensable à faire qu'à toi. Je suis soulagée de me savoir moins seule dans cette impossibilité. J'en serais prête à me faire hospitalisée juste pour ne pas avoir à le faire...

10. Le mercredi 23 septembre 2009, 22:34 par samantdi

Courage ma belle, c'est un contrecoup de ces années de "cavale", et puis c'est sûr que seule avec trois pépettes, c'est usant... Je t'embrasse

11. Le jeudi 24 septembre 2009, 01:05 par Akynou

Merci à vous tous. Ce soir, ça va un peu mieux, j'ai réussi à faire tout ce que je m'étais fixé. Je me sens mieux.
Le problème du psy ici, c'est que d'abord, il faut que j'en trouve un. Ensuite, quand j'ai essayé d'en trouver un pour une des filles après un incident grave, c'était minimum trois mois d'attente. Alors qu'il y avait urgence. Et je me sens pas de monter toutes les semaines à Paris.
Mais il y a une chose qui est sûre, c'est que j'ai réussi un peu à pleurer et que ça fait plus d'un an que je n'ai pas pleurer (sauf à regarder des trucs à l'eau de rose à la télé).

Lyjazz, désolée de ne pas t'avoir appelée, je me suis enfermée dans ma coquille et n'ai lu les commentaires que tard. Et mon histoire est trop compliquée. Et il falait clairement que j'appelle moi-même. Et tu as tout à fait raison concernant les secouristes. A chaque fois que je fléchis, il y a toujours une petite voix qui me dit : « Non, tu ne peux pas maintenant, tu as encore ça et ça à faire. » Et le ça et ça, ça concerne les filles bien sûr.

Tilly, chatellerault est à plus d'une heure de route de Tours. Mais surtout, le 3; je ne suis pas libre. :-(

Valérie : ça m'angoisse, mais ce qui m'empêche de le faire, ce n'est pas l'angoisse, mais une impossibilité physique. J'aimerais bien faire ça rapidement, pour m'en débarrasser. Mais je ne peux pas. Alors j'attends, et donc, du coup, j'angoisse…

12. Le jeudi 24 septembre 2009, 08:51 par luciole

J'arrive après la bataille, quoique, probable qu'elle ne soit pas finie. Je sais bien qu'on a tendance a se renfermer dans sa coquille quand ça va pas, mais en même temps quand la coquille n'est plus assez grosse pour tout contenir, un petit coup de fil à une frangine, ça peut aider. Je te promet que je ne te dirais pas " si tes filles vont, tout va". Parce que je trouve normal que ce soit plus dur pour toi maintenant, et même je m'y attendais. C'est justement parce qu'elle vont mieux que toi tu t'autorises à ressentir le contre coup. Ce n'est pas une découverte, tu es un être humain, pas wonder woman. Tu as surement des tonnes de choses à te reprocher, ce que tu n'as pas fait, ce que tu as mal fait, mais au bout du compte, ne perd jamais de vue ce que tu as réussi et je ne parle pas de tes filles. Je parle de tout ce que tu as réussi durant toute ta vie. ça en fait des choses!

Par ailleurs, que ce soit un psy, ou une autre solution, prendre soin de toi est une nécessité. Dans ta liste des choses à faire, tout en haut, il doit y avoir, faire quelque chose qui me fait du bien, qui restaure l'image que j'ai de moi, parce qu'après le reste sera plus facile et plus plaisant à faire.

Bon, je vais pas faire un roman ici, en tout cas, n'hésite pas à téléphoner si tu as envie de parler, promis je t'écouterais plus que je ne te parlerais ;-) je t'embrasse fort

13. Le jeudi 24 septembre 2009, 16:09 par charlottine

Toutes celles et ceux qui m'ont précédée ont déjà tout dit: tes filles vont bien , après tout ce que vous avez vécu alors, chapeau à toi et surtout prends soin de toi, fais toi plaisir !

14. Le jeudi 24 septembre 2009, 20:24 par Oxygène

Dommage que je sois si loin, je t'attendrais sous l'acacia de la vieille ferme tourangelle et nous mangerions un crumble aux pommes du jardin. Ensuite nous irions nous promener sur le coteau, au coucher du soleil, et regarder les mouettes sur la Loire.

Sinon, sous anesthésie générale, l'examen se passe les doigts dans le nez. Si je peux dire ;-)
15. Le vendredi 25 septembre 2009, 00:40 par Akynou

Oh oui, ce serait génial. Tu vois, ce qui me manque le plus c'est ça. Retrouver de bonnes copines et taper la discute, sur tout, sur rien. Là, ça fait trois mois que je vis avec mes mômes sans quasi avoir de rapports avec des adultes. C'est lourd. Quand j'arrive au boulot, je saoule tout le monde en racontant ma vie. Ils sont gentils, mais je vois bien que ça ne les passionne pas. et je ne peux pas tout raconter. Alors je reste frustrée en ayant en plus l'impression que j'emmerde les autres, en leur racontant des choses qu'ils n'ont pas envie d'entendre. Qu'ils ne comprennent pas pourquoi je les leur raconte.
Tout le monde a une vie, ses amis, ses sorties. Moi, j'ai tout perdu. Parce que tout le monde est loin. Je ne peux plus prendre de café le matin avec des copines, je ne peux plus dîner chez des copains, je ne peux plus déjeuner avec une copine. Parce que tout ça, je ne l'ai plus. Ou je l'ai encore, mais trop loin, pas accessible.
Voilà, c'est pour ça que j'ai l'impression d'être punie. On m'a tout volé, sauf mes filles...
Je ne regrette rien. Pas une seconde. Mais des fois, c'est un peu lourd.

16. Le vendredi 25 septembre 2009, 06:59 par julio

Les hommes quand il s’ennuie il traîne au bistro !
Vous les femmes vous faite quoi ?
Se la dit sais vrais l’autre jour ma sœurs a pleuré, sais bien la première foi que je la vois pleure. Elle habite en suisse. Elle a trois fille comme toi, (un peut plus âgé que les tien) mais je croie que plus les filles grandisse plus elle ce sens seul, moi je luis dit de reprendre des activités sportif, ou autre chose, le boulots sais pas pareille, ont vas quand-même pas rencontre les mais copains de boulot le week-end. Tes oblige de te faire de nouvel copine plus proche de toi !

17. Le vendredi 25 septembre 2009, 08:30 par Akynou

Je ne m'ennuie jamais Julio. Même petite, je ne m'ennuyais pas. Quand je n'ai rien à faire, je rêve, je lis, j'ai toujours quelque chose pour m'occuper la tête ou les mains.

18. Le lundi 28 septembre 2009, 00:12 par andrem

Tardif.

Pour dire que même si je n'ai rien à dire je lis, peu de tes textes ne m'échappent. Et ce que je vois derrière bien souvent ressemble à ce que tu mets devant ici.

Je ne saurais jamais dire plus ou mieux que tout ce qui t'a été déjà répondu, tu connais ma tendance à lâcher des fleuves importuns.

Alors je commente d'une ânerie pour que le braiment cache la misère, et que tu saches que je te lis.

Aime-toi, Akynou, tu en as besoin et tu le mérites.

19. Le lundi 28 septembre 2009, 17:57 par Anna

(((Akynou)))
Pas grand-chose d'autre à dire que ce qui a déjà été dit. :-/