samedi 26 juin 2010

Panique à France Inter

Depuis que j’ai l’âge de comprendre qu’une radio c’est autre chose que du bruit d’ambiance et de la musique, j’écoute France Inter. Ce qui, croyez-moi, fait un certain nombre d’années. J’ai été élevée avec « l’Oreille en coin » de Pierre Codou et Jean Garetto et je me souviens d’une émission qui s’appelait : « Qu’il est doux de ne rien faire quand tout s’agite autour de soi ». Il fallait oser un titre pareil, même le dimanche après-midi. Il y en avait une autre « Dans la ville de Paramaribo, il y a une rue qui monte et qui ne descend jamais » Je ne m’en souviens pas de celle-là, juste du titre et de son animateur, Daniel Mermet. C’est d’ailleurs fou les gens de radio qui sont passé par « L’Oreille en coin »  : Jacques Mailhot, Denis Cheissoux, Françoise Morasso, Paula Jacques (ha ! Paula, j’ai toujours aimé ses émissions, vous saviez qu’elle avait été emprisonnée parce qu’amoureuse d’un terroriste ?), Marie-Odile Monchicourt, Daniela Lumbroso (qui aurait pu ne pas mal tourner), Noëlle Bréham, Jacques Pradel (il était bon quand il était sur Inter), Kriss (dont la disparisition m’a fait pleurer et je pleure rarement sur les gens que je ne connais pas en vrai, mais quand même, depuis tout ce temps, c’était comme ma grande sœur), Eve Ruggieri, pour n’en citer que quelques uns.

Et puis il y en a eu plein d’autres, Bernard Lenoir qui a fait toute mon éducation rock, avec Patrice Blanc-Francart, Claude Villers avec « Pas de panique » ou « Marche ou rêve »,  et puis bien sûr « Le tribunal des flagrants délires » (dont j’ai le dernier numéro, avec Coluche en K7), Julien Delli Fiori qui a fait débuté Clémentine Célarié (qu’est-ce que j’aimais leur duo), Yvan Levaï et… Jean-Luc Hees, dont j’étais fan. Un exemple de journaliste pour moi. Et puis aussi Jean-Louis Foulquier avec toutes ses émissions sur quarante ans de carrière : « Studio de nuit », « Saltimbanques », « Bain de minuit », « Y’a d’la chanson dans l’air», « Comme on fait sa nuit, on se couche », « Pollen ». Autant vous dire que je ne me souviens pas des premières.

Des émissions qui s’arrêtent, des gens qui partent, ou qui se font virer, j’en ai donc vu. Mais comme cette année, jamais. “Le climat est d’une grande violence. Je n’ai jamais connu ça en vingt ans”, a commenté Vincent Josse. Moi non plus. Jusqu’à présent, j’avais surtout entendu des animateurs qui arrêtaient parce qu’ils évoluaient, souhaitaient faire autre chose, faire de la télévision par exemple. D’autre fois, c’était parce que l’émission n’avait pas fonctionné, parce que les auditeurs n’étaient pas au rendez-vous, ou qu’elle était mal placée dans la grille ou encore que l’animateur(trice) n’était pas très bon (mais que fait Colombe Schneck à la radio par exemple). Il y a eu des arrêts pour cause de trop longs et loyaux service. Mais à chaque fois, même si on était triste, on comprenait.

Le premier vidage qui m’a marquée fut celui de Jean-Luc Hees par le précédent président de Radio France, Jean-Paul Cluzel. Scandale et émoi parmi les auditeurs. Puis en 2007, Frédéric Schlesinger, le directeur de France Inter d’alors, supprimait « La Bande à Bonnaud », émission lancée en 2006, culturelle, impertinente, intelligente. On disait déjà à cette époque que c’était une décision politique, que ce programme était trop impertinent. Frédéric Bonnaud voyait son émission arrêtée mais il était également viré de la chaîne. Tout France Inter se mit en grève pour le soutenir. Enfin, sauf la tranche horaire de Nicolas Demorand. L’émission de Daniel Mermet a également failli disparaître. Finalement, grâce à la mobilisation des auditeurs, elle a été maintenue, elle a juste changé de créneau horaire.
Frédéric Schlesinger avait déjà fait pas mal de ménage en 2006, lors de son arrivée. Il ne s’était pas fait que des amis parmi les journalistes et les auditeurs. Mais la radio n’allait pas très bien. Il avait pour mission de booster l’audience. La purge était dure à avaler, mais il en est sorti de belles émissions et la radio a, effectivement, gagné de l’audience. Depuis, elle se porte bien. Alors quoi ? Pourquoi la valse de ce mois de juin ?

L’année dernière, Sarkozy débarque Cluzel en le remplaçant, humiliation suprême, par celui que Cluzel avait lui-même débarqué, Jean-Luc Hees. Il y eu alors comme un goût de revanche et de vengeance qui n’augurait rien de bon. Le président de la République mettait sa patte sur la maison en nommant le P-DG de Radio France directement. Ce qui pose une tache originelle sur toutes les actions présentes et futures dudit P-DG. Nommé par le présiprince, Hees est suspecté d’inféodation. Mais Sarkozy mettait dans cette nomination autre chose qu’une simple prise de pouvoir. On ne me fera pas croire que le choix du successeur n’était dû qu’à son talent. Dans la crise que traverse France-inter en ce moment, les conditions de nomination de Hees et l’humiliation de Cluzel ont aussi leur part.

Hees remplace Schlesinger par Val, ami de notre présidame, ce qui renforce les suspicions de collusion. Mais les deux hommes sont également amis. A l’époque, j’y ai vu une bonne chose : Val a cessé ses interventions du vendredi qui étaient périssantes d’ennui et de suffisance (ce qui lui avait valu un certain nombre de piques de Guillon). Et il a été remplacé par l’excellent François Morel.

Quelle est le point commun des émissions qui sont arrêtées définitivement. Elles ont toutes été mise en place en 2006 ou en 2007 par Frédéric Schlesinger. Et portent la marque de Cluzel.
Et pourtant elle tourne, de Jean-Marc Four
Allo la planète d’Eric Lange
Esprit critique de Vincent Josse
- Parking de nuit, de Sophie Loubière
- La nuit comme si, de Sylvie La Rocca (dont la dernière émission, une rediffusion, était remarquable) était plus récente.
- Evidemment Porte et Guillon, mais le cas est un peu à part.
- Demorand, mais lui est volontaire pour arrêter.
- Nuits noires, nuits blanches, de Patrice Liegibel.
- Dormir debout par Philippe Debrenne

Voyons les modifications annoncées
- Demorand remplacé par Audrey Pulvar et Patrick Cohen. On revient à l’avant, quand on avait deux animateurs sur cette tranche horaire, dont Patricia Martin, écartée par Val alors qu’elle avait été mise en place par Schlesinger.
- Comme il faut trouver une place conséquente à Demorand, on arrête deux émissions, celle d’Yves Calvi (elle ne me manquera pas, elle était tellement fade) et celle de Jean-Marc Four, une des émissions emblématiques de la rédaction de France-inter, un vrai programme journalistique, bref, on en a déjà largement dit le bien qu’en pensent les auditeurs. Idem, on en revient au découpage horaire d’avant. Deux heures de 16 à 18 heures.
- Pascale Clark qui est revenue sur la chaîne avec Hees avait besoin d’une case plus grande pour parler médias (un demi heure, trop court, il faut un vrai programme pour la dame). Du coup, exit Vincent Josse, recasé le samedi, en lieu et place de Rebecca Manzoni qui arrête volontairement « Eklektic » ce jour-là pour faire autre chose.

Pour la nuit ? on ne sait pas. On saura à la rentrée. Les émissions évincées « ne correspondent pas à la ligne éditoriale de la rentrée ». On a du mal à comprendre. Elles avaient pourtant leur légitime succès. Elles étaient passionnantes, elles rendaient nos nuits intelligentes. Et quand Val donne les grandes lignes de la rentrée et qu’il explique les changements, il ne parle pas des émissions nocturnes…

La volonté du gouvernement de mettre à bas la radio dans l’optique de 2012 parce que cette radio serait gênante n’explique pas leur arrêt. Et puis c’est un pari à risque. Et  j’ai du mal à imaginer Hees dans la peau d’un Sarko-“idiolâtre” même si l’éviction des deux trublions du matin y ressemble beaucoup. Mais cela n’explique pas tout.

J’y vois surtout la marque d’un ego surdimensionné, d’une éviction absolument pas digérée il y a six ans, et d’une volonté non pas de prendre le pouvoir, mais de l’imposer avec morgue. Et de revenir à ce qu’il faisait avant, histoire de démontrer que c’est lui qui avait raison. Qu’il est le plus fort, plus fort que Cluzel et Schlesinger qui ont pourtant bien développé la radio.

Guillon et Porte ont été traités de « petits tyrans » mais cette volonté de marquer son territoire, c’est lui, et le mépris envers tout ce qui vient contredire la pensée heesienne signent quand même un bon gros tyran.

Il a le pouvoir. Nous verrons ce qu’il en fera. Mais d’ores et déjà, sa manière est détestable.

En final, je citerai juste Schlesinger interrogé par Le Monde alors qu’il était encore à la tête de la radio du service public : « Guillon est à l’antenne pendant trois minutes. Après lui, l’invité politique dispose de quarante minutes. Guillon ne me fait pas rire tous les jours, il se plante de temps en temps. Et alors ? (…) Les radios privées sont ravies des polémiques qui peuvent naître autour d’Inter, surtout en cette période électorale ! On oublie que sur RTL, Laurent Gerra a eu des mots terribles pour DSK, tout comme Nicolas Canteloup sur Europe 1 à propos de Martine Aubry. Cela étant dit, je ne suis pas choqué lorsque le président de la République se plaint d’une chronique. Chacun est libre d’apprécier ou pas nos programmes. »

Et puis il y a une pétition là

jeudi 22 avril 2010

Allo la planète

C’est une émission que j’aime beaucoup et que j’écoute très souvent le soir en travaillant à mon bureau. Sauf hier soir. Parce que, au début, c’est moi qui parlait…

La deuxième intervention, à propos du voyage à Figuig. C’est en écoute pendant sept jours.


Et puis il y a quelques photos supplémentaires sur le blog de l’émission.

mardi 3 novembre 2009

Reflets ferroviaires


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Bien souvent, je prends le train. Alors, je ne mitraille pas ma tablette, c’est déjà fait, mais les paysages ferroviaires. Qui défilent, comme un miroir à mes propres pensées. J’écoute aussi des podcast, souvent les histoires de Zoé Varier et son émission « Nousautres », sur France Inter, ou les documentaires de l’excellent « Sur les Docks », sur France Culture. Ou encore l’excellentissime Guillaume Galienne, « Ça peut pas faire de mal », encore sur France Inter, qui lit admirablement, des textes classiques, de Proust à Jorge Luis Borges…

Je repars en fin d’après-midi, mais il fera trop sombre pour photographier. Il me restera ma tête, mes deux oreilles et la douce voix de Zoé, ou de Jérôme, à moins que je n’écoute les derniers CD achetés, Benjamin Biolay et sa superbe, Mari Boine, ou la Réunionaise Nathalie Natiembé qui vient de sortir un album assez génial avec la formation Bumcello.

mardi 23 juin 2009

La grande VALse commence-t-elle ?

Anne disait tout le bien qu’elle pense du journaliste de France Inter qui fait les revue de presse le matin. En dehors de notre amitié nous partageons quelques goûts communs (ceci expliquant sans doute cela) et j’avoue moi aussi apprécier Frédéric Pommier pour son talent, sa façon légère et grave de nous dévoiler l’actualité, sa liberté de ton aussi. Que ça fait du bien d’entendre un bon journaliste qui fait son boulot. D’autant que la revue de presse est l’exercice de loin le plus difficile que je connaisse.

Et puis j’apprends ce soir que la première action du sieur Val, deux heures à peine après son arrivée sur la chaîne, si on en croit le SNJ (c’est mon syndicat, j’ai pas de raison de ne pas le croire) aurait viré M. Pommier. La raison ? : “Notre confrère paye surtout le fait d’avoir cité Siné Hebdo dans la revue de presse. Philippe Val, à l’époque directeur (et actionnaire) de Charlie Hebdo, lui en avait vertement et devant témoins fait le reproche.”

Eh bien voilà un début de mandat qui promet. Un conflit d’intérêt doublé d’un règlement de compte, le tableau est joli. Tout ça en deux heures. Faut le faire. En même temps, personne ne sera vraiment surpris et, au moins, les choses sont claires.

Photo : VALERY HACHE/AFP