Simone

Ma grand-mère est morte le 4 janvier dernier. Ce matin, j’étais à Bayonne pour la voir une dernière fois. J’ai assisté à la fermeture du cercueil et, avec ma famille, à sa crémation. Ses cendres rejoindront un cimetière de l’Yonne, où est enterré mon grand-père… Elle avait presque 97 ans. Elle avait vécu une longue vie. Avec comme nous tous, ses hauts et ses bas. Elle a connu deux guerres et toutes les révolutions de ce siècle terrible que fut le XXe.

Il ne faudrait pas que je me contente de venir ici à chaque fois que j’ai un décès à déplorer. Mais j’ai parlé d’elle à plusieurs reprises. C’est un personnage qui appartient à ma vie, donc à ce blog.

Le 8 mars 2004, j’écrivais ceci (extrait d’un texte formé de quatre portraits de femmes) :

SIMONE LA REBELLE

Simone est née un peu plus tard dans le siècle. 1916. Elle aussi a fait ses études au couvent. Au Grand Duché du Luxembourg, d’où sont originaires ses parents. A 15 ans, pendant ses vacances, son père meurt sous ses yeux. Elle sort du couvent à 20 ans, une “vraie oie blanche” comme elle le dit elle-même… Mais elle a un solide appétit de vie, une farouche volonté et un sacré fichu caractère.

C’est dans le métro qu’elle va rencontrer son mari. Son premier amour, pas le dernier. Simone a le goût des hommes et entend bien en profiter. Des amants, elle en aura. Mais elle restera attachée à son mari jusqu’à la mort de celui-ci. La fidélité d’esprit, pas de corps, la revendication de s’envoyer en l’air et d’aimer aussi.
Elle gère sa maison, travaille vite à l’extérieur, et vit sa vie. De petite secrétaire, elle deviendra directrice d’un hôtel parisien.

A 40 ans, un ami de la famille la photographie dans toute sa splendeur.
A 50 ans, elle renoncera aux hommes. Elle n’aime pas les vieux et n’est plus assez bien pour les jeunes dit-elle. Pourtant, des soupirants soupirant elle en a eu beaucoup ensuite.

Elle est toujours aussi caractérielle. Mais c’est comme cela qu’on l’aime. C’est mon autre grand-mère..

Le deuxième texte était celui-là.

Quelqu’un demandait pourquoi prend-on des photos… Je lui répondais que lorsque je vois certaines choses, comme celle-ci, me venait le titre d’un film Se souvenir des belles choses. Pour moi, en fait, c’est ça une photo : se souvenir des belles choses.

L`écriture me permet de créer des émotions, de les réinventer, de les retranscrire. Photographier, c`est imprimer dans ma mémoire rétinienne des scènes qui m’ont donné du plaisir… Ça se ressemble, ça se complète, mais ce n`est pas la même chose.

Pourtant je livre, dans l’une comme dans l’autre de ces activités autant de moi-même…

Se souvenir des belles choses… Au-delà de la mémoire, comme si celle-ci un jour pouvait s’effacer. Les photos, elles, restent. Au delà des souvenirs.

Se souvenir des belles choses… On vient de diagnostiquer à ma grand-mère un alzheimer…

Camera
Canon PowerShot A40
Focal Length
7.84375mm
Aperture
f/3.5
Exposure
1/3.3333333333333335s

Il y a quelques années, elle avait échappé à l`incendie de son appartement qui avait brûlé tous ses souvenirs, tout son passé. Et maintenant, dans l`incendie de son esprit, qui se souviendra des belles choses de sa vie ?

En fait, elle n’avait pas d’alzheimer, elle était juste très dépressive. 

Ce qui n’empêche, que je me souviendrai longtemps des belles choses, et aussi des moins belles, parce qu’elles font partie de la vie. Et que tant que ma mémoire ne flanchera pas, Simone sera vivante dans mes souvenirs.

Commentaires

1. Le jeudi 10 janvier 2013, 09:17 par clara

C'est un bel hommage tout comme un beau portrait de femme, ça me rappelle ma grand-mère qui s’appelait Simone, elle aussi.

2. Le jeudi 10 janvier 2013, 18:31 par samantdi

Je me souviens de ces billets... Au revoir Simone...

3. Le vendredi 11 janvier 2013, 07:23 par Anne

Sacrée bonne femme!

4. Le lundi 14 janvier 2013, 22:24 par Lyjazz

Je passe par ici pour un adieu à Simone, grand mère forte qui a été vraisemblablement à l'origine de cette belle lignée de femmes que vous êtes, tes soeurs et toi.
Et je suis tout à fait d'accord avec toi : photo et écriture sont complémentaires et permettent de dire des choses différentes, de les imprimer différemment.
De là l'idée des diptyques ?