Quelques uns de mes étudiants ont
planché sur un sondage concernant l’usage des réseaux sociaux chez
les 8-17 ans. Pour mieux corriger leurs papiers, je dois étudier ce sondage.
L’intitulé me laisse dubitative : une
enquête sur les 8-17 ans et Internet, comment ne pas penser que
cela mélange tout et son contraire… Qui y a-t-il de commun entre
disons une petite Manon de 8 huit ans, scolarisée en CE2 et une
grand Tristan, 17 ans, qui est au lycée, en première ?
J’ai donc téléchargé le sondage.
C’est une enquête TNS Sofres effectuée à la demande de la Cnil et
de deux associations de protection de l’enfance.
A priori, quand on sait comment
fonctionnent les sondages, on se dit que, vu les commanditaires,
Internet, a priori, est coupable. De quoi, on ne le sait pas encore.
Mais forcément coupable. Toutes ces enquêtes, une fois réalisées,
sont la propriété de ceux qui les ont commandées, et payées. Ils
ont la possibilité de les divulguer, ou pas. Et logiquement, un
organisme ne publie que les sondages qui vont dans son sens. Ici,
nous avons deux commanditaires de la protection de l’enfance qui ont
souvent la dent dure contre le réseau des réseau, ce nouveau fléau. Analyse faite, Internet ne s’en tire pas si mal que cela. Et le sondage fait bien la part des choses entre les plus de 13 ans (âge « autorisé » par Facebook pour ouvrir un compte) et les plus jeunes. Et le grand écart est effectivement là. Reste tout ce qu’on peut faire dire aux chiffres et certains ne s’en privent pas..
Premier élément donné : 48 % des 8-17
ans sont connectés à un réseau social. Ce qui en soit, n’est pas
énorme. J’aurais cru plus. En fait, je me rends compte
que non. Nombre de mes étudiants, et cela m’étonne toujours, n’ont eu que très peu de contacts avec les réseaux
sociaux avant de rejoindre l’école. Parce qu’ils n’en voyaient pas l’intérêt. Et je suis suis
obligée de leur dire, que, si, ils peuvent y trouver de
l’intérêt. Un intérêt professionnel. Et avant d’avoir 21 ou 22 ans,
ils ont eu moins de 17 ans…
Cela dit, j’aimerais savoir quelle
est, dans ces 48 %, la proportion des 8 ans, et celle des 17 ans. Ça
ne doit pas être loin des 97 % chez les second et des 3 % chez les
premiers. Deuxième chiffre sur la même page : 96 % utilisent
Internet, 93 % chez les 13 ans et moins. Quand même… me dis-je in
peto. Sauf qu’il ne s’agit que d’aller sur Internet. Et qu’évidemment
la quasi totalité des enfants se connectent puisque le maniement
d’Internet est une matière enseignée dès l’école primaire. Ma
dernière fille (11 ans), dès le CM1, a eu des recherches à effectuer
sur la Toile. Ce qui m’énervait plutôt. Pas parce que j’avais
peur du grand méchant loup. Mais parce que faire une recherche sur
Internet, ce n’est pas du tout quelque chose d’évident. Et qu’une
fois qu’on a entré « Hercule » ou « Victor Hugo »
dans Google, comment fait-on pour trouver quelque chose de pertinent
? Chercher sur Internet, cela s’apprend. Avant de lancer leurs élèves
sur des recherches à faire chez eux sur la Toile, les enseignants
seraient bien avisés de le faire, avec eux, en classe, en leur
montrant les outils les plus efficaces. Et après leur avoir donné les clés d’utilisation de Wikipédia et les mises en garde nécessaires.
Bref, 93% des moins de 13 ans surfent
sur Internet. Je me demande pourquoi on n’arrive pas à 100 % vu les
programmes scolaires…
Ils sont 18 % de moins de 13 ans à
être connectés à un réseau social (mais l’analyse dit « près
de 20 % », 18 %, ça ne doit pas assez parler…) Là encore,
j’aimerais bien savoir comment se répartissent ces 18 % en fonction
des classes d’âge. Et de comparer Manon, toujours 8 ans, à… Lola,
13 ans, en quatrième au collège.
Le chiffre existe. Le sondage le donne
deux lignes plus bas. Ils sont 11 % des élèves du primaires à se
connecter sur un réseau social. De cette première partie, le sondage
conclut, à juste titre, que le déclic se fait en fait au collège.
Et qu’à partir de ces années-là, les ados se connectent soit
depuis leur ordinateur personnel, soit depuis leur téléphone
portable, avec donc le forfait adhoc, plutôt coûteux. Ce qui m’étonne,
c’est que, un peu plus haut, il disait que c’étaient les enfants dont
la famille appartenait aux catégories populaires qui se connectaient
le plus, plus que ceux des familles dites aisées. Pas d’explication
à cette contradiction qui n’a surpris personne semble-t-il.
Les chiffres qui suivent ne concernent
que les 48 % de jeunes qui admettent être sur un réseau social. FB
ou un autre. Surtout FB.
Deuxième chapitre, L’attitude des
parents face à l’utilisation des réseaux sociaux. Parent ! Vous ne vous occupez pas assez de vos gamins. C’est un peu la tendance générale depuis quelques années : mettre les parents en accusation et leur faire porter le poids de ce que la société ne peut plus faire. Hop hop hop, je suis hors sujet…
« Si 99 % des parents savent que
leur enfant est sur un réseau social, c’est un sujet dont on parle
peu. » Et pour cause. Vous avez déjà essayé de parler de ses
copains avec un pré-ado ou un ado ? J’imagine très bien la
conversation autour de Facebook. Enfin, je l’imagine… je la
connais, je l’ai déjà vécue. C’est un parent qui cause tout seul
devant son gamin qui soupire, lève les yeux au ciel et conclut en
disant : « De toute façon, tu comprends rien… » Ce qui
n’est pas vrai, mais ce que l’ado se plait à penser. Restons
optimiste, il y a quand même 14 % des ados qui en discutent avec leurs
parents. C’est énorme.
Cela dit, si les parents n’en parlent pas, ils
suivent. Quasi la moitié des ados sont amis avec leurs géniteurs.
Ma fille aînée (17 ans demain) m’a virée un jour en m’accusant de l’espionner. Au
départ, je n’avais pas voulu être son amie, c’est ma fille, pas ma
copine. Mais lors d’un de mes voyages, nous avons trouvé plus simple
de nous connecter pour discuter en chat. C’est plus souple et plus
pratique que MSN quand on se trouve dans un cybercafé aux portes du
désert, ce qui était mon cas.
Je n’allais jamais sur sa page. D’abord
parce que je refuse de l’espionner, ensuite parce que, de toute
façon, je ne comprends rien à ce qui s’y raconte. Mais de temps en
temps, je tombais sur une de ses actualités sur MA page. J’ai eu le
malheur de répondre à l’une d’elle. Hop, virée. Depuis elle m’a
remise. Puis m’a virée à nouveau. Et s’est plainte pas plus tard
que ce matin de ne pas pouvoir lire ma page parce que je n’étais pas
son amie.
Ma seconde fille (13 ans) doit son compte à sa meilleure copine, alors
qu’elle n’avait pas l’âge requis. Vu le nombre d’heures qu’elle
passe sur mon ordinateur (très peu, j’occupe la place), et qu’elle
n’en a pas à elle, j’ai laissé faire. Elle m’a très
vite inscrite comme amie. Elle aurait pu ne pas le faire. Quant à la
petite dernière, je viens de lui créer une adresse mail. Mais j’ai
refusé de lui ouvrir un compte FB. Appuyée en cela par l’aînée.
Il faut dire que la petite n’a pas d’amie qui ait un compte FB avec
qui converser. A part jouer (il n’y a que cela qui l’intéresse),
elle n’y ferait pas grand chose. Mais il a fallu lui exliquer que ces
jeux-là nécessitaient des amis pour avancer. J’en sais quelque chose.
Cela fait deux semaine que je ne fais que ça, jouer…
Je connais des jeunes filles qui ont
plusieurs comptes mais se ferait hacher menu plutôt que de le
reconnaître. L’un est connu de leurs parents. L’autre non. On est
content parce que, tout compte fait, notre enfant ne passe pas tant
de temps que ça sur FB. On croit surveiller. On ne surveille pas
grand chose en fait. On se fait avoir en beauté.
Le sondage poursuit : « Seul la
moitié des enfants s’estiment surveillés ». Le total est
effectivement de 55 %. Mais seuls 48 % des garçons disent l’être.
Et 63 % des filles… Les vieux réflexes reviennent toujours. Donc,
quand on dit que les parents ne surveillent pas leur progéniture, ça
dépend laquelle. Mais n’en a-t-il pas toujours été de même ?
Quand j’avais entre 13 et 17 ans, mes copines étaient bien plus
surveillées que leurs frères (je ne pas dire la même chose, je
n’ai pas de frère). Elles n’avaient pas le droit de sortir seules
avant un âge avancé (la majorité en général). Si elles avaient
un grand frère, ça allait, mais sinon… il fallait attendre le
petit ami dûment adoubé par les parents. Pour les garçons, la
surveillance était plus lâche on va dire… Et ça n’a pas changé.
En passant, les moins de 13 ans se
sentent surveillés à 77%.
Super surveillés 
Le sondage constate cependant que la
surveillance serait « plus quantitative que qualitative ».
C’est-à-dire que les parents se contenteraient de limiter les
moments où les 8-17 ans ont le droit de se connecter (28 %) plutôt
que de vérifier ce qu’ils disent ou montrent (23 %). Evidemment,
c’est peu. Mais si on isole les moins de 13 ans, le deuxième chiffre
monte à 42 %. Dans toute cette partie, la surveillance des parents
est bien plus importante pour les enfants de moins de 13 ans que pour
les autres. En résumé, les parents sont assez peu associé à la
pratique qu’ont les jeunes d’Internet et des réseaux sociaux. Et
pour cause. Je les vois assez peu au-dessus de l’épaule de leur ado
pendant que celui-ci surfe. Sauf à vouloir vivre dangereusement…
Il faut remettre les choses dans leur contexte. La surveillance des parents est directement liée à la relation qu’ils entretiennent avec leur enfant. On ne peut pas focaliser uniquement sur les réseaux sociaux. C’est un ensemble. Que nombre de parents soient dépassés par leurs ados, je les comprends. Ce n’est pas tant la compétence technique qui leur fait défaut, que la compétence émotionnelle. Elever un ado, c’est dur. Et on fait ce qu’on peut avec les moyens qu’on a.
La majorité des enfants utilisent leur
propre identité (92%). En général, comme leurs parents. Ça c’est
moi qui le dis. Et je pense que les gamins ont déjà compris
beaucoup de choses. J’ai un pseudo, sur ce blog. Mais je sais depuis
longtemps qu’il est totalement transparent. Il ne faut pas chercher
loin pour trouver mon vrai nom, éventuellement mon adresse. Tous
ceux qui se sont fait licencié pour avoir dit du mal de leur
entreprise dans leurs blogs personnels avaient des pseudos. L’entreprise même avait un pseudo. Qui n’ont
servi à rien. Et je me souviens très bien de ce proviseur radié de l’Education nationale à cause de son blog. Il avait pourtant été très précautionneux, avec pseudo et tout… Il a heureusement, depuis, été réintégré…
Le mythe du contributeur anonyme est valable tant
qu’Internet est utilisé par un petit nombre de gens. Mais plus la
toile s’étend, est utilisée par un nombre de personnes de plus en plus
grand, plus il est facile d’y retrouver n’importe qui. Même par
hasard. Parce qu’on connaît toujours quelqu’un qui connaît
quelqu’un qui connaît quelqu’un…
Et puis la plupart des ados se
connectent aux réseaux sociaux pour communiquer entre eux :
discuter, s’envoyer des blagues, des vidéos drôles, des confidences
(qui d’ailleurs n’en sont plus vraiment). Bref, Internet est une
vraie cours de récré sans la distance imposée par la présence
physique (avec ce qu’elle peut avoir de paralysant ou d’inhibant à cet âge-là). Avec
tout ce que cela comporte. J’y reviendrai…
Tous les gamins livrent des
informations personnelles : leur vrai nom, leur âge, leurs centres
d’intérêt, leur adresse mail, le nom du collège ou du lycée,
leurs marques préférées. Mais ils ne sont que 9 % à donner leur
numéro de portable et 5 % le fixe. Moins de 10 % d’imbéciles, c’est
rassurant. Surtout avec des parents qui les surveillent aussi peu.
Parce que les autres données, franchement, où est le problème ?
Les photos et les vidéos, qui risquent
de vous poursuivre toute votre vie. Julie en vacances, Gaétan en
train de faire des grimaces immondes et ridicules, les soirées plus
ou moins alcoolisées suivant l’âge… Pour la plupart, des
conneries. Il y a aussi beaucoup plus grave. Des vidéos filmées à
l’insu des jeunes et mises en lignes contre leur gré. J’y reviendrai
aussi.
Et puis, précise le sondage, les
enfants disent à 58 % s’ils sont célibataires où s’ils sortent
avec quelqu’un. Le chiffre monte à 71 % pour les garçons de plus de
13 ans. C’est quelque chose qui m’a toujours amusée. Avez-vous été
voir des pages de jeunes de moins de 17 ans sur FB. Moi, quelques
unes. Beaucoup de filles sont fiancées avec leur meilleure amie.
Non, elles ne sont pas homosexuelles. Elles pourraient, mais ce n’est
pas le problème. C’est juste une façon de montrer l’importance que
cette amie là a dans leur vie. Il faut dire que la notion de
célibat ou non, pour des jeunes de moins de 17 ans, à part
quelques cas assez rares, c’est très très relatif.
Cela dit, si les enfants renseignent
ces éléments, c’est aussi que leurs parents, comme la majorité des
adultes, le font sans se poser de questions.
Mais surtout, et ce que dit le sondage
à cet égard est tout à fait juste, pour la majorité des jeunes,
les relations sur Internet n’ont rien virtuel. Tout simplement
parce qu’ils utilisent ces réseaux sociaux comme leurs parents
utilisaient auparavant le téléphone. Ils communiquent entre eux.
Ils passent des heures à discuter. Comme tous les ados l’ont
toujours fait. Seul l’outil a changé. Mais il coûte moins cher. Je
me rappelle qu’à mon époque, la question de la facture de
téléphone était toujours été une cause d’engueulades entre mes copains
et leurs parents (les miens ne payaient pas le téléphone, c’était
la boîte de mon père qui prenait la facture en charge). Puis les
ados ont fait exploser la facture de leur téléphone mobile. Enfin
on a inventé les forfaits bloqués et Internet. Et la paix des
familles est revenue. Enfin, sur cette question. Donc oui, Internet,
les réseaux sociaux, c’est la vraie vie parce que la plupart des
gens que les jeunes y côtoient sont leurs propres amis, ceux du
collège ou du lycée, ceux rencontrés en colonie de vacances. Leur
bande, pour le meilleur et pour le pire. Qui n’est jamais certain,
mais, quel que soit l’outil, n’est cependant jamais loin.
A suivre donc…
En photo, ma fille, moins de 1 an, faisant ses débuts sur l’ordinateur. Qui n’a aucun secret pour elle. Aujourd’hui, dix ans plus tard, elle aimerait bien un compte Facebook. Mais j’ai dit non… Quand elle aura des vrais amis qu’elle pourra retrouver, on réenvisagera la question. Mais pour le moment, elle n’en a pas besoin.