Bienvenue chez Mars

Franchement, quand on vit une une existence moyenne, avec des revenus moyens et des expériences moyennes (Coluche disait, dans ces cas-là, curieusement, on est en dessous de la moyenne), on imagine que les gens de la haute, au dessus de vous, les cadres sup, les patrons, les hommes d’affaires, baignent dans le luxe.

En fait, pas du tout… Et franchement, je les plains.

J’ai partagé un petit moment de leur enfer

Je suis pour quelques jours au congrès d’un syndicat de ma profession. J’y suis avec quelques uns de mes étudiants pour faire un journal quotidien. Journal qui bien sûr ne peut s’écrire qu’après les événements. Quand les débats finissent à 21 heures, nous filons dans la salle de rédaction faire notre petit quatre pages. Cette nuit, nous avons terminé d’imprimer (nous imprimons nous-même sur une photocopieuse, heureusement, nous ne tirons qu’à deux cents exemplaires) à 4h30 du matin.

On m’avait réservé une chambre dans un hôtel réputé de la gamme Mars, celle des cadres voyageurs, etc. Et j’avais bien l’intention d’en profiter, vu le prix que je ne payais pas (ce qui est encore meilleur).

Las ! Déjà, erreur dans la réservation. On ne peut assurer les trois nuits comme prévu. Donc je loge une nuit ici, près de mon lieu principal de travail, une nuit au Flamand rouge, une autre chaîne d’hôtel célèbre mais moins cotée, situé au diable vauvert, pour revenir passer la dernière nuit chez Mars.

C’est égal, la nuit va être courte, autant en profiter à fond. Mince, il n’y a qu’une seule et unique prise dans la chambre. Quand il faut recharger le téléphone, l’ordinateur portable, la liseuse… ça fait juste. Je branche le portable, le plus important. Je me couche dans mon lit kingsize et j’ai à peine le temps de profiter de son confort que… je ronfle. Il est un peu plus de 5h30 du matin, j’ai prévu de dormir jusqu’à 10 heures moins le quart histoire d’arriver dans la salle du petit déjeuner juste à temps.

Sauf que, il semble qu’à 8h50 du matin, il soit de coutume, ici, de réveiller les gens par une alarme de type incendie, panique, tout le monde dehors. Qui m’a vrillé les tympan pendant au moins dix minutes. Même quand on est endormi depuis juste un peu plus de trois heures, ça réveille. Et quand je descendrai, personne ne s’excusera pour le dérangement, d’où l’idée que c’est habituel…

La sirène finit par se calmer, je me recouche. Il me reste une petite heure de dodo. Mais je suis à nouveau agressée par une sonnerie, celle du téléphone. C’est la réception qui m’avertit : j’ai dix minutes pour descendre ma valise pour qu’elle soit transférée à ma nouvelle adresse, schnell ! Diable ! on ne plaisante pas avec l’entraînement des clients ici… La chambre est confortable mais le régime draconien. Je bondis dans mon pantalon, me maquille (vive la BB crème pour les nuits courtes), ramasse mes affaires et descends à la réception. J’abandonne ma valise.

Puis je passe à la salle des petits déjeuners. Là, et j’imagine que c’est pour me faire sentir que pour quelqu’un qui fréquente le Mars, je ne suis pas assez lève tôt, je tombe face à un buffet pour le moins dégarni. Il n’est que 9h30. Pas de verre, des bouts de jambons qui se battent en duel, pas de petite cuillère mais des œufs coques (et l’un sans l’autre, c’est plutôt compliqué). Ah ! il reste une tranche de rosette et quelques croissants. Mais pas grand chose de la baguette du meilleur ouvrier de France, juste le papier d’emballage. Je ne suis pas seule, je ne suis même pas la dernière (juste l’avant dernière), mais l’agitation autour de moi m’indique qu’il est de bon ton d’accélérer le mouvement.

Les gens de la haute juste au dessus de ma condition sont peut-être des gens pressés, mais moi je bosse la nuit. J’ai besoin de prendre le temps de me réveiller. Du coup, comme je traîne, le ballet du personnel entame la remise en place de la salle. Je sens bien que je suis de trop. Je résiste, je prouve que j’existe. Mais je finis par déguerpir.

J’ai le droit de remonter dans ma chambre, et même d’y rester jusqu’à midi. J’allume la télé et je tombe sur un programme qui met en scène un couple aux prises avec leur fils de 29 ans qui s’incruste, se la coule douce. Sont fort chez Mars, même dans les programmes télé on vous fait sentir qu’il est temps de partir.

C’est comment la chanson de Stromae déjà ? Ah oui : « Allez vous faire f… »

PS. Le personnel est très gentil, c’est juste que l’enchaînement de situations méritait un billet drôle pour essayer de retrouver un peu de bonne humeur, j’ai un 8 pages à assurer la nuit prochaine et de longues heures de congrès à suivre…



Commentaires

1. Le jeudi 10 octobre 2013, 11:21 par Jean loup

Et oui ma pauvre lucette...

2. Le jeudi 10 octobre 2013, 13:21 par clara

c'est plutôt très drôle à lire, c'est déjà ça :)

3. Le dimanche 13 octobre 2013, 00:56 par akynou

Le but était de faire sourire, si ça marche je suis comblée :-)