Je ne suis peut-être pas Charlie…

Je ne suis peut-être pas Charlie, mais dimanche, je serai dans la manif…

Abdennour Bidard a dit jeudi soir : « Je me sens difficilement victime, je me sens surtout responsable de manifester avec l’ensemble de mes concitoyens pour nos valeurs. Montrer que nos valeurs ont une valeur, que nous voulons faire plus que coexister. Nous voulons nous mélanger, nous mélanger au-delà de nos différences.
Dimanche sera l’occasion de montrer que nous voulons être ensemble. »

Vous allez louper une occasion pareille vous ?

Peut-être que c’est illusoire, peut-être que ça ne servira à rien, peut-être que ça dégouline de bon sentiment, mais ça fait du bien aussi, les bons sentiments. Peut-être que ça sert à se donner bonne conscience. Je m’en fous… Je n’ai pas de bonne conscience à me donner.

Et puis, vous avez une meilleure idée ?

Et puis, aussi, j’ai envie de dire, enfin de dire, de hurler qu’on n’assassine pas les gens parce qu’ils font des dessins, parce qu’ils portent des uniformes, parce qu’ils ont une autre religion ou une autre culture. On n’assassine pas les gens pour leurs idées, leur métier, leur religion.

Et aussi parce que j’ai besoin de faire mon deuil et que ça me fera du bien de ne pas le faire toute seule. Cela fait deux jours que je n’y crois pas. Que je n’arrive pas à intégrer que plus jamais je ne pourrai dire en rigolant, mais avec la tendresse qu’on porte aux anciens qui vous ont suivi toute votre vie même s’ils ne vous connaissent pas : “Comment ? Cabu ou de Wolinski dessinent encore ? Ces vieux croutons ne sont pas encore morts ?” Je ne pourrais même plus me poser la question. Là, je suis obligée de m’en souvenir, de le savoir. Parce que ce n’est pas pareil de mourir de sa belle mort, comme Cavanna, que de mourir sous les balles de forcenés. Tirés comme des lapins… C’est déjà dégueulasse pour les lapins, alors pour des dessinateurs

Je n’arrive pas plus à intégrer que je n’entendrais plus Bernard Maris, Bernard Maris. Bon Dieu ! Lui qui m’a réconciliée avec l’économie, et y avait du boulot… Même que j’attendais le vendredi avec impatience pour l’écouter foutre sa taule à Jean-Marc Sylvestre (les joutes avec Dominique Seux ressemblaient moins à des combats de catch).

Alors dimanche, je serai à la manif, parce qu’il faut arrêter de jouer les chochottes et se bouger un peu le popotin, même quand on l’a aussi gros que la porte d’Aix. Et parce que ça vaut tout de même mieux que de rester planquer chez soi.

Même pas cap…