Retour

Les vacances furent bonnes, voire même excellentes. Le soleil, la mer, la piscine, la feria du village, les excursions à Barcelone, les manèges de Port-Aventura (pour la jeune classe), le jet-sky. La dernière semaine nous nous sommes arrêtés à Castelnou, chez mon amie Anne. Puis nous avons filé en Ariège, dans le village de mon amie Hélène. 

Par contre, comme souvent, les retours sont difficiles. Et pas uniquement parce qu’il y a beaucoup de route à faire ni parce que c’est tout simplement les vacances.

Garance ne va pas bien dans sa tête depuis un moment. Elle a eu des hauts et des bas pendant toutes les vacances. Parfois présente, gaie, enjouée, ensoleillée. Parfois sombre, boudeuse, agressive ou simplement pas là. L’impression de me trimbaler avec une bombe à retardement. L’avant veille de notre départ d’Ariège, elle a participé gaiement à une fête, s’est fait des amis. Elle semblait toute heureuse. Le lendemain soir, catastrophe. Elle ne sait pas communiquer. Elle est en demande, mais ne sais pas dire. Elle attend toujours trop des autres. Et évidemment cela ne vient pas, puisqu’elle ne dit rien. Le soir, elle a eu une violente algarade avec M., la jeune cousine d’Hélène. Qui a l’âge de Léone. J’ai appris qu’elle l’a même frappée. Ce qui déjà est insupportable. Mais quand elle est rentrée dans la maison, elle a pris des ciseaux et s’est acharné sur le doudou de M.

Peut de temps après, la jeune M est rentrée pour s’expliquer avec Garance. Elle lui a expliqué qu’elle parlait mal de le français, qu’elle avait des difficultés à s’exprimer, qu’elle s’inquiétait pour son frère, et que c’était normal qu’elle le fasse. Bref, elle lui a expliqué tout ce que Garance avait compris de travers. Moi, qui était dans la pièce à côté, j’étais contente. Parce que j’aime beaucoup M. (au point que Lou m’a reproché de prendre sa défense contre mes propres filles…). Et que je voyais que Garance mordais à l’hameçon, s’adoucissait, et qu’elles finiraient peut-être par se comprendre ses deux là.

Et puis M. a découvert son doudou mutilé. J’étais en train de me coucher quand Garance est venue me chercher, affolée. Non en fait, elle m’a demandé du fil et une aiguille (que je n’avais évidemment pas). Et j’ai entendu M. pleurer et crier. Je me suis précipitée. Je ne comprenais pas ce que voulait Garance. Mais je comprenais que M. souffrait. Quand j’ai vu le doudou, son état, j’ai compris son désespoir. J’ai d’abord pensé au chien. Il joue à la maison avec les peluches des enfants et les déchiquette volontiers. Mais là, les coupes étaient trop nettes, trop marquées. C’était fait par quelqu’un, et c’était dégueulasse.

J’ai été chercher Hélène. Puis j’ai envoyé quelqu’un chercher le frère de M. qu’elle réclamait. Quand celui-ci est arrivé, il a tout de suite accusé Garance. Et moi, évidemment, j’ai nié. Garance niait. Donc ça n’était pas elle. Je ne pouvais pas admettre que ma fille ait pu commettre un tel acte. S’acharner ainsi, ça ne pouvait pas être vrai. 

Hélène a mis des heures à consoler sa cousine. Avec beaucoup de tendresse et beaucoup de patience. Quand j’ai entendu que M. ne pleurait plus et même se permettait, malgré sa peine, de rire, j’ai décidé d’aller me coucher. J’avais une longue journée de route le lendemain.

Au petit déjeuner, Lou m’a dit que Garance avait avoué son forfait. Même si je refusais la réalité, je n’ai pas été totalement surprise. J’ai demandé à Garance d’écrire un mot d’excuse à M. Nous avons déjeuné, nous avons fini de ranger les affaires, défait les draps, vider la machine à vaisselle, bref, ce qu’on a pu.Les autres cousins sont venus prendre leur petit déjeuner.  Hélène et M. étaient parties dormir chez la grand-mère, ce qui vu ce qui venait de se passer était une bonne chose. On m’a dit qu’elles dormaient encore. Après l’émotion de la nuit et tout le boulot d’intendance de la semaine précédente, je n’ai pas voulu réveiller Hélène pour lui dire au revoir. Nous avons embrassé tous les autres et nous sommes partis. Le cœur gros.

Le geste de Garance m’angoisse. Ce n’est pas qu’une affaire de gamine. C’est une enfant qui s’est acharnée sur ce qui était le plus cher à une autre. Je suis malheureuse pour les deux. La victime et le bourreau. Je ne sais pas encore comment je vais discuter de cela avec Garance. Mais je sais qu’il faut que je le fasse et que je trouve quelque chose pour stopper la spirale. Qu’elle cesse de souffrir et de faire souffrir les autres. Et que son propre tourment peut certes aider à comprendre ses actes mais pas les excuser.

La route s’est déroulée. Alternant averses et soleil. J’étais lessivée par la nuit courte, la crève de la veille, les kilomètres. Nous nous sommes arrêtés trois fois, dont une assez longuement pour que je puisse dormir. Partis vers 11h30 le matin, nous sommes arrivés à Tours à 20 heures. 

Les parents du petit ami de Lou, que nous avions emmené en vacances, nous ont invité à dîner pour que je n’ai pas à faire la cuisine en arrivant. Ce fut un soulagement. En rentrant, j’ai ouvert mon courrier. Et je suis tombée sur la lettre de mon avocate avec le jugement en appel de mon divorce. La prestation compensatoire de 15 000 euros que je dois verser à mon ex est maintenue ainsi que la baisse du prix de la pension qu’il doit verser pour les enfants (il ne la verse pas de toute façon). Je n’ai même pas compris tous les tenants du jugement. Il a retenu les violences aux enfants à cause d’un témoignage concernant Léone (qui était la moins touchée), les enquêtes demandées par la juge des enfants ayant été écartées, elles ne doivent pas, paraît-il rentrer dans la discussion. Il a également retenu le jeu. Pas les sommes dépensées. Mais d’après les photos. Donc atteintes répétées au devoirs et obligations au mariage.

Quant à moi, le fait que j’ai constitué le dossier de demande de congé parental pour l’ex, que je n’ai pas pu prouver que je lui ai proposé en compensation des cours de français compatibles avec ceux des enfants (alors qu’il a toujours refusé quoi que ce soit de ce genre) (on appréciera que c’était à moi de combler les lacunes de l’Education nationale) ni une formation professionnelle, le fait aussi que je proposais à chacune de mes filles “des sorties qui n’étaient pas compatibles avec l’âge des autres qui ne pouvaient être laissées seules au domicile” (“il pouvait être agacé par la situation”), la répétition de ces faits constitue une violation grave et renouvelée des devoirs et obligations du mariage.

Donc torts partagés. Et comme ma situation est meilleure que la sienne (et pour cause), je dois lui verser la coquette somme de 15 000 euros. 

Ça arrive aussi à des hommes, hein. Des femmes qui arrêtent de travailler pour s’occuper des enfants et qui au moment du divorce, exigent et obtienne une prestation compensatoire. Mais elles ont le plus souvent les enfants à charge. Je trouve également que les griefs de part et d’autres sont disproportionnés. Car une fois de plus, que me reproche-t-on ? De m’être occupée de mes enfants, de ne pas avoir obligé mon ex à travailler ou à prendre des cours. Il aurait fallu que je fasse quoi ? Que je le fouette ? Que je le cogne comme il cognait les enfants ? Il aurait peut-être fallu que j’arrête de travailler et que je joues moi aussi au tiercé. Car en fait de carrière, pendant les treize ans où nous avons été marié, je n’ai eu aucune promotion et trois augmentations de salaire. Je n’ai pas pu quitter le poste que j’occupais pour essayer d’avoir mieux ailleurs parce que j’étais coincée. Le fait qu’il gardait les enfants alors qu’il était au chômage en fin de droit m’a juste permis de travailler et de nourrir ma famille. Et j’ai sacrifié ma carrière à ma famille, lui compris. Alors, oui, la prestation compensatoire, elle a du mal à passer.

On dit toujours qu’on ne devrait pas revenir de vacances… On y est bien obligé. Mais il y a des retours plus durs que l’autres. Du coup, aujourd’hui, j’ai glandé. Et j’ai décidé que pfff même pas mal. J’ai tondu la pelouse avant d’être moi-même tondue. Quand même !

Commentaires

1. Le mardi 9 août 2011, 20:38 par Anne

Je sais pas quoi dire.

Sur le jugement, ok, contrairement à ce que son nom indique, c'est pas toujours tellement juste. Mais là ça l'est si peu...

Pour Garance je comprends aussi. Est-ce qu'elle voit toujours un pédopsy ?

(Ce qui ne change pas grand chose à la question du comment aborder la Grande Conversation).

T'as bien fait de glander, quand même.

Bisous fort, va.

2. Le mardi 9 août 2011, 20:56 par gilda

Zut alors je n'ai pas pensé à taper sur mes gosses et éviter l'emploi quand il en était encore temps, sinon à l'heure actuelle je pourrai me consacrer à l'écriture à plein temps.
(humour noir)
C'est désespérant.

Pour Garance je ne peux être d'aucun conseil : je ne sais rien théoriser et j'ai eu la chance de ne pas connaître ce genre de situation, alors je manque de points de comparaison.

3. Le mardi 9 août 2011, 21:14 par Valérie de Haute Savoie

Désespérant oui comme le dit Gilda, rageant, insupportable. Je me demande de plus en plus ce qui entre en ligne de compte dans les jugements concernant les séparations.

Est ce que tu suis le blog de Sophie qui était au Portugal et qui est maintenant au Chili. Je me souviens qu'elle a eu aussi beaucoup d'angoisses liées à sa fille qui était aussi très mal dans sa peau. Il semble que maintenant cela aille bien mieux. Garance peut peut être réparer son geste en essayant de trouver un doudou merveilleux à M. C'est encore tout de même une petite fille, et ses accès de rage mal dirigés ne sont pas non plus le signe d'une vraie méchanceté. Elle est sans doute malheureuse et ne sais sans doute pas vraiment pourquoi. L'adolescence est si difficile à vivre pour certains. Je ne sais pas quoi te donner comme idée pour l'aider à surmonter ses problèmes. Je suis désolée.

4. Le jeudi 11 août 2011, 10:49 par akynou

Anne : question pédopsy, ce sont les vacances. Je l'y renvoie dès la rentrée même si elle m'a fait savoir qu'elle ne voulait plus y aller et qu'elle n'en avait pas besoin. Là j'ai été ferme, je lui ai dit qu'elle arrêterait quand elle aurait de bons résultats en classe. :-)

Gilda : oui, c'est dommage. Mais venant d'une femme, ce serait sans doute mal passé :-)

Valérie : le doudou a été réparé par des mains expertes et semble presque comme neuf m'a dit Hélène. Pour le reste…

Je suis toujours écœurée quand je pense au jugement. Au point que je suis bloquée dans toutes mes activités. Il faudrait quand même que je me remette en action.

5. Le jeudi 11 août 2011, 11:45 par L'impatiente

Qu'elle injustice ! je suis venue hier mais je n'ai pas trouvé les mots, et finalement je n'en ai pas plus aujourd'hui, je te souhaite des bons moments et pleins de trucs chouettes qui te feront passer le goût ; et à Garance de trouver sa place et une certaine sérénité (pour le pédopsy, tu peux peut-être lui proposer, si c'est possible, de changer de personne, d'horaire, de rythme de séance, - de quoi jm'e mêle hein - mais je me dit que si elle ne veut plus y aller il y a peut-être un truc qui coince?).
Je t'embrasse

6. Le samedi 13 août 2011, 06:37 par Akynou

L'impatiente : Garance n'a pas réellement commencé avec ce pedopsy, juste une séance. Et le problème à Tours, c'est que que j'ai mis six mois à le lui trouver. Que les autres ont leur agenda tellement pleins qu'ils ne décrochent même plus leur téléphone. Et puis celui-ci est à 10 mètres de chez moi…
Côté injustice digestion, je suis en plein contre coup. En plus je vois mon ex-mari ce week-end, je passe même une après-midi avec lui (question d'envoi des filles en colo). J'ai pas encore réussi à faire le numéro de mon avocate. Et du coup insomnie. Dormi une heure cette nuit, même pas.
Normal que tu n'ai pas les mots. Moi-même… Mais bon, je vais m'en remettre…

7. Le lundi 15 août 2011, 10:06 par julio

Le Psy s’occupe de l’esprit ? Et souvent sais le corps les cellules qui elles commende autant que le cerveau. Moi enfant j’avais l’impression qu’un autre résidez en moi et m’handicapé dans mais relation avec les autres je ne comprenais pas tout se que l’on me disait, et a l’école bien cette situation était pénible. Aujourd’hui sais le contraire le résident ou mes cellules me protège malgré cette handicape qui ce voie dans mon écriture. Je suis persuadé que ta fille malgré vos difficulté actuel, mais connaissent les qualités intellectuel de la mère vous trouverais la porte de sorti toutes ensembles. Moi perso j’ai toujours cru dans le monde de la fiction l’artistique et les manualités comme meilleur moyen de se construire ; le théâtre la peinture la musique le jardinage etc. .
Moi aussi je suis scandalisé pars ce jugement qui me paré excessive le juge a pensé a votre confort a toutes les quatre ! Et puis ton ex peu pas se débrouille pars lui-même ?
Bon moi je voie aussi la fin du tunnel dans ton pénible divorce, et je vous souhaite le meilleur pour la suite !

8. Le mardi 16 août 2011, 00:28 par Lyjazz

Ben oui, les vacances ne se passent pas toujours comme on voudrait....
Pour Garance... la place du milieu est sans doute difficile à tenir. Peut-elle avoir des temps assez long avec une amie, loin de chez elle ? changer de place dans un groupe et se montrer sous un jour différent ? Pour une activité particulière ? Ou simplement avec des personnes qu'elle ne connait pas pour faire une activité qui l'intéresse très fort ?
Pour la discussion avec elle , je lui dirais simplement ce que tu as écrit ici : que tu es désolée pour elle et que ton 1er mouvement a été de la soutenir, mais que tu ne peux cautionner le mensonge, ni ce genre d'acte qui fait très mal à la personne concernée. Lui rappeler aussi qu'elle avait fini par trouver sympa cette fille quand elle l'a comprenait et qu'elles mettaient leurs pb à plat pour en parler. Que les rapports humains sont plus humains quand on en parle...
Voilà pour mes idées.
Pour le jugement : inique sera mon mot.
Et, mais je sais que c'est difficile, il faut absolument que tu reprennes ça en main en appelant ton avocate....
Bon courage pour avaler tout ça....

9. Le vendredi 26 août 2011, 12:31 par dieudeschats

C'est révoltant et dégueulasse ! C'est ton avocat qui n'était pas à la hauteur ou bien le juge qui avait un problème à régler avec la gente féminine ?? Parce que quand on lit des jugements pareils, on se pose forcément des questions oO'

As-tu le droit de déduire de cette somme tous les mois de pension alimentaire qu'il n'a pas payés ? Parce que tous les droits d'un côté et tous les devoirs de l'autre, ça commence à bien faire !

Courage et bonne chance, aussi avec Garance... espérons que ce soit juste une période difficile qu'elle surmontera rapidement par elle-même ou avec ton aide et celle du pédopsy.