mercredi 26 septembre 2012

Mamie Alzheimer

Il y a des choses, plus elles sont énormes, plus elles me font rire. Même si elles sont plutôt inquiétantes. Ou alarmantes. Je ne peux pas m’en empêcher. Je ris à gorge déployée.

Mamie Alzheimer, c’est ma mère. Elle a une forme atypique de la maladie. Celle-ci ne touche pas la zone de la mémoire, mais celle du langage. Les mots s’effacent. Le problème, c’est quand un mot s’efface, ce n’est pas juste le dire, le formuler qui fout le camp, c’est tout le sens qui taille la route.

Exemple. Elle ne sait plus ce qu’est un rôti de porc. Ni son nom, ni ce qu’on peut en faire et encore moins comment on peut le cuisiner. Pourtant, pendant un moment, elle a été la reine du rôti de porc.

Ça n’a l’air de rien, mais c’est flippant. Par exemple ma sœur a remarqué que lorsqu’on parle à notre mère de son infirmière, elle ouvre de grands yeux ronds : « Mais je n’ai pas d’infirmière. Non, ça ne me dis rien. Je ne vois pas de quoi tu parles. » Par contre, si on lui demande comment est la dame qui lui apporte son médicament tous les matins, elle répond enjouée: « Ah ! elle est très gentille. Elle ne reste pas longtemps, mais on papote toujours un peu. » Bref, ma mère a perdu le mot « infirmière ». Le prononcer devant elle ne sert à rien. Ces pertes sont irrémédiables.

C’est flippant. Surtout pour elle. Car son esprit fonctionne par ailleurs très bien. Mais elle ne comprend pas la moitié de ce qu’on lui dit. Du coup, elle se met colère. Et comble de malchance, son médecin généraliste n’a pas l’air d’y comprendre grand chose puisqu’il accuse sa mémoire, alors que celle-ci n’est pas en jeu.

Cela dit, Mamie Alzheimer, le médecin, elle ne sait plus ce que c’est.

Des fois, ça donne des trucs incongrus. Elle ne sait plus trop ce qu’est un congélateur. Même si elle s’en sert tous les jours. Ce qui m’angoisse un peu. J’ai retrouvé cet été les glaces et les steacks hachés congelés rangés dans la partie frigidaire. J’ai tout jeté. Je me suis dit : « On est mal barré si elle confond. »

En fait, elle ne confond pas vraiment. Elle se souvient encore qu’il y a des choses qui se rangent en haut, et d’autres en bas. Sauf que en haut, ça donnait ça


Glaciation !

Pas vraiment possible d’y ranger quoi que ce soit. Alors quand elle est revenue de faire les courses, elle a tout mis en bas.

Mais, cela, je l’ai découvert à ma visite suivante. Quand j’ai ouvert la porte du congélateur. Je suis restée sans voix. Puis, j’ai explosé de rire. Je m’y attendais si peu. J’ai du dégeler à l’eau chaude pour pouvoir sortir les aliments. Je n’avais jamais vu ça. En fait, le frigo de ma mère est aussi vieux que la maison qu’elle loue (cuisine soi-disant équipée). Les caoutchouc sont morts. Mais la propriétaire s’en contrefout.
Ce n’est pas vraiment drôle, mais quand je revois cette photo, je ne peux m’empêcher de rire. C’est plus fort que moi. Une réaction de défense sans doute face aux tours incongrus que jouent cette maladie.

La semaine passée ma sœur a été voir ma mère pour récupérer des papiers. Elles ont déjeuné ensemble. Quand on va chez Mamie Alzheimer, on emmène le repas et on le cuisine nous-même. L’état du congélateur pourrait donner des indications sur la raison de cette organisation. Mais en fait, non. Ce n’est pas pour cela. On ne craint pas tellement qu’elle nous empoisonne. Mais comme elle ne sait plus ni comment s’appelle les choses ni comment elles se cuisinent, elle a tendance à improviser. Et le résultat est parfois, comment dire… La dernière tarte aux pommes restera longtemps comme une douleur. Pourtant, dans la famille, nous adorons la tarte aux pommes. Je ne sais pas comment elle avait fait son compte, mais c’était bizarre et pas bon. Elle se nourrit essentiellement de pizza toutes faites, d’ailes de poulets longue conservation. Pas beaucoup de légumes, pas beaucoup de fruits, à peine ceux du jardin. Faudrait encore qu’elle se rappelle qu’ils sont comestibles.

Bref, ma sœur était à table avec ma mère en train de déjeuner – Elle me racontait cela sur les rives du Cher, par un après-midi tout ensoleillé et tout chaud –. A côté de la table, des étagères qu’elle parcours d’un regard familier quand ses yeux s’écarquillent. Au beau milieu des bibelots, à quelques centimètres de la table où elles sont en train de déjeuner, un cadavre de souris desséché. Momifié. A peine ma sœur me décrit l’animal mort que j’éclate de rire. Il faut voir les étagères de ma mère. un vrai inventaire à la Prévert où se côtoient photos, livres, souvenirs de voyage, de famille… Ne manquait plus que le cadavre d’une souris.

Mais ce n’est pas tout, poursuit ma sœur. Nous étions en train de manger quand même. Et quand je me suis exclamée : « Mais qu’est-ce que c’est que ça ? » Maman a attrapé la souris et la baladée au dessus de la table.

« Ça ? Je ne sais pas. Je l’ai trouvé par terre. Alors je l’ai posé là. Et attends, j’en ai un autre. » Elle devait sans doute être prête à se lever pour le montrer à sa fille.

J’ai beaucoup ri. C’est tragique. Mais c’est drôle quand on imagine la scène. Elle est comme une enfant qui découvre quelque chose qu’elle ne connaît pas. Elle est curieuse. Elle le met de côté. Et elle l’oublie.

C’est Mamie Alzheimer…

lundi 26 avril 2010

Le bois dont on fait les portes…

Dimanche de Pâques. Premier réveil, il fait encore nuit, deuxième réveil vers 6 heures. A 7 heures, je me lève et file à la douche. Les collègues et deux étudiants se préparent à aller aux bains, une activité réservée aux hommes.Je pourrais les accompagner, ça ne gêne pas me dit-on, mais pas me baigner. Mais franchement, aller regarder d’autres se baigner et ne pas en avoir le droit, je préfère encore rester à la maison et prendre une douche.

Ils sont de retour pour le petit-déjeuner, toujours aussi bon et copieux. Les gâteaux ont simplement remplacé les beignets. Un premier groupe part qui recherche désespérément à faire parler les gens de leur façon de s’habiller. C’est un sujet si quotidien qu’il devient difficile à réaliser, les gens ne comprenant pas ce qu’ils veulent.

Les deux autres groupes vont visiter un apiculteur. Je les accompagne. Une première voiture part. Nous suivons dans la seconde avec le professeur de français du lycée. Qui en profite pour nous promener dans le désert autour de la ville. Nous trouvons les ruines d’un fortin français. Il nous fait goûter à des plantes, dont les cacahuètes des nomades qui ont un fort goût de cœur d’artichaut, et une petite fleur jaune, une épice que je mâchouille un long moment.

Nous nous arrêtons près d’un campement de nomades et de leurs animaux. Nous nous éloignons dans le sable. Puis ne trouvant pas notre chemin, nous revenons à la voiture. Les nomades s’approchent et nous proposent des paniers tressés. Nous leur en achetons quelques uns. Plus loin, une école, c’est la leur. Une tente jouxte les bâtiments, c’est celle du gardien du bâtiment. Sur les murs du bâtiment est inscrit : « Quand on veut, on peut. »

Je prends des dizaines de photos. En route, à pied, tout le temps. Et puis j’arrête parce que je sais que de toute façon aucune photo ne pourra transmettre la beauté des paysages. C’est trop. La plaine de pierres, les montagnes, le sable partout, les palmiers, les bouts d’Oasis, la ligne verte près de la rivière qui sépare le Maroc de l’Algérie à un jet de pierres. Il faut juste regarder et emmagasiner des souvenirs. C’est grand, et immense et beau, juste beau.

En plein milieu de ce désert, des palmiers. Et un homme à qui l’on amène des arbres abattus. il fabrique des poutres et à partir de ces troncs. LE palmier n’est pas un arbre en fait, c’est une herbe, dont les fibres se sont durcies. LA matière est très dure et très solide, un peu comme pour les fougères arbustives. Sauf qu’évidemment, on ne les trouve pas sous le même climat. Pas facile, donc, d’en faire des poutres, et encore moins des planches. D’autant que la scie, dans cet entrelacs de fibre, ne serait d’aucune utilité. Il travaille sont au coin, qu’il enfonce avec sa masse dans des endroits stratégiques. Le tronc grince, pleure puis finit par se fendre. Impressionnant ! Il en faut de la force pour faire une porte ou un plafond à Figuig…

De l'art de faire d'une herbe du bois pour construire De l'art de faire d'une herbe du bois pour construire
Enfoncer le coin et… Fendre l’herbe

lundi 21 décembre 2009

Vive Noyel

J’adore les vacances de Noël, les fêtes que l’on passe en famille, la neige, le froid… Vous ne me croyez pas ? Vous avez raison. J’ai juste envie de rester sous ma couette, bien au chaud.

Il y a deux ans, non, je préfère oublié le noël d’il y a deux ans. L’an passé, à la même époque, j’ai attrapé une superbe gastro-entérite qui m’a gâché le repas de noël et quelques autres (sans me faire perdre un seul kilo, la vache !). Cette année, je crois que c’est pire.

Vendredi matin, j’ai commencé à avoir mal aux dents. Je crains d’avoir un abcès à la gencive. Pas de rendez-vous chez le dentiste avant mercredi soir. En attendant, pour moins souffrir, j’ai pris du Nilf*luril (un anti-inflammatoire, le pharmacien était d’accord) et du di-antalvic (l’advil et l’aspirine étant aussi efficace qu’un cautère sur une jambe de bois).

Ma douleur va mieux. Mais mes intestins foutent le camp. 

Hier j’ai trouvé la force d’aller promener les deux plus jeunes et le chien sur les bords de Loire. Aujourd’hui j’ai été au marché où je me suis fait refiler 2 kilos de pommes de terre gelées et donc inconsommables par un connard de producteur. Ce n’est pas la première fois qu’il me fait le coup, mais c’est la dernière. La prochaine fois que je vais au marché, je vais lui dire ce que je pense de ses façons de faire. Aujourd’hui, je n’avais pas le choix, les trois quarts des agriculteurs étaient absents, avec la météo, ils n’avaient sans doute pas pu ramasser des légumes convenables et ne profitent pas que leur cliente ait le dos tourné pour lui refiler des trucs avariés.

J’ai passé le reste de la journée au lit et ce soir, j’ai commandé des pizzas. Les filles en mouraient d’envie, je ne suis pas sûre de les digérer.

J’ai un boulot monstre dans la maison, des devoirs à faire, des copies à corriger, des livres à lire, un mémo à préparer et un dossier sur  lequel me pencher. Les filles sont en électrons libres. J’ai peur de ne pas être à la hauteur, je vois le temps filer à tout berzingue et je flippe un peu.

Enfin, les cadeaux sont achetés (et aux chiottes les pleureuses anticonsommation, c’est pas le moment de venir me faire chier avec ça, de ce côté là, je suis servie), le repas de noël est à peu près conçu. Cette année encore, je devrai pouvoir survivre.