Le sexe des anges

Je me souviens que lorsque j’ai été enceinte de mon troisième enfant, le gynécologue qui me faisait passer l’échographie m’a demandé ce que j’avais déjà eu.

– Deux filles, ai-je répondu.
– Alors je ne vous dirait rien de celui-là…

C’était sans doute de l’humour, mais très déplacé. D’abord, c’était pas bien malin parce que j’ai bien compris que j’attendais une troisième fille. Sinon, il se serait fait une joie de m’annoncer le contraire. Joie qui m’aurait laissée de marbre je dois dire. Ensuite, pour qui me prenait-il ? J’ai eu trois enfants parce que je voulais trois enfants. Pas parce que je cherchais absolument avoir un garçon. J’ai trois filles merveilleuses que j’adore et je suis très heureuse comme cela.

Connaître le sexe du fœtus était pour moi une façon de couper court aux bassinantes réflexions du genre : « J’espère que vous allez à voir un garçon, cette fois-ci… » Euh… pourquoi ? C’est mal d’avoir des filles ?

Une grossesse c’est déjà assez long et parfois assez pénible sans qu’on ai à supporter des inepties de ce type. Je me souviens de ma boulangère, une femme charmante au demeurant, qui me souhaitait absolument un fils. Devant mon air interloqué, elle s’est crue autorisée à développer : « Une garçon, c’est quand même l’apothéose pour une femme, c’est ce qui fait de nous des mères. » Tout ça devant mes filles. Ce qui était presque aussi adroit que ma DRH rencontrée dans mon quartier et qui en découvrant mes filles et leur père s’est exclamé : « Ce n’est pas pas possible, elles ne sont pas du même père… » devant les intéressés. C’est vrai, mais ce n’était pas une raison pour le dire comme cela devant tout le monde. Après tout, les enfants auraient pu ne pas être au courant. En plus, elle se plantait. Elle pensait que c’était Garance, celle du milieu, qui était d’un autre géniteur. En clair, elle m’accusait carrément d’adultère. Or c’est ma fille aînée qui est née d’un père différent et qui a été adoptée par mon ex-mari.

Bref, pour en revenir aux réflexions sur le sexe des fœtus, le fait de le connaître le plus tôt possible m’a permis d’évacuer la question rapidement auprès de mes proches et de faire en sorte que mes filles soient accueillies comme des bébés et pas comme un genre avec tous les stéréotypes que cela suppose. J’assortissais la nouvelle d’une interdiction formelle de m’offrir (ou d’offrir au bébé) quoi que ce soit dans les tons pastels fadasses dévolus en général aux nouveaux-nés, surtout le rose mièvre ou le bleu pisseux. Je ne voulais que des couleurs flashy : du rouge vif, du noir, du vert, du bleu roi ou canard…

Cette attitude n’a pas tout empêché. Et A force d’être agressée par les « encore une fille », j’ai fini par être à mon tour agressive et me vanter d’être heureuse de ne pas avoir à subir ces petits mâles insupportables. En fait, je m’en foutais. J’aurais aussi été contente avec un garçon. Et des garçons. Moi, je voulais des enfants. Je les ai eus, j’ai eu cette chance. 

Mais mes enfants, je les ai reçus comme des personnes. Et je les élèves comme des personnes. Comme tous les autres, ils ont éprouvé le besoin d’appartenir à une groupe. Mes filles ont adoré, à un moment ou à un autre de leur vie, le rose, les poupées, les bijoux, les fringues. Mais elles m’ont également réclamé des voitures radioguidées. Quand on leur offrait des poupées (les blondes à fortes poitrines), elles prenaient un malin plaisir à leur couper les cheveux et à leur faire des peintures de guerre. La dernière ressemble de plus en plus à un geek, toujours vissée à sa console ou à son ordinateur, super douée pour les jeux de toute sorte.

Il y en a un peu marre des Vénus et des Mars…

C’est peu dire que les campagnes actuelles des mouvements ultraconservateurs sur le genre me font vomir. La dernière en date qui vise à interdire le film Tomboy dans les écoles est d’un ridicule achevé. De quoi pensent-ils protéger leurs enfants ? D’un peu d’ouverture d’esprit ? Et cet article de Slate sur l’Inde, le pays où les filles ont disparu, me fait frémir.

Commentaires

1. Le vendredi 27 décembre 2013, 11:07 par KarineC

J'ai deux filles. Quand j'étais enceinte de la seconde, une secrétaire de mon boulot m'avait dit : "Moi j'ai eu de la chance, mon deuxième c'était un garçon". Une femme super tebê, par ailleurs, mais ça fait bizarre quand même.



Le proprio d'une pizzéria, à côté de chez moi, avait dit, devant mes filles, que les "garçons, c'était mieux" (il en avait deux). A part ça, il ne parlait que de foot (aux clients mâles). Pas une lumière non plus. J'ai jamais refoutu les pieds dans son établissement. Pourtant les pizzas étaient bonnes.

A part ça, Tomboy est un super film. Anouk me dit qu'il a été projeté aux troisième dans son collège, et qu'il y a même une affiche dans une classe. C'est rassurant.

2. Le vendredi 27 décembre 2013, 11:07 par le-gout-des-autres

"C’était sans doute de l’humour, mais très déplacé. D’abord, c’était pas bien malin parce que j’ai bien compris que j’attendais une troisième fille. Sinon, il se serait fait une joie de m’annoncer le contraire. Joie qui m’aurait laissée de marbre je dois dire. Ensuite, pour qui me prenait-il ? J’ai eu trois enfants parce que je voulais trois enfants. Pas parce que je cherchais absolument avoir un garçon. J’ai trois filles merveilleuses que j’adore et je suis très heureuse comme cela.

Connaître le sexe du fœtus était pour moi une façon de couper court aux bassinantes réflexions du genre : « J’espère que vous allez à voir un garçon, cette fois-ci… » Euh… pourquoi ? C’est mal d’avoir des filles ?"

Non mais tu as vu comment tu te montes toute seule en mayonnaise ?
Alors que le type n'avait finalement pas dit grand'chose...
Peut-être même aurais-tu pu comprendre à son "celui-là" que c'était un garçon, que tu aurais trouvé aussi merveilleux que tes filles.
Et tu continues, en rogne sur ce qui n'est finalement que supputations de ta part.
Bref, du calme...
(et je sais ce que tu dis devant ton écran, je dis la même chose quand on me fait des commentaires comme ça. Je suis même très grossier.)

3. Le vendredi 27 décembre 2013, 11:54 par Anne

Et moi j'ai eu droit à: "Vous avez du faire 5 gosses pour avoir une fille?"
Nous aurions eu un 5éme fils que nous aurions été tout aussi ravis! Comme toi nous voulions des enfants, des personnes, pas des clichés...

4. Le dimanche 29 décembre 2013, 16:06 par Akynou

Le goût des autres : je ne me monte pas en mayonnaise sur une phrase. La différence entre toi et moi concernant ce moment, c'est que moi, j'y étais. Et entre nous deux, je suis la seule à même d'en tirer des conclusions.
Cela dit, j'aurais effectivement été très contente d'attendre un garçon. Comme j'ai été très contente d'attendre en réalité une fille…

Anne : J'ai quatre sœurs. Et ma mère en a entendu des pas mal non plus. Evidemment, il était patent pour les gens que si mes parents avaient eu autant d'enfants, c'était parce qu'ils voulaient un garçon à tout prix. Ce à quoi ma mère répondait : je ne joue pas au tarot, je ne cherche pas le petit :-)

5. Le dimanche 29 décembre 2013, 17:54 par Lalou

C'est pas ta mère qui disait ça, c'est ton père.

6. Le lundi 6 janvier 2014, 11:13 par Sacrip'Anne

Pour Cro-Mi je voulais savoir parce que je souhaitais savoir "qui" me squattait plus que toute autre information.

Et pour celui en cours, ma foi, je crois que je veux savoir aussi.

Mais la "pseudo-bienveillance" maladroite (au mieux) des gens qui infligent jugements définitifs et injonctions dès l'annonce de la grossesse, c'est pas la meilleure partie, clairement...

7. Le jeudi 9 janvier 2014, 03:18 par akynou

quelle bonne nouvelle :-)
Nous avons donc deux dotclériennes en attente d'heureux événements (pas moi, j'ai passé l'âge ;-))

8. Le jeudi 9 janvier 2014, 11:36 par Sacrip'Anne

On parle assez peu du logiciel libre comme outil de promotion de la natalité !!!