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mardi 30 juillet 2013

Même les souvenirs se périment…

Aujourd’hui, j’avais plus ou moins l’idée de ranger ma chambre, encombrée qu’elle de dossiers, de journaux, de cours… Et des papiers de ma mère, que j’ai récupéré pour tenter de gérer au mieux l’administratif la concernant. J’ai rempli un carton de relevés bancaires, fiches de sécu, les papiers du divorce, jeté les factures qui n’ont plus d’intérêt dans l’idée d’évacuer tout ceci au grenier. Et puis je suis tombée sur un dossier vert sur lequel était inscrit

Souvenirs des années de travail.

Maman a passé une partie de son enfance au Luxembourg, dans la famille de ma grand-mère. Quand elle est rentrée en France, elle ne parlait plus français, mais allemand et luxembourgeois. Ce qui n’était pas très bien vu dans les années d’après-guerre… Sa scolarité en a souffert. Et plutôt que de lui faire passer l’examen d’entrée en sixième, elle a été orientée en filière courte : certificat d’études, école de secrétariat.

Elle a fait de nombreux boulots avant de s’arrêter de travailler quand elle a eu sa deuxième fille, ma sœur Anne (je suis l’ainée). 

Elle a recommencé à travailler au début des années quatre-vingt. Militante socialiste, elle est devenue assistante parlementaire, puis est entrée dans les ministères. Chef du secrétariat particulier au secrétariat d’Etat à la défense, puis au ministère des DOM-TOM, elle a ensuite multiplié les postes au ministère de l’Intérieur, à la direction des Collectivités locales. 

dom001.jpgLe dossier retrouvé est gros des petits mots de cette période-là, provenant de ministres, de préfets, sous-préfets, en mobilité ou en poste, en Suède ou à Papeete, à la société du tunnel du Mont-Blanc ou à la Compagnie française de navigation rhénane (je ne savais même pas que cela existait, quel placard !)… Une petite centaine de billets, l’assurant de l’amitié, de la fidélité, du meilleur souvenir, demandant des nouvelles (et comment vont vos petites…). Elle a même un badge signé du préfet Erignac… Des bouts de papiers qui ont assurément donné un sens à sa vie, presque autant que de ses palmes académiques et de sa médaille du mérite. Mais qui ne doivent plus représenter que du vide pour elle. Des petits papiers que je n’arrive pourtant pas à jeter. Parce que justement, si elle n’était pas devenue mamie Alzheimer, elle en serait très fière.

Un de ces correspondants, celui qui représentait visiblement le plus pour elle – elle a gardé des coupures de journaux le concernant, des photos, etc. – a eu une magnifique promotion il y a un an. C’était déjà trop tard pour elle. Trop tard pour qu’elle comprenne et se réjouisse. Et pourtant, je suis sûre qu’elle en aurait été tellement heureuse…

Je crois que ce dossier, je vais l’égarer au grenier. Ce sont des souvenirs périmés, qui n’auront d’intérêt que pour des gens qui ne l’ont pas connue, elle…