L'été en pente douce amère 2

Quand nous ne partons pas à la plage, qu’elles ne se baignent pas dans la piscine, les filles regardent la télé. Des trucs plutôt décérébrants. Je m’installe dehors, sur la chaise longue, avec mes bouquins. J’en ai amené un plein sac. Ceux que j’ai envie de lire, ceux que je dois lire. J’ai avalé, enfin, pas eu le temps avant, Le Quai de Ouistreham, de Florence Aubenas. Il m’a happée. Quel dommage que la presse ai fait le focus sur la journaliste et non sur les gens qu’elle a rencontrés. Comme si le destin de Florence, avec tout le respect que je lui dois, les choix qu’elle fait, etc, étaient importants. Ce qui est est important, c’est ce qui se passe là bas, à Ouistreham.

Elle donne la parole à des hommes et à des femmes courageux, parce qu’ils n’ont pas le choix. Lors de la conférence de presse de l’UNHCR, un des responsable de cet organisme racontait les camps qu’il visitait, et combien cela le gênait qu’on le trouve courageux pour son action : aller sur place, vivre quelques jours, quelques semaines, dans les mêmes conditions que les réfugiés. Mais expliquait-il, j’avais toujours un billet de retour dans la poche. C’est très facile d’être courageux dans ces conditions. Les gens qui sont dans les camps de réfugiés sont partis de chez eux sans billet de retour. Ce sont eux, les courageux. A Ouistreham et à Caen, c’est pareil. Les travailleurs précaires sont courageux parce qu’ils affrontent la vie tous les jours, une vie de boulot, de vacheries, d’épuisement, mais ils trouvent encore la force d’espérer, de sourire, d’être heureux aussi parfois.

Quand j’étais étudiante, j’ai travaillé comme femme de chambre dans un hôtel. Pas très longtemps, mais assez pour me rendre compte de la pénibilité de ce travail. Nous étions deux pour deux étages, une trentaine de chambres, soixante-douze lit à faire, les salles de bains à récurer, les sols à nettoyer, les poussières à faire. Et la gouvernante qui passait derrière nous pour contrôler le travail. La pagaille des clients, leur crasse parfois. J’ai eu de la chance, pas une fois je n’ai trouvé de la merde dans le bidet comme cela arrivait si souvent avec les groupes de jeunes Américains. Mais c’était quand même pas toujours beau à voir.

A cette époque, la convention collective impliquait de faire quarante-huit heures de travail par semaine. Nous avions donc droit à un jour de congé, jamais le week-end bien sûr, sauf pour les plus anciens, s’ils avaient des enfants. Heureusement, la directrice de l’hôtel avait décidé de nous octroyer un jour supplémentaire, une semaine sur deux, et sans contrepartie financière. Comme nous étions payés au smic (1789 francs, je m’en souviens encore), c’était sympa. Mais c’était loin d’être général. Je me souviens que j’entamais mes six jours de travail avec un peu d’énergie. Mais que, dès le deuxième jour, je finissait mes journée (7 h - 15 h) lessivée, à genoux. Je me calais dans un fauteuil et soit je dormais, soit je regardais des conneries à la télé. De lire, il n’en était plus question, je n’en avais pas le courage.

Mais, à l’époque, les femmes de ménage bénéficiaient de CDI à temps complet. Ce qui n’est quasiment plus le cas nulle part. Ceux et celles qui travaillent dans la propreté doivent courir pour additionner les heures et tenter de s’en sortir. Deux heures par-ci, trois heures par-là. Nombreux sont ceux qui sont employés par des sociétés de services qui passent contrat avec l’entreprise. Et si le contrat est de trois heures, même si l’employé en fait cinq pour faire le boulot, ils ne sont payés que trois heures. D’heures sup, il n’en est jamais question. Voilà comment on contourne la loi sur le salaire minimum. Voilà comment vit le lumpenprolétariat. Un mot dont plus personne ne connaît le sens. Et pourtant…

A peine terminé le Aubenas, me voilà embarquée dans Punir les pauvres, le nouveau gouvernement de l’insécurité sociale, de Loïc Wacquant. Passionnant mais guère plus réjouissant. J’avais eu l’occasion de le parcourir de sa sortie en 2004. Je suis retombé sur lui quand j’ai constitué mon dossier de VAE et il m’a semblé urgent de m’y plonger sérieusement. En résumé, très résumé, l’essai explique comment le neo libéralisme, d’abord aux Etats-Unis, puis dans tous les pays occidentaux, a mis à sac toutes les protections sociales, organisé la dérégulation totale de l’économie pour créer une insécurité sociale qu’il convient de contrôler par une politique sécuritaire renforcée. Les Etats se désengagent, ne soutiennent plus les populations les plus faibles, mais pour mieux les maîtriser, développe un Etat sécuritaire.
Ils déclarent vouloir s’attaquer frontalement à des incivilités, sans tenir plus aucun compte de leurs causes. Il devient urgent de soumettre les personnes et les territoires dénoncés comme dangereux à longueur de journaux. Ces incivilités deviennent alors un problème majeur de société alors même que leur nombre n’est pas fondamentalement en hausse.

Je me souviens avoir fait partie d’un panel de sondés pour la RATP. Tous les mois, pendant six mois, j’étais soumise au même questionnaire. Et à chaque fois l’insécurité du métro était mise en avant par une série de questions auxquelles je refusais de répondre. Vu le rapport entre le nombre d’usagers et celui des actes de délinquance, si le métro a un problème, ce n’est pas celui de la sécurité. Mais la pression est là, savamment orchestrée par les déclarations des politiques, les médias publics ou privés, les professionnels du maintien de l’ordre, chacun y va de son couplet, créant dit Wacquant, un discours alarmiste, voire catastrophique. « Ce discours est tissé d’amalgames, d’approximations et d’exagération qui viennent redoubler et adouber les productions préfabriquées de certaine sociologie de magazine mélangeant sans vergogne bagarres de cour d’école, vandalisme de cages d’escalier et émeutes des grands ensembles à l’abandon selon les exigence du nouveau sens commun politique.

Ce discours revalorise la répression et stigmatise « les jeunes des quartiers populaires en déclin, les chômeurs, mendiants, toxicomanes, sans-abri et prostitués, et les immigrés issus des anciennes colonies de l’Occident et des décombres de l’empire soviétiques, désignés comme les vecteurs naturels d’une pandémie d’atteintes mineures qui empoisonnent la vie quotidienne et de “violences urbaines” qui frisent le chaos collectif. » Regardez les journaux télévisés et dites-moi que ce gars-là a tord.

D’où également le besoin d’une réponse judiciaire à tout prix, la gestion non plus sociétale mais managériale centrée sur la gestion comptable des stock et des flux carcéraux. Il faut faire du chiffre : tant d’emprisonnement, tant d’amendes, tant de reconduites à la frontières… Et des lois, des lois et encore des lois pour punir, incarcérer, réprimer. Et quand on n’a pas de coupables, on en invente : des soi-disant membres de l’ultra-gauche de Tarmac aux récemment condamnés de Villiers-le-Bel.

Tout ceci, dans un but : encadrer l’insécurité sociale qui elle est réelle et très largement en augmentation. Et ce n’est pas fini, voir les prochains arbitrages de François Baroin, notre actuel ministre du Budget. Dans les niches fiscales qu’il a envisagé de faire sauter celles sur les abattements dû à l’emploi des personnels de service : femmes de ménage, aides ménagères, nourrices agréées, hommes d’entretien, donneurs de leçons particulières aux enfants. Tous ces petits boulots qui ne sont sortis du marché noir que grâce à cet abattement fiscal ont donné enfin une couverture sociale à ceux qui les occupent. Il y a fort à parier que l’abattement disparaissant, les emplois disparaîtront tout autant, y compris ceux d’aides aux personnes âgées, ceux de gardes d’enfants. Une fois de plus, ce sont les plus faibles qui en pâtiront.

Si on reconnaît des années de politique française, de gauche comme de droite, dans ce qu’écrit Wacquant, ce n’est ni fortuit ni involontaire. Conséquence de cet abandon du collectif, du solidaire pour faire place nette à une société neolibérale qui ne tolère aucun frein à son expansion et à son enrichissement ? L’abandon total des politique de prévention. La faute est individuelle, pas collective et la dégradation des conditions de vie n’a rien à voir avec la délinquance.

Grinçons un peu avec un petit quizz. Qui a dit :

« Nous devons élever la voix et corriger une tendance insidieuse –la tendance qui consiste à mettre le crime sur le compte de la société plutôt que celui de l’individu […]. En ce qui me concerne, comme la majorité des Américains, je pense, nous pourrons commencer à bâtir une société plus sûre en nous mettant d’abord d’accord sur le fait que ce n’est pas la société elle-même qui est responsable du crime : ce sont les criminels qui sont responsable du crime. »


Comme si un société plus sûre n’est pas avant tout une société qui fournit un travail et un mode de vie décent à chaque individu. Si vous avez reconnu le discours de Bush père, vous avez gagné. Et maintenant, qui a dit :

« Notre tournant à tous doit être un tournant vers le principe de réalité. Qui ne voit que certaines méthodes de prévention entretiennent, parfois par inadvertance, une certaine culture de l’indulgence qui déresponsabilise les individus ? Peut-on construire l’autonomie d’un jeune en lui concédant sans arrêt que ses infractions ont des causes sociologiques voire politiques – auxquelles bien souvent il n’aurait pas pensé tout seul –, et alors qu’une masse de ses semblables, placés exactement dans les mêmes conditions sociales, ne commettent aucun délit ? »

Cette belle vision qui nie le lien entre insécurité économique et sociale et une certaine forme de délinquance (après tout c’est un hasard total si les banlieue les plus dangereuses sont aussi les plus pauvres) est notre ancienne garde des Sceaux. Non, pas Rachida Dati, encore qu’elle a certainement tenu des propos similaires, mais Elisabeth Guigoux.

On continue ? Qui a dit :

« Il n’est que trop évident que l’essentiel de notre problème de criminalité a été causé par une philosophie sociale qui conçoit l’homme comme étant principalement une émanation de son environnement matériel. Cette même philosophie de  gauche qui entendait faire advenir une ère de prospérité et de vertu par le biais de dépenses publiques massives conçoit les criminels comme les produits malencontreux de mauvaises conditions socioéconomiques ou du fait d’un groupe dit défavorisé. C’est la société, disaient-ils et non pas l’individu qui est en défaut quand un crime est commis. Eh bien aujourd’hui un nouveau consensus rejette totalement ce point de vue. »

On se demande alors pourquoi la majorité des incarcérés aux Etats-unis sont des jeunes noirs américains issus des ghettos… Oui, l’auteur de cette déclaration fracassante est bien américain. Ronald Reagan soi-même.

Mais alors qui a dit :

« Si on ne choisit pas là où l’on naît, on choisit sa vie, et à un moment, on choisit de devenir délinquant. Dès lors la société ne peut trouver d’autre solution que la répression de tels actes. »

C’est un Français. Spécialiste des problèmes de délinquance. Et Sarkozy lui répondra qu’il n’aurait jamais osé aller si loin. Car cette diatribe est due à Julien Dray.

C’est donc une politique menée depuis une bonne vingtaine d’année que nous subissons. L’actuel gouvernement se contentant de faire sauter les derniers verrous dus à la mentalité française à coups de bulldozer et d’explosifs pour nous faire avaler une potion qui ne nous ressemble pas mais que tout le monde veut nous faire croire qu’elle est la seule possible, la seule viable, la seule qui fonctionne. Pour qui ? Pour ceux qui triment sans compter tout en s’appauvrissant de jour en jour. Déjà, la presse multiplie les articles sur la fatale paupérisation des futures générations, celle de nos enfants. Malheureusement, je ne vois pas qui pourrai changer assez radicalement la politique (car enfin, c’est à elle de commander à l’économique et non l’inverse comme on se plait tant à nous le faire croire). Remplacer le présiprince par DSK ne changerait pas grand chose à l’affaire. Tout juste la politique ultralibérale sera-t-elle saupoudrée de quelques mesures sociales. Mais rien sur le fond, rien pour le service publique, pour la solidarité effective. La politique sécuritaire a encore de beaux jours devant elle.

Pas réjouissant. Alors piquons encore une fois une tête dans cette belle piscine en attendant la mort. Carpe diem !

Les citations sont toutes extraites du livre de Loïc Wacquant. Punir les pauvres. Le nouveau gouvernement de l’insécurité sociale. Coll. Contre-feux. Agone (excellente petite maison d’édition citée récemment par les Inrrockuptibles dans un papier sur la relève des intellectuels. (n° 760).

Commentaires

1. Le mercredi 14 juillet 2010, 07:58 par julio

Superbe, je suis en admiration devant la qualité de ton analyse !
Tu sais des petits gens aussi fond des analyses aussi précise le problème et qu’ils non pas l’éducation suffisent de mettre les mots, ni les moyens de les dires. La vrai délinquance et se capitalisme sauvage, j’espère que la majorité des gens vont prendre conscience. Je vais prendre bonne note de ta lecture ! A Salou tu as pu te rendre compte de se capitalisme absurde et sauvage, le libéralisme nous conduit dans l’abîme, il faut réveils les politiques ! Encor bravo a toi !

2. Le jeudi 15 juillet 2010, 01:29 par andrem

Il faut que des écrivains fassent ces analyses, qui nous permettent de voir certaines vérités derrière les évidences fallacieuses dont on nous gave, dont beaucoup de médias nous gavent. Le travail de Florence Aubenas a été remarquable et on a tenté de le dévaloriser en focalisant le débat sur elle et non sur ceux dont elle voulait parler.

Je ne connais pas ce Loïc Wacquant, mais ton résumé donne bien le contenu de ce qu'il a pu écrire. Bravo à eux de ne pas se laisser à la pente douce, bravo à toi de nous faire malgré les chaleurs ces échauffements du cerveau nécessaires.

Il n'y a pourtant pas de fatalité. Je refuse l'idée que la délinquance soit une conséquence des conditions sociales. Il ne faut pas tomber dans cet excès contre-productif d'expliquer les bandes, les violences, uniquement par la pauvreté et ne néo-libéralisme. Il ne faut pas mélanger la responsabilité collective et la responsabilité individuelle.

Ce qui ne ressort pas de ton billet, c'est que en réalité les beaux quartiers sont tout autant livrés à la violence que les cités, mais qu'on n'en fait pas état. Nos gouvernants, plutôt de droite, ont tout intérêt à pratiquer la démolition des règles du vivre ensemble qui se sont lentement mises en place en Europe depuis deux siècles et tu as raison de le souligner, car ils défendent les intérêts de la classe dirigeante économique, ils sont là pour garantir la pérennité des privilèges de cette classe que, bien entendu, je me refuse à nommer élite pour éviter les amalgames.

Mais je ne te suis pas lorsque tu prends parti contre ce que dit tel ou tel responsable politique lorsqu'il insiste sur la responsabilité individuelle de celui qui commet une infraction, un délit, un crime. Il ne faut pas l'accabler car on peut mettre en évidence comment l'individu (mot non péjoratif ici) a pu en arriver là, pas plus qu'il ne faut s'acharner pour terrifier la population pauvre et la maintenir dans son esclavage, dans sa précarité. Mais il faut bien que la cité mette des barrières face à toute forme de malfaisance qui va nuire à autrui, y compris la délinquance (cité est ici utilisé au sens grec du terme, étendu à toutes nos formes de sociétés, vois mon blogue).

Sous prétexte d'être de gauche, il ne faut pas laisser la violence individuelle frapper l'individu. Entre nous, les bandes qui parfois mettent en danger les promeneurs du soir sont souvent plus attirées par l'argent facile que par la lutte des classes: je ne vois pas ce qui pourrait justifier qu'on les absolvent sous prétexte de solidarité avec les pauvres. Ce prétexte n'a aucun sens, et il est très dangereux car il ternit la réflexion de ceux qui tentent de concevoir une société plus juste et l'exposent aux ricanements des menteurs.

Il y a des précaires honnêtes, et je parie volontiers sur le fait qu'ils sont en proportion plus nombreux que les hauts du pavé de Neuilly ou de Boulogne-Billancourt. Plutôt que de réclamer la mansuétude pour les délinquants de quartier, je militerais bien plutôt pour une sévérité réelle contre les délinquants et criminels de Levallois et d'ailleurs, y compris lorsqu'ils ont un alibi électoral et qu'ils pratiquent le flicage du citoyen sous prétexte de sécurité.

Qu'en pense le camarade Daniel V, qui fut ministre de l'intérieur, et qui est bien placé pour avoir dû se confronter à cette difficile équation?

Tu fréquentes le monde du journalisme et tu le tiens en haute estime. Ce monde là a un rôle décisif dans le combat contre la déformation, contre les évidences, contre les slogans. Je ne vois pas bien la trace de ce combat dans les médias, plutôt aux ordres pour les pires, plutôt dans la facilité du lieu commun pour les meilleurs.

Mais je peux me tromper, après tout, il y a au moins Florence et Loïc. Il y a le relai de Laure, relue mais pas relou.
.

3. Le jeudi 15 juillet 2010, 09:14 par Anne

Ce qui me désole, c'est le faible nombre que nous sommes à lire ces livres. Et à se demander quoi faire pour inverser la tendance. Plus faible encore le nombre de gens à tenter des pistes. Où va-t-on ?...

4. Le vendredi 16 juillet 2010, 11:01 par Akynou

Je ne suis violemment pas d'accord avec toi Andrem.
Les beaux quartiers tout aussi touchés par la violence ? Je n'ai jamais dû vivre dans un beau quartier alors. Ni à Paris, ni à Tours où j'oublie régulièrement de fermer ma voiture en y laissant mon portable et mon sac à main tant qu'on y est. Aucune commune mesure.
Quant à la délinquance, elle ne se résume pas à ces "bandes" dont tu parles avec des accents de terreurs. qu'on croirait que c'est Pernaud qui parle. Des tas de petits actes qui permettaient aux gens de vivre sont devenus des incivilités patentes et tombent sous le coup de la loi. Et ne pas lier délinquance et pauvreté c'est nier que la majorité des délinquants qu'on montre du doigt sont issus de quartiers pauvres, où les gens ont trois fois rien pour vivre. Et à qui on enlève peu à peu le trois fois.
Alors bien sûr, il y a des crève la faim honnêtes. Mais dans tous ceux qui ne le sont pas, serait-ils devenus ce qu'ils sont s'il y avait de l'espoir dans leur vie, s'il n'avaient pas vécu dans un cité de merde, si le fait même de vivre dans cette cité ne les empêchait pas de trouver du boulot.
Bien sûr qu'il faut du répressif. Un assassin, d'où qu'il vienne, reste un assassin. Un gangster aussi. Mais en faisant aussi du préventif. Or ce volet là a été définitivement écarté. Brutalement par Sarkozy quand il était ministre de l'Intérieur, mais aussi avant, sous d'autres ministères dits de gauche, où les crédits des associations qui faisaient un travail de terrain ont été lentement érodés.
Au moment où ces politique de répression se sont mises en place (très largement sous la gauche), les statistiques de la délinquance n'étaient pas à la hausse.
Et puis le répressif doit-il être tout carcéral ? Pourquoi mettre en taule des primo délinquants pour un vol à l'étalage ou de mobylette. Il y a d'autres sanctions possibles. Et les garde à vues n'ont jamais été aussi nombreuses. Les prisons dégueulent de monde, on ne sait plus où les mettre. Du coup, les prisonniers vivent dans des conditions déplorables. Il faut lire les rapports de l'observatoire des prisons pour se rendre compte que notre système est pourri. Alors oui, punissons, punissons, remplissons nos taules. On ira mieux et nous dormirons tranquilles. Ben tu vois, moi j'en doute.
Il y a encore quelques années, une maman qui volait dans un magasin de quoi nourrir ces enfants soulevait des pages et des pages de compassion dans les journaux. Maintenant, on n'en parle même plus. Parce que souvent la maman n'est pas de chez nous, ni de la même couleur que nous. Maintenant, on n'a plus de pitié. La racaille, au trou.
Il y a quelques années, des jeunes qui faisaient des conneries (et je te parle de tous les jeunes, pas uniquement ceux des cités), parce que c'était de leur âge, ça faisait la une des journaux locaux, ils étaient jugés. Mais pas traité comme de la racaille sans scrupule. Cette inflation du vocabulaire, elle a commencé avec Chevènement, et ce n'est pas un hasard.

J'aime beaucoup Daniel Vaillant. C'est un mec adorable. J'ai bossé avec lui un peu plus d'un an et comme il était mon maire, nous ne nous sommes jamais perdu de vue. C'est lui qui m'a mariée. Mais j'ai détesté le ministre de l'Intérieur qu'il a été parce que je n'ai vu aucune différence avec Pandraud ou Pascua. Et encore maintenant, quand il parle de la police, de la préfecture de police, on sent qu'on ne peut pas lui demander grand chose parce qu'il est encore inféodé aux idées de ces gens-là.
C'est quoi ce pays qui traite les sans-papiers comme des délanquants, et les mets en prison par familles entières, parce que c'est quoi les CRA ? Ils ont fait quoi, tué père et mère ? C'est quoi cette loi qui supprime les allocations familiales à ceux qui n'ont déjà pas grand chose. Dont l'immense majorité sont des familles monoparentales où les mères travaillent jour et parfois nuit pour nourrir leur mômes. Avant, ces enfants pouvaient devenir des êtres admirables, faire des études, devenir quelqu'un. C'était au temps où l'école servait d'ascenseur social. Ça fait bien longtemps maintenant que ce n'est plus le cas.
C'est quoi ce système de pôle emploi ou tout ce qui compte c'est d'arriver à te coincer pour te faire sortir des statistiques du chômage ne serait-ce que quelques semaines ?

C'est quoi ce pays qui fabrique de nouveaux textes répressif à chaque fois qu'il y a un ait-divers.
C'est quoi ce pays où on nous vend le sécuritaire comme si c'était le paradis sur terre. Alors que nous le savons bien, ce monde est injuste et insécure. Nous ne sommes que des êtres humaines.

Oui ce système hyper répressif oblige les plus pauvres d'entre nous à accepter les nouvelles règles du travail pour ne pas être considéré comme des délinquants, ces délinquants qu'on montre du doigt. Dont on dit qu'ils sont des hordes à nos portes, de la racaille sans scrupules. A accepter, pour rester digne, de prendre n'importe quel petit boulot pour ne pas se faire virer de pôle emploi, même si avec ce taf, les transports liés, le nombre d'heures payées, on perd de l'argent. A accepter d'avoir à bosser dans trois ou quatre lieux différents une même journée, à courir le cacheton pour pouvoir se nourrir. Et parfois, en région parisienne en tout cas, ne pas réussir à se loger. A accepter de voir disparaître tous les services sociaux les uns après les autres, à ne plus avoir droit à une vraie médecine, à ne plus pouvoir aller chez le dentiste et à garder ses chicots qui vont les marginaliser encore un peu plus. A ne pas manger à sa faim. A ne pas nourrir ses enfants à leur faim. A laisser ses enfants tout seuls dans l'appartement quand on va bosser et qu'on n'a même pas les moyens de les faire garder. Non tout ça, la société neolibérale n'y est pour rien. Tiens, elle y est tellement pour rien qu'elle en veut encore. Les pauvres ont encore trop de droits, trop de défenses, trop de protections.

Bon, j'arrête là. Je suis de mauvais poil. C'est gagné ! Mais tu devrais lire ce bouquin avant d'écrire des âneries pareilles

5. Le vendredi 16 juillet 2010, 13:50 par Lemoine

"Je ne te le fais pas dire !"++__{{@@

  1. * @@}}__++...ça m'arrange en fait, je trouvais pas le smiley bisounours.

Merci patron!

6. Le vendredi 16 juillet 2010, 16:42 par Akynou

Et j'oubliais, aucun des deux personnes citées dans mon post ne sont des écrivains : l'une est journaliste, grand reporter. L'autre est sociologue. Et même s'ils publient des livres, ce ne sont pas des écrivains. Ils ne composent pas d'ouvrage littéraire, même si leurs bouquins sont bien écrits.

7. Le vendredi 16 juillet 2010, 22:16 par andrem

C'est parfois très difficile d'être bref. Je le vois dans tous mes écrits, mais je me rassure en observant que je ne suis pas le seul.

Ta longue diatribe aurait dû me plaire dans l'ensemble, pour la raison, étonnante sans doute, qu'elle me convient pour l'essentiel. Non que j'ai retourné ma veste terrifié par ton regard étincelant, mais que tout simplement je partage dans l'ensemble ton analyse du rôle que l'on fait jouer à la violence des quartiers pauvres, et ton analyse de la répression qui s'abat de façon très sélective, et ton analyse sur le rôle omniprésent de la prison dont nous savons, toi et moi, à quel point elle est le signe d'un échec.

On le sait depuis deux siècles.

Alors que tu me fasses écrire ce que je n'ai pas écrit ne me plaît pas. Je n'ai pas écrit que la violence des beaux quartiers était celle des "banlieues" (mot simplificateur, mais je dois être bref), mais que cette violence existait et qu'on se gardait bien de la réprimer ou de la "mettre en valeur", c'est-à-dire exploitée pour stigmatiser, je n'ai pas écrit que la misère ne pouvait pas participer au développement de la délinquance mais qu'il ne fallait y mettre ni de la fatalité ni de l'automatisme, ce que tu fais à mon grand désespoir, je n'ai pas écrit qu'il fallait entasser les jeunes incivils dans les prisons déjà supreuplées mais qu'il était légitime pour la Cité de sanctionner des comportements incivils; et surtout je n'ai rien dit des centres de rétention que tu viens me reprocher, ce qui ressort de l'amalgame et de l'extrapolation hasardeuse, décevant venant de toi. D'ailleurs ce n'est pas mon sujet. On parle ici de délinquance et de violence, on ne parle pas d'immigration, et je suis surpris que ce soit toi qui mélanges ces genres ...

Que nous ne soyons pas d'accord sur la nécessité de punir un criminel parce qu'il est pauvre, ou de ne pas le punir, est un débat de nature philosophique intéressant qui ne se fait pas dans la mauvaise humeur. C'est d'ailleurs une des facettes de mon discours sur la Cité et ses gardiens.

Mais que j'aie l'audace à tes yeux de prétendre que la punition est nécessaire ne signifie ni que la prison soit l'unique solution, ne signifie même pas que la prison puisse être une forme quelconque de solution, ni que j'approuve la propagande sécuritaire qui s'appuie sur les faits divers, ni que je cautionne la mansuétude manifeste à l'égard du crime des beaux quartiers. J'ai exactement écrit le contraire et que cela t'aies échappé m'attriste, et m'inquiète sur mes qualité expressives.

C'est vrai au fond, tu lis mieux que je n'écris, des exercices récents l'ont prouvé.

Andrem.

Post-scriptum, puisqu'il faut parfois mettre des points sur les zi:

1. J'ai employé le mot "écrivain" par commodité, pour éviter de qualifier séparément Florence Aubenas et Loïc Wacquant. D'ailleurs, le mot leur va très bien et ne les réduit pas à je ne sais quel ghetto. On peut être écrivain ET philosophe, ET journaliste, ET sociologue, ET mathématicien. On peut aussi être écrivain tout court, exemple Proust, que tu n'aimes pas.

2. De la même façon, j'ai employé le mot crime pour évoquer l'idée d'acte illégal (interdit par la loi, plus précisément), causant un préjudice à autre membre de la Cité. J'aurais dû employer un autre mot, mais je n'en ai pas trouvé, comprenant aussi le délit, la contravention, l'incivilité. Il y a une échelle de gravité et face à elle une échelle de réactions de la Cité. Comme il faut être bref (enfin, presque) et que ce n'était pas l'objet de ma réponse (et aussi par provocation), je me suis contenté du mot simplificateur et dangereux de crime, pour te laisser la tranquillité d'avoir raison; tu vas pouvoir continuer de penser que je participe au grand jeu répressif.

3. Encore de la sémantique. J'emploie le mot "Cité". Ne vas pas chercher là l'évocation de ces ensembles délabrés où l'on parque la misère, mais simplement tout regroupement de personnes qui sont là ensemble, du fait de la géographie, de l'histoire ou de la nécessité d'être ensemble, ou parfois, de la volonté d'être ensemble.

4. Lemoine est une personne qui n'a aucun lien avec un moine qui intervient parfois dans mes écrits. C'est un lecteur assidu et un commentateur que je comprends rarement, mais dont je ne partage pas les idées quand il m'arrive de le comprendre. Il le sait très bien.

5. Je suis un brin agressif. Je n'ai même pas l'excuse de la mauvaise humeur. Mais lorsque les amalgames et les extrapolations débarquent de je ne sais où, je laisse à chacun la liberté de sa comprenette. Venus d'ici, je me sens tout froissé, et cent fois dans mon sein le fer à repasser.

8. Le samedi 17 juillet 2010, 08:16 par julio

Tahar Rahim acteur français né a Belfort dans le quartier des résidences, oui on peut sans-sortir mais il faut de sacré qualités pour se tiré de là. (Un prophète de jaques Audiard). La municipalité de Belfort la invité, il na même pas répondu a leur appel. Que pense se jeune de Belfort. À une question de journaliste, il a répondu, Belfort une gentil petite ville, tout le monde au lit apprêt le dernier bus de 19h 45. Le chômage dans ses quartiers, les résidences, les glacis, le mont, dardel, la pépinière. Plus de 50% de chômage. Quand une voiture brule dans un de sais cartiers les medias n’en parles même pas. Ah Belfort une bel image de sont centre ville ! Sa ressemble presque a de l’apartheid et Belfort est de gauche, et une des villes les plus riche de France ! Fadela Amara ni pute ni soumise, mais un peu quand même au pouvoir. Sais jeunes on besoin de touts ; de culture de théâtre de musique de sport etc. les responsables de la situation se sont les politiques locaux et nationaux, la bonne volonté ne sufi pas, le travail de terrain sans les moyens ne serve a rien. Belfort fait le train le plus rapide au monde et elle ne crée pas d’emploi ? Peugeot à Sochaux me crée plus d’emploi ? Non il préfère acheter les pièces en chine sais moins cher et on ne regarde pas les conditions de travail là-bas. Et sa ces aux politiques dit remédier pars des taxes et sais tous ! Je suis en tous point d’accord avec ta vision Akynou et compréhension de la situation ; l’humain au cœur tu sais mettre les mots dans nos silence et sais beau ! Je comprends aussi le cheminement d’andrem qui alimente se même cœur, je dirai que l’homme ne sera jamais meilleur le rendre meilleur pars rapport a quoi ou a qui ? il faut juste trouver des points de rencontres, et les dirigeants actuel cherche plutôt la division pour des motives pas très honnête !

9. Le samedi 17 juillet 2010, 11:35 par Chosette""

Pardon! "Mais faut cocher où pour la réponse? Parce que là, ça dépend, ça dépasse."

10. Le samedi 17 juillet 2010, 12:45 par Akynou

J'ai écrit "Bien sûr qu'il faut du répressif. Un assassin, d'où qu'il vienne, reste un assassin. Un gangster aussi. "
Donc je crois à la nécessité de punir le criminel, d'où qu'il vienne (malheureusement, et nous en sommes d'accord, il y des endroits où on est moins puni que d'autres, voire les derniers développement de l'affaire d'Etat qui occupe notre été).
Donc coté amalgame et extrapolation, mon cher Andrem, c'est un partout balle au centre.
Pour en revenir aux hommes politiques de gauche, je leur en veut d'avoir adopté le discours "raisonnable" de la droite sans concession. Mise en place de la responsabilité individuelle, de la répression individuelle et suppression de la prévention. De façon moins agressive que Sarko, plus insidieuse mais tout autant efficace en supprimant peu à peu les subventions, laissant les élus locaux, comme certains maires du 93, se démerder seuls.
Ce qui m'a énervé c'est que je n'ai jamais dit qu'il ne fallait pas punir. Et que le côté "Sous prétexte d'être de gauche, il ne faut pas laisser la violence individuelle frapper l'individu…", c'est quelque chose que j'ai tellement entendu que maintenant, c'est épidermique, je ne le supporte plus.
Le fait que je parles d'immigration, ce n'était pas à proprement parler pour te répondre. C'était pour aller plus loin dans mon analyse. Parce que pour moi, la répression des étrangers qui n'ont pas les bons papiers (parce que des papiers, ils en ont des tas) telle qu'elle se pratique depuis quelques années (et ce ne sont ni Sarkozy ni Besson qui ont inventé les CRA même s'ils les ont "optimisés" fait partie de la même stratégie de rendre délinquant quelque chose qui ne l'est pas.
Je connais la différence entre crime et délit, j'ai fait suffisemment de droit pour cela :-) Donc je sais qu'un crime n'est pas un meurtre.
Tu fais bien de me prévenir pour Lemoine parce que je me demandais qui ça pouvait être. Un peu comme Chosette juste au dessus… Que je ne comprends pas et dont je vais vérifier l'adresse pour voir s'il ne s'agit pas tout simplement d'un troll (il y en a de tellement bizarre).

11. Le lundi 19 juillet 2010, 21:36 par andrem

Je réfléchis à la meilleure suite à donner au feuilleton, maintenant que l'essentiel est écrit. Multiplier de longs commentaires en réponse à la réponse de la réponse alourdit l'atmosphère et la réflexion et ne fait pas avancer nos méninges.

Je poursuivrai l'aventure sur mon Bloghumeur que tu connais sans doute, mais je ne sais pas encore sous quelle forme. Je t'en avertirai. L'idée qui s'est instillée est d'en faire un dialogue imaginaire, la difficulté de l'exercice étant de lui apporter exactement la dose de mauvaise foi réciproque indispensable au piment, et le grand tiers de sincérité indispensable à l'énergie.

Mais j'ai peu de temps avant de partir. Dans neuf jours exactement, je vais me trouver sur les routes avec quelques autres millions de concitoyens. D'ici là, tant de choses à écrire, à préparer, à finir, et à remettre en mains propres. Mais je n'oublierai pas mon petit carnet à spirales, il y aura des pauses sur la route de Marciac.

12. Le samedi 24 juillet 2010, 12:07 par Akynou

Les gardes à vue ont bondi de 23 % entre 2004 et 2009. CQFD