dimanche 8 novembre 2009

Par la fenêtre du train 1





La photo originale a été prise à la va-vite avec mon téléphone portable (c’est un LG Viewty qui possède quelques pixels). Je lui ai applique une texture grâce à photoshop. Cette texture est elle-même une photo de la toile d’un tableau que je possède.

mardi 3 novembre 2009

Reflets ferroviaires


[[akynou]]

Bien souvent, je prends le train. Alors, je ne mitraille pas ma tablette, c’est déjà fait, mais les paysages ferroviaires. Qui défilent, comme un miroir à mes propres pensées. J’écoute aussi des podcast, souvent les histoires de Zoé Varier et son émission « Nousautres », sur France Inter, ou les documentaires de l’excellent « Sur les Docks », sur France Culture. Ou encore l’excellentissime Guillaume Galienne, « Ça peut pas faire de mal », encore sur France Inter, qui lit admirablement, des textes classiques, de Proust à Jorge Luis Borges…

Je repars en fin d’après-midi, mais il fera trop sombre pour photographier. Il me restera ma tête, mes deux oreilles et la douce voix de Zoé, ou de Jérôme, à moins que je n’écoute les derniers CD achetés, Benjamin Biolay et sa superbe, Mari Boine, ou la Réunionaise Nathalie Natiembé qui vient de sortir un album assez génial avec la formation Bumcello.

vendredi 16 octobre 2009

La vierge des tueurs 2

La suite de là…

Au milieu de la nuit, je me réveille en sursaut. Une main fraîche et fine se pose sur ma bouche pour m’empêcher de crier.

– Chut, c’est moi, Dolores. Calmez-vous, et poussez-vous un peu pour me faire une petite place.
– Mais qu’est-ce que vous faites ?
– Je vous viole, vous ne vous en rendez pas compte ? Allez, soyez gentils, coopérez.
– Je ne sais pas si…
– Alleeeez ! Ne faites pas votre prude. Vous croyez que je n’ai pas remarqué comment vous me reluquiez pendant que nous discutions ? Je n’arrive pas à dormir. Vous êtes mignon, assez bien fait de votre personne et d’après ce que je sens, plutôt bien monté. Je ne suis pas laide non plus et, par contre, je suis chaude comme la braise. Entre personnes consentantes, on peut s’amuser un peu.

Avec de tels arguments, il est difficile de résister. Surtout qu’elle a des mains extrêmement actives. Une dernière réticence.
– Mais, il y a des enfants !
– Ils sont descendus avec leur mère à Brive. Il nous reste assez de temps pour nous amuser.
– Mais… Dolores…
– Appelle-moi Lol, fait-elle en m’embrassant furieusement.

Je rends les armes, si on peut dire. Je ne sais pas si vous avez déjà fait l’amour sur une couchette de train. Ce n’est guère confortable pour dormir. Ça ne l’est pas plus pour la gaudriolle. Mais Lol est d’une souplesse rare. Et je ne suis pas manchot. Nous n’en sommes qu’aux préliminaires qu’elle feule déjà. Le ravissement de Lol V. Stein est plutôt bruyant et décuple mes ardeurs. Elle se met en tête de me grimper dessus, vu l’étroitesse des lieux, c’est plutôt risqué. Nous manquons de tomber plusieurs fois. Nous aurions dû descendre carrément par-terre, ou monter dans les couchettes supérieures, nous aurions eu plus de place. Mais franchement, je me ferai couper en morceau plutôt que d’interrompre ce qu’elle est en train de me faire là, maintenant, tout de suite. Je suis au bord de l’apoplexie, ou de l’extase, enfin, j’en sais rien, quand elle se redresse pour m’embrasser avec toujours autant de sauvagerie. Je n’en peux plus. Je saisis ses hanche pour les faire descendre, pouvoir l’empaler, elle lève son bras comme pour me frapper. Et là, tout dérape. La porte du compartiment explose, des individus se saisissent de Lol qui hurle. Un long hurlement de louve qui me glace le sang. Je reçois en pleine face la lumière d’une torche qui m’aveugle. Je reste ahuri, à moitié à poil devant des gens que je ne vois même pas et dont je ne connais pas les intentions. Je mets un temps à reprendre mes esprits. Je commence à beugler

– Lol ! Lol ! Espèces de salopards, qu’est-ce que vous lui avez fait ?
– Calmez vous Monsieur, me dit une voix. Et couvrez-vous. Nous n’avons pas besoin d’admirer plus longtemps votre artillerie.
– Mais putain, qu’est-ce qui se passe ici ? Et pourquoi vous m’aveuglez, je vois rien. Qui êtes -vous ?
L’homme baisse sa lampe. Mes yeux mettent quelques minutes à s’accoutumer. Le compartiment est littéralement envahi par quatre mastodontes en uniformes.
– Nous sommes de la gendarmerie, et nous venons de vous sauvez la vie.
– La vie ? Vous vous foutez de ma gueule. Je n’était pas en danger. Où est Lol ?
Celui qui semble être le  gradé s’assied sur la couchette, en face de moi, il doit courber la tête ce qui le rend légèrement ridicule. Je ne le suis pas moins. Je remets de l’ordre dans ma tenue. Puis je tente de faire bonne figure. Mais je ne comprends toujours pas ce qui se passe. Calmement, tranquillement, comme si j’étais un enfant, le gradé m’explique que Dolores V. Stein n’est pas le nom de ma madone des sleeping.
J’éclate d’un rire nerveuxe : merde, Lol V. Stein, ça puait le pseudo à plein nez. Comment ai-je pu ne pas m’en rendre compte ? La ficelle était un peu grosse.
– Qui est-elle ?
– Anna Morice, 25 ans, serial killeuse que nous recherchons depuis trois ans. Elle a déjà occis une dizaine de types, tous dans des wagons de nuit. Nous avons réussi à mettre un nom sur ces meurtres à cause de son mode opératoire et de son passé. Quand elle était gamine, sa mère s’est fait violée et assassinée devant elle, dans un compartiment. Elle a été élevée par son père. Quand celui-ci s’est tué dans un accident de voiture, elle a commencé à occire des individus de votre genre dans le train. Nous pensons que l’assassin de sa mère devait avoir le même profil. Heureusement pour vous, elle s’est fait repérer. Elle vous suivait dans la gare. Nous avons installé avec vous un agent de surveillance – la mère de famille – et quand nous avons été sûr qu’il s’agissait bien d’elle, nous avons attendu le flagrant délit.
– Mais nous étions juste en train de…
– Vous savez comment nous l’avons surnommée ? La vierge des tueurs. Elle égorge ses amants au moment où ils vont la pénétrer. Quand nous sommes intervenus, elle avait ce couteau dans les mains. Une seconde plus tard, vous étiez mort.

J’avale difficilement ma salive. La garce ! 
– Quand je pense qu’elle m’a dit qu’elle traquait les serial killers.
– Elle vous a dit ça ? Vous auriez dû vous méfier. Parce qu’en fait, c’est vrai. Tous les hommes qu’elle a tué, jusqu’à présent, étaient des criminels, des violeurs, des assassins, des pédophiles que nous n’avions pas réussi à coincer.
Je relevais la tête pour fixer mon interlocuteur. Qui poursuit tranquillement.
– D’ailleurs, quand nous l’avons repérée, ce n’était pas après elle que nous en avions. Mais après vous. Alors, si on parlait de vous, M. Rosselló ?


C’est ma deuxième participation pour le jeu des 5 titres. J’ai utilisé les propositions d’Alixire, une de mes sisters. Et qu’Anna Morice me pardonne l’emprunt de ce nom… Toute coïncidence avec des personnages existants ou ayant existé serait fortuite et involontaire.

La vierge des tueurs 1

Mes parents possèdent une petite maison à Latour de Carol, un village catalan situé près de la frontière espagnole. De Paris, c’est un peu loin pour y passer le week-end, mais dès que je le peux, j’y vais me ressourcer. Je retrouve alors ma chambre d’enfant et la nostalgie ennuyée de mes jours d’adolescence. C’est le cas en cette fin mai, et je pars pour un séjour prometteur : repos, plage (la mer n’est pas loin), randonnée en montagne, bonne bouffe (ma mère est un fin cordon bleu) et un peu de boulot, mais raisonnablement.
Le voyage est long, je l’ai dit, aussi j’emprunte le plus souvent les trains couchettes. On ne peut pas dire que j’arrive à destination frais et dispo, mais je ne suis pas de ceux qui sont capables de rester inactifs pendant de longues heures. Et puis les couloirs des wagons sont bien trop étroits pour accueillir ma frénésie de mouvement. Alors je dors.
Bien entendu, tout dépend de mes compagnons de voyage. J’évite comme la peste les périodes des vacances scolaires, je me retrouve ainsi le plus souvent avec d’autres hommes, dans les mêmes dispositions que moi : plus désireux de tutoyer leur oreiller que de tailler une bavette avec leurs voisins. C’est donc d’un œil peu amène que j’observe une femme entre deux âges installer sa progéniture – deux gamins que je trouve d’emblée insupportables bien qu’ils n’aient pas encore bronché – sur la banquette du bas et prendre position sous la mienne.
En face de moi, par contre, le tableau est plus gracieux. Une jeune femme vient de s’allonger. Brune et longue. Ma mine inquiète semble l’amuser, elle m’examine en souriant, un peu moqueuse. Je soutiens ce regard, ce qui a l’heur de lui plaire. Elle sourit encore puis plonge ses yeux dans son bouquin. Je soupire en regardant ma montre. Neuf heures de voyage, j’ai du temps à perdre. Je me lève et je quitte le compartiment pour me diriger vers la voiture bar. Je regrette le temps des wagons-restaurants, plus accueillants et qui servaient de bien meilleurs mets. Je commande un sandwich, une bière, un yaourt. Pour la bonne chair, je me rattraperai demain, chez ma mère. Mon repas terminé, je repars vers mon wagon. J’y croise la belle brune qui me sourit quand nos corps se frôlent. Décidément, ces couloirs sont bien étroits mais, cette fois, je ne m’en plains pas.
Je traîne dans le couloir. Ma compagne de voyage revient et reste à mes côtés.
– Jusqu’où allez-vous? me questionne-t-elle.
– Presque à la frontière, à Latour de Carol.
– Quoi ? Ça existe un village avec un nom comme ça ?
– Mais oui, puisque j’y suis né. On y a même une gare, des commerces, une mairie, une école…
– Ne vous vexez pas, je suis née à Cocumont. Vous voyez, ce n’est guère mieux.
C’est à mon tour de sourire en regardant le paysage défiler.
– Mais le train ne va pas à Latour…
- Vous avez raison, je change à Perpignan.
– C’est que je descends aussi. Elle se tait.
Le silence s’installe. Je ne relance pas la conversation et j’observe à la dérobée la charmante passagère. Brune et longue, disais-je, elle fait presque ma taille. Pas loin de 1,80 mètre. Je regarde discrètement ses pieds et remarque qu’ils sont nus. Pas de talon. Elle est vraiment grande. Elle suit mon manège avec un demi-sourire.
– Nous devrions nous présenter,ne croyez-vous pas ? Je suis le Dr Dolores V. Stein.
– V. ?
– Oui, V., pour Vanska…
– Ha ! fis-je. Je m’appelle Pau Rosselló et je suis célibataire.
Je rougis jusqu’à la racine de mes cheveux pendant qu’elle éclate de rire.
– Pardon (j’en bafouille), je voulais dire… agent secret.
– Sérieux ?
– Oui, c’est d’ailleurs pour cela que je ne le dis que tout bas.( Je me penche vers elle.) Parce que, vous comprenez, sinon, ce ne serait plus un secret. Voulez-vous bien le partager avec moi ?
Elle recule et fronce les sourcils.
– Vous avez du culot, vous !
– Ne m’en veuillez pas, c’était le seul moyen d’oublier l’ânerie que je vous ai sortie. En fait, je suis peintre, et photographe aussi. Parfois un peu poète, à mes heures. Et souvent totalement idiot.
Son sourire est revenu.
Nous rentrons dans le compartiment tout en continuant notre conversation.
– Qu’allez-vous faire à Latour de…
– Carol. Latour de Carol. Je vais repeindre la gare.
– Vous vous moquez de moi encore une fois.
– Mais non, vous pouvez écrire une lettre à Monsieur le chef de gare de Latour de Carol pour vérifier. Il vous confirmera. Je suis un enfant du pays, je suis un peintre qui commence à être connu. On m’a commandé une fresque pour un mur de la gare.
– Vous êtes vraiment peintre ?
– Oui, peintre agent secret. Mais chut…
Elle s’esclaffe.
Les enfants s’agitent sur leur couchette. Leur mère nous demande de baisser la voix, le temps au moins qu’ils s’endorment.
Je me penche vers Dolores et lui demande à voix basse
– Dites-moi, Dolores, ce n’est pas un prénom très courant de ce côté-ci des Pyrenées. Vous êtes d’origine espagnole ?
– Pas du tout. Ma famille est juive ashkenaze. Je dois ce prénom à mon grand-père, rabin, communiste, passionné de la guerre civile espagnole. C’est celui de La Passionaria.
– Dolores Ibarruri ? Eh bien ! ce n’est pas courant.
– Pas plus qu’un rabin communiste il faut croire.
– Ha ça, je suis mal placé pour en juger. Chez nous aussi, on est communiste. Mais athés. Donc Dolores V. Stein, votre grand-père est rabin et vous, vous êtes médecin.
– Non, pas précisément…
– Mais vous disiez être docteur.
– Oui, mais docteur en criminologie, spécialisée dans les serial killers.
– Mazette, vous me paraissez bien jeunette pour un tel palmares.
– Mais la valeur n’attend pas le nombre des années, Pau, me glisse-t-elle d’une voix suave.
La mère de famille s’agite et nous prie à nouveau de faire silence, il faut que les petits s’endorment. Nous serons tranquilles ensuite. Je m’allonge et regarde ma montre. Encore sept heures de train. Dolores semble s’être assoupie. Autant en faire autant.


(à suivre)

dimanche 5 juillet 2009

Les voyages forment la jeunesse

Quand par chance nous trouvons un train avec de vieux compartiments, nous en investissons un, fermons les rideaux et nous étalons. Dernière trouvaille en date pour décourager les voyageurs qui aimeraient, lors d’une escale, nous envahir : les filles font la java, commencent à jouer en sautant partout, ou, variante pour laquelle elles ont un don naturel, elles jouent les chiffonnières et font voler les noms d’oiseaux. Entre deux gares, c’est beaucoup plus calme. Ou presque…