mardi 3 août 2010

Anthropologiquement vôtre


[[akynou]]

Hier, Karaba et Oxygène nous ont déposé au musée archéologique de Rabat. Un petit musée au fond d’une rue mais qui recèle des trésors et qui est très joliment mis en scène.

Dans la toute première salle, des objets plus ou moins anciens, un luth du XVIIIe siècle, un livre manuscrit ouvert sur une enluminure de toute beauté. Dans la salle suivante, quatre écran de télé et quatre panneaux nous racontent l’histoire de la construction des villes et des édifices religieux, intéressant et très bien fait. A droite, un patio avec des reproductions de gravures rupestres, des antilopes, des mouflons, des hommes… Je retourne dans l’entrée et demande si je peux prendre des photos.
– Mais non Madame, me répond gentiment le cerbère en m’indiquant le panneau près de l’entrée.
– Oh, je suis désolée, je ne l’avais pas vu. Je demande toujours quand je ne sais pas. Excusez-moi.
– Mais de rien, je vous en prie.

Je retourne dans le patio et nous en faisons le tour avec les filles. Puis nous retournons dans la pièce centrale. A l’étage, des pièces d’or, des verres, des flacons, des céramiques dont certaines sont vraiment belle. Je reste en admiration devant un encrier en porcelaine décorée et qui a la forme d’une maison. Une vraie merveille.

Nous redescendons et un des gardiens nous fait signe qu’il ne faut pas oublier de voir la salle romaine. Des pièces uniques, une collection étonnante de dieux lare. Un tête du roi berbère Juba II, celle d’un Romain dont j’ai oublié le nom mais qui fut le fondateur d’une cité sur le territoire marocain. Un jeune éphèbe un chien fontaine. Les filles sont fascinées… surtout par les bijoux : des perles, des bracelets en forme de serpent, des camés. On n’en fini pas de détaillé ces trésors.



Nous allons repartir quand le gardien me dit : « Vous savez, si vous voulez vous pouvez prendre des photos. En souvenir, pour vos enfants. » Je remercie chaudement. Et je photographie les filles dans le premier patio, celui au bassin bleu.

Ce petit musée est un petit bijou, un endroit frais et agréable et particulièrement intéressant quand on aime l’histoire. C’est surtout une visite logique près le Chellah.

Ensuite, nous avons pris un petit taxi. Le nom n’est pas lié a sa taille (effectivement petite) mais au fait qu’il n’a pas le droit de faire de course en dehors de la ville. Il nous emmène dans la Médina. Une autre course, d’autres plaisirs.

lundi 26 juillet 2010

Découverte de la Médina

Nous avons pris la route de Rabat. Elle suit la côte Atlantique. Mais à cet endroit, pas de plage, des falaises ocres qui se jettent dans un océan plutôt agité. Tout au long des pêcheurs. Sur plus d’une dizaine de kilomètres, entre Témara et les environs des Oudaïas, des fondations. Un projet faramineux, porté par les Emirats et stoppé par la crise qui prévoyait la réalisation des résidences, d’hôtels, de tours d’affaires, d’un centre commercial et d’une marina internationale. Le terrain fut cédé pour 1 dirham symbolique en échange de la construction des infrastructures. Il conduirait ni plus ni moins à la confiscation du littoral au profit des plus riches. Pour une fois, vive la crise.

De l’autre côté de la route, d’abord des villas cossues, et puis, au fur et à mesure que la ville se rapproche, un habitat de plus en plus insalubre. Mais on ne le voit pas, on ne fait que le deviner. Lors d’une visite de Nasser, qui devait passer devant les bidonvilles, un mur fut construit pour masquer la misère aux yeux du raïs. Un mur qui fut ensuite surnommé « Le mur de la honte ».

Il paraît que sur cette zone, Liautey avait eu l’intention de construire une zone de villas. On le comprend. Face à la mer, près de la ville, c’était un endroit idéal pour construire le quartier huppé de Rabat. Mais ses projets on fuité et une Français a acheté l’ensemble des terrains visés, pour une bouchée de pain évidemment. Il comptait se faire une grosse plus-value. Quand Liautey l’a appris, il a changé ses plans et à fait bâtir sur la rive du fleuve. Un exemple d’intégrité assez peu suivi de nos jours en France. Se sont installés sur ces terrains qui ne valaient rien tous ceux qui arrivaient des campagnes attirés par les richesses de la ville.

Nous passons les murailles et entrons dans la ville. Il semble que sous le règne du roi précédent, elles menaçaient ruines. Rabat était sale et repoussante. C’est ce que m’ont raconté nombre de mes amis voyageurs. Mais le jeune roi a fait le ménage, beaucoup de bâtiments ont été restaurés, dont ces imposantes murailles ocre rouge. Ça a une certaine allure. Nous nous garons sur un petit parking face au fleuve. Nous faisons confiance aux gardiens. Ils gèrent les emplacements, vous guident pour vous garer, surveillent les voitures. Et nous remontons vers l’entrée de la médina. Je lorgne sur les babouches, j’ai besoin de changer les miennes et j’adore celles à bout rond et à semelle en pneu.

Oxygène qui nous accompagne préfère nous montrer d’autres boutiques. Les commerçants qu’elle connaît. Nous la suivons en confiance. Nous entrons dans un magasin de cuir. Poufs classiques, sacs, selles de chameaux posés sur des tabourets construits à cet effets, sacs, trousses, mallette. Il y a de très belles choses et surtout dans des couleurs superbes. Nous sommes guidées par un jeune homme qui nous montre certaines de ses pièces et nous explique que tout est fabriqué ici, à l’étage. Bien sûr, nous pouvons aller visiter l’atelier. L’installation est sommaire mais le savoir-faire et la dextérité des artisans impressionnantes.

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Une homme coud les peaux entre elles en créant une broderie. Les filles sont fascinées par ses gestes saccadés à la beauté précise.
Plus loin, un jeune homme est en train de découper des lanières dans les chutes de cuir. Rien ne se perd, et surtout pas le cuir. Encollées les unes aux autres ces bandelettes serviront de pli pour la couture des coussins ou des selles de chameaux. Il propose à Oxygène de nous expliquer toutes les étapes de la fabrication des fameuses selles. Elle nous traduit au fur et à mesure. Seule Léone n’écoute pas, mais trop de choses attirent son attention : l’homme en bas qui dessine les coupes sur une grande peau de vache, celui qui coud, celui qui sifflote en passant la teinture… Chaque recoin du bâtiment est utilisé.

Les terrasses, elles, servent pour faire sécher les peaux avec teinture. On y voit les toits de la médina, le linge qui sèche dans les maisons voisines, plus loin, le fleuve, le grand bâtiment que le roi a commandé à Jean Nouvel, un manège forain, et la forteresse des Oudaïas bien à l’abri derrière ses murailles.

Nous redescendons, nous reviendrons voir ce magasin, mais non plus pour visiter, pour acheter.



Oxygène nous emmène quelques mètres plus loin, dans une boutique de babouches absolument renversantes. Joliment ouvragées, ce sont des chaussures élégantes, magnifiques. Et terriblement craquantes. Mais vite elle nous traine plus loin, chez le bijoutier de la famille. Nous entrons dans une boutique assez grande, pleine de vitrines de bijoux en argent vendus au poids. Des murs de boucles d’oreilles, des étagères de bagues et de bracelets. Mais nous n’avons encore rien vu. Oxygène pousse une porte et nous entrons dans la caverne d’Ali Baba où l’ont trouve des bijoux plus anciens. Il y a là des bijoux traditionnels d’une grande beauté, des fibules (boucle d’habit), des boucles d’oreilles, etc. J’ai oublié les noms de ces pièces. Evidemment, les filles craquent. Elles veulent toutes acheter quelque chose. Lou opte assez vite pour une bague, une chevalière berbère, simple et belle. Garance, après un bracelet qui me semble assez fragile, tombe en arrêt devant un semainier ravissant et la grande déniche pour la petite deux petits bracelets en argent. C’est la fête. Je leur fait plaisir. Pour un peu plus de 50 euros, elles ont toutes les trois de très jolis bijoux. Mais comme la connexion ne se fait pas pour la carte bleue (samedi, pas de connexion) je dois payer en liquide et la moitié de mon pécule s’ensauve. Bon, faudra que je trouve un bureau de change ou un distributeur.


Oxygène a un rendez-vous, nous prenons le chemin du retour. Mais nous savons déjà que nous reviendrons faire du shopping dans la médina. Je la suis chez S. que j’avais rencontrée à Paris pendant que Karaba emmène les filles déguster une glace face à la mer. L’appartement de S. est situé au rez-de-chaussée d’un immeuble labyrinthique. Evidemment, nous nous perdons. Nous l’appelons. Elle nous cherche aussi. Nous nous dirigeons à la voix. Nous nous retrouvons enfin. L’appartement de S. est joliment décoré avec des fresques peintes à même le mur. Cela me rappelle la terrasse d’une amie de ma mère, installée en Guadeloupe. Elle avait fait peindre le mur par un artiste de ses amis. C’est beau et original. Ça me donne des idées déco pour ma future maison, si j’arrive à l’avoir. Ça me changera des murs tout blancs.

Nous filons et retrouvons Karaba et les filles devant la maison. Nous sommes en nage. Le temps est lourd, un peu poisseux. Un drôle de temps qui fatigue. Mais le jardin de Karaba est là. Rien de tel qu’un jardin de sorcière pour se rafraîchir.