Histoire boiteuse

Franck avait tout pour être heureux : une très bonne situation, une belle maison, deux voitures, une moto, des amis qui aimaient faire la fête et une très jolie fiancée, très très jolie, Amanda. Le matin, quand il se regardait dans le miroir de la salle de bains, il voyait un beau gars d’une trentaine d’année, bien dans sa peau, à qui le bonheur allait comme un gant… Il se souriait, satisfait. Oui, c’est sûr, Franck était content de vivre.

Ce jour-là, justement, il avait invité la plupart de ses amis. Passer l’après-midi au bord de sa piscine, se faire un barbecue géant le soir puis regarder sur écran géant dernier cri le premier match des Français en coupe du Monde. Un programme simple, comme il les aimait. Surtout pas de prise de tête. Pourquoi s’en faire, vraiment ?

Les copains commencèrent à arriver au milieu de l’après-midi. Le jardin retentit bientôt des ploufs de la piscine, des rires, des cris. Le décapsuleur fonctionnait à plein régime. Il allait y avoir de la viande saoule le soir-même. Franck, allongé sur sa chaise longue, rigolait avec Pierre, un copain de fac. Amanda vint le rejoindre, mais comme il ne s’occupait pas d’elle, elle haussa les épaules, qu’elle avait ravissantes, et alla s’installer plus loin. Elle avait l’habitude de ces journées de mecs et menait sa barque tranquillement. Elle en profitait pour inviter ses propres copines, voire ses propres copains. Avec la bénédiction de Franck

Ce qu’il fallait savoir, c’est que, si son compagnon aimait faire la fête, c’était également un gros bosseur. Amanda passait souvent des soirées en solitaire. Enfin, en solitaire… Tiens, d’ailleurs, aujourd’hui, elle avait invité le nouveau voisin, un joli brun aux yeux bleus. Une vraie gravure de mode. Elle lui lançait des œillades de temps à autre et il ne semblait pas insensible. Elle sourit, langoureuse.

Au bout de dix minutes de ce manège, elle se leva lentement, très lentement et se dirigea vers la maison en ondulant des hanches. Arrivée à sa hauteur, elle ralentit le pas et lui planta un sourire que l’autre comprit parfaitement. Il posa son verre et la suivit à l’intérieur.

Autour de la piscine, l’ambiance se fit morose. Comme si d’un coup, on avait éteint la lumière. Certains des hommes présents arboraient des mines dépitées. Même Pierre, toujours en grande conversation avec Franck, s’assombrit. Quand Amanda était venue s’installer près d’eux, il avait bien cru qu’il serait l’élu du jour. Mais à cause de cet idiot qui ne voyait rien à rien, et surtout pas quelle perle il tenait, elle était parti papillonner ailleurs. Putain, la dernière fois qu’il l’avait approchée, ça remontait à quand ?… C’était  pour elle qu’il avait renoué avec Franck avec qui il n’était pas si proche le temps de leurs études, c’était pour elle qui abandonnait femme et enfants régulièrement le week-end pour participer à ces barbecues-football alors qu’il n’aimait ni les merguez ni le foot.
– Oh, Pierre ! tu m’écoutes ?
– Pardon ? Excuse-moi, je réfléchissais.
– Arrête ! Tu vas te faire mal à la tête. On n’est pas heureux, ici ?

Pierre se retint de lui dire tout ce qu’il avait sur le cœur : « Mais pauvre con ! qu’est-ce que tu crois qu’elle est ta vie. Ta copine te trompes avec tous tes amis, et même avec tes voisins. Tout le monde se fout de ta gueule. Et toi, t’es là, à picoler de la bière et à parler foot… » Mais il regarda son copain et renonça. Car Franck était peut-être un peu couillon, mais il avait le cœur sur la main. C’était un homme heureux de vivre et qui n’avait qu’un but : partager un peu de son bonheur avec les autres. Il en partageait même un peu trop. Mais n’avait pas l’air de s’en soucier. C’était Franck, ça ne servirait à rien de lui faire mal.

Pierre soupira et leva la tête. Amanda était redescendue dans l’arène. Mais de l’endroit où il était assis, il ne voyait que son pied, beau. Ce pied, qui l’avait rendu fou. Il soupira à nouveau, se leva et piqua une tête dans la piscine.



Ceci est ma participation à la session 5 qui clôt le 5e diptyque. Ce n’est pas parce qu’on choisi une photo, qu’il est facile d’en inventer l’histoire.

Photo prise par moi-même.



Commentaires

1. Le mardi 8 juin 2010, 07:06 par julio

Ton histoire est tout ‘a fait réaliste, je connais avec des prénoms différend une histoire qui luis ressemble. il ni a que la fin qui est différente, lui est devenu un alcoolique, et un chômeur, heureusement que sais parents ont de gros moyens et l’aide. et elle sait une femme parfaitement épanouie, qui sais marier quatre fois. Il y a peu prés 6 mois un jeune copain me dit julio j’ai rencontré une superbe nana tu ne veux pas venir avec moi a Altkirch au phare « boit de nuit ». On arrive et je dis salut Pilar, il me dit tu la connais ! Je lui dis oui elle est de la même région que moi.je dit Pilar et les enfants sa va, elle me répond oui mais je les vois pas souvent. Elle me dit ont est pareille tous les deux, je lui réponds oui, nous, nous somme fidele a notre liberté ! Elle répond nous somme entouré d’esclave !

2. Le mardi 8 juin 2010, 08:23 par Akynou

dans mon idée, tout le monde pense que Franck ne sait rien. Mais personne ne sait ce que vivent vraiment ces deux-là. Alors, il sait peut-être et s'en fou. Peut-être est-il juste impuissant. Ou pas. Ou qu'il place sa fierté ailleurs. Mais dans mon idée, il est au courant. Alors je ne crois pas que cela puisse finir de la même façon.

Quant aux "esclaves" de Pilar, je trouve ça un rien méprisant. Chacun voit la vie comme il l'entend, et personne n'a le droit de juger les autres. Si ta Pilar ne veut pas être jugée, elle ne doit pas juger les autres. Sinon, ça veut dire quoi ? les uns sont des esclaves et elle une belle salope ? Ni l'un ni l'autre, bien sûr :-)

3. Le mardi 8 juin 2010, 09:24 par Anna

Je vois bien Franck sachant et s'en accommodant, moi aussi. :-)
Beau texte, en tout cas !

4. Le mardi 8 juin 2010, 10:04 par Lyjazz

Mais oui, Franck est ouvert et il sait. Il partage.
Peut-être aime-t-il les garçons aussi.
Et peut-être qu'il amène d'autres filles aussi dans sa grande maison.
Le thème du couple qui s'ouvre permet pas mal de variations...

Et nous voyons ici que le pied aussi.
Il me manque une ode aux chaussures quand même....

5. Le mardi 8 juin 2010, 10:53 par Frédéric Gircour

Une histoire boiteuse qui se termine en "pied beau", c'est ce que j'appelle bien retomber sur ses pieds, miss Colmant ;)

6. Le mardi 8 juin 2010, 12:58 par julio

T'on texte est très bien construit comme toujours d’ailleurs on peu tiré 1000 conclusions. Pour moi Franck est au courent, mais il pense que sa compagne a besoin de plus que leurs petite situation, et il ne se sens pas capable de plus que de partager des bien matériels, il ne possède pas la passion qui dévore ou renforce l’amour en couple il a peur de la perdre, et il la perdra !
Beaucoup de couple on peur de tout donnais, et dans mon esprit sais perdre sens combattre pour l'autre, je préfère un défaite plus dure, mais pas le refus du combat pour l’amour !

7. Le mardi 8 juin 2010, 20:08 par Akynou

Anna : :-)
Lyjazz : une ode aux chaussures ? Pour un prochain diptyque peut-être :-)
Frédéric : Je me demandais si quelqu'un allait le voir :-) Bravo. Je n'ai en effet mis ce titre qu'à cause du pied beau.
Julio : J'aime bien les textes qui ne finissent pas justement. Ou on peut inventer une suite. Un instantané, un moment dans la vie de quelqu'un. Sans doute parce quand je commence à écrire, je sais rarement où je veux aller. Ou quand je le sais, il m'arrive souvent de bifurquer. Parce que la vie linéaire n'existe pas. On part souvent pour une belle histoire d'amour et puis la vie et ses imprévus… Et qui sait, l'histoire racontée est peut-être celle de Pierre :-)