dimanche 25 avril 2010

A la frontière

Alors que nos étudiants repartent à l’assaut de la ville, les enseignants font la sieste. J’en profite pour sauvegarder mes photos sur l’ordinateur et les visionner. Je suis assez contente du résultat, mais je n’ai pas encore l’habitude de mon nouvel objectif. Il faudra que je retravaille certains clichés.

Je bouquine aussi ce satané livre de sociologie qui me motive autant qu’un plat de haricot blanc, et ce n’est pas peu dire. Je m’allonge une petite demi-heure. Puis j’écoute quelques uns de mes podcasts dont une superbe interview de Dennis Hopper par Rébecca Manzoni. Un vrai bonheur.

Puis, quand tout le monde est réveillé, nous décidons de prendre la voiture pour aller faire un tour. Nous allons jusqu’au poste frontière voisin. De l’autre côté, c’est l’Algérie. Avant, c’était encore Figuig. Jusqu’au XIXe siècle, la ville était un carrefour pour les caravanes et une étape pour les pélerins. Elle était donc riche, commerçante, vivante. Il paraît qu’il y eut même un embryon d’université où l’on étudiait l’algèbre et la théologie. Mais les Figuigui sont des esprits indépendants. Ils ont donc soutenu l’émir Abd El-Kader contre les Français. Les tensions se sont accentuée jusqu’en 1903 où la ville fut bombardée. Les plus anciens s’en souviennent encore avec terreur (eh oui, il y a des centenaires). La France a imposé une nouvelle frontière qui coupait l’oasis en deux, lui faisant perdre ses terres de l’est autour du ksar de Beni Ounif.

Les choses ne se sont pas calmées avec l’indépendance des deux pays à cause de la rivalité entre les deux pays. jusqu’à la guerre des sables en 1963 lors de laquelle Figuig devient le théâtre de combats. Les paysans sont obligés d’obtenir des laisser-passer pour aller cultiver leur terres côté algérien. En 1970, avec le conflit avec le Sahara occidental (très loin de Figuig) la frontière est fermée et Figuig se retrouve complètement enclavée.

Jusque là, même si l’entente n’était pas cordiale, la ville restait tout de même une étape vers l’Algérie, une ville de passage. Mais une fois la frontière fermée, l’oasis devient un cul de sac. Elle fut rouverte entre 1986 et 1994 quand un attentat à Marrakech raidit à nouveau la position des deux pays. Il y a deux ans, les Figuigui ont eu l’espoir que la frontière s’ouvre à nouveau, le Maroc en avait fait la demande très officiellement. Mais l’Algérie a refusé, réclamant que tous les contentieux soient réglés avant. Et ils sont nombreux. Cela ne fait pas l’affaire des habitants du ksar de Zenaga dont une partie des terres se trouve de l’autre côté de la frontière. L’Algérie a brûlé une partie des palmiers, les autres sont laissés à l’abandon. Ils n’intéressent personne que ceux qui n’y ont plus accès. Certains ont tout perdu, parce que tout est là bas, de l’autre côté. Alors ils ont les yeux constamment porté vers cette ligne ténue, invisible, cet ailleurs. Toute la tragédie de Figuig est là… Cette barrière blanche et rouge et ces jeunes gens en uniforme qui nous saluent de la main…

Nous repartons vers la ville haute, à la recherche d’une muraille que nous ne trouvons pas. Mais découvrons un magnifique point de vue sur les montagnes, le désert. Le soleil se couche, voilé, le ciel prend des teintes ocres. De nombreux Figuigui sont venus s’installer là pour regarder le soir s’installer. Ces gens sont des contemplatifs, mais la beauté des paysages qui les entoure ne peut que les y inciter.

Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons chez un marchand de journaux, épicier, papetier. J’achète un cahier, une bouteille d’eau pour mes futures sorties, et quelques cartes postales. Il y en a quatre modèle, pas le choix. Elles ne coûtent que 1 dirham chacune. Soit 8 centimes d’euros. Les timbres sont par contre beaucoup plus chers, un peu plus de 7 dirhams pour la France. Ce qui me surprend. Chez nous, c’est tout le contraire, les cartes postales sont de plus en plus cher. Nous allons au café. Je suis la seule femme. La société est vraiment séparée. Les hommes vivent leur vie entre eux, les femmes ont leurs propres activités, le café n’en fait pas partie. Mais cela ne veut pas dire qu’elles restent enfermées chez elles et qu’elles n’ont pas de vie sociale. Bien au contraire. Beaucoup travaillent, sont bénévoles dans des associations de tout genre. Notamment de développement. Mais ce sont elles qui élèvent les enfants et font le repas. Les hommes ne pénètrent pas dans la cuisine. Ils vont au café.

Je bois un thé. Notre cercle s’agrandit : notre hôte nous rejoint, le professeur de français du lycée voisin, le jardinier de ce matin, un enseignant de mathématique à l’université d’Oujda. Nous parlons de choses et d’autres, de journaux, dont un, qui semble dépendre du PS local et dont la page en français est le plus souvent piratée sur Internet. Le prof de français, qui s’est fait « emprunter » de nombreux papiers sur son blog, peste : ils font n’importe quoi, coupent n’importe comment, ne se relisent pas. C’est pas sérieux tout cela.

Nous rentrons pour le dîner. Ce soir, c’est soupe. Une bonne soupe très goûteuse et qui tient bien au corps. Deux petits bols et nous sommes rassasiés. Puis nous faisons une réunion avec les étudiants pour voir où ils en sont. Ils ont eu plein de contacts, vu plein de monde. Le projet avance vite. Ils sont contents.

A 22 heures, je tombe de sommeil. Je rejoints mon lit. Je tente crânement d’écrire quelques lignes, mais je sombre.

samedi 17 avril 2010

Maisons et jardins

Samedi matin. Je me suis levée un peu après 7 heures pour prendre ma douche tranquillement. Mes deux collègues sont déjà levés, les étudiants, non. Une bonne douche, histoire d’enlever la poussière. Il n’y a que dans ma bouche que je ne peux l’enlever. Je meurs constamment de soif, à cause de la poussière.

A cette heure-là, il fait frais, on supporterait presque une petite laine. Mais je reste bras nus, avec mon tee-shirt.

J’ai descendu deux livres dans le patio. Le premier, Maroc, histoire, société, culture, dans la collection des Guides de l’état du monde. Intéressant pour remettre les histoires que nous entendons sur Figuig dans le contexte marocain. Le second, une introduction à la sociologie, pour essayer de trouver du vocabulaire en vue de ma VAE. Mais je ne suis pas sûre qu’il me serve beaucoup.

Les étudiants arrivent un à un et font la queue à la douche. C’est la raison pour laquelle je préfère me lever tôt. Le petit-déjeuner est servi. Comme hier, il est copieux et délicieux. De gros beignets, des crêpes, du thé à la menthe, de la confiture de figues. Je m’empiffre. Je vais au moins prendre 4 ou 5 kilos. Notre hôte prétend le contraire. Ici, à Figuig, quoi qu’on mange, on maigrit. Il n’y a plus qu’à revendre l’idée aux magazines féminins.

Les étudiants partent par groupe accompagnés des lycéens qui leur servent de guide. Certains vont visiter une boucherie et son abattoir pour étudier la filière de la viande. D’autres vont faire les boutiques pour tenter de comprendre ce qu’il y a dans les penderies des femmes, le troisième groupe attend. Ils doivent visiter un jardin traditionnel et regarder comment on féconde les palmiers à dattes.

Notre hôte nous invite à aller visiter une maison voisine en train d’être rénovée. Le chantier promet une belle et grande demeure, très moderne. Les épais piliers de terre ont été remplacés par d’autres en béton, beaucoup plus fins. Cuisine américaine dans le patio espace à vivre protégé de la pluie par une loggia sur la terrasse, chambres.

Ils ont récupéré l’espace de la ruelle. Le propriétaire du chantier explique qu’il en a le droit, la plupart de ces ruelles sont privées. Elles n’ont été ouvertes que pour permettre d’aller d’une maison à l’autre à l’intérieur d’un même quartier. Chaque quartier étant originellement constitué d’une seule et même famille. Cette ruelle, qui donnait sur la rue principale, était fermée d’une porte, souvent laissée ouverte dans la journée pour laisser leur passage à tous ceux qui vivent là, et fermée la nuit. Cela permettait aux femmes et aux enfants de vivre à l’abri des regards. Dans cette partie-ci, tout appartient à la même famille. Ils peuvent donc fermer une ruelle pour en ouvrir une autre. Ou pas, ils s’arrangent pour que tout le monde puisse aller et venir. Mais dans le quartier d’à côté, une partie des maisons a été vendue. Du coup, ils ne pourraient pas fermer définitivement l’accès de la ruelle car ils empêcheraient les gens de rentrer chez eux.

Puis on nous emmène voir une maison, ancienne, non encore rénovée. Une femme y cultive un minuscule jardinet et y tient quelques chèvres et moutons. Comme la plupart, elle vit dans une maison neuve, à l’extérieur de la partie ancienne du ksar. Elle nous laisse entrer, visiter. Les murs sont en terre travaillée à l’ancienne. Ils portent la griffe du temps et de l’érosion, mais ils sont superbes. Nous montons au premier étage. J’aimerais prendre en photos les escaliers. Mais il fait trop sombre et le flash dénaturerait tout. Du linge sèche sur la terrasse qui possède encore une pièce. Comme les autres, elle sert d’atelier.


Encore un étage et nous arrivons sur la terrasse principale. De la laine teinte en noir est en train de sécher près d’une antenne satellite rouillée. On voit bien les différents puits de lumière qui permettent de faire descendre le jour dans les pièces du bas. Tout autour, des terrasses qui communiquent entre elles. C’est la ville du dessus, au soleil, à la lumière. C’était également le meilleur moyen de se sauver lors des répressions sauvages qui s’abattaient régulièrement sur la ville, haut lieu de la contestation berbère. Quelques toits plus loin, une maison à l’architecture particulière. C’est une maison pour les invités de marque, une maison d’hôtes. Elles étaient, me dit-on, très décorées, contrairement aux autres bâtiments beaucoup plus modestes.

On peut acquérir une de ces maisons (quand elles sont en vente, ce qui n’est pas évident car ici, on ne vend pas le bien de la famille) pour environ 3000 euros. Il faut ensuite compter 20 000 euros de travaux pour le rendre confortable. Cela fait donc la maison, véritable petit palais à 23000 euros. Bon, évidemment, Figuig est loin de tout, mais c’est tellement beau.

Nous redescendons de notre promontoire et rentrons à la maison.

Pour repartir aussi sec visiter le jardin d’O*. Nous l’accompagnons dans les ruelles qui nous éloignent peu à peu du cœur du ksar. Les murailles de terre continuent mais à ciel ouvert, cette fois. Elles enserrent les lopins de terre dont on ne voit que les palmiers et les grenadiers en fleurs. O* nous ouvre la porte et nous pénétrons dans un îlot de verdure. Des rectangles de 1 mètre dur 13, délimité par des talus de terre qu’on ouvre d’un coup de pelle quand arrive l’eau. La culture des oasis se fait sur trois niveaux : d’abord les cultures au sol, oignons, carottes, fèves, épinards, salades, choux, blé, etc. Au-dessus les fruits : grenadiers et amandiers. Encore au-dessus les palmiers qui donnent de l’ombre aux cultures. Ce sont tous des palmiers à dattes.

O* nous explique comment il aide à la fécondation car ces arbres sont sexués. Il en possède une soixantaine dont seulement 3 ou 4 mâles. Bien sûr, le vent pourvoie d’habitude à leur rencontre, mais pour être sur d’avoir des dattes il faut aider la nature et c’est ce que s’emploie à faire O*. Il grimpe dans un palmier mâle, dégage le cœur de la tête des piquants (très très durs et très piquants) pour récupérer les fleurs qu’il coupe. Il monte ensuite dans les palmiers femelles, met au cœur de ses fleurs la fleur mâle, attache le tout solidement et le tour est joué. Cette année, il y a eu de la pluie, l’eau n’est pas un problème, le jardin pourvoira aux besoins en légumes de la famille d’O*. Il a aussi des moutons, pour la viande. Il n’achète que des fruits. Il ne cultive que ce dont il a besoin. Quand il en a trop, il échange le surplus contre d’autres légumes ou le vend à ses voisins, mais n’en fait pas commerce. Comme la très grande majorité des jardiniers de Figuig. La grande majorité ont un métier, mais quelques-uns, en plus de leur propre terrain, s’occupent également, moyennant finance des terres d’autres Fuiguigui.

L’autosuffisance a ses limites, celles de la sécheresse. Les années sans pluie, le recours à l’épicier ou au marché sont plus nombreux et plus fréquents. Elles sont de plus en plus nombreuses paraît-il. Tous les dix ans fut une époque, environ tous les deux ans maintenant. La pluie est donc une bénédiction, mais pas toujours. Tout dépend quand elle tombe. Elle peut détruire une récolte de datte quand elle arrive juste avant la cueillette et si elle est trop abondante.

Nous reprenons le chemin de la maison. C’est bientôt l’heure du déjeuner. Les ruelles sont pleines de gens ; des enfants qui jouent, des hommes en mobylette ou en vélo. A pied aussi bien sûr. Des jeunes filles en cheveux. Et des femmes, ombres blanches revêtues du haïk, le voile traditionnel. Elles le portent comme un manteau qui les recouvre de la tête au pied quand elles sortent. Les plus âgées d’entre elles le tiennent de façon à ce qu’on ne voit pas leur visage quand nous les croisons. Les autres n’y font pas attention. Quand leurs mains sont occupées, c’est avec les dents qu’elles retiennent le tissu. Parfois, on voit aussi des femmes avec le hijab et la dlellabah. Il paraît aussi que quelques unes d’entre elles portent le voile intégral, mais elles sont rares. C’est politique paraît-il, pas une habitude de la ville.

A peine arrivés, nous nous précipitons vers le robinet. Il fait chaud, nous avons soif. L’air est sec et souvent plein de poussière. Un groupe entame une partie de tarot. D’autres étudiants reviennent toujours accompagnés des lycées qui leur servent de guide. C’est bientôt l’heure du déjeuner. On nous sert le poulet, délicieux, accompagné de pommes de terre et d’olives. Et un peu de piment, fort, mais qui agrémente parfaitement le plat. C’est tellement bon que je ne peux m’empêcher de saucer. L’inconvénient de manger tous dans le même plat, c’est que mon voisin me pique mon morceau de viande et surtout la partie que je m’étais laissé pour la fin, c’est-à-dire la belle peau bien grillée. Cela m’apprendra. La prochaine fois, je commencerai par ce que je préfère. Du coup, je pique le pilon de ma voisine. A la guerre comme à la guerre. Je ne suis pas faite pour les repas collectivistes, je suis une individualiste de la fourchette et la nourriture a trop d’importance pour moi pour que je veuille partager plus que nécessaire.

Plaisanterie mise à part, le plat est rapidement nettoyé. Nous nous sommes régalé, mais l’étudiant un peu fanfaron qui a trouvé bon de manger un bon morceau de piment. Il a du mal à s’en remettre.

Nous terminons le repas par de délicieuses oranges juteuses et sucrées. Ce sont les dernières, il n’y aura pas de fruits pour ce soir.

jeudi 15 avril 2010

Entre tradition et modernité

Nous continuons notre promenade et arrivons près d’un jardin où s’affairent des femmes. Voile noir, voile blanc, petites filles en cheveux. Je prendrais bien des photos, mais je n’ose pas. Elles sont trop loin pour que j’ose leur demander la permission. Les étudiants sont dans la même expectative. Nous choisissons de continuer la balade. Nous débouchons bientôt dans le centre administratif.

Figuig est composé de nombreux ksour, d’une ville nouvelle et d’un centre administratif, situé au centre de tout, ce qui est bien pensé. La plupart des ksour sont sur les hauteurs, sauf le nôtre, Zenaga, qui est en bas, dans la palmeraie. Le centre administratif regroupe de nombreux monuments coloniaux. Dont l’ancienne église, transformée en mosquée à l’indépendance puis en centre de documentation. A côté, la maison des citoyens. En face, une ancienne demeure qui vient d’être entièrement retapée grâce à une ONG italienne et qui doit devenir une maison pour accueillir les touristes. Les jardins sont en partie terminés, ainsi qu’une piscine sans eau. Mais derrière, il reste encore du travail. L’endroit sera magnifique quand tout sera terminé. De l’autre côté de la rue, un magnifique jardin, réalisé grâce à des subventions du département de la Seine-Saint-Denis. Il est tellement joli qu’il est interdit d’y pénétrer. En face, la sous-préfecture, la résidence du pacha. C’est également un ancien bâtiment colonial qui a de la gueule. Des étudiants tentent donc de le prendre en photo. Un gradé sort alors pour nous dire, courtoisement, que c’est interdit. Comme dans quasi la totalité des pays. Parfois, il est même interdit de photographier les aéroports.

Nous continuons, mais la chaleur se fait sentir et nous mourrons de soif. Nous n’avons pas pensé à emmener des bouteilles d’eau. D’ailleurs, nous n’en avons pas. Nous allons à l’hôtel de Figuig qui possède un café en terrasse d’où on voit toute la palmeraie. L’endroit est plaisant. On nous propose des jus de fruit, orange, pomme, banane. Un vrai régal. La discussion va bon train. Mais il faut rentrer. Mon collègues propose de prendre un raccourcis, qu’il ne retrouve pas. Nous rebroussons chemin pour en prendre un autre qui va plutôt nous rallonger. Nous traversons la palmeraie, nous cheminons entre les murailles qui tombent en ruines, les bassins abandonnés et les parcelles bien entretenues. Le contraste est saisissant. Il en va des arbres comme des ksour, les terres ont donner tout ce qu’elles avaient. Elles redeviennent poussière.

Je retrouve en partie le chemin que nous avions suivi à l’aller. Mais je finis par me tromper. Mon collègue me rattrape et m’explique le fonctionnement des croix et des flèches que je n’avais pas remarquées. Nous arrivons à la maison, rouges de chaleur et, pour certains, de coups de soleil. Nous passons nos bras sous l’eau et nous nous désaltérons. Le déjeuner est servi. Une énorme salade de tomates, concombres, oignons, pâtes, poivrons dans laquelle nous tapons allégrement tout en nous bourrant de pain. Quand arrive le plat principal, que nous n’avions pas envisagé, nous n’avons plus faim. Mais on ne refuse pas le tagine de pruneau. Notre hôte nous explique que la nappe fine qui recouvre la table sert à débarrasser tous les déchets en même temps. Traditionnellement, il y en a une par plat. Ainsi, quand des invités de marque viennent, la première chose qu’ils font, c’est de compter les nappes. Ils savent ainsi combien de plats seront servis. Ce qu’il est utile pour adapter sa faim mais sans doute aussi pour voir comment on est considéré dans la maison.

Il nous raconte également (il raconte très bien les histoires) que déjeunant avec des spécialistes de la religion, ceux-ci avaient demandé à manger par terre et non assis sur les banquettes comme nous, car le Prophète mangeait à même le sol. Après le repas, ils devaient se rendre à un autre endroit de la ville. Les huiles lui ont proposé de monter dans leurs grosses Mercedes, mais lui leur a répondu que le Prophète allait à pied. Et qu’il ferait de même.

Les lycéens qui vont servir de guides à nos étudiants doivent nous rendre visite avec leur professeur de français. En attendant, nous nous répartissons dans les chambres, qui à faire la sieste (comme moi) qui à entamer une partie de tarot. Mais ils ont à peine le temps de faire un tour que les jeunes gens arrivent. Nous nous installons tous dans la salle du repas pour discuter. Tout le monde se présente. Puis les étudiants expliquent aux lycéens les sujets qu’ils ont choisi de traiter et leur demande ce qu’ils en pensent, comment eux le vivent. Les trois thèmes (cuisine, vêtements, santé) tournent autour du passage entre tradition et modernité. Ainsi, pour les vêtements, les jeunes affirment tout de suite s’habiller moderne, ce qui à première vue est vrai. Mais l’enseignant les reprend  : « Et quand tu es chez toi, qu’est-ce que tu portes ?
– Une djellabah
– Et à quelles autres occasions tu portes la djellabah ?
– Aux mariages, dans les cérémonies…

De fil en aiguille, on se rend comte que la séparation n’est pas aussi nette que les lycéens veulent bien le dire. Le cas de la santé est encore plus flagrant. Quand on leur demande s’ils préfèrent la médecin moderne ou traditionnelle, la réponse est nette :
– je me soigne à la pharmacie.
– Mais, demande l’enseignant, quand tu es malade, que tu tousses, qu’est-ce qu’elle fait ta mère
– Elle me passe de l’huile d’olive sur la poitrine
– Et si ça ne va pas mieux ?
– On met aussi un … [cataplasme]
– Et quand tu as une écharde dans le doigt, qu’est-ce que tu fais, tu vas à la pharmacie ;?
– Non, ma mère me passe de l’oignon ou de l’ail.
– Et si tu te casses une jambe, tu vas voir qui ?
– Le rebouteux.

La discussion continue ainsi pendant une bonne heure adroitement menée par l’enseignant. Un de nos étudiants demande alors aux garçons s’ils savent faire la cuisine. Oui, répondent-ils, quand on va en pique-nique entre nous. Il apparaît donc que les garçons, les hommes, se font des sorties pique-nique entre eux et qu’à l’occasion ils cuisinent un ragout typique (une marmite) dont les femmes ne connaîtraient pas la recette. Mais la pièce cuisine leur est interdite, c’est le domaine des femmes. Les deux seules jeunes filles ne disent rien. Elles écoutent. Elles interviennent sur d’autres sujets. Surtout l’une, l’autre semblant trop timide.

Elles se taisent à nouveau quand on parle d’avenir. Tous ces lycéens préparent un bac scientifique. Ils veulent faire les classes préparatoires pour intégrer les meilleures écoles : ingénieurs, médecins, etc. Pour partir ? Pour revenir ? Ils ne répondent pas. C’est B. – il gère ici des chantiers avec son frère – qui répond à leur place : revenir, c’est pas bien. Il faut partir.

On nous raconte le cas d’un cousin de la maison. Toute sa famille est partie en France. Le père d’abord, puis la femme et les enfants ensuite par le regroupement familial. Mais lui était déjà majeur. Il n’a pas eu l’autorisation et est resté tout seul à Figuig, sans personne. Il a fini par réussir à les rejoindre, en passant par la Belgique. Mais comme il n’a pas ses papiers, il ne peut pas envisager revenir, même en vacances. Sinon, il serait à nouveau prisonnier de la ville.

Je demande alors aux jeunes filles ce qu’elles, elles souhaitent faire plus tard. Elles sourient, puis l’une d’elle répond : nous marier. Mais, je lui demande, on ne fait pas des études de sciences et de math juste pour se marier. Elles sourient encore. Elles veulent travailler dans l’agriculture. Dans l’agriculture ? Ingénieures agronomes corrige un de leur camarade. Il semble qu’au Maroc, pas vraiment ici à Figuig, encore que je n’en sais pas grand chose, l’agriculture soit souvent dans la sphère de travail des femmes : le soin des champs en plus de celui de la famille. Une affaire interne en quelque sorte. Mais ici, quand nous nous promènerons dans les jardins, nous n’y verrons quasiment que des hommes.

Le groupe se lève, étudiants et lycéens vont se promener ensemble, les uns faisant découvrir la ville aux autres. Ils vont également faire des repérages pour les reportages. Les deux prof partent prendre un pot au café. Je suis fatiguée, ils me conseillent d’aller faire une bonne sieste. Je ne me fais pas prier. Je pensais dormir une petite demi-heure, voire une heure. J’émerge deux heures et demie plus tard. Le soleil descend sur l’horizon, la lumière est magnifique. Je sors l’appareil photo. Puis je me mets à l’ordinateur. Je m’installe sur la terrasse. Il fait si bon, la meilleure heure.

La nuit tombe peu à peu, il est 18h30. Dans la fraîcheur qui commence à s’installer, une voix s’élève. Allah Akbar, ce sont les muezzins qui appellent à la prière. Des minarets des différents ksour, ils se répondent, puis le silence retombe peu à peu.

Il fait nuit noir quand toute la troupe revient. Les étudiants ont passé l’après-midi à crapahuter et sont épuisés, les deux profs ont été en voiture près de la frontière algérienne. Nous devisons tous autour de la table, une partie de tarot s’improvise bientôt. Je remonte dans ma chambre avancer mes travaux d’écriture. Puis c’est l’heure du dîner. Encore un couscous. On nous avait prévenu, ici, c’est couscous tous les soirs. Non, précise notre hôte, demain, c’est la soupe. Il paraît qu’elle est délicieuse.

Après le repas, la table débarrassée, nous continuons les discussions entamées plus tôt. On nous amène des petites pâtisseries maison et du thé à la menthe. Une merveille. Notre hôte nous raconte comme ici les gendarmes sont recrutés : on dit « ceux qui ne savent pas lire, vous vous mettez à gauche, ceux qui savent lire, vous vous mettez à droite » et on prend ceux qui sont restés au milieu et qui n’ont rien compris… C’est une blague que l’on pourrait raconter chez nous…

La soirée s’achève. Certains étudiants sont déjà allés se coucher, demain, ils se lèvent tôt, à 7 heures il faut dormir. Je regarde une dernière fois mes photos, et j’éteins l’ordi. Je ne sais pas comment on dit « Bonne nuit » en berbère. Tiens, il faudra que je demande.

Visite du ksar

Le réveil a été bien plus tôt que prévu. Ce n’est pas l’appel à la prière qui m’a réveillée, non. J’avais judicieusement emporté des boules quies, mais plus prosaïquement mon téléphone portable dont j’avais oublié de désactiver l’alarme. Dance me to the End of Love chantait Madeleine Peyroux. Je lui ai cloué le bec et me suis retournée contre le mur. Il était 5h15 du matin, un peu tôt pour jouer les braves. Je me suis réveillée à nouveau vers 7 heures. Je me suis levée pour voir. La lumière douce et blanche du matin éclairait la terrasse, j’ai pris quatre photos et me suis recouchée. Pour me relever vers 9 heures, en même temps que les autres. Je me suis précipitée à la douche, histoire de ne pas faire la queue. Le petit déjeuner a été servi. Très copieux. Des crêpes, des galettes, du beurre, de la confiture de figue (il y en avait aussi de fraises, mais je n’ai pas fait tous ces kilomètres pour en manger), du thé à la menthe. Nous nous sommes servis et resservi, beaucoup trop en tout état de cause. Il va falloir beaucoup marcher pour éliminer tous ces caloris.

Les estomacs calés, les chaussures de marche chaussées, nous sommes sortis de la maison pour visiter le ksar et aller voir la palmeraie. Dans la partie ancienne, où nous demeurons, les maisons sont faites de terre. Les plafonds tiennent sur des poutres de palmiers et sur leurs écorces. Tant que les maisons sont entretenues, cela donne des habitations fraîches et agréables. Mais beaucoup ne sont plus habitées, ou seulement par les chèvres. Elles se délitent alors. Irrémédiablement. Pas toutes heureusement, mais c’est un véritable trésor architectural qui est en train de partir en poussière.

Les maisons sont organisées autour de la cour. Elles réunissaient des familles élargies, chacun logeant dans une pièce ou deux, la cuisine étant commune. L’étage est plus large que le rez de chaussée. Les maison passent ainsi au dessus des rues, les transformant en longues galeries où donnent les portes. Il y fait toujours frais, mais il n’est pas toujours facile de s’y retrouver, et personne n’a édité de plan. Vu d’en haut, il n’y a que des terrasses. On s’y perd facilement.

Nous essayons donc de nous faire des repères, ils existent pourtant. Une croix noire sur le mur indique une impasse, une flèche bleue le chemin à suivre. Mais on ne nous le dit pas immédiatement. La tête de groupe est partie sur un train d’enfer. Moi qui m’arrête pour prendre des photos, je suis rapidement larguée. Je suis tant bien que mal. Mais il y a trop de choses à voir, à remplir les yeux et la carte de l’appareil photo. Je m’arrête trop souvent. A un moment, je me retrouve seule, dans une impasse. Au bout un jardin où travaillent deux hommes. Je leur demande s’ils ont vu passer un groupe. Non, pas du tout.

Merci, leur dis-je. De rien répondent-ils en riant. Je rebrousse chemin. M’aperçois qu’il y avait une bifurcation. Le groupe a dû tourner par là. Je croise une jeune homme. Je lui pose la question. Avez-vous vu passer un groupe ? Oui me répond-il dans un sourire. Ils sont à une centaine de mètres. Merci, merci… Effectivement, après deux ou trois coudes, j’entends leurs voix. La route grimpe sec, ils sont en haut en train d’admirer le paysage. Mon collègue, qui vient pour la quatrième fois, explique la palmeraie. Je les rejoint essouflée par la montée.


mercredi 14 avril 2010

Petit matin


[[akynou]]

Premier réveil à 6 heures. J’ai pris quelques photos, la lumière était si belle, et je suis vite aller me recoucher.

mardi 13 avril 2010

En route pour Figuig

Je n’y crois pas, je suis au Maroc ! Pour un peu, je me mettrais à quatre pattes sur le tarmac et j’embrasserais le sol. Voilà quatre ans que je veux y aller, quatre ans qu’à chaque fois, je dois renoncer. Le comble, ce fut l’an dernier quand, faute de passeport, je n’ai pu embarquer dans l’avion. Mais aujourd’hui, j’y suis.

La journée a commencé tôt le matin, à 7 heures, quand j’ai levé les filles. Nous étions toutes les quatre tendues. La première fois que nous nous séparions plus d’une journée ou deux depuis que nous sommes installées à Tours. Elle le vivent mal. Léone a dormi avec moi et s’est retournée toute la nuit. Lou n’a pas fermé l’œil, quant à Garance, cela fait plusieurs jours qu’elle est infernale.

Elles sont parties à l’école et j’ai pu finir tranquillement ma valise. J’ai pris le chemin de la gare, à pied, j’ai laissé ma voiture à ma mère venue garder les filles. TGV pour Paris, Bus pour Orly Sud, puis enfin, boeing pour Oujda.

Le voyage s’est passé sans problème, j’ai dormi une partie du temps, le reste, j’ai photographié la Terre vue du ciel avec mon téléphone portable. Aucune idée de savoir si les photos seront belles ou non. Mais je voulais montrer ça aux filles.


Dans le vol Paris-Oujda

Et puis nous avons atterri après deux heures et demi de vol. A 17 heures, heure locale, après être partis à 16h20 heure de Paris. J’aime ces voyages qui font remonter dans le temps ou qui l’annihile, ces journées qui s’étirent et qui font plus de vingt-quatre heures. Mais notre périple n’est pas fini. D’Oujda à Figuig, il nous reste quelque 350 kilomètres.

Les étudiants prennent le bus. Car nous sommes ici dans le cadre d’un projet d’étude. Nos apprentis journalistes doivent réaliser un reportage multimédia. C’est la quatrième fois que l’EPJT (Ecole publique de journalisme de Tours, nouveau nom de l’IUT de journalisme de Tours) emmène des étudiants dans cette oasis marocaine, à la frontière de l’Algérie. Les équipes précédentes ont réalisé un magazine, un reportage radio, un autre télé, et enfin, celui-ci.

Nous, les enseignants, avons droit à une voiture, une Dacia. Neuve et jolie, mais rembourrée avec des noyaux de pêches. Et les routes promettent de ne pas nous épargner. Notre chauffeur nous l’a dit, les pluies de l’automne dernier ont emmené une partie du revêtement avec elles. B* parle d’une voix douce et grave et son accent fait chanter les mots. Une vraie voix radiophonique.

Nous nous arrêtons à Oujda pour récupérer des poulets qui nous seront servis là-bas. Nous buvons un thé à la menthe et mangeons des madeleines, seul en-cas proposé. Nous dînerons une fois arrivés, pas tout de suite donc, mon estomac crie déjà famine et proteste, mais il va devoir attendre. Nous partons à la recherche d’une station essence. La première est fermée, nous devons retourner au centre ville. Pas évident, apparemment, de se fournir en essence officielle (nous avons besoin de notes de frais), ici, nombreux sont ceux qui font de la contrebande et de vente à la sauvette sur le bord de la route. Beaucoup moins cher qu’à la pompe évidemment. Les stations ferment, faute de clients. Les rues, elles, grouillent d’hommes, de femmes, d’enfants, qui marchent d’un bon pas. Des petites voitures slaloment dans la circulation. Elles arborent sur leur toit un écriteau : “petit taxi”. Ici, comme partout, le métier est réglementé. Les taxis dit petits n’ont pas le droit de quitter la ville.

Nous prenons enfin la route de Figuig. Effectivement, elle est dans un triste état. Je plains notre chauffeur. Nous rejoignons le bus à notre première étape, dans la ville de Ain Beni Mathar. Nous entrons dans un bar, rempli d’hommes, pas une femme hormis nos étudiantes. La télé retransmet un match de foot opposant Benfica à Liverpool. Puisque nous allons rester éveillés jusqu’au bout de la nuit, je bois un café. Et cherche les WC. Sur la terrasse, une porte qui ne ferme pas donne sur des toilettes à la turque. Pas de papiers. A la guerre comme à la guerre, je ne vais pas me rendre malade. Mais les étudiantes préfèrent se retenir. Elles me disent préférer un buisson au bord de la route, je les comprends. Le truc, c’est que, sur cette route, il n’y a pas de buisson.

Nous repartons, la chaussée semble un peu moins cahotique. Je somnole. La Lune se lève, violemment orange. Elle éclaire le paysage de sa lumière blafarde, nous permettant de découvrir des montagnes, des villages qui semblent abandonnés. Nous n’avons pas eu beaucoup de contrôle de police. Les gendarmes dorment aussi. Nous longeons la frontière algérienne et les relations entre les deux ne sont pas au beau fixe. Tout est donc très surveillé. C’est une des cause de la situation d’isolement de Figuig, port naturel entre les deux Etats. La palmeraie s’y étendait de part et d’autre, des caravanes y faisaient étape, les marchandises circulaient. Mais depuis le conflit du Sahara occidental en 1976 la frontière est fermée. En fait, les relations entre l’Algérie et le Maroc sont chaotique depuis l’indépendance et chacun à son point de vue. Pour l’Algérie, c’est la faute des Marocains et vice versa. Le résultat est de toute façon le même plus personne ne vient à Figuig et beaucoup, les jeunes surtout, rêvent d’en partir.

Deuxième arrêt, deuxième thé à la menthe. Mon collègue discute avec un homme, Figuigui d’origine, mais qui travaille ici comme infirmier. Un des groupe d’étudiants veut enquêter sur la santé dans la région. L’homme avoue qu’il en a assez de cette ville perdue, qu’il rêve d’ailleurs. Ici, dit-il, vous ne trouverez pas de spécialistes marocains. Ils refusent de venir s’enterrer ici et préfèrent exercer dans les hôpitaux privés où ils gagnent très bien leur vie. Ici poursuit-il, il n’y a que des spécialistes chinois. Les généralistes, oui, ils sont marocains, mais c’est le gouvernement qui les oblige à s’installer. Sinon, ils partiraient, comme les autres. Et à Figuig, vous verrez, c’est pareil.

En attendant, nous repartons, il est passé 23 heures, plus d’1 heure du matin à Tours. Et la journée s’étire à n’en plus finir. Les derniers kilomètres sont épuisants. Au dernier barrage, nous réveillons les gendarmes pour leur signaler notre passage. Ici, tous les étrangers doivent signaler leur présence. Si nous ne le faisons pas maintenant, nous serons obligés d’aller à la gendarmerie demain. Enfin, nous apercevons les premières maison de Figuig. Les boutiques fermées, mais le petit épicier ouvert, quelques personnes qui marchent sur les trottoirs, la préfecture, l’ancienne église coloniale, l’hôtel ouvert par la municipalité et, enfin, une petite place où nous nous garons.

La maison qui nous héberge est située dans le ksar Znaga (prononcer Zenaga). Nous descendons de nos véhicules respectifs. Avec nos valise à roulettes, nous faisons un bruit d’enfer dans les ruelles labyrinthiques. La porte de la maison s’ouvre sur une cour carrée autour de laquelle s’articulent des pièces. Un escalier mène à la terrasse où sont installées les chambres. Notre hôte a réuni deux maisons, il peut ainsi héberger des groupes comme le nôtre. Mais ce n’est pas son métier. Lui, il vit la plupart du temps en France où il s’est réfugié en 1973 lors d’une vague de répression d’Hassan II. Il paraît que la région a été très meurtrie.

D’autres habitants ont rénové les vieilles demeures familiales et les ont transformées en maisons d’hôtes. Ils accueillent le plus souvent des randonneurs de passages ou des familles venues visiter la région. Nous prenons possession de nos chambres. Un épais matelas posé sur une natte en plastique qui couvre tout le sol, le confort est sommaire, mais bien suffisant. En bas, toilettes et douches. Mais si vous aviez l’habitude de prendre deux douches par jour, sachez qu’ici on n’en prend qu’une, nous dit notre hôte. Et si elles durent dix minutes, ici, ce sera deux. L’eau est rare et précieuse. Pas question de la gaspiller.

Il est 1 heures du matin passée et nous nous attablons devant un somptueux couscous. Malgré l’heure tardive, nous sommes affamés et nous faisons honneur aux deux plats qui trônent au milieu des tables. Pas d’assiette, nous mangeons directement dans le plat en faisant des couloirs dans la semoule où est versée la soupe de légume. Au dessert, nous dégustons des oranges délicieuses, juteuses et sucrées, un vrai bonheur. Puis, repus et fourbus, nous allons dormir. On nous a promis une grasse matinée (jusqu’à 9 heures au moins). Il est 2h30, 4h30 heure française. Je sombre sans me faire prier