jeudi 10 octobre 2013

Bienvenue chez Mars

Franchement, quand on vit une une existence moyenne, avec des revenus moyens et des expériences moyennes (Coluche disait, dans ces cas-là, curieusement, on est en dessous de la moyenne), on imagine que les gens de la haute, au dessus de vous, les cadres sup, les patrons, les hommes d’affaires, baignent dans le luxe.

En fait, pas du tout… Et franchement, je les plains.

J’ai partagé un petit moment de leur enfer

Je suis pour quelques jours au congrès d’un syndicat de ma profession. J’y suis avec quelques uns de mes étudiants pour faire un journal quotidien. Journal qui bien sûr ne peut s’écrire qu’après les événements. Quand les débats finissent à 21 heures, nous filons dans la salle de rédaction faire notre petit quatre pages. Cette nuit, nous avons terminé d’imprimer (nous imprimons nous-même sur une photocopieuse, heureusement, nous ne tirons qu’à deux cents exemplaires) à 4h30 du matin.

On m’avait réservé une chambre dans un hôtel réputé de la gamme Mars, celle des cadres voyageurs, etc. Et j’avais bien l’intention d’en profiter, vu le prix que je ne payais pas (ce qui est encore meilleur).

Las ! Déjà, erreur dans la réservation. On ne peut assurer les trois nuits comme prévu. Donc je loge une nuit ici, près de mon lieu principal de travail, une nuit au Flamand rouge, une autre chaîne d’hôtel célèbre mais moins cotée, situé au diable vauvert, pour revenir passer la dernière nuit chez Mars.

C’est égal, la nuit va être courte, autant en profiter à fond. Mince, il n’y a qu’une seule et unique prise dans la chambre. Quand il faut recharger le téléphone, l’ordinateur portable, la liseuse… ça fait juste. Je branche le portable, le plus important. Je me couche dans mon lit kingsize et j’ai à peine le temps de profiter de son confort que… je ronfle. Il est un peu plus de 5h30 du matin, j’ai prévu de dormir jusqu’à 10 heures moins le quart histoire d’arriver dans la salle du petit déjeuner juste à temps.

Sauf que, il semble qu’à 8h50 du matin, il soit de coutume, ici, de réveiller les gens par une alarme de type incendie, panique, tout le monde dehors. Qui m’a vrillé les tympan pendant au moins dix minutes. Même quand on est endormi depuis juste un peu plus de trois heures, ça réveille. Et quand je descendrai, personne ne s’excusera pour le dérangement, d’où l’idée que c’est habituel…

La sirène finit par se calmer, je me recouche. Il me reste une petite heure de dodo. Mais je suis à nouveau agressée par une sonnerie, celle du téléphone. C’est la réception qui m’avertit : j’ai dix minutes pour descendre ma valise pour qu’elle soit transférée à ma nouvelle adresse, schnell ! Diable ! on ne plaisante pas avec l’entraînement des clients ici… La chambre est confortable mais le régime draconien. Je bondis dans mon pantalon, me maquille (vive la BB crème pour les nuits courtes), ramasse mes affaires et descends à la réception. J’abandonne ma valise.

Puis je passe à la salle des petits déjeuners. Là, et j’imagine que c’est pour me faire sentir que pour quelqu’un qui fréquente le Mars, je ne suis pas assez lève tôt, je tombe face à un buffet pour le moins dégarni. Il n’est que 9h30. Pas de verre, des bouts de jambons qui se battent en duel, pas de petite cuillère mais des œufs coques (et l’un sans l’autre, c’est plutôt compliqué). Ah ! il reste une tranche de rosette et quelques croissants. Mais pas grand chose de la baguette du meilleur ouvrier de France, juste le papier d’emballage. Je ne suis pas seule, je ne suis même pas la dernière (juste l’avant dernière), mais l’agitation autour de moi m’indique qu’il est de bon ton d’accélérer le mouvement.

Les gens de la haute juste au dessus de ma condition sont peut-être des gens pressés, mais moi je bosse la nuit. J’ai besoin de prendre le temps de me réveiller. Du coup, comme je traîne, le ballet du personnel entame la remise en place de la salle. Je sens bien que je suis de trop. Je résiste, je prouve que j’existe. Mais je finis par déguerpir.

J’ai le droit de remonter dans ma chambre, et même d’y rester jusqu’à midi. J’allume la télé et je tombe sur un programme qui met en scène un couple aux prises avec leur fils de 29 ans qui s’incruste, se la coule douce. Sont fort chez Mars, même dans les programmes télé on vous fait sentir qu’il est temps de partir.

C’est comment la chanson de Stromae déjà ? Ah oui : « Allez vous faire f… »

PS. Le personnel est très gentil, c’est juste que l’enchaînement de situations méritait un billet drôle pour essayer de retrouver un peu de bonne humeur, j’ai un 8 pages à assurer la nuit prochaine et de longues heures de congrès à suivre…



mercredi 25 septembre 2013

Jeux de mains

Ce mois-ci on me propose encore de proposer des photos de truc, mais ce truc-là doit avoir cinq doigts et se trouver au bout d’un bras. Jeux de main, jeux de vilain dit-on…

Le fait est que je n’aime pas mes mains. Je les trouve trop petites pour ma taille, pas en rapport. Je mesure – enfin, je mesurais du temps de ma jeunesse folle, il semble que je me sois tassée – 1,75 mètre. Suivant les canons, je devrais avoir des mains mesurant environs 17,5 centimètres. Or elles en font à peine 16.

Main

Je ne suis pas unique

Mais si peu de gens aiment leurs mains, nombreux sont ceux qui sont fascinés par celles des autres. 

Moi par exemple, j’aime les mains des hommes fines et puissantes à la fois (je ne sais pas à qui elle est celle-ci, je l’ai prise au vol parce que je la trouvait belle)

une journée à Paris

Mais j’adore aussi les mains des bébés, si petites et tellement parfaites (celle de ma nièces quelques jours après sa naissance).

Mademoiselle Louise

Il y a celles des petites dormeuses (Léone assoupie les bras en l’air et les mains croisées

En attendant le père noël

les mains qui dessinent (Léone, petite, jouant les artistes sur le sable portugais)

Artistes à l'ouvrage

Celles qui se noient ou font semblant (Léone, des années plus tard, faisant le zouave dans une piscine cévenole)

Dans la piscine

Les mains qui travaillent (les cuisinières de Figuig, au Maroc, ne laissaient prendre en photo que leurs mains).

La longue préparation du couscous

Celles des musiciens qui tapent sur des tambours

Sur les murs de Lyon

Celles qui fument

Samedi

Les coquettes… : Qu’est-ce que tu m’offres dis chéri pour mon anniversaire. (Ici, en l’occurrence, il s’agit d’un superbe cadeau de Karaba (la vraie)

Un beau cadeau

Il y a encore les mains qui signent (sur le mur des je t’aime, dans le square des Abbesses à Paris)

Le mur des je t'aime

Les mains qui explorent (près d’un étang à Lapalisse, mes filles tentaient de capturer une grenouille)

La libération de la grenouille

Celles qui expérimentent (dans le désert de Figuig, Hassan nous montrait les propriétés des plantes)

Dans le désert

Celle de mon père avec laquelle je jouais

Petite enfance

Il y a mes mains, que je n’aime guère mais qui ne sont pas si laides.

Au jardin les enfants s'amusent, les parents regardent

Et puis, il y a la main du géant…

Le Scaphandrier de Royal de Luxe en action

samedi 31 août 2013

Propos de tram

Aujourd’hui était inauguré le tram de Tours. Musique, flonflons, confettis, art de rue, ministre, préfet… tout le monde était là pour regarder celui dont on nous promettait l’arrivée depuis trois ans.


Tram à Tours...

A l’intérieur, y avait foule. Idéal pour écouter les gens

– y a Valls qui est venu inaugurer le tramway
– Valls ? Mais qu’est-ce qui fout là, il ferait mieux de s’occuper de la Syrie

Ce qui est tout à fait du domaine d’un ministre de l’Intérieur…

– On arrive à Jean-Jauré (un gamin d’une dizaine d’année)
– Jean Jaurès (sa mère)
– Mais ça s’écrit es, comme les (le gamin)
– Mais ça se dit esse, (la mère)

une minute plus tard

– Quand est-ce qu’il est mort Jean Jaures ? (le gamin)
– Il est mort en 1914 (un papy)
– En 1914 ? Jean Jaures ? (la mère, sidérée)
– Ben oui ! en 1914. Assassiné à cause de la guerre (le papy surpris)
– Oh ! pardonnez-moi, je confondais avec Mendes (la mère)

Mendes qui se lit Mendesse, bien sûr…

– Arrêt Mi-Côte (la voix du bus)
– Arrêt Entrecôte (un passager)
– Arrêt Côte de porc (le gamin)…

Le tram n’a pas été plus loin. Le centre ville était assailli. Mieux valait éviter la boucherie…

vendredi 12 avril 2013

Troubles du langage

Vous  avez entendu parlé de ces accidents vasculaire au niveau du cerveau, ou ces maladies dégénératives, qui brouillent le langage et vous font dire « qfbg qfkgnmlk » au lieu de « passe moi le sel » ? Eh bien mon téléphone en est atteint.

J’ai voulu envoyer par SMS a ma fille « je crois que tu vas être bonne pour le bus » parce que je ne pouvais pas l’emmener à l’escrime. Elle a reçu : « je croustillants que tu vas être bonne pour le bus… »

Ce soir, je lui ai demandé de prendre sa douche à la maison plutôt qu’à la salle d’armes pour que je la rémène plus tôt. Et ça a donné : Tu gentil touchera à ka maison… » Elle m’a comprise. Elle est forte ma fille…

A par ça, j’ai téléphoné à ma mère. La conversation a été brillante.

Moi : tu vas bien
Elle : pffff… tu sais… pffff
Moi : ah oui ?
Elle : j’ai beaucoup travaillé ! alors… pffff
Moi : tu as travaillé ? (elle vit en maison de retraite et n’a pas grand chose à faire de ses dix doigts)
Elle : Pffff, oui, tu comprends… C’est compliqué… j’te raconterai.

J’ai pas très bien compris ce qu’elle voulais dire. Je suis beaucoup moins forte que ma fille.

jeudi 10 janvier 2013

Simone

Ma grand-mère est morte le 4 janvier dernier. Ce matin, j’étais à Bayonne pour la voir une dernière fois. J’ai assisté à la fermeture du cercueil et, avec ma famille, à sa crémation. Ses cendres rejoindront un cimetière de l’Yonne, où est enterré mon grand-père… Elle avait presque 97 ans. Elle avait vécu une longue vie. Avec comme nous tous, ses hauts et ses bas. Elle a connu deux guerres et toutes les révolutions de ce siècle terrible que fut le XXe.

Il ne faudrait pas que je me contente de venir ici à chaque fois que j’ai un décès à déplorer. Mais j’ai parlé d’elle à plusieurs reprises. C’est un personnage qui appartient à ma vie, donc à ce blog.

Le 8 mars 2004, j’écrivais ceci (extrait d’un texte formé de quatre portraits de femmes) :

SIMONE LA REBELLE

Simone est née un peu plus tard dans le siècle. 1916. Elle aussi a fait ses études au couvent. Au Grand Duché du Luxembourg, d’où sont originaires ses parents. A 15 ans, pendant ses vacances, son père meurt sous ses yeux. Elle sort du couvent à 20 ans, une “vraie oie blanche” comme elle le dit elle-même… Mais elle a un solide appétit de vie, une farouche volonté et un sacré fichu caractère.

C’est dans le métro qu’elle va rencontrer son mari. Son premier amour, pas le dernier. Simone a le goût des hommes et entend bien en profiter. Des amants, elle en aura. Mais elle restera attachée à son mari jusqu’à la mort de celui-ci. La fidélité d’esprit, pas de corps, la revendication de s’envoyer en l’air et d’aimer aussi.
Elle gère sa maison, travaille vite à l’extérieur, et vit sa vie. De petite secrétaire, elle deviendra directrice d’un hôtel parisien.

A 40 ans, un ami de la famille la photographie dans toute sa splendeur.
A 50 ans, elle renoncera aux hommes. Elle n’aime pas les vieux et n’est plus assez bien pour les jeunes dit-elle. Pourtant, des soupirants soupirant elle en a eu beaucoup ensuite.

Elle est toujours aussi caractérielle. Mais c’est comme cela qu’on l’aime. C’est mon autre grand-mère..

Le deuxième texte était celui-là.

Quelqu’un demandait pourquoi prend-on des photos… Je lui répondais que lorsque je vois certaines choses, comme celle-ci, me venait le titre d’un film Se souvenir des belles choses. Pour moi, en fait, c’est ça une photo : se souvenir des belles choses.

L`écriture me permet de créer des émotions, de les réinventer, de les retranscrire. Photographier, c`est imprimer dans ma mémoire rétinienne des scènes qui m’ont donné du plaisir… Ça se ressemble, ça se complète, mais ce n`est pas la même chose.

Pourtant je livre, dans l’une comme dans l’autre de ces activités autant de moi-même…

Se souvenir des belles choses… Au-delà de la mémoire, comme si celle-ci un jour pouvait s’effacer. Les photos, elles, restent. Au delà des souvenirs.

Se souvenir des belles choses… On vient de diagnostiquer à ma grand-mère un alzheimer…

Camera
Canon PowerShot A40
Focal Length
7.84375mm
Aperture
f/3.5
Exposure
1/3.3333333333333335s

Il y a quelques années, elle avait échappé à l`incendie de son appartement qui avait brûlé tous ses souvenirs, tout son passé. Et maintenant, dans l`incendie de son esprit, qui se souviendra des belles choses de sa vie ?

En fait, elle n’avait pas d’alzheimer, elle était juste très dépressive. 

Ce qui n’empêche, que je me souviendrai longtemps des belles choses, et aussi des moins belles, parce qu’elles font partie de la vie. Et que tant que ma mémoire ne flanchera pas, Simone sera vivante dans mes souvenirs.