Les enfants ont un nom

A Paris, dans l’école de mes filles, un jour, est venue une association qui regroupait des enfants juifs ayant survécu à l’Holocauste. Bon, quand ils sont arrivés, ils n’étaient plus des enfants, plutôt des grands-parents. Mais quand ça leur est arrivé, ils étaient enfants.

Leur mission, et ils l’ont menée dans la plupart des écoles parisiennes un peu anciennes, retrouver dans les registres les noms des enfants juifs ayant fréquenté ces écoles avant d’être déportés, et apposer une plaque en leur souvenir.

Le directeur de l’établissement leur a proposé d’aller plus loin, c’est-à-dire de venir raconter ce qu’ils avaient vécu aux élèves, et ensuite de faire une cérémonie qui regrouperait toute la communauté scolaire. Et c’est ce qui a été fait.

Dans les classes des plus petits, ce sont d’anciens enfants cachés qui sont venus raconter leur expérience. Dans les classes des plus grands, des rescapés des camps de concentration. La professeure d’art plastique a fait faire un travail sur le thème “tous égaux, tous différents”. Des enfants venus des conflits d’Afrique ou de Tchétchénie ont dessiné leurs guerres et les dessins ressemblaient curieusement à ceux des enfants des camps de concentration.

Et puis il y a eu la cérémonie à laquelle participait effectivement toute la communauté scolaire. Nous avions envahi la rue devant l’école, tous les parents étaient présents, chrétiens, musulmans ou juifs, ensemble. J’avais raconté cette soirée-là et l’émotion que j’avais ressenti à l’énoncé des noms des enfants déportés. Car le but même de cette opération, c’était de nommer ces enfants, les sortir de l’anonymat de la masse des victimes, leur redonner une identité, une existence.

Et c’était une très belle initiative…

Un peu comme celle de B’tselem, une association israélienne de défense des droits de l’homme dans les territoires occupés. Ils ont lu à la radio les noms des enfants palestiniens tués à Gaza. J’ai appris cela dans un article d’Asher Schechter du journal Ha’Aretz  et publié dans Courrier international. J’ai immédiatement pensé à la cérémonie dans cette école parisienne du 18e.

Le problème, c’est que cette initiative a été interdite. Et le journal Ha’Aretz pose la question du pourquoi. Et ce pourquoi est angoissant. Il parle d’une certaine indifférence vis-à-vis des victimes. De ces extrémistes qui disent qu’un enfant mort est un terroriste à venir de moins. 

Il y a des tabous qui sont tombés, en France comme là bas. Ici, le racisme revendiqué semble avoir de nouveau droit de cité. Là bas, c’est la même chose dans un contexte bien plus terrible.

Mais du coup, ici comme là bas, rendre leur nom aux enfants est un acte révolutionnaire.

Les enfants de Gaza ont un nom. Ils ont droit à un nom, comme toutes les victimes d’hier et d’aujourd’hui.

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Commentaires

1. Le vendredi 29 août 2014, 13:48 par le-gout-des-autres

"Les enfants de Gaza ont un nom. Ils ont droit à un nom, comme toutes les victimes d’hier et d’aujourd’hui."

Le problème est que la tendance est à effacer les noms des victimes d'hier pour les remplacer par les victimes d'aujourd'hui...
On ferait mieux d'agrandir le tableau, non ?
Ou de limiter le nombre de victimes...
Mais ça non plus, ce n'est pas la tendance.