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mercredi 15 juillet 2015

Terres du son 2

Après la chaleur du concert d’Izia à Terres du son, l’urgence est de boire un coup. Le soleil et la poussière ont desséché ma gorge. Je craque et commande une bière et une bouteille d’eau. La bière est bonne, fraîche, elle descend toute seule, dépoussière tout sur son passage. Mais difficile de faire des réglage pour prendre Asa en photo un verre à la main.

Main

Car sur la scène d’à côté, la Nigériane vient de s’installer. Tenue noire moulante, poncho rouge et lunettes improbables, elle commence son récital par un de ses titres les plus connus. Je la regarde pendant deux ou trois morceaux puis je m’éloigne. J’ai besoin de m’asseoir. Et je m’ennuie. J’aime beaucoup la musique d’Asa. Mais la voir ne m’apporte pas grand chose de plus. De toute façon, la musique est si forte que je l’entends très bien sans la regarder.

Je retrouve une de mes filles et son groupe de copains. On commente les concerts. On fait des projets pour dimanche, la troisième et dernière journée du festival : Zoufris Maracas, Massilia Sound System, Damian Marley, Jeanne Added… alléchant.

La bière, c’est désaltérant, mais cela a quelques conséquences. Nous voilà à la recherche des toilettes publiques. Terres du son se veut un festival écolo. Les toilettes sont donc écolos. Box en bois avec copeau de bois pour la grosse commission, pissotières pour pipi de garçon et aussi pour pipi de filles… Séparées bien sûr. On a testé. Deux grandes rigoles en plastique courent sous des parois de tissus qui délimitent les toilettes. Le mode d’emploi est inscrit sur un tableau à la craie : on se munis de papier toilettes, on se place derrière un morceau de tissu (qui ne dissimule pas grand chose), on baisse sa culotte et on pisse dans la rigole. Simple comme bonjour. Des nanas s’esclaffent, d’autres sont prises de fou rire, certaines prennent des mines dégoûtées, mais l’ambiance est plutôt à la bonne humeur, voire au girl power. Suffit-il de pisser debout ?

The Do se présente sur la scène Gingko. Une de mes filles est fana de ce groupe. Je ne suis pas sûre de vouloir assister au concert. J’ai déjà vu le duo à la télé. J’aime beaucoup leur pop mâtinée d’électro et de rock. Mais je les trouve très cérébraux sur scène : les mouvements de la chanteuse sont mesurés, calculés, voire millimétrés. Si la mesure est sincère (et bonne), les mimiques me semblent totalement artificielles. A la fin d’une chanson, elle prend la pause, les mains croisées sur la poitrine à la façon d’Egin Schiele (la référence doit être autremais c’est ce à quoi elle me ait penser). L’instant d’après, alors qu’elle esquisse puis réalise un mouvement de jambe façon karateka, on ne le voit pas, mais elle tire légèrement la langue. Comme une écolière qui peine à trouver son équilibre. Mon objectif est indiscret.

Main Main Main

Je ne suis pas une bonne cliente. Je prends quelques photos, puis je vais regarder le spectacle de plus loin, mieux profiter de la musique. Je suis épuisée, mais je n’ai pas envie de partir.

Je me rapproche, je prends des photos. Je cherche mes lunettes, je les sors de ma poche. Je m’avance d’un mètre en surveillant l’écran de mon appareil photo et j’entends mon nom. Mon nom et mon prénom. Je me retourne, une jeune femme tient dans ses mains ma carte de presse qui était tombée quand je cherchais mes lunettes. Je m’approche pour la lui demander, elle se retourne, c’est une de mes étudiantes. Elle s’est fait accréditer et elle assiste au concert. C’est elle qui a trouvé ma carte, surprise de la trouver en cet endroit. De me trouver à cet endroit. Le monde est tout petit.

The Do se tait, les lumières s’éteignent. Pas pour longtemps. D’autres groupes sont annoncés. Jusqu’à 3 heures du matin. Mais je n’en peux plus. J’envoie un SMS à mes filles pour les avertir que je rentre. Elles restent. J’ai envie d’une bonne bière et d’un bon bain.

Alors je m’éloigne et je dis « oh let me alone ».

 

Main
 
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