Laissez nous vivre !

 
 
 
 
C'est une histoire en trois chapitres qui chaque fois se répète.
 
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1. On prend un coup. Pas n'importe quel coup. Un coup qui fait mal, physiquement, moralement aussi. Un coup qui nous confronte à la mort, à la peur, à la douleur. Bref, un grand coup sur la gueule.
 
2. Pour s'en remettre on trouve des choses douces, positives, qui font du bien. Parce que sinon, on aurait vraiment le moral dans les chaussettes. Voire plus le moral du tout. Ce fut une grande manifestation lors de laquelle on s'est tous appelé Charlie. C'est une idée folle et saugrenue d'aller faire de la résistance en terrasse autour d'un demi de bière ou un verre de vin. C'est illusoire, on le sait. On n'est pas idiot. Mais ça fait du bien, là, maintenant, tout de suite, de retrouver malgré tout des copains et de ne pas rester tout seul à pleurer. 
 
3. Des pères (mères) la morale, des donneurs de leçons, les grands maîtres à pioncer viennent nous faire la leçon. D'abord sur le mode : je ne suis pas Charlie, vous n'êtes pas Charlie, Charlie ce n'est pas nous. Puis, à l'automne :
– afficher le drapeau bleu blanc rouge, c'est con (c'est vrai, c'est tellement mieux quand on le laisse en otage aux réacs de tout poil… )
– c'est dégueulasse qu'on vous manifeste autant de solidarité qu'aux autres qui vivent la même douleur. Sans doute, mais qu'est-ce qu'on y peux ? Et on fait quoi ? Parce que les autres n'ont pas crié "Nous sommes Kenya, Nous sommes Beyrouth” on devrait s'empêcher de prendre ce qui nous fait du bien ? Faudrait-il dire à ceux qui nous manifeste de l'amour "Allez vous faire foutre » ? A mon avis, mais ça n'engage que moi, ça ne va pas changer grand chose.
– Et comme deux couches, ce n'est pas suffisant, aujourd'hui on nous assène une troisième : « Non mais ho, vous vous prenez pour de grands résistants parce que vous allez boire des coups en terrasse dans des quartiers soi-disant mixtes ? Vous n'êtes que des petits cons irréalistes, consommateurs débiles, à la botte du capitalisme… » Comme certains ont refusé d'être Charlie, d'autres refusent d'aller en terrasse.
 
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Bon. C'est leur droit. Mais qu'ils arrêtent, de grâce, de nous prendre pour des cons. Que croient-ils ? Qu'en proclamant la révolution des terrasses, nous nous prenons au sérieux ? Qu'en mettant des drapeaux BBR sur notre photo FB, nous nous imaginons trente seconde être révolutionnaire ? Et qu'en acceptant avec une gratitude amusée (quand même FB, Google, Apple, Youporn… Youporn !, c'est drôle) les soutiens qui nous viennent de partout, nous n'avons pas une pensée pour ceux qui ont souffert, souffrent et souffriront de la barbarie ? Qu'on ne peut pas et panser (et penser) ses plaies et penser (et panser) aux autres ?
 
Mais pour qui se prennent-ils tous ces donneurs de leçon. Nous le savons que nous vivons dans un monde en crise. Crise économique, crise politique, crise terroriste. La réalité nous saute à la gueule. Nous ne sommes pas aveugles. Nous avons juste besoin d'un peu de bonheur, de douceur, d'amitié, de légèreté dans ce monde qui comme le dit le Gorafi est passé de monde de merde à monde de merde de merde.
 
Alors moi, pour mes filles, pour leur redonner le sourire (même si je ne leur ai jamais caché la durement de la vie), je recommencerai à aller en terrasse boire des coups, jusqu'à ce qu'elles cessent de sursauter à la moindre porte qui claque ou au moindre pot d'échappement mal embouché.
17 novembre. Après l'attentat…

Commentaires

1. Le dimanche 22 novembre 2015, 15:38 par mf

Merci de si bien dire ce que j'ai aussi ressenti...en étant, en plus éloignée géographiquement de mes enfants...
Calin à tous