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samedi 2 novembre 2013

L'amour est un acte gratuit

Je me souviens, quand j’étais adolescente, d’avoir vu invité à la télévision (notamment chez Pivot) un écrivain d’une quarantaine d’années qui revendiquait ouvertement ses amours avec des enfants, filles ou garçons. Il en parlait avec décontraction, disant que cela était beau tout cet amour, toute cette liberté. Je ne me souviens pas de son nom (mais je l’ai retrouvé grâce à Internet), mais parfaitement de sa tête. Et de ses propos que je trouvais dérangeants. Il me mettait mal à l’aise. Je détestais ce type.

A l’époque, et pendant longtemps, personne n’y trouvait à redire. Il était même encensé car du talent, il en avait, sans aucun doute. Mais le talent excuse-t-il tout ? Quand la Québécoise Denise Bombardier osa lui dire ce qu’elle pensait de sa perversité, elle fut traînée plus bas que terre par cette caste d’intellos qui sous couvert de liberté ne défendent que leurs prérogatives de prédateurs. Il y eu même une femme, Christine Angot, pour dire de Denise Bombardier ne comprenait rien à la littérature…

Encore aujourd’hui, je suis sûre que des intellectuels français défendent cet auteur. Des libertins que la moindre possibilité de restreindre leur extraordinaire pourvoir à disposer des autres rend hystériques et très cons. Surtout très cons.

A l’époque, l’écrivain en question faisait du tourisme sexuel et le racontait dans son journal qu’il publiait : « Ici, à Manille, de l’autre côté du globe, je goûte aux suprêmes joies de la liberté – y compris celle de ne pas faire l’amour, tout en n’ayant qu’un geste à faire pour avoir aussitôt dans mon lit une fille de 14 ans ou un garçon de 12 », écrivait-il dans Mes Amours décomposées. Il nie bien sûr être un prédateur sexuel, sa théorie est que les enfants sont des êtres sexuellement actifs, prisonniers de leurs parents et de leurs maîtres et qu’ils sont non seulement parfaitement consentants mais en plus demandeurs.

Faire comprendre à ce genre de personnage qu’un enfant n’a pas une conscience finie et que son consentement ou ses tentatives de séduction sont tout sauf des invitations à en profiter, que le rôle de l’adulte est au contraire de refuser et que ces mines ne sont là que comme une répétition, un apprentissage de la future vie adulte, c’est quasiment impossible. Leur faire admettre que dans les pays de tourisme sexuel, les enfants sont vendus, prostitués, sans qu’on leur demande leur avis, qu’ils sont obligés d’aller avec ces Européens pétés de tunes (en regard à leur propre misère) et qu’il s’agit là d’un infâme trafic l’est tout autant. Ils préfèrent croire la fable du gamin consentant voire partenaire actif. Pas qu’ils manquent d’intelligence, bien au contraire. C’est juste qu’ils n’ont pas grandi et comme des enfants-rois exigent leur satisfaction immédiate là, ici et maintenant. Et tout ce qui vient au travers de la route de cette satisfaction infantile est insupportable. Pauvres petits être capricieux.

Le dernier avatar est sans doute ce texte pathétique des 343 salauds. « Je veux ma prostitué ou je fais pipi partout et je me roule dedans jusqu’à ce que ça mousse » trépignent-ils menés en bateau par une frustrée qui veut faire chier les féministes. Quel beau fait d’arme soit dit en passant, quelle élévation intellectuelle. Quel beau tableau, comme cela fait envie. Inutile de leur parler de trafic de femmes et de jeunes filles vendues, enlevées à leur famille pour se retrouver sur les trottoirs parisiens, soumises à des salauds, des vrais, qui sous prétexte de protection leur ponctionne la quasi totalité de leurs gains, les menacent, les battent et parfois les tuent. Tout cela pour la satisfaction de ces petits messieurs. Mais tapez sur les macs et les trafiquants crient-ils. Ils oublient que cela fait des années que les polices  mène la guerre contre les proxénètes. Sans beaucoup de succès. Car tant qu’il y aura des clients, il y aura des prostitués, des macs et des trafiquants d’êtres humains.

Je ne suis pas une fan absolue de la pénalisation des clients, mais comme Nicole Muchnik je crois qu’« il faut en passer par là il me semble, malheureusement. Comme pour les quotas : on ne devrait pas avoir à les infliger dans une société civilisée, mais on voit qu’il faut en passer par là »

Certains s’abritent derrière la misère sexuelle que connaitraient de pauvres ères en mal de cul et de parlotte. Mais est-ce que la solution au mal-être et à la misère sexuelle est le trafic d’autres êtres humains ? Est-ce le rôle de ces jeunes filles venues des pays de l’Est ou d’Afrique, de se faire cueillir sur le périph’ intérieur. La misère sexuelle justifie-t-elle qu’elles grelottent de froid dans la nuit en attendant le client, à des heures où elles devraient dormir en attendant d’aller au collège ou au lycée le lendemain ?

Quant au 343 salauds, je ne suis pas très soucieuse pour eux. Je ne crois pas qu’ils connaissent la moindre misère. ils n’auront aucun problèmes à trouver des adultes consentantes pour faire toutes les galipettes dont ils rêvent. Et cela, ils le doivent entre autres au 343 salopes qu’ils ont essayé de brocarder, à ces féministes qui ont tant œuvré pour la liberté des corps. Ils pourront le faire en plus sans bourse déliée. Et c’est tant mieux. Parce qu’il y a une chose que ces hommes-là oublient : l’amour est un acte gratuit.