lundi 14 juillet 2008

mer et lac. 3 mai

Seashel m’envoie un SMS me demandant de lui faire signe dès que je me réveille. On est samedi. Mais comme nous sommes en vacances, nous n’avons ni heure ni nécessité. J’émerge donc assez tard, vers 10 heures. Je lui fais donc signe et elle m’appelle pour aller pique niquer sur une plage, après Porticcio, sur laquelle nous rejoindra Laurence et sa famille, qui seront en bateau. Nous fêrerons ainsi nos anniversaires respectifs.
Vu l’heure, nous préparons un petit déjeuner grand déjeuner. Puis une tarte aux pommes. Nous prenons la voiture pour descendre à Porticcio, rejoindre Seachel et nous nous dirigeons vers la plage choisie. C’est dans une crique sympa, juste après la plage d’argent. Il y a un peu de vent, pas beaucoup de monde. Nous nous installons, bientôt rejoint par la bande à Laurence. Ça tombe bien, tout le monde a un creux, nous sortons les gateaux et les partageons. Puis nous nous donnons nos cadeaux. Je reçois de la part de Seachel un disque de Sean Kuti, le fils de Fela et un des frère de Femi. Je vais me régaler en voiture. J’en avais entendu des extraits à la radio et le petit à l’air prometteur.
Je reçois des deux copines un très joli collier avec un œil de Sainte Lucie, ces opercule de coquillage marqués s’une spirale. Je le porte tout de suite. Seashel met à ses oreilles les boucles que lui a fabriquées Lou et au cou le collier en ivoire végétal que nous lui avons choisi la veille. Il est orange. Ça tombe bien, elle est justement vêtue de cette couleur aujourd’hui.
A. nous rejoint avec ses enfants. On est bien, là sur la plage à papoter. Garance est partie dans les rochers avec une épuisette qu’elle a trouvée. Elle capture de petits poissons et des coquillages qu’elle vient me montrer avec fierté. La nature la passionne toujours autant. Une fois que nous nous sommes tous exclamés devant sa pêche, qu’elle a artistiquement agencé dans un seau, et que j’ai pris la photo, elle va remettre le tout dans l’eau.

Pêche


A. collectionne les gens qui peuvent lui dire un poème, n’importe quel poème. Elle nous demande donc si nous en connaissons un, si nous sommes capables de le lui réciter. J’en connais de nombreux. Mais celui qui me vient spontanément à l’esprit est un texte de Charles Cros. Je ne sais pas si ça s’appelle Le Mur ou le Hareng Saur. Je l’ai appris en CM1 et m’en souviens toujours. D’autant que je le dis souvent aux petites, comme une histoire. Elles adorent. Agnès me demande si je peux le lui réciter, comme cela, devant son Camescope. Mais pourquoi pas, je ne suis pas du genre à me dégonfler. D’autant que je trouve l’idée intéressante. Je ne peux guère la réutiliser sur un blog. En effet, il est facile d’aller chercher le vrai texte et de le copié-collé. Alors que face caméra, on ne peux pas tricher. On sait le poème, où on ne le sais pas. J’escamote cependant la dernière strophe, qui tombe en forme de conclusion, ce dont ne pâti ni l’histoire ni le sens. Mais ce dernier paragraphe, je ne m’en souviens jamais correctement. Avec les filles, je l’improvise une fois sur deux.

En fait, ça donne ça

Il était un grand mur blanc - nu, nu, nu,
Contre le mur une échelle - haute, haute, haute,
Et, par terre, un hareng saur - sec, sec, sec.
 
Il vient, tenant dans ses mains - sales, sales, sales,
Un marteau lourd, un grand clou - pointu, pointu, pointu,
Un peloton de ficelle - gros, gros, gros.
 
Il monte à l’échelle - haute, haute, haute,
Planta le clou pointu - toc, toc, toc,
Tout en haut du grand mur nu - nu, nu, nu.
 
Il laisse aller le marteau - qui tombe, qui tombe, qui tombe,
Attache au clou la ficelle - longue, longue, longue,
Et, au bout, le hareng saur - sec, sec, sec.
 
Il redescend de l’échelle - haute, haute, haute,
L’emporte avec le marteau - lourd, lourd, lourd,
Et puis, il s’en va ailleurs - loin, loin, loin.
 
Et, depuis, le hareng saur - sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle - longue, longue, longue,
Très lentement se balance - toujours, toujours, toujours.
 
J’ai composé cette histoire - simple, simple, simple,
Pour mettre en fureur les gens - graves, graves, graves,
Et amuser les enfants - petits, petits, petits. 

A 17 heures, branle bas de combat. Nous allons voir une exposition d’artistes et d’artisans dans un ancien pénitencier. Il paraît que le lieu à lui seul mérite d’être vu. Heureusement. Mais pour le moment, nous suivons la route bordée d’eucalyptus et l’air sent diablement bon. Nous sommes là, toutes vitres baissées, le nez en l’air, à humer à plein poumon. Il ne faut pourtant pas que j’en oublie la route qui déroule ses lacets interminables et bien serrés. Nous arrivons sur une grande air de stationnement, sur laquelle se dresse un immense bâtiment. Un des plus grands vestiges de ce pénitencier qui ouvrit ses portes sous le second empire. Il paraît que l’air, infesté de moustique, était à l’époque si malsain, que 80 % des forçats y mouraient comme les mouches.

Ancien pénitencier

Nous pénétrons à l’intérieur. C’est moins grand que ça n’en a l’air, tout en pierres nues, grises, noires par endroit. La voute type roman est très haute. Ça a de la gueule. On n’en dira pas autant de ce qui est exposé. La laideur rivalise avec le n’importe quoi. Des ouvrages de dame, des enluminures, des peintures du dimanche, voire de jours fériés. Quelques créations valent pourtant le coup d’œil, dont des bois flottés. Mais là, c’est le coup de bambou. Je me vois mal dépenser 300 euros pour quatre bouts de bois ramassés sur la plage. Comment, je n’ai aucun sens de la poésie ? Je connais la poésie de mon porte-monnaie et ça me suffit. Je m’attarde devant le stand d’une créatrice de bijoux : même Lou fait mieux. Et je ne dis pas cela parce que c’est ma fille.
Nous décidons d’aller faire un tour « au barrage ». Nous empruntons un chemin bordé d’arbre et de fleurs. Il fait bon. Nous ne sentons pas le vent. Nous entrons dans la forêt et le chemin se transforme en sentier. Au bout de dix minutes, nous arrivons devant le fameux barrage. Un immense mur de pierre qui semble barrer la route.

Barrage dans la foret


Mais le sentier continue sur la droite, escarpé, il grimpe parmi les racines et les roches. Nous débouchons sur une retenue d’eau, une réserve enserrées dans ses murs de pierre. L’endroit est paisible, calme, frais. Des oignons sauvages poussent un peu partout. Les eucalyptus se mirent dans l’eau du lac. Et on a une vue magnifique sur le golfe d’Ajaccio et sur l’Isolella.

Golfe d'Ajaccio


Nous nous asseyons un instant pour profiter du calme de l’endroit et de sa beauté . Enfin, du calme, c’est vite dit. Les enfants rivalisent d’idées ingénieuses pour faire des bêtises. Seashel et moi nous relayons pour leur dire d’arrêter ci ou de  ne pas faire ça. Lassant…

Sur le barrage


Nous faisons le tour du lac. Puis redescendons vers la civilisation. Léone se casse la figure et se fait assez mal. Elle pleure. Nous la consolons. Puis Garance, qui a des problèmes de chaussures, traîne derrière. Je l’attends. Les autres sont loin devant.
Nous reprenons les voitures et nous repartons chacune chez nous avec notre progéniture respective. Nous arrivons à temps à la dernière boulangerie avant le village pour acheter du pain. Il ne me reste quasiment plus de liquide. Il va falloir que je trouve aussi un distributeur. Nous prenons la route qui mène à la maison. Au détour d’un virage, une aire de stationnement. Nous nous y arrêtons pour y admirer le coucher de soleil sur le golf de Sagone. Il est magnifique une fois de plus, bien qu’il soit un peu noyé dans les brumes du soir. Puis nous reprenons notre chemin pour arriver, enfin.

Je me lance dans un vrai dîner malgré l’heure tardive. Même en vacances, on ne peut pas grignoter tout le temps. Les filles sont bloquées devant la télé et râlent quand il faut, enfin, passer à table. En fait, j’aime bien les soirées sans télé.

vendredi 6 juin 2008

Revigorant comme l'onde claire

Tiucce


Sur la plage de Tiucce, l'onde est si claire qu'on a l'impression qu'elle n'est même pas là. Enfin, le temps de quelques centièmes de secondes…
Et elle est si fraîche qu'elle est bien plus revigorante qu'une bonne paire de claques…

Drapé dans ton habit de suffisance
tu avais un peu chaud me semble-t-il
mieux qu'un soda, qu'une révérence
j'ai un truc sensass' pour les
problèmes de chevilles

Une bonne paire de claques
rien de tel pour faire circuler le sang
c'est du miel en plaque
c'est revigorant comme l'onde claire…*

Ce message ne s'adresse à personne. Il n'y a qu'un être au monde à qui j'ai envie de donner une bonne paire de claques. Et c'est justement à lui que je m'interdis de le faire... Cela dit, rien que d'y songer, parfois…


(*) Une chanson de Tété.
PS : de l'autre côté du clic, il y a d'autres jolies photos.

mardi 27 mai 2008

asphodèle

Fleurs du Liamone

mardi 6 mai 2008

Plage et médecin


Quand Lou est entré dans ma chambre et disant « Maman, maman, Léone a vomi, y en a partout… » J’avais l’impression de venir de m’endormir. Je regardais l’heure… je n’avais pas tord, il était 2 heures. J’ai gémis un peu pour la forme. Mais dans ces cas là, je suis terriblement fataliste. Les enfants, ça vomit. Parfois dans la salle de bains, parfois, non. C’est le vomis, c’est comme ça, faut faire avec.
Je suis montée à l’étage avec le seau et la serpillière, nettoyer les dégâts de mon bébé. J’enlevais le drap de lit, nettoyais le sol, auscultais ma dernière qui était fraîche comme un gardon. Et renvoyait tout le monde se coucher. Mais le sommeil m’avait fuit. Alors je repris mon livre et n’éteignis la lumière qu’à 5 heures du matin, Pour être réveillée par les voisins vers 7 heures. Morose.
Tout fut morose d’ailleurs cette matinée là tant j’étais fatiguée et j’avais mal partout. Merde, être en vacances et ne pas dormir tout son saoul, ça a quelque chose d’inconcevable. D’accord il y avait ce livre, mais il y avait aussi mes neurones personnels. Faudrait quand même y mettre bon ordre.
Je me levais vers 9 heures, préparais le petit déjeuner des filles qui étaient levées. Pris le petit déjeuner avec elles. Puis retournais m’allonger avec mon bouquin. Somnolais. Garance vint me voir pour me demander quand nous irions chez le médecin. Après déjeuner chérie, là, je suis en mode pause…
Je me relevais pour faire la bouffe. Léger. Salade, viande, oranges du jardin (une tuerie soit dit en passant).
Et puis nous nous préparâmes. Le programme était : médecin, plage, Piana pour y voir le coucher du soleil. Heu, c’est pas tout à fait comme ça que ça c’est passé. D’abord, de médecin, il n’y en avait pas avant 16 h 30. Il était 15 heures. Ensuite, Piana était paraît-il à deux heures de route. Je trouve que ça fait beaucoup quand on pense que Corte est à une heure et demi. Mais bon. Deux heures, quand même… Ça faisait quatre heures de route. Avec des ziiiig à gauche et des zaaaag à droite. Mon rêve de coucher de soleil sur les calanques en a pris un coup. Alors je changeais mon fusil d’épaule et proposais aux filles : on va à la plage jusqu’à 18 heures. Et puis après, on va chez le médecin. Et pour une fois on ne rentre pas trop tard. Banco ?
Banco
Les filles, du moment qu’il y a le mot plage calé quelque part dans le programme, tout leur va. Nous retournâmes donc plage du Liamone, décrétée plage préférée des filles. Et je ne peux vraiment pas leur dire qu’elles ont tord.
Là, j’ai repris mon livre. Il fallait que je lui fasse un sort. Il décrivait, entre autres, une façon de fonctionner dans une famille qui me parlait bien. Le mot était anglais, c’était sparky. En quelque sorte donner de beaux souvenirs aux enfants.
Le hic, c’est que l’histoire est triste, que la mienne n’est pas formidablement gaie non plus. Et que de voir mes filles rire et se poursuivre sur la plage me donnait, curieusement, un sacré coup de bourdon. Aurais-je réussi à leur mettre suffisamment de bleu dans la tête pour tenir les échéances à venir ? A midi, nous avions parlé de leur père. Enfin, parlé. Garance, plusieurs fois me demandait quand nous irions le voir. Il lui manquait. Manquer au point de vouloir revivre avec lui ?
Oh ben non, juste le voir.
Lou se marrait en disant que c’est son chat qui lui manquait.
Léone fit semblant de pleurer en grimaçant que son chat et son père lui manquaient
je peux reprendre de la salade, ajouta-t-elle aussitôt.
Fermer le ban, Il n’y a rien d’autres à en dire.
Je suis allée me baigner pour me changer les idées. L’eau était comme d’habitude, tout juste fréquentable. Niveau température s’entend. Pour le reste, elle est parfaite. J’ai joué avec les filles, un peu. Léone me montrait ce qu’elle savait faire. Et s’étonnait d’avoir presque oublié la nage grenouille (brasse). Je la rassurais en lui disant qu’en mer, aucune nage n’était possible. Je sautais sur place « pour faire bouger mes bourrelets » disais-je à Lou qui, morte de rire, faisais semblant de m’engueuler pour me dire que j’était trop dure avec moi-même. Ha ben non, pas dure, juste lucide.
La veille, dans la montagne, nous avions croisé un couple de marcheur que nous avons salué comme il se doit. Lou s’était attardé à regarder un lézard un peu gras du bide et en avait fait la réflexion.
‑ Oh, il est obèse ce lézard.
Elle entendit le mec dire à la compagne :
‑ Comme sa mère.
‑ C’est le cas de le dire, rétorqua celle-ci
C’est en tout cas ce que m’a rapporté Lou. Bon, obèse. J’ignorais. Mais bon, l’obèse, elle a quand même grimpé là haut dans la montagne. Et je ne sais plus la suite de la chanson. Tout ceci n’est pas très grave. Je sais que lorsque j’aurais retrouvé une vie plus calme, moins stressante, les kilos en trop partiront, j’ai toujours fonctionné comme ça. Cela dit, là où ils ont raison, c’est le poids, il faut le hisser, et ce ne fut pas de la tarte.
Bon, allez, au diable les cons.
Il fait beau, je me baigne et je fais sauter mes bourrelets parce que je le veux bien.
A 18 heures, nous avons pris le chemin du cabinet médical. Nous sommes tombées sur ce genre de médecin qui cause tout le temps, parfois pour dire des conneries et avec qui on ne peut pas en placer une. Et bien sur, forcément, on est légèrement débile. D’abord, il a pris Garance pour un garçon (elle était en jupe. Puis m’a répété quinze fois qu’avec sa peau il fallait qu’on fasse attention. Ça pour le coup, c’était un scoop. J’essayait de le rassurer, mais comme il n’écoutait pas ce que je disais, je laissais tomber. Faisant la conversation sur le ton qu’il attendait.
Il finit par faire la seule chose que je lui demandais, lui prescrire un antihistaminique. Les boutons de Garance, c’est comme sa peau, je connais.
Nous sommes remontées au village. J’adore cette route. Elle traverse les champs, les prairies. Elle est bordée de fleurs et elle sent bon le foin, l’herbe, l’été. J’ai préparé des pâtes aux aubergines et une quiche lorraine pour manger à la plage le lendemain. Puis nous sommes montées à l’étage toutes les quatre pour regarder le soleil se coucher dans la mer. C’était beau, comme d’habitude.
Le dîner achevé, les filles ont commencé une partie de Cluedo quand j’ai commencé à écrire. Et quand tout le monde a été couché, j’ai repris mon bouquin. Et je l’ai achevé, ce qui était somme toute la seule chose qu’il y avait à faire le concernant. J’ai fermé la lumière vers 2 heures. Mais le sommeil me fuyait. J’ai donc ressorti les petite pilules qui font dormir et j’ai sombré sans autre réveil que celui du matin.


lundi 5 mai 2008

La vallée de la Restonica

Quand le téléphone a sonné le réveil à 7h30, je me suis dit que c’était une mauvaise blague. Puis je me suis souvenue que non, c’était moi qui l’avais ainsi réglé. Du coup, je me suis octroyée une petite rallonge d’une demi-heure. Puis je me suis levée, j’ai mis le linge à sécher, commencé à préparer le petit déjeuner. Et j’ai été secouer les filles. Oh qu’il est dur le réveil de ces petits bouts qui ont tant envie de rester au lit. Faut dire que la perspective de marcher pendant des heures, après avoir fait une heure et demi de voiture ne les enchantait pas. Elles ont pourtant fini par descendre, par se préparer.
Nous sommes parties, il était pratiquement 10 heures.
Si nous étions restées à Paris, je me préparerais à aller voir le juge pour la conciliation avec mon mari. Eh bien je préférais les faire ces kilomètres. Et j’avais bien raison.
Nous avons été jusqu’à Corte. Et nous avons pris la direction de la vallée de la Restonica. En fait, cette vallée commence très vite après la ville. Une petite route très étroite, bordée d’un côté par un précipice au fond duquel courrait un torrent de montagne aux eaux magnifiquement claires et de l’autre des parois escarpées. Que du très classique, mais du très très beau quand même. La route nous menait d’abord au camping de Tuani, pour continuer plus étroite que jamais. Nous traversions des ponts sans garde-fou avec des précipices de chaque côte. Nous admirions les grands pins laricio, la roche abrupte, et puis encore cette eau magnifique qui donnait bien envie de se baigner même si nous la devinions glaciale. C’était trop beau. Lou pestait car elle était côté roche. Nous passâmes le pont de Tragone et se fut à son tour de s’exclamer.
Après un temps interminable (nous roulions à 2 à l’heure), nous arrivâmes enfin aux bergerie de Grotelle, départ de notre randonnée. Notre but était de suivre la haute vallée de la Restonica. Puis de suivre le chemin vers le lac de Melo. La pancarte annonçait une heure et demi de route. Le guide calculait quelque trois heures. Par expérience, je préférais faire confiance au guide. Ce n’est pas tant que les petites marchent lentement, elles ont bon pied, bon œil. Mais les chemins dits faciles sont toujours plus ardus qu’annoncés. Et les passages difficiles ne passent pas aussi rapidement que les autres.
Il était presque midi quand nous sommes parties. Nous croisions des gens super équipé, avec chaussures de marche, bâtons de randonnée, doudoune, Kway. Nous étions en short et bermuda, t.shirt et sandale de marche. Les filles au moins avaient un pull. Pas moi. Je me disais que j’étais vraiment une mère indigne d’emmener mes enfants aussi peu habillés pour la circonstance. Je me demandais si ça allait le faire.


Ça la fait. Et pourtant, ce ne fut pas facile. Il y eut des pleurs et des grincements de dents. Mais nous sommes passées.
Au début, le chemin était très caillouteux. Puis presque plat, plutôt agréable, avec des ruisseaux qui couraient partout. Nous sommes arrivées à un premier relais à côté duquel nous avons trouvé une roche accueillante pour pique niquer. Face à la montagne et à quelques cascades. Nous avions vu pire comme salle-à-manger. Comme de bonnes petites citoyennes, nous avons ramassé tous nos papiers et nous les avons fourré dans notre sac. Nous avons pu constater que ce n’était pas le cas de tout le monde. Et nous avons repris notre chemin.
Ça montait, maintenant, mais c’était encore très fréquentable. Et puis surtout, quel spectacle. A droite, la longue crète du Capo a u Chiostre (2295 mètres), à gauche le massif de la Rotonde (2622 mètres) et devant nous, barrant l’horizon, le Lombarduccio. Graphie italienne je le crains. En corse, cela s’écrirait bien sûr tout à fait différemment. Partout, des reste de neige agrippés aux pentes, des cascades, Vallée glaciaire, aux flancs abruptes et au fond plat, encombré de moraines, de roches arrachés aux parois par les glaces. Au bout d’une heure et demi de marche (dont en fait une demi heure de pause), nous sommes arrivées à la grande barre rocheuse qui retient le lac de Melo. Alors, là, le guide disait que les personnes habituées à l’escalade pouvaient en un quart d’heure atteindre le lac en franchissant la barre rocheuse, les passages les plus commodes étant indiquées par des marques jaunes. Il est plus aisé de s’y rendre, continuait-il, depuis le plateau couvert d’aulnes, qui traverse la Restonica, grimpe dans les Aulnes sur la rive droite et franchit la barre rocheuse par son rebord gauche (environ 1 heure,facile).
Le problème, c’est que la plupart des guides sur la Corse vous établissent une programme d’été. Et oublient complètement qu’on puisse faire ce genre de promenade en d’autres saisons. Le chemin ainsi présenté était tout à fait impraticable car entièrement couvert d’une épaisse couche de neige. Et la neige, en sandales…
Nous avons donc attaqué la barre rocheuse par sa face escalade, et ça a été plutôt sportif. La seule qui était vraiment à l’aise était Lou qui se relayait auprès de ses petites sœurs, j’avais pour ma part assez de mal à isser mes kilos plus ceux du sac à dos. Il a fallu grimper en se tenant à des chaînes, escalader des rochers, des échelles, j’en passe et des semblables. Au moins étions nous un minimum équipées. Mais je plaignais beaucoup les mamies avec leurs chaussures Damart et l’ado hollandaise avec ses ballerines ajourées. Mais oui, mais sur le guide, c’était quand même marqué : randonnée sans aucune difficultés…
En suant, en ahanant (j’exagère quand même un peu, vous pensez bien), nous sommes arrivées en haut de la barre rocheuse. Il nous restait encore quelques mètres à parcourir avant de découvrir un paysage magnifique. Entouré de murailles enneigées, un lac, en grande partie encore pris dans la glace hivernale. C’était beau à couper le souffle si nous en avions encore eu un. Les filles sautaient de joie. Elles avaient réussi à y arriver, elles étaient là, devant cette eau transparente et sombre, et elles ne boudaient pas leur bonheur. Elles trouvaient tout ça si beau, si merveilleusement beau. Et puis c’était encore plus merveilleux après leurs efforts. Et moi, je profitais à mort. C’était quand même beaucoup plus agréable que de voir la tronche de l’avocat de la partie adverse.

Nous avons trouvé une grande roche pour nous abriter du vent. A son pied, trois pierres plates, des sièges parfaits. Nous étions là, au soleil, admirant le paysage et racontant des conneries, à rire comme des bossues. Nous avons fini de partager le pain, le salami et la coppa. Nous avons fini la bouteille d’eau. Nous avons encore échangé quelques plaisanteries. Pris de nombreuses photos (surtout moi). Et puis nous sommes reparties.
Bon la descente n’a pas été une partie de plaisir. Sauf pour Lou à qui rien ne fait peur et qui aurait bien cavaler devant si son côté grande sœur de l’avait pas retenu auprès de nous. Il a fallu descendre la barre rocheuse. Et nous n’étions pas d’une élégance folle. Mes genoux me faisaient hurler de douleur. Je serrais les dents. Garance était encore plus blanche que d’habitude, à cause de son vertige. Et Léone payait le prix de sa montée à tout berzingue. Elle était crevée. Mais bon, on s’en sortait en se faisant beaucoup de câlins, en nous encourageant mutuellement. Mais les attendre continuellement, aller à leur rythme plutôt qu’au mien achevait de m’épuiser.
Lou avait fini par prendre le large. Au passage d’un torrent (il y en avait bien plus au retour qu’à l’aller, la journée était très chaude), j’ai rempli la bouteille d’une eau pure et glacée qui nous fit du bien. Et puis nous sommes arrivées, enfin, près de la voiture. Je ne l’avais pas fermée à clé. Je ne ferme jamais rien au village. Mais sur le parking hypra touristique des bergeries, c’était un peu tenter le diable. Cela dit, il n’y avait strictement rien à voler. Même pas un paquet de gâteaux puisque nous l’avions emmené avec nous. Mais c’est dans la voiture, sur le chemin de retour que je lui fis un sort.
Nous reprîmes la route de la vallée, toujours aussi émerveillées. Les filles exprimaient leur joie d’avoir réalisé cette randonnée. Je racontais à Lou le GR 20 et mon rêve, un jour, d’avoir la condition physique pour le faire. Elle me promit alors de m’aider et de le faire avec moi. Cela nous fera un rêve de plus à deux.

Arrivé à Corte, je m’arrêtais à une pharmacie. Garance, depuis avant notre départ avait des plaques rouges aux mains et aux pieds. Ce n’était pas la première fois qu’elle me faisait cela. D’habitude, je lui donnais un antihistaminique et tout rentrait dans l’ordre, mais là je n’en avais pas. Les boutons et les démangeaisons qui allaient avec empiraient. Il fallait trouver une solution. Je montrais les boutons à la pharmacienne qui nous donna des cachets et de la pommade à la cortisone. J’étais un peu étonnée, parce que la cortisone, pour une enfant, sans ordonnance… Mais bon… Elle connaissait son métier.
Tu parles. Une heure après, les boutons de Garance avaient empiré. Quand nous arrivâmes à la maison, ils lui brûlaient tellement qu’elle en pleurait. Je l’envoyais à la douche vite fait bien fait, puis lui appliquais une de mes pommades contre les gratouilles en tout genre. Elle se calma. Mais je décidais que le lendemain, je l’emmènerai chez le médecin.
C’est là que la vie m’a rattrapée. Je retrouvais mon portable, notais les messages qui m’étaient parvenus dans la journée. Une urgence du côté de Tours me fit rappeler l’amie que j’ai là bas. Il fallait se remettre sur le pied de guerre. Ce n’étais pas du tout le côté désagréable de ma vie de tous les jours qui me faisait signe. Mais le reste m’est revenu avec. Et l’angoisse. Je regardais mes filles jouer et rire. J’en était contente, mais je mesurais soudain combien notre hâvre était précaire. Et qu’il allait bientôt disparaître.

Je fis mine que tout allait bien et concoctais le repas. Pour nous féliciter de notre courage et de notre pugnacité, je fis sauter des pommes de terre dans de la graisse de canard et les servis avec le confit qui allait avec. Je m’ouvris une bouteille de vin. Et nous nous racontâmes des blagues de Toto et de blondes pendant toute la soirée. Nous étions mortes de rire et de fatigue. Nous avons débarrassé la table mais remis la vaisselle au lendemain. Les filles montèrent se coucher. Je pris enfin ma douche, rejoignit mon lit et mon bouquin. Je veillais un peu, un peu trop. J’ai comme qui dirait des problèmes pour trouver le bouton off le soir.

vendredi 2 mai 2008

Corte 2

Nous arrivons place Gaffori. Je montre la maison du général (photo) aux filles et les impacts de balle qui sont restés, traces des batailles qui ont fait rage dans la ville. « Mais comment tu sais tout ça maman ?
- Eh bien, avant de partir visiter un truc, je me renseigne, et après, je vous raconte ce qui s’est passé. Comme ça, c’est plus intéressant pour vous. Au lieu de ne voir que des vieilles pierres, vous voyez aussi leur histoire. »
Je leur narre alors que les Gênois, encerclés dans la ville par Gaffori et ses soldats, avaient réussi à s’emparer d’un des fils du général et l’avaient mis sur les murailles pour empêcher les Corses d’avancer. Le général Gaffori, atterré en reconnaissant l’enfant, faillit arrêter son attaque. Mais sa femme cria alors : « Oubliez mon enfant ! A l’assaut ! » Et les Corses, galvanisés, ont gagné la bataille.
- Elle était folle, celle-là
- C’était une autre époque, chérie.
- Mais c’était son fils. Et il est mort le garçon ?
- L’histoire dit que non. On le retrouva sain et sauf. Cela dit, les histoires exemplaires finissent rarement mal. Tu imagines qu’on dise dans les livres qu’on retrouva le cadavre du garçon ? Ça la foutrait mal… »

Corte


Nous partons enfin dans les rues fichées de galets. Il fait bon, nous suivons le chemin vers le belvédère. Partout de vieilles maisons, des petits jardins et des fleurs. Nous arrivons enfin sur une placette d’où nous avons une vue imprenable sur la citadelle. Arrêt photo, puis arrêt chats. Il y en a partout, pas vraiment sauvages. Lou les prend en photo, tente même de les caresser, pas toujours avec succès. Nous faisons le tour de la Citadelle et nous pénétrons à l’intérieur. Il y a là un musée, assez récent, sur la vie Corse. Je propose aux filles de le visiter. A ma surprise, elles sont enthousiastes. Tant mieux, parce que ce musée est un petit bijoux. La scénographie est parfaitement bien foutue, intéressante. L’évolution des salles bien pensée. Et tout le monde, adulte comme enfant, peut y trouver son compte.
Mais d’abord, on va investir la Citadelle. On monte, on visite le cachot, de petites salles d’armes, les chiottes sur la falaise, les remparts. Il y a des fleurs partout. Des meurtrières aussi sur la vallée en contrebas. Nous redescendons vers le musée que nous visitons tranquillement. Garance passe de salle en salle émerveillée. Tout l’intéresse. Elle veut faire un exposé sur la Corse à sa classe et ce qu’elle voit ici va l’aider, c’est sûr.

On redescend vers la ville. Suivons les petites rues au hasard. Il y a une épicerie qui a la réputation d’être la plus photographiée au monde (peut-être que celle qui a servi de décor au film Amélie Poulain à Montmartre lui fait maintenant concurrence). En tout cas, je comprends pourquoi, extérieurement, elle est ravissante. Du coup, j’y vais de ma petite photo aussi. On est touriste ou on ne l’est pas.

Corte

La lumière est belle, elle magnifie les ocres de certaines façades. Nous visitons l’atelier d’un potier. Léone est fascinée par leur travail. Moi par les objets expossés. Il y a notamment une théière absolument superbe. Mais alors tout à fait hors de mes moyens. Puis nous entrons dans l’échoppe d’un homme qui travaille le bois, essentiellement l’olivier. Très classique, mais beau. J’achète un petit tirebouchon qui ne prend aucune place mais est très ingénieux. Un joli petit objet.

Petit à petit nous redescendons vers la voiture. Nous nous arrêtons faire deux ou trois courses et enfin regagnons l’auto. J’en ai plein les patte et nous avons encore deux heures de route pour rentrer. Je profite de la voiture et de son lecteur de CD pour faire découvrir des chanteurs à Lou : Janis Joplin, Damien Saez, qu’elle adore, Wasis Diop qu’elle apprécie moins (mais c’est bien quand même…). Elle confirme qu’elle préfère le rock à tout le reste. Va falloir que je complète ma discothèque.

Nous arrivons enfin. Cela fait des jours que Lou veut me teindre les cheveux. Je cède ce soir, même si ce n’est plus l’heure. Mais sinon, de toute façon, ce ne sera jamais l’heure. Elle fait ça très sérieusement. Malheureusement, je lui refuse une broutille un peu plus tard et elle monte bouder dans sa chambre. Elle ne redescendra pas pour dîner. Et c’est avec les deux petites que je partagerai un délicieux plat de jambon purée… Bah ! on aura vu encore une fois un magnifique coucher de soleil. Allez, c’est pas tout ça, mais c’est l’heure de dormir. Programme de demain ? Ben plage, bien sûr !

Corte 1

Ce jour-là, nous avions décidé d’aller à Corte. Enfin, j’avais décidé que nous irions à Corte. C’est toujours moi qui décide ce genre de choses… Mais les filles étaient d’accord avec le programme. Elles avaient envie d’aller en visite.

Au départ, je voulais les réveiller vers 9 heures, pour partir à 10. Etre à Corte pour 11h30. Se balader, déjeuner, se balader de nouveau. Et puis rentrer par la Restonica et faire la balade jusqu’au lac de Melo.
Ça, c’est tout moi d’imaginer des journées intenables.

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jeudi 1 mai 2008

1er mai

1er mai. Bon qu’est-ce qu’on fait un premier mai. En général, on va manifester. En tout cas, cette année, c’est important de manifester. Je suis donc allé à la plage avec une feuille sur laquelle j’avais écrit : A bas Sarkozy. Et une autre avec : Touchez pas à nos retraites. Et enfin : on veut du pouvoir d’achat… Je suis arrivée la première. Puis d’autres femmes sont arrivées avec leurs enfants. Nous avons fait un sit-in. Et l’après-midi est passée comme ça. Bien sûr, à un moment, je n’ai pas pu résister, j’ai piqué une tête.

Tiucce


Les enfants allaient et venaient. Il y avait des concurrences d’âges, des groupes d’amis constitués, des garçons, des filles. Les mères, m’ont proposé une belote. Mais bon, la dernière fois que j’ai joué , ce devait être il y a, au moins, trente ans…
– Trente ans ? Si longtemps ? Mais t’es pas une grand-mère…
– Bé non, je n’en suis pas une. Mais j’aurais pu. En tout cas, j’en ai l’âge. J’en connais des plus jeunes que moi.
– Mais tu ne les fais pas…
– Merci, merci, ce sont toujours des compliments bons à prendre…

Bref, elles se sont mises à jouer à la belote. J’avais complètement oublié que ça se jouait comme cela. J’ai entendu des mots qui avaient un sens pour moi. Preuve que je n’avais pas non plus tout oublié. Ils sonnaient à mon oreille comme de vieux souvenirs qu’on exhume d’une malle : on avait oublié qu’ils existaient, mais on est content de les retrouver.

Pendant qu’elles jouaient, j’ai essayé de lire. Mais je suis d’humeur contemplative en ce moment. Et j’étais passionnée par les fillettes de 8-9 ans qui jouaient à la maîtresse et aux esclaves. L’une d’elle reposait, alanguie, c’était la maîtresse. Les autres s’affairaient, les esclaves : médecin ou servantes. Et puis il y avait J., 3 ans, qui jouait la fille de la maîtresse et s’en sortait fort bien.

Elle savait aussi que, quand elle avait du sable dans les yeux, il ne fallait pas aller voir sa « mère », mais la servante (sa sœur). Les miennes, de filles, étaient dans l’eau. Puis à côté de moi. Garance a des difficultés avec les filles de son âge et leurs «je t’aime moi non plus » pourtant courant à cet époque de la vie (et bien plus tard aussi d’ailleurs). Et puis parfois, elle n’a pas envie d’être avec d’autres que moi ou que ses sœurs. Elle a envie de n’être qu’avec nous. Elle angoisse. Je le sens. A un moment, elle s’énerve. Elle n’arrive pas à me parler. Alors je l’entraîne faire une petite promenade le long de la mer. Et là, elle me crache ce qu’elle remâche depuis quelque temps. « Quand je pense à papa, ça fait tellement triste que je n’arrive pas à travailler. C’est pour ça que je ne travaille pas bien à l’école. Et puis aussi, j’ai peur pour toi. J’ai peur qu’il soit tellement en colère qu’il te fasse mal. »

Je ne peux quand même pas lui dire que ça m’a aussi traversé l’esprit. Je ne crois pas que ça l’aiderait. Alors je lui glisse que son père ne m’a jamais frappée, moi. Et que je ne vois pas pourquoi il commencerait maintenant. En fait, si, je le vois bien aussi. Mais je le garde pour moi. Le dialogue étant complètement rompu, la colère qui ne s’exprime pas verbalement peut tout à fait sortir par un autre canal.

Garance se calme. Nous trouvons de jolis cailloux dans l’eau. Je retourne à mon sit-in, elle reste près de moi, puis retourne se baigner avec Lou et Cannelle. La crise est passée.

Le temps passe, lui aussi. Peu à peu les manifestantes s’en vont. Je reste seule avec les filles. Passer un moment toutes les quatre avant de remonter vers le village. Ce que nous finissons par faire vers 19 heures. Sur la route, je m’arrête quelques fois pour prendre des photos. L’heure exquise. Des fleurs, la campagne, la montagne, le village…


En revenant au village


Puis nous arrivons à la maison. Toujours la même manœuvre périlleuse pour garer la voiture. Depuis la fenêtre de la cuisine, le coucher de  soleil à l’air merveilleux. Alors, je monte à l’étage. On y a une vue magnifique sur toute la côte et sur M. Soleil qui prend disparaître dans l’eau. Les couleurs sont somptueuses. Je reste là, un bon moment. Et je salue l’astre qui plonge. Je redescends préparer le repas.

Demain, nous irons à Corte.

mercredi 30 avril 2008

30 avril

J’ouvre un œil. Il règne dans la maison un atmosphère de messes basses et de secret. A vrai dire, cela fait un moment que je suis réveillée, mais je crois que ça ennuierait profondément les filles de le savoir. Déjà, Lou s’est levée, tout doucement, en prenant bien garde de ne pas me faire bouger. Je n’ai pas entendu les deux petites, tout aussi discrètes que leur grande sœur. Mais là, j’ai une envie pressante d’aller aux toilettes, il faut que je fasse quelque chose.
A ce moment là, Lou ouvre la porte de la chambre et se rend compte que je suis réveillée. « Tu ne te lèves pas tout de suite ? me demande-t-elle, inquiète, alors que c’est moi qui devrait l’être à cause de ses airs de conspiratrice.
– Nooon, pas tout de suite tout de suite.
– Ha bon ! soupire-t-elle rassurée, parce que nous, on n’est pas tout à fait prêtes.
– Cela dit, il faut que j’aille au toilette, ça commence à être urgent.
– Bon, attend deux minutes, je vais voir.

Grand branle bas de combat en bas. Puis la voix de Lou « Ça y est, tu peux descendre. »

Je descends donc les marches, file sur le trône, passe en vitesse dans ma chambre – quand je ne dors pas avec Lou –, prends un livre, mes lunettes et remonte. Tant qu’à faire de devoir attendre, autant le faire utilement. Les petites pouffent. J’ouvre les volets, il fait grand beau. Ce n’est pas tous les ans que nous bénéficions de cette météo le 30 avril… et ça me semble de bon augure…
Et puis la porte s’entrouve. Trois serviteurs entrent, l’air grave et cérémonieux. Le plus grand porte un plateau sur lequel se trouve une assiette avec jambon, bacon, œuf et tomate, un brin de muguet dans un verre et des tranches de pain. Un petit déjeuner royal servi au lit. Les trois serviteurs se rangent l’un à côté de l’autre et se mettent à chanter :
« Joyeux anniversaire, Maman, joyeux anniversaire Maman… » Eh oui, aujourd’hui, j’ai un an de plus. Mes trois puces voulaient me faire plaisir. Et c’est parfaitement réussi. Si je n’étais pas morte de rire, je crois que j’en aurais la larme à l’œil. Mais les filles n’aiment pas me voir pleurer. Elle préfère de beaucoup quand je rigole, alors elles sont aux anges. Bon le bacon et les tomates sont crus, mais je ne vais pas faire la fine bouche. Des petits déjeuners comme ça, je n’en ai pas eu beaucoup…
Elles reprennent leurs mines de conspiratrices avant de filer. Lou me dit que, pour la suite, il faudra que je descende, mais que ce n’est pas encore prêt. Je mange tranquillement, au soleil. Quel plaisir. Quand j’ai fini mon assiette, je me mets à lire. La vie est belle, et c’est largement tant mieux.
Puis les filles remontent me chercher. Je me lève et les suis. L’escalier est couvert de pétales de fleur et, de chaque côté de chacune des marches, elles ont allumé une petite bougie. Sur la rampe d’escalier, des feuilles de papiers collées bout à bout me souhaitent un « Joyeux anniversaire ». Sur la porte de ma chambre, sur le même principe, est inscrit « je t’aime ma maman chérie d’amour. »

30 avril, décor d'anniversaire


Je suis aux anges, elles aussi. Du coup, je leur concocte un petit déjeuner-grand déjeuner comme elles l’aiment. Œufs coques pour lou, Au plat avec bacon et tomates cuits pour Léone, sandwich au jambon pour Garance. Et tartines de confiture en guise de dessert. J’ai acheté des produits locaux : confitures de figues, de clémentines, de myrte. Nous goûtons à tout.
Seashell nous appelle et nous propose de la retrouver à l’amirauté, avec Laurence, une autre blogueuse. Nous prenons la route vers deux heures. Je trouve le chemin sans encombre et rejoint les deux nanas avec leurs fils respectifs. Nous prenons un verre avant de nous diriger vers la place du Diamant où doit se tenir un “Woodstock ajaccien” (c’est ainsi que c’était présenté) en l’honneur de Mai 68. Quand nous arrivons, un illustre inconnu (pour ma part) nous donne une chanson de Dalida. Ça sent Mai 68 à plein nez. Puis Koxie monte sur scène pour nous rappeler que le féminisme est un héritage de ce fameux mois de mai en chantant « Garcon, gare aux cons ». Sont prévus aussi Superbus et des chanteurs corses. Une amie de Sheashell et ses trois enfants nous rejoignent. Nous commençons à former une joyeuse bande. L’ambiance est bruyante, mais sympa jusqu’à ce que, sur la place, une groupe de spectateurs et de gendarmes nous rejouent les manifs de l’époque. Mouvement de jeune d’un côté, encerclement des forces de l’ordre de l’autre. Il y a sans doute eu une bagarre. On ne se sent pas trop en sécurité, notamment à cause des petits. J’ai déjà perdu Garance, que je retrouve juste devant les enceintes en train de lorgner vers les stars.
Nous décidons de lever le camp et d’aller sur la digue. Nous serons tranquilles et au soleil. Nous descendons vers le vieux port suivies par la musique.
Arrivées sur la digue, nous nous installons sur la terrasse d’un bistro. Les enfants jouent en contrebas. Il faut surveiller de près le tout petit de 2 ans qui n’a qu’une envie, aller à la flotte. Mais curieusement, ce sera l’un des rares à finir au sec. Lou glisse et se retrouve avec le pantalon trempé. Imitée peu de temps après par Léone qui, en plus, s’est fait mal. Je dois carrément la déshabiller tant elle est mouillée. Et enfin, le fils de Laurence mettra les deux pieds dans la flotte, obligeant sa mère à partir pour le ramener chez eux, le petit à une bonne crève et ce n’est pas le moment qu’il attrape froid.

30 avril, sut le port d'Ajaccio


Je reçois régulièrement des SMS de la famille et d’amis qui m’envoient leur vœux. Cela me fait toujours plaisir.
Il est 19 heures quand nous nous décidons à lever le camp. Nous suivons Seachell chez elle pour regarder la « Nouvelle Star ». Nous sommes tous fans, pas forcément des mêmes chanteurs. Amandine fait l’unanimité, Benjamin aussi. Mais mes filles sont accros à Cédric ce qui est loin d’être le cas des autres. Discussion, repas devant la télé, nos favoris continuent l’aventure. Le candidat évincé déclare qu’il a envie de faire caca. On se marre. Et puis on se sépare. J’emmène dans mes bagages la fille de Seashell. Je dois remonter au village, et la route est… sinueuse. Ça fait des petits zigues et des petits zagues très très souvent et très très serrés. Et puis deux 4x4 me me collent aux fesses. J’ai horreur de ce genre de privauté, surtout sur ce genre de route. A la première occasion, ils me doublent comme des dingues pour s’arrêter 500 mètres plus loin. Et faire descendre des bambins de 2 ou 3 ans côté rue, alors que je viens pas loin derrière. Je hais les 4x4 et leurs conducteurs où qu’ils soient.
Nous arrivons sans encombre au village. Cannelle nous a donné l’aubade pendant tout le trajet et c’est bien joli.

Les filles se couchent, Cannelle avec Lou, Léone avec Garance. Ça papote un moment, mais pas trop longtemps. Tout le monde est fatiguée. Je sauvegarde mes photos, tente d’écrire un moment. Mais le sommeil me gagne. J’éteins la lumière. Ça fait un moment que je n’ai pas dormi toute seule. Mais ce n’est pas désagréable. Nous sommes le 1er mai. C’était mon anniversaire.

Pour d’autres photos, cliquez sur celles-ci

mardi 29 avril 2008

29 avril

Les jours se suivent, et se ressemblent quand on considère l’heure de se réveiller. Ce matin, ce sera 11 heures. Et encore, je suis la première à me lever. On se fait quand même un petit déjeuner que j’essaie de garder frugal pour qu’on ne déjeune pas trop tard. Mais c’est peine perdue. Les filles courent le village à la recherche de chiens à caresser. Apparemment, ils se sont donné le mot, ils rappliquent tous autour de la maison : “Eh venez voir, y a des humains qui font des calins…”
J’ai un mal fou à les faire mettre à table. Les filles, pas les chiens. A les faire manger, à les faire se préparer. Elles sont toujours parties voir leur compagnons à quatre pattes et en même temps me serinent : “C’est quand qu’on va à la plage ?”


A 16 heures, je pique une crise. Je me mets à hurler que j’en ai ras le cul de me casser la nénette toute seule. Et puis je hurle juste pour hurler. L’effet est immédiat. Léone est terrorisée et se commence à pleurer. Les deux autres rappliquent illico et se mettent d’un coup à préparer les affaires, chercher ce qui manque. Moi, j’ai mal à la gorge. Et je m’en veux.

Enfin, nous sommes dans la voiture et nous partons à la mer.

Plage du Liamone

Je choisis une plage où nous avions été deux ou trois fois il y a trois ans. Elle est aussi grande que celle de dimanche. Un peu plus déserte, mais nous sommes en semaine. Et surtout, il y a des vagues géniales. Lou, qui ne voulait pas se baigner et qui n’a donc pas emmené son maillot malgré mes conseils, se met illico à le regretter. Qu’à cela ne tienne, elle se baignera avec son tee-shirt et sa culotte.

Plage du Liamone


Et les voilà qui se précipitent à l’eau, qui sautent dans les vagues et qui se marrent comme des tordues. Je ne sais pas combien de temps elles y sont restées. Une bonne partie de l’après-midi. Puis, enfin, elles sont sorties, transies de froid. Et se sont mises à jouer avec le sable.

Plage du Liamone


Du coup, je me suis piqué un petit roupillon. Tant qu’elles sont sur la plage, je suis tranquille. Dès qu’elles entrent dans l’eau, je suis à nouveau sur le qui-vive. Et je fais bien. Quand elles y retournent, la mer s’est faite plus violente. Il y a des tourbillons. Garance a du mal à s’en sortir. Je suis sur mes pieds prête à intervenir, et puis non. Je les fais sortir pour aller un peu plus loin, toujours des vagues, mais pas de tourbillons, c’est plus calme et même Léone peut se baigner ; nous restons encore là une bonne heure. Le vent n’est pas très fort, il fait bon au soleil. Nous sommes bien. Mais l’heure tourne, il nous faut remonter au village.

Plage du Liamone


J’adore la route à cette heure là. La lumière rasante rend tout magnifique. C’est un vrai bonheur. Nous croisons un troupeau de chèvres aperçu déjà deux jours plus tôt. Je me dis que ce serait bien que je m’arrête pour prendre quelques photos. Mais je continue. Je ne connais pas trop bien la route et n’arrive pas à anticiper les quelques endroits pour se garer. Nous arrivons au village. Ma petite place m’attend. Il me faut d’abord monter dans une route escarpée, bordée de voitures. J’ai juste la place de passer. Puis faire demi tour sur un mini parking dont le propriétaire me laisse l’accés pour faire la manœuvre, puis redescendre doucement vers ma place de parking.
Nous rentrons. Chose incroyable, dans cette maison, il pousse des téléviseurs… Nous en trouvons une qui nous attend sur la table. Les filles s’en emparent tout de suite. Je mets le hola et les envoie à la douche. Puis je file à mon rendez-vous avec le soleil couchant…

A peine sorties de la salle de bains, mes petites téléphages se précipitent devant le petit écran. J’arrive tout juste à les faire dîner. Pendant que j’écris sur mon ordi, elles regardent un téléfilm. A la fin, je les envoie au lit. Extinction des feux.

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