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lundi 31 mai 2010

Le verre cassé

Nous étions dans ce petit bar du barrio chino barcelonais, celui d’avant la reconstruction et des jeux Olympique. Un petit bar de rien du tout, entièrement rouge, dont le décor n’avait pas bougé depuis une vingtaine d’année, quand le patron avait cassé sa pipe. Des vieilles bouteilles pleines de poussières, des tableaux copiant Toulouse Lautrec, un vieux gramophone et une bande sonore qui passait du Piaf à longueur de soirée. La petite vieille, derrière le comptoir, servait des pastis et un vin de sa fabrication qui auraient rendu alcoolique un mormon pratiquant tant ils étaient bons.

C’était un tout petit bar, avec quelques tables seulement, nous nous pressions près du comptoir ou, aux beaux jours, nous sortions avec nos verres dehors et ne rentrions que pour les remplir à nouveaux. Nous étions jeunes, nous étions beaux, et nous étions des borrachos. Et la patronne nous rabrouait trop impatients que nous étions d’être servis.

C’était un tout petit bar où nous allions souvent, nous les étudiants de la faculté de droit.

C’était un tout petit bar et nous étions des étudiants, insouciants, aimant boire, rire, chanter et courir les jolies filles. Et la patronne, derrière sa grande gueule cachait un bon cœur.

C’était un tout petit bar au murs rouge sang.

Un soir, il est entré comme ça. On ne l’avait jamais vu avant. Il est arrivé, sans prévenir. Juste, il était là. Il s’est installé dans un coin de la salle, l’air accablé, comme abasourdi, les yeux pleins de fièvre. De la mauvaise fièvre, celle de la jalousie, du doute et du malheur. Il pleurait silencieusement, mais sans s’arrêter. Il pleurait comme un fou. Il pleurait, comme un gosse désespéré, une ingrate qui l’avait abandonné.

Un soir, il est entré en pleurant. Nous ne l’avions jamais vu avant. Il s’est assis les yeux pleins de fièvre, accablé et abasourdi par son malheur. Il pleurait sans pouvoir se retenir, sans pouvoir s’arrêter, sans pouvoir… Il pleurait la tête dans ses bras, posés sur la table, son chapeau de cow boy de travers. Il pleurait une ingrate qui s’était fait la belle.

Un soir il est entré et il s’est assis à la table du fond, les yeux emplis de chagrin et il a commandé un verre que la patronne lui a servi sans rien dire. Puis un autre, puis un autre. Il pleurait comme seuls les fous de malheur peuvent le faire. Alors, lassée de faire l’aller retour ou émue par sa détresse, elle lui a laissé la bouteille.

Avec lui, il n’était pas seul, un autre homme, à peu près du même âge. Qui le tenait par l’épaule. Et tentait de le raisonner. Arrête de boire, lui disait-il. Arrête de boire. Tu es déjà plein comme une outre. Arrête, ça suffit, ça ne la fera pas revenir. Elle s’en fout, elle est partie.

Avec lui, un compagnon, sans doute le meilleur,qui savait tout de lui, de son malheur, qui tentait de retenir ses gestes, ses pleurs, ses verres. Tu ne guériras rien avec des larmes, ni avec des cris, ni avec du vin. Elle est partie,

Avec lui un compagnon, arrête, reprends-toi. Crois-tu que te saouler à mort changera quelque chose ? Crois-tu que le vin te la fera oublier. Mais idiot que tu es regarde-toi ! Au contraire, il avive ta douleur  et ton cœur se souvient d’elle encore plus fort. Ami, je t’en conjure, cesse de gémir, chasse-la de tes pensée.

Avec lui un compagnon que d’un geste brusque il écarta en se levant. Il saisit son verre en hurlant et le mordit avec férocité. Le silence s’était fait dans la salle, nous regardions tous sa bouche en sang, le verre de vin, et le malheur dans ses yeux.

Il saisit son verre et le mordit sauvagement, le cassant d’un coup de mâchoire rageur. Le sang giclait, se mélangeant au vin et nous étions là, muets d’horreur et de peine à le regarder, à voir ses yeux fous, et nous n’osions pas bouger.

Le sang giclait et nous n’osions plus bouger.

Alors, il s’est tourné vers nous, et dans un rictus, il a hurlé

Amis, n’ayez pas peur. Oui ! je me suis coupé les lèvres, mais c’est pour effacer la trace des baisers que m’a donné cette traitresse.

Amis, n’ayez pas peur. Oui ! je déchire ma bouche, je veux tout gommer d’elle jusqu’au souvenir de ses lèvres sur les miennes,
Amis, n’ayez pas peur.

Patronne, sers-moi le vin dans ce verre cassé, sers-moi, parce que je souffre
Patronne, sers-moi encore du vin, parce que cette obsession me détruit et que je veux l’oublier
Patronne, sers-moi encore de ce vin. Je veux boire dans cette coupe cassée
Patronne, sers-moi, je veux saigner, goutte à goutte, le venin de cet amour maudit !



Aturdido y abrumado, por la duda de los celos
se ve triste en la cantina a un borracho ya sin fe
con los nervios destrozados y llorando sin remedio
como un loco atormentado por la ingrata que se fue.

Se ve siempre acompañado del mejor de los amigos
que le acompaña y le dice ya esta bueno de licor,
nada remedia con llanto, nada remedia con vino
al contrario, la recuerda mucho mas tu corazón.

Una noche como un loco, mordió la copa de vino
y le hizo un cortante filo, que su boca destrozo
y la sangre que brotaba, confundiose con el vino
y en la cantina este grito a todos estremeció.

No se apure compañero si me destrozo la boca
no se apure que es que quiero con el filo de esta copa
borrar la huella de un beso, traicionero que me dio.

Mozo, sírveme, la copa rota
sírveme que me destroza, esta fiebre de obsesión.
Mozo, sírvame, la copa rota
quiero sangrar gota a gota, el veneno de su amor.

Il y a des versions meilleures de cette chanson. Notamment celle d’un ami maintenant décédé qui s’appelait Agustin Peiro, mais que je n’ai pas retrouvée. Je pense très fort à lui et je lui dédie ce texte.

Ceci est ma participation au Diptyque 5.4, l’illustration de la photo de Michel Clair