samedi 24 juillet 2010

Périgrinations

A croire que je suis fâchée avec les dates. J’étais persuadée que je partais au Maroc Le 20. Ce que j’ai annoncé à tout le monde. Et puis, vérification faite la veille de mon soi-disant départ, je ne partais que le 21. Ce qui nous fit une journée supplémentaire de piscine et de plage. Et de préparation de valise.

Je rentre le 10 en Espagne. Ainsi, je pars le 11, je fais étape le 11 au soir chez Samantdi et j’arrive le 12 à Tours. Le 13 et le 14 je fais les valises des filles pour les colos. Le 14 en fin d’après-midi, nous montons à Paris. Sauf que, quand j’ai voulu laisser date et heure de retour pour qu’on vienne nous récupérer à l’aéroport de Barcelone, je me rendis compte que je ne partais pas le 10, mais le 9. J’avais dû avancer d’un jour mon retour à cause du prix et sans doute aussi pour me laisser plus de temps à Tours pour préparer la fin des vacances des filles. En fait, nous resterons un jour de plus en Espagne puisque mes rendez-vous intermédiaires sont déjà fixé.

Je me suis fait foutre de ma gueule quand même.

Nous nous sommes donc présentées à l’aéroport de Barcelone le 21 à 20h30 puisqu’il fallait arriver trois heures avant le départ. Le guichet où nous devions enregistrer nos bagages était juste devant la porte par laquelle nous étions entrées, nous n’avons pas eu besoin de chercher. Il y avait déjà du monde, beaucoup de familles, avec de jeunes enfants. Des petites filles sages qui aidaient leur maman et des garçons qui couraient dans tous les sens et trouvaient toutes les bêtises à faire. L’homme qui était avant nous voyageait seul avec son fils. Il ne parlait pas un mot d’espagnol ni de catalan. Et visiblement, il y avait un problème avec un de ses bagages. J’ai donc fait la traduction pour aider. Ce qui lui fit gagner du temps à lui, pas à moi. Son problème était qu’il n’avait payé qu’une franchise de bagage pour 20 kilos alors qu’il en avait deux pesant en tout 35 kilos. Moi, je disais que la franchise devait être par personne. Oui, disait l’hôtesse, à condition de la payer lors de l’achat du billet. J’argumentais que ce n’était pas très clair sur le site, l’hôtesse me montrait les clauses du billet. En final de compte, le monsieur a accepté de payer les 22 euros supplémentaires pendant que je m’inquiétais. Allait-il nous arriver la même chose ? Nous avions tout de même 45 kilos à nous quatre.

En fait non. J’avais bien réglé, au moment de l’achat des billets, une franchise pour chacune d’entre nous. Je suis plus prévoyante que je ne le pensais. J’avais bien souscrit une assurance annulation qui m’a permis de changer le billet retour de Lou, alors que je ne le fais jamais. Bref, à nous quatre, nous aurions pu emmener 80 kilos. De le savoir, j’aurais proposé à l’homme de lui prendre sa valise. Cela n’aurais pas été très prudent. Mais je ne suis pas très prudente. Il a payé les 22 euros pour sa valise supplémentaire, ce qui n’est pas excessif quand on connaît les tarifs des compagnies régulières pour tout kilo superfétatoire.

Débarrassées des bagages, nous avons cherché un coin tranquille pour casser la croute. Et surtout boire les bouteilles d’eau qu’on nous avait donner avant de passer le contrôle. On emmène pas de bouteilles dans la zone d’embarquement. Nous avons fait un sort aux œufs durs, aux brugnons qu’on nous avait préparé. Garance n’aimant pas les œufs a boulotté son sandwich. Toute bouteille bue, nous avons passé le contrôle et sommes arrivées dans la zone de free taxe qui, à la grande déception de Lou, était entièrement close, vue l’heure. Il ne restait qu’une boutique de parfums, alcool, cigarettes et bonbons qui nous intéressaient relativement peu. Dans les bars voisins, la bouffe avait été dévalisée. Mais nous avons pu acheter quelques paquets de chips et des bouteille d’eau. Et nous avons commencé l’attente.

Ce qui est bien avec les charters, c’est qu’on demande d’arriver avec trois heures d’avance pour un avion qui la plupart du temps aura du retard. Ça n’a pas loupé. Le nôtre est arrivé à l’heure à laquelle nous aurions dû décoller. Ce qu’il y a de bien aussi, c’est qu’il ne font pas de remplissage à outrance en resserant les rangs de sièges. J’ai de longues jambes, c’est vrai, mais je n’avais tout simplement pas la place de caser mes cuisses entre mon siège et celui de devant. C’est donc très en retard et passablement contusionné que nous avons débarqué à Casablanca dans l’immense aéroport Mohammed V. Je pensais à Karaba qui nous attendait déjà depuis une bonne heure. Arriver à 0h45, ce n’est déjà pas un cadeau pour ceux qui viennent vous chercher. Mais à 1h45, c’est pire. D’autant qu’elle n’avait pas fini d’attendre.

Nous avons passer les étapes de contrôle et de douanes sans encombre. Nous nous sommes présentés devant le tapis roulant indiqué. Des valises étaient déjà en train de tourner. Pas longtemps. Les quelques bagages récupérés, plus rien n’est venu. Heureusement, un employé de l’aéroport est venu nous prévenir que le reste était livré sur un autre tapis, de l’autre côté. Heureusement, quelqu’un m’a traduit l’information. Nous nous sommes précipitées. Nous avons très rapidement récupéré la valise de Lou, la mienne. Mais celle de Léone, rien. Et puis à nouveau, le tapis a arrêté sa ronde. L’employé est revenu annoncer quelque chose. Et là, des femmes et des hommes se sont mis à râler, puis carrément à lui hurler dessus. Nous étions en plein happening et je ne comprenais rien de ce qui se disait. Un peu angoissant.Le pauvre, il n’était que le messager de la mauvaise nouvelle.

C’est l’homme que j’avais aidé à Barcelone qui m’a rendu la monnaie de ma pièce. Il m’a expliqué qu’un wagonnet de bagages avait oublié d’être chargé à Barcelone. Qu’il fallait faire une réclamation et que le bagage arriverait sans doute avec l’avion du lendemain. Ironie de l’histoire, c’était la valise pour laquelle il avait été obligé de payer un supplément qui avait été égarée. Il avait ses 22 euros un peu en travers de la gorge. Mais grâce à lui, j’ai gagné un temps fou. Les hommes derrière le guichet étaient d’une patience d’ange au milieu de toutes ces vociférations. Ils n’y pouvaient rien, c’était les bagagistes de Barcelone qui étaient en tord. Imperturbable, ils attendaient la fin des cris, les renseignements demandés, remplissaient les formulaires. J’ai admiré leur sang-froid.

J’ai pu rejoindre Karaba, qui nous attendait depuis bientôt trois heures. Mais c’était tellement bon de la voir là. Nous avons filé vers la voiture, parce que Rabat, ce n’est pas la porte à côté. Il fallait faire la route. Plus d’une heure de voyage. Nous sommes arrivées à 4 heures du matin heure locale. C’est-à-dire 5 pour nous. Karaba nous a installées dans nos chambres. Les petites ensembles, moi et Lou chacune dans la nôtre. Et nous avons dormi sans demander notre reste.

Nous nous sommes réveillées tard dans la matinée. La maison était silencieuse. J’ai ouvert les volets et découvert le magnifique jardin de Karaba. Nous y étions, enfin.


Ajout du vendredi 23. Karaba m’avait dit : « Il faudra que tu appelles l’aéroport. Eux ne le feront pas. » C’est ce que j’ai fait ce matin. Une voix féminine m’a confirmé que la valise nous attendait. Je pouvais venir la récupérer. Ni une ni deux, histoire d’être débarrassées de cette galère, Karaba nous a emmené dans son carrosse. Nous avons refait la route (autoroute) côtière. Presque trois heures aller-retour. Le temps de trouver le bon guichet, on m’a emmené près de ma valise. Elle était là, elle m’attendait bien sagement. J’étais contente de la voir. Je l’ai flattée de la main. Puis je me suis figée. On lui avait enlevé son cadenas. Je l’ai ouverte fébrilement et puis non, il ne manquait rien. Ni le sachet avec les maillots de bain mouillé, ni celui avec les médicaments, ni les vêtements de Léone, ni mon ordinateur. Oui, je sais, voyager avec un ordinateur en soute relève de la pure folie. Mais n’ai-je pas dit que je n’étais pas raisonnable ? (Cela dit, c’est la dernière fois.)

mardi 13 avril 2010

En route pour Figuig

Je n’y crois pas, je suis au Maroc ! Pour un peu, je me mettrais à quatre pattes sur le tarmac et j’embrasserais le sol. Voilà quatre ans que je veux y aller, quatre ans qu’à chaque fois, je dois renoncer. Le comble, ce fut l’an dernier quand, faute de passeport, je n’ai pu embarquer dans l’avion. Mais aujourd’hui, j’y suis.

La journée a commencé tôt le matin, à 7 heures, quand j’ai levé les filles. Nous étions toutes les quatre tendues. La première fois que nous nous séparions plus d’une journée ou deux depuis que nous sommes installées à Tours. Elle le vivent mal. Léone a dormi avec moi et s’est retournée toute la nuit. Lou n’a pas fermé l’œil, quant à Garance, cela fait plusieurs jours qu’elle est infernale.

Elles sont parties à l’école et j’ai pu finir tranquillement ma valise. J’ai pris le chemin de la gare, à pied, j’ai laissé ma voiture à ma mère venue garder les filles. TGV pour Paris, Bus pour Orly Sud, puis enfin, boeing pour Oujda.

Le voyage s’est passé sans problème, j’ai dormi une partie du temps, le reste, j’ai photographié la Terre vue du ciel avec mon téléphone portable. Aucune idée de savoir si les photos seront belles ou non. Mais je voulais montrer ça aux filles.


Dans le vol Paris-Oujda

Et puis nous avons atterri après deux heures et demi de vol. A 17 heures, heure locale, après être partis à 16h20 heure de Paris. J’aime ces voyages qui font remonter dans le temps ou qui l’annihile, ces journées qui s’étirent et qui font plus de vingt-quatre heures. Mais notre périple n’est pas fini. D’Oujda à Figuig, il nous reste quelque 350 kilomètres.

Les étudiants prennent le bus. Car nous sommes ici dans le cadre d’un projet d’étude. Nos apprentis journalistes doivent réaliser un reportage multimédia. C’est la quatrième fois que l’EPJT (Ecole publique de journalisme de Tours, nouveau nom de l’IUT de journalisme de Tours) emmène des étudiants dans cette oasis marocaine, à la frontière de l’Algérie. Les équipes précédentes ont réalisé un magazine, un reportage radio, un autre télé, et enfin, celui-ci.

Nous, les enseignants, avons droit à une voiture, une Dacia. Neuve et jolie, mais rembourrée avec des noyaux de pêches. Et les routes promettent de ne pas nous épargner. Notre chauffeur nous l’a dit, les pluies de l’automne dernier ont emmené une partie du revêtement avec elles. B* parle d’une voix douce et grave et son accent fait chanter les mots. Une vraie voix radiophonique.

Nous nous arrêtons à Oujda pour récupérer des poulets qui nous seront servis là-bas. Nous buvons un thé à la menthe et mangeons des madeleines, seul en-cas proposé. Nous dînerons une fois arrivés, pas tout de suite donc, mon estomac crie déjà famine et proteste, mais il va devoir attendre. Nous partons à la recherche d’une station essence. La première est fermée, nous devons retourner au centre ville. Pas évident, apparemment, de se fournir en essence officielle (nous avons besoin de notes de frais), ici, nombreux sont ceux qui font de la contrebande et de vente à la sauvette sur le bord de la route. Beaucoup moins cher qu’à la pompe évidemment. Les stations ferment, faute de clients. Les rues, elles, grouillent d’hommes, de femmes, d’enfants, qui marchent d’un bon pas. Des petites voitures slaloment dans la circulation. Elles arborent sur leur toit un écriteau : “petit taxi”. Ici, comme partout, le métier est réglementé. Les taxis dit petits n’ont pas le droit de quitter la ville.

Nous prenons enfin la route de Figuig. Effectivement, elle est dans un triste état. Je plains notre chauffeur. Nous rejoignons le bus à notre première étape, dans la ville de Ain Beni Mathar. Nous entrons dans un bar, rempli d’hommes, pas une femme hormis nos étudiantes. La télé retransmet un match de foot opposant Benfica à Liverpool. Puisque nous allons rester éveillés jusqu’au bout de la nuit, je bois un café. Et cherche les WC. Sur la terrasse, une porte qui ne ferme pas donne sur des toilettes à la turque. Pas de papiers. A la guerre comme à la guerre, je ne vais pas me rendre malade. Mais les étudiantes préfèrent se retenir. Elles me disent préférer un buisson au bord de la route, je les comprends. Le truc, c’est que, sur cette route, il n’y a pas de buisson.

Nous repartons, la chaussée semble un peu moins cahotique. Je somnole. La Lune se lève, violemment orange. Elle éclaire le paysage de sa lumière blafarde, nous permettant de découvrir des montagnes, des villages qui semblent abandonnés. Nous n’avons pas eu beaucoup de contrôle de police. Les gendarmes dorment aussi. Nous longeons la frontière algérienne et les relations entre les deux ne sont pas au beau fixe. Tout est donc très surveillé. C’est une des cause de la situation d’isolement de Figuig, port naturel entre les deux Etats. La palmeraie s’y étendait de part et d’autre, des caravanes y faisaient étape, les marchandises circulaient. Mais depuis le conflit du Sahara occidental en 1976 la frontière est fermée. En fait, les relations entre l’Algérie et le Maroc sont chaotique depuis l’indépendance et chacun à son point de vue. Pour l’Algérie, c’est la faute des Marocains et vice versa. Le résultat est de toute façon le même plus personne ne vient à Figuig et beaucoup, les jeunes surtout, rêvent d’en partir.

Deuxième arrêt, deuxième thé à la menthe. Mon collègue discute avec un homme, Figuigui d’origine, mais qui travaille ici comme infirmier. Un des groupe d’étudiants veut enquêter sur la santé dans la région. L’homme avoue qu’il en a assez de cette ville perdue, qu’il rêve d’ailleurs. Ici, dit-il, vous ne trouverez pas de spécialistes marocains. Ils refusent de venir s’enterrer ici et préfèrent exercer dans les hôpitaux privés où ils gagnent très bien leur vie. Ici poursuit-il, il n’y a que des spécialistes chinois. Les généralistes, oui, ils sont marocains, mais c’est le gouvernement qui les oblige à s’installer. Sinon, ils partiraient, comme les autres. Et à Figuig, vous verrez, c’est pareil.

En attendant, nous repartons, il est passé 23 heures, plus d’1 heure du matin à Tours. Et la journée s’étire à n’en plus finir. Les derniers kilomètres sont épuisants. Au dernier barrage, nous réveillons les gendarmes pour leur signaler notre passage. Ici, tous les étrangers doivent signaler leur présence. Si nous ne le faisons pas maintenant, nous serons obligés d’aller à la gendarmerie demain. Enfin, nous apercevons les premières maison de Figuig. Les boutiques fermées, mais le petit épicier ouvert, quelques personnes qui marchent sur les trottoirs, la préfecture, l’ancienne église coloniale, l’hôtel ouvert par la municipalité et, enfin, une petite place où nous nous garons.

La maison qui nous héberge est située dans le ksar Znaga (prononcer Zenaga). Nous descendons de nos véhicules respectifs. Avec nos valise à roulettes, nous faisons un bruit d’enfer dans les ruelles labyrinthiques. La porte de la maison s’ouvre sur une cour carrée autour de laquelle s’articulent des pièces. Un escalier mène à la terrasse où sont installées les chambres. Notre hôte a réuni deux maisons, il peut ainsi héberger des groupes comme le nôtre. Mais ce n’est pas son métier. Lui, il vit la plupart du temps en France où il s’est réfugié en 1973 lors d’une vague de répression d’Hassan II. Il paraît que la région a été très meurtrie.

D’autres habitants ont rénové les vieilles demeures familiales et les ont transformées en maisons d’hôtes. Ils accueillent le plus souvent des randonneurs de passages ou des familles venues visiter la région. Nous prenons possession de nos chambres. Un épais matelas posé sur une natte en plastique qui couvre tout le sol, le confort est sommaire, mais bien suffisant. En bas, toilettes et douches. Mais si vous aviez l’habitude de prendre deux douches par jour, sachez qu’ici on n’en prend qu’une, nous dit notre hôte. Et si elles durent dix minutes, ici, ce sera deux. L’eau est rare et précieuse. Pas question de la gaspiller.

Il est 1 heures du matin passée et nous nous attablons devant un somptueux couscous. Malgré l’heure tardive, nous sommes affamés et nous faisons honneur aux deux plats qui trônent au milieu des tables. Pas d’assiette, nous mangeons directement dans le plat en faisant des couloirs dans la semoule où est versée la soupe de légume. Au dessert, nous dégustons des oranges délicieuses, juteuses et sucrées, un vrai bonheur. Puis, repus et fourbus, nous allons dormir. On nous a promis une grasse matinée (jusqu’à 9 heures au moins). Il est 2h30, 4h30 heure française. Je sombre sans me faire prier