lundi 11 octobre 2010

Des couleurs

Ce jour-là, dans la si belle forteresse des Oudayas, nous avions décidé de jouer au mariage des couleurs

La grande en bleu

La forteresse oudayas de Rabat

La petite en rose

Forteresse des Oudayas

Et la moyenne en violet

Dans le jardin des Oudayas

mardi 10 août 2010

La Médina de Rabat


[[akynou]]

J’aime à me promener dans les rues commerçantes de la médina de Rabat. On y voit de belles choses, les gens sont charmants et personne ne nous y ennuie…

jeudi 29 juillet 2010

Dans les ruines du Chellah

En passant près du Chellah, Oxygène m’avait raconté : « Tu sais, nous venions ici en vélo. C’était notre terrain de jeux. Nous y passions des heures. » J’ai jeté un coup au terrain de jeux en question. Une forteresse aux murailles ocres, impressionnante dans la lumière de la fin d’après-midi, et qui semblait propice à enflammer les imaginations enfantines. Les murailles recèlent des trésors qui, depuis, ont été mis en valeur. On y trouve en effet pèle mêle des vestiges romains, une nécropole mérinides, une école coranique du XIIIe siècle et des HLM pour chats, cigognes et ibis.


A l’entrée, un homme nous aborde et me propose d’être notre guide. J’hésite. Très gentiment, il ajoute que ce n’est pas grave, mais qu’il a besoin de travailler. Qu’il n’est là que pour cela. Du coup, j’accepte, et franchement, j’ai eu raison. Il a commencé par nous parler de la végétation : le nom des arbres, des fleurs. Sur une terrasse, nous découvrons le panorama : le minaret de l’ancienne école coranique, le fleuve et plus loin la ville de Salé, tout blanche.


Le site domine la vallée le Bouregreg. Ce fut sans doute l’emplacement de la première agglomération à l’embouchure du fleuve, un comptoir carthaginois et phénicien. Mais les plus vieux vestiges trouvés sont ceux d’une cité romaine. Les restes d’une voie principale ont été dégagés ainsi que ceux d’un forum, d’une fontaine monumentale, d’un arc de triomphe, etc. On voit aussi l’emplacement des échoppes sur la rue commerçante et derrière celui des ateliers des artisans. Il s’agit sans doute de l’ancienne cité de Sala ou Sala Colonia. Nous découvrons le bas d’une statue de marbre. Le guide nous explique que le haut a été confié au musée archéologique de Rabat. Puis il nous emmène vers les anciens termes. Ils sont fermés. On envisage, toujours d’après notre guide, d’y installer un petit musée. Nous descendons encore et arrivons dans les jardins. C’est le royaume des flamboyants (au vue des feuilles, ce ne sont pas les mêmes qu’en Guadeloupe), poinsettias, agapanthes, volubilis, fleurs de canaa, oreilles d’éléphants…


Il y a également une variété d’hibiscus que je ne connaissais pas, des petites clochettes tigrées rouge et jaune, ravissantes. Nous remontons vers l’école, arrivons près du bassin où coule une source. L’eau est claire et si fraîche… L’eau s’écoulait ensuite dans un bassin, à l’intérieur de l’école, dans ce qui devait être un magnifique patio couvert de zelliges, et permettait aux élèves de l’école, aux pèlerins de faire leurs ablutions avant la prière. Sur le côté des patios, des murets encore debout délimitent les anciennes cellules des étudiants.

Notre guide nous explique que le premier sultan mérinide Abu Youssef Yakoub choisit les ruines de Salé pour construire une mosquée. Il y fut enterré en 1286 ainsi que sa femme et après lui quatre de ses successeurs. Mais c’est le sultan noir, Abou Al-Hassan érigea, sur les fondations des enceintes romaines, les impressionnantes murailles qui ceinturent la cité des morts. En 1339, il y fit construire un véritable complexe funéraire et perça ces murailles de la fameuse porte octogonale par laquelle on pénètre. Précaution contre les assaillants, la porte est en chicane. Mais elle est tellement gigantesque qu’on peut s’y presser en nombre.

Au centre de cette nécropole, il ne reste que quelques pans de mur de la Zouïa., un établissement religieux à la fois mosquée,  école coranique et centre d’hébergement pour les pèlerins et les étudiants. Nous quittons la salle d’ablutions pour aller voir le mausolée du sultan noir. On peut voir encore quasiment intacte la stèle du sultan noir ainsi que celle de sa femme, chrétienne convertie à l’Islam qui reposent tous deux ici avec un de leur fils. A côté du mausolée, les tombes des autres membres de la famille, descendants, cousins, frères, sœurs. La tombe de l’épouse du sultan, Lalla Chellah, couverte de zellige, est toujours un lieu de pèlerinage. Ce n’est pas le seul.


Juste à côté, la petite mosquée. Il n’y a plus de plafond, mais les arches sont encore là ainsi que les colonnes. L’ensemble est d’une grande finesse et légèreté. Une architecture tout en délicatesse. Notre guide nous indique l’endroit où se plaçait l’imam pour la prière. J’en profite pour raconter aux filles l’histoire de la mosquée de Cordoue, et sa phénoménale acoustique qui permettait à l’imam de se faire entendre dans toute la salle principale grande de 1,5 hectare. Cette prouesse fut détruite par les catholiques, lors de la reconquête, qui crevèrent le centre pour construire une cathédrale baroque. Ce qui leur valu le courroux de Charles Quint qui les tança en leur écrivant qu’ils avaient détruit ce qui était unique pour construire ce qu’on voyait partout.


Mais nous sommes au Chellah, au Maroc, et Cordoue est loin. Le guide après nous avoir montré la tombe de l’imam, nous emmène près des marabout, ces mausolées où sont enterrés des savants, des médecins et des lettrés et qui ont, nous dit-on, un pouvoir de guérison. Le petit chemin mène au bassin des anguilles. Tout autour, une vingtaine de chats dorment, certains le ventre à l’air, ce qui montre que s’ils ne mangent pas toujours à leur faim, ils ne sont pas pourchassés ni maltraités. Dans l’eau, comme dans tous les bassins de se type, des centaines de pièces de monnaie. Et les fameuses anguilles. L’une d’elle, grosse comme un bras d’une de mes filles, est réfugiée dans un trou du mur. Elle ne sort que sa tête et semble surveiller tout ce qui passe, comme une concierge acariâtre. 

Le vendredi, l’entrée du Chellah est gratuite. Les pèlerins s’y pressent alors. Notamment les femmes stériles qui portent des œufs en offrande aux anguilles dans l’espoir d’enfanter un jour.

Le guide nous ramène vers les hauteurs. Son travail est terminé. Vient le moment délicat du paiement. Je n’ai aucune idée du coût. Très simplement, il me dit que son tarif est de 50 dirham, soit un peu moins de 5 euros. Vu toutes les explications données, c’est très raisonnable, ce qu’Oxygène me confirmera en disant que c’est effectivement le tarif. Mais je n’ai pas la monnaie. « C’est pas grave, dit le guide. Tu feras la monnaie en sortant et alors tu me paieras. » Et il remonte vers l’entrée. Nous, nous repartons faire des tours et détours parmi les ruines suivies de près par les cigognes qui ne nous quittent pas de l’œil. Elles ont toujours fait halte ici, avant de repartir plus bas dans le sud. Mais avec le réchauffement climatique, elles ne se fatiguent plus à voler vers l’Afrique noire. Elles ont colonisé les lieux : arbres, minarets, murailles. Parfois sur plusieurs étages. Il paraît que c’est leur claquement de bac qui a donné son nom au fleuve.


Clap clap clap, c’est la fin de la visite. Clap clap clap, nous sortons de la citadelle, clap clap clap, je règle le guide au passage en le remerciant chaleureusement, clap clap clap font les portières de la voiture quand Karaba vient nous chercher. Nous rentrons à la maison après une bien jolie après-midi.

Trois jolis sites pour en savoir plus

Le chellah de Rabat, nécropole mérinide
Chellah un monument historique

La nécropole du Chellah

lundi 26 juillet 2010

Découverte de la Médina

Nous avons pris la route de Rabat. Elle suit la côte Atlantique. Mais à cet endroit, pas de plage, des falaises ocres qui se jettent dans un océan plutôt agité. Tout au long des pêcheurs. Sur plus d’une dizaine de kilomètres, entre Témara et les environs des Oudaïas, des fondations. Un projet faramineux, porté par les Emirats et stoppé par la crise qui prévoyait la réalisation des résidences, d’hôtels, de tours d’affaires, d’un centre commercial et d’une marina internationale. Le terrain fut cédé pour 1 dirham symbolique en échange de la construction des infrastructures. Il conduirait ni plus ni moins à la confiscation du littoral au profit des plus riches. Pour une fois, vive la crise.

De l’autre côté de la route, d’abord des villas cossues, et puis, au fur et à mesure que la ville se rapproche, un habitat de plus en plus insalubre. Mais on ne le voit pas, on ne fait que le deviner. Lors d’une visite de Nasser, qui devait passer devant les bidonvilles, un mur fut construit pour masquer la misère aux yeux du raïs. Un mur qui fut ensuite surnommé « Le mur de la honte ».

Il paraît que sur cette zone, Liautey avait eu l’intention de construire une zone de villas. On le comprend. Face à la mer, près de la ville, c’était un endroit idéal pour construire le quartier huppé de Rabat. Mais ses projets on fuité et une Français a acheté l’ensemble des terrains visés, pour une bouchée de pain évidemment. Il comptait se faire une grosse plus-value. Quand Liautey l’a appris, il a changé ses plans et à fait bâtir sur la rive du fleuve. Un exemple d’intégrité assez peu suivi de nos jours en France. Se sont installés sur ces terrains qui ne valaient rien tous ceux qui arrivaient des campagnes attirés par les richesses de la ville.

Nous passons les murailles et entrons dans la ville. Il semble que sous le règne du roi précédent, elles menaçaient ruines. Rabat était sale et repoussante. C’est ce que m’ont raconté nombre de mes amis voyageurs. Mais le jeune roi a fait le ménage, beaucoup de bâtiments ont été restaurés, dont ces imposantes murailles ocre rouge. Ça a une certaine allure. Nous nous garons sur un petit parking face au fleuve. Nous faisons confiance aux gardiens. Ils gèrent les emplacements, vous guident pour vous garer, surveillent les voitures. Et nous remontons vers l’entrée de la médina. Je lorgne sur les babouches, j’ai besoin de changer les miennes et j’adore celles à bout rond et à semelle en pneu.

Oxygène qui nous accompagne préfère nous montrer d’autres boutiques. Les commerçants qu’elle connaît. Nous la suivons en confiance. Nous entrons dans un magasin de cuir. Poufs classiques, sacs, selles de chameaux posés sur des tabourets construits à cet effets, sacs, trousses, mallette. Il y a de très belles choses et surtout dans des couleurs superbes. Nous sommes guidées par un jeune homme qui nous montre certaines de ses pièces et nous explique que tout est fabriqué ici, à l’étage. Bien sûr, nous pouvons aller visiter l’atelier. L’installation est sommaire mais le savoir-faire et la dextérité des artisans impressionnantes.

38784_140124342679364_100000453984623_300164_4975487_n.jpg

Une homme coud les peaux entre elles en créant une broderie. Les filles sont fascinées par ses gestes saccadés à la beauté précise.
Plus loin, un jeune homme est en train de découper des lanières dans les chutes de cuir. Rien ne se perd, et surtout pas le cuir. Encollées les unes aux autres ces bandelettes serviront de pli pour la couture des coussins ou des selles de chameaux. Il propose à Oxygène de nous expliquer toutes les étapes de la fabrication des fameuses selles. Elle nous traduit au fur et à mesure. Seule Léone n’écoute pas, mais trop de choses attirent son attention : l’homme en bas qui dessine les coupes sur une grande peau de vache, celui qui coud, celui qui sifflote en passant la teinture… Chaque recoin du bâtiment est utilisé.

Les terrasses, elles, servent pour faire sécher les peaux avec teinture. On y voit les toits de la médina, le linge qui sèche dans les maisons voisines, plus loin, le fleuve, le grand bâtiment que le roi a commandé à Jean Nouvel, un manège forain, et la forteresse des Oudaïas bien à l’abri derrière ses murailles.

Nous redescendons, nous reviendrons voir ce magasin, mais non plus pour visiter, pour acheter.



Oxygène nous emmène quelques mètres plus loin, dans une boutique de babouches absolument renversantes. Joliment ouvragées, ce sont des chaussures élégantes, magnifiques. Et terriblement craquantes. Mais vite elle nous traine plus loin, chez le bijoutier de la famille. Nous entrons dans une boutique assez grande, pleine de vitrines de bijoux en argent vendus au poids. Des murs de boucles d’oreilles, des étagères de bagues et de bracelets. Mais nous n’avons encore rien vu. Oxygène pousse une porte et nous entrons dans la caverne d’Ali Baba où l’ont trouve des bijoux plus anciens. Il y a là des bijoux traditionnels d’une grande beauté, des fibules (boucle d’habit), des boucles d’oreilles, etc. J’ai oublié les noms de ces pièces. Evidemment, les filles craquent. Elles veulent toutes acheter quelque chose. Lou opte assez vite pour une bague, une chevalière berbère, simple et belle. Garance, après un bracelet qui me semble assez fragile, tombe en arrêt devant un semainier ravissant et la grande déniche pour la petite deux petits bracelets en argent. C’est la fête. Je leur fait plaisir. Pour un peu plus de 50 euros, elles ont toutes les trois de très jolis bijoux. Mais comme la connexion ne se fait pas pour la carte bleue (samedi, pas de connexion) je dois payer en liquide et la moitié de mon pécule s’ensauve. Bon, faudra que je trouve un bureau de change ou un distributeur.


Oxygène a un rendez-vous, nous prenons le chemin du retour. Mais nous savons déjà que nous reviendrons faire du shopping dans la médina. Je la suis chez S. que j’avais rencontrée à Paris pendant que Karaba emmène les filles déguster une glace face à la mer. L’appartement de S. est situé au rez-de-chaussée d’un immeuble labyrinthique. Evidemment, nous nous perdons. Nous l’appelons. Elle nous cherche aussi. Nous nous dirigeons à la voix. Nous nous retrouvons enfin. L’appartement de S. est joliment décoré avec des fresques peintes à même le mur. Cela me rappelle la terrasse d’une amie de ma mère, installée en Guadeloupe. Elle avait fait peindre le mur par un artiste de ses amis. C’est beau et original. Ça me donne des idées déco pour ma future maison, si j’arrive à l’avoir. Ça me changera des murs tout blancs.

Nous filons et retrouvons Karaba et les filles devant la maison. Nous sommes en nage. Le temps est lourd, un peu poisseux. Un drôle de temps qui fatigue. Mais le jardin de Karaba est là. Rien de tel qu’un jardin de sorcière pour se rafraîchir.