Racontars

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vendredi 27 décembre 2013

Le sexe des anges

Je me souviens que lorsque j’ai été enceinte de mon troisième enfant, le gynécologue qui me faisait passer l’échographie m’a demandé ce que j’avais déjà eu.

– Deux filles, ai-je répondu.
– Alors je ne vous dirait rien de celui-là…

C’était sans doute de l’humour, mais très déplacé. D’abord, c’était pas bien malin parce que j’ai bien compris que j’attendais une troisième fille. Sinon, il se serait fait une joie de m’annoncer le contraire. Joie qui m’aurait laissée de marbre je dois dire. Ensuite, pour qui me prenait-il ? J’ai eu trois enfants parce que je voulais trois enfants. Pas parce que je cherchais absolument avoir un garçon. J’ai trois filles merveilleuses que j’adore et je suis très heureuse comme cela.

Connaître le sexe du fœtus était pour moi une façon de couper court aux bassinantes réflexions du genre : « J’espère que vous allez à voir un garçon, cette fois-ci… » Euh… pourquoi ? C’est mal d’avoir des filles ?

Une grossesse c’est déjà assez long et parfois assez pénible sans qu’on ai à supporter des inepties de ce type. Je me souviens de ma boulangère, une femme charmante au demeurant, qui me souhaitait absolument un fils. Devant mon air interloqué, elle s’est crue autorisée à développer : « Une garçon, c’est quand même l’apothéose pour une femme, c’est ce qui fait de nous des mères. » Tout ça devant mes filles. Ce qui était presque aussi adroit que ma DRH rencontrée dans mon quartier et qui en découvrant mes filles et leur père s’est exclamé : « Ce n’est pas pas possible, elles ne sont pas du même père… » devant les intéressés. C’est vrai, mais ce n’était pas une raison pour le dire comme cela devant tout le monde. Après tout, les enfants auraient pu ne pas être au courant. En plus, elle se plantait. Elle pensait que c’était Garance, celle du milieu, qui était d’un autre géniteur. En clair, elle m’accusait carrément d’adultère. Or c’est ma fille aînée qui est née d’un père différent et qui a été adoptée par mon ex-mari.

Bref, pour en revenir aux réflexions sur le sexe des fœtus, le fait de le connaître le plus tôt possible m’a permis d’évacuer la question rapidement auprès de mes proches et de faire en sorte que mes filles soient accueillies comme des bébés et pas comme un genre avec tous les stéréotypes que cela suppose. J’assortissais la nouvelle d’une interdiction formelle de m’offrir (ou d’offrir au bébé) quoi que ce soit dans les tons pastels fadasses dévolus en général aux nouveaux-nés, surtout le rose mièvre ou le bleu pisseux. Je ne voulais que des couleurs flashy : du rouge vif, du noir, du vert, du bleu roi ou canard…

Cette attitude n’a pas tout empêché. Et A force d’être agressée par les « encore une fille », j’ai fini par être à mon tour agressive et me vanter d’être heureuse de ne pas avoir à subir ces petits mâles insupportables. En fait, je m’en foutais. J’aurais aussi été contente avec un garçon. Et des garçons. Moi, je voulais des enfants. Je les ai eus, j’ai eu cette chance. 

Mais mes enfants, je les ai reçus comme des personnes. Et je les élèves comme des personnes. Comme tous les autres, ils ont éprouvé le besoin d’appartenir à une groupe. Mes filles ont adoré, à un moment ou à un autre de leur vie, le rose, les poupées, les bijoux, les fringues. Mais elles m’ont également réclamé des voitures radioguidées. Quand on leur offrait des poupées (les blondes à fortes poitrines), elles prenaient un malin plaisir à leur couper les cheveux et à leur faire des peintures de guerre. La dernière ressemble de plus en plus à un geek, toujours vissée à sa console ou à son ordinateur, super douée pour les jeux de toute sorte.

Il y en a un peu marre des Vénus et des Mars…

C’est peu dire que les campagnes actuelles des mouvements ultraconservateurs sur le genre me font vomir. La dernière en date qui vise à interdire le film Tomboy dans les écoles est d’un ridicule achevé. De quoi pensent-ils protéger leurs enfants ? D’un peu d’ouverture d’esprit ? Et cet article de Slate sur l’Inde, le pays où les filles ont disparu, me fait frémir.

samedi 2 novembre 2013

L'amour est un acte gratuit

Je me souviens, quand j’étais adolescente, d’avoir vu invité à la télévision (notamment chez Pivot) un écrivain d’une quarantaine d’années qui revendiquait ouvertement ses amours avec des enfants, filles ou garçons. Il en parlait avec décontraction, disant que cela était beau tout cet amour, toute cette liberté. Je ne me souviens pas de son nom (mais je l’ai retrouvé grâce à Internet), mais parfaitement de sa tête. Et de ses propos que je trouvais dérangeants. Il me mettait mal à l’aise. Je détestais ce type.

A l’époque, et pendant longtemps, personne n’y trouvait à redire. Il était même encensé car du talent, il en avait, sans aucun doute. Mais le talent excuse-t-il tout ? Quand la Québécoise Denise Bombardier osa lui dire ce qu’elle pensait de sa perversité, elle fut traînée plus bas que terre par cette caste d’intellos qui sous couvert de liberté ne défendent que leurs prérogatives de prédateurs. Il y eu même une femme, Christine Angot, pour dire de Denise Bombardier ne comprenait rien à la littérature…

Encore aujourd’hui, je suis sûre que des intellectuels français défendent cet auteur. Des libertins que la moindre possibilité de restreindre leur extraordinaire pourvoir à disposer des autres rend hystériques et très cons. Surtout très cons.

A l’époque, l’écrivain en question faisait du tourisme sexuel et le racontait dans son journal qu’il publiait : « Ici, à Manille, de l’autre côté du globe, je goûte aux suprêmes joies de la liberté – y compris celle de ne pas faire l’amour, tout en n’ayant qu’un geste à faire pour avoir aussitôt dans mon lit une fille de 14 ans ou un garçon de 12 », écrivait-il dans Mes Amours décomposées. Il nie bien sûr être un prédateur sexuel, sa théorie est que les enfants sont des êtres sexuellement actifs, prisonniers de leurs parents et de leurs maîtres et qu’ils sont non seulement parfaitement consentants mais en plus demandeurs.

Faire comprendre à ce genre de personnage qu’un enfant n’a pas une conscience finie et que son consentement ou ses tentatives de séduction sont tout sauf des invitations à en profiter, que le rôle de l’adulte est au contraire de refuser et que ces mines ne sont là que comme une répétition, un apprentissage de la future vie adulte, c’est quasiment impossible. Leur faire admettre que dans les pays de tourisme sexuel, les enfants sont vendus, prostitués, sans qu’on leur demande leur avis, qu’ils sont obligés d’aller avec ces Européens pétés de tunes (en regard à leur propre misère) et qu’il s’agit là d’un infâme trafic l’est tout autant. Ils préfèrent croire la fable du gamin consentant voire partenaire actif. Pas qu’ils manquent d’intelligence, bien au contraire. C’est juste qu’ils n’ont pas grandi et comme des enfants-rois exigent leur satisfaction immédiate là, ici et maintenant. Et tout ce qui vient au travers de la route de cette satisfaction infantile est insupportable. Pauvres petits être capricieux.

Le dernier avatar est sans doute ce texte pathétique des 343 salauds. « Je veux ma prostitué ou je fais pipi partout et je me roule dedans jusqu’à ce que ça mousse » trépignent-ils menés en bateau par une frustrée qui veut faire chier les féministes. Quel beau fait d’arme soit dit en passant, quelle élévation intellectuelle. Quel beau tableau, comme cela fait envie. Inutile de leur parler de trafic de femmes et de jeunes filles vendues, enlevées à leur famille pour se retrouver sur les trottoirs parisiens, soumises à des salauds, des vrais, qui sous prétexte de protection leur ponctionne la quasi totalité de leurs gains, les menacent, les battent et parfois les tuent. Tout cela pour la satisfaction de ces petits messieurs. Mais tapez sur les macs et les trafiquants crient-ils. Ils oublient que cela fait des années que les polices  mène la guerre contre les proxénètes. Sans beaucoup de succès. Car tant qu’il y aura des clients, il y aura des prostitués, des macs et des trafiquants d’êtres humains.

Je ne suis pas une fan absolue de la pénalisation des clients, mais comme Nicole Muchnik je crois qu’« il faut en passer par là il me semble, malheureusement. Comme pour les quotas : on ne devrait pas avoir à les infliger dans une société civilisée, mais on voit qu’il faut en passer par là »

Certains s’abritent derrière la misère sexuelle que connaitraient de pauvres ères en mal de cul et de parlotte. Mais est-ce que la solution au mal-être et à la misère sexuelle est le trafic d’autres êtres humains ? Est-ce le rôle de ces jeunes filles venues des pays de l’Est ou d’Afrique, de se faire cueillir sur le périph’ intérieur. La misère sexuelle justifie-t-elle qu’elles grelottent de froid dans la nuit en attendant le client, à des heures où elles devraient dormir en attendant d’aller au collège ou au lycée le lendemain ?

Quant au 343 salauds, je ne suis pas très soucieuse pour eux. Je ne crois pas qu’ils connaissent la moindre misère. ils n’auront aucun problèmes à trouver des adultes consentantes pour faire toutes les galipettes dont ils rêvent. Et cela, ils le doivent entre autres au 343 salopes qu’ils ont essayé de brocarder, à ces féministes qui ont tant œuvré pour la liberté des corps. Ils pourront le faire en plus sans bourse déliée. Et c’est tant mieux. Parce qu’il y a une chose que ces hommes-là oublient : l’amour est un acte gratuit.

samedi 10 mars 2012

Mon gamin est sur Facebook (3) et il s'y fait des amis… que faire ?

La plus grande inquiétude des parents, c’est que leurs enfants tombent sur des choses pas jolies jolies… Classique et pas propre à Internet. Quand j’habitais du côté de Pigalle, j’ai rencontré des gens qui tentaient d’éradiquer la prostitution du quartier. Et ils y sont arrivé. Bientôt, je parie qu’il n’y aura plus de sex-shop. Tout cela au nom de leurs enfants. Mais j’aimerais bien qu’on m’explique l’intérêt de s’installer à Pigalle si on ne supporte pas son environnement…
Personnellement, le premier truc porno que j’ai vu, c’était un livre, trouvé dans l’armoire de mes parents. Mon père m’avait envoyée lui chercher un pull… Quant à mes filles, elles ont vu leurs premières scène porno sur une cassette video sur laquelle je leur avait enregistré un film pour enfants. Ce que j’ignorais c’est que leur père avait utilisé cette cassette pour enregistrer un porno de Canal+ et n’avait évidemment pas changé l’étiquette.
Le porno, c’est pas joli joli. Mais cela fait quand même parti des choses de la vie.

Etre choqué aussi. Il y a de très nombreuses choses choquantes dans la vie. Bien plus que les films de cul. L’injustice, les gens dans la rue, la famine… Parmi les 8-17 ans participant à un réseau social, ils sont 30% à avoir été choqués ou gênés par ce qu’ils y ont vu. C’est écrit en grosses lettres…
Mais choqué une fois ? plusieurs fois ? souvent ? ce n’est pas précisé. Personne n’en sait rien. C’est dommage, non ?
Et choqués par quoi ?
– 19% l’ont été par des images pornos, de la pornographie, des personnes dénudées sur leur réseau social
– 15% par de la violence (bagarres, accidents, sang)
– 13% par des propos racistes, homophobes
– 5% par alcool et beuveries
– 5% par politique et religion.
Ces vrais que ces deux derniers items sont particulièrement choquant ;-)

Ce sont des réponses spontanées des enfants interrogés. Les réponses ne sont pas triées par tranche d’âge. Cela dit, la pornographie, la violence, les propos racistes sont des choses dérangeantes quel que soit l’âge. Moi-même je ne suis pas fan des films où la violence est érigée en principe, les films d’action par exemple. Je n’aime pas non plus les pornos. Mais on ne me fera pas croire que ces gamins, qui aiment un certain cinéma, dont certains d’entre eux (surtout les garçons, et à partir d’un certain âge) vont se renseigner sur la sexualité sur des sites pornos, sont particulièrement choqués par ce qu’ils voient sur les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux, pas Internet…
En plus, plus cul-béni que des réseaux comme Facebook ou Flickr ou autres, c’est difficile. Je connais un certain nombre d’artistes dont les comptes ont été désactivés pour avoir exposé des œuvres représentant des personnes nues. Cela n’avait rien à voir avec de la pornographie. C’était de l’art. Mais cela a été identifié comme dérangeant et immédiatement désactivé. Un ado qui posterait systématiquement des vidéos violentes sur Internet, des vidéos avec de la barbarie, un viol, un bastonnage sur son compte aura toutes les chances de se le faire désactiver très rapidement.

Les vidéos de cuites, sans doute pas, même si elles choquent 5% de nos têtes blondes. Mais où les adolescents se procureraient-ils des images de beuverie si ce n’est en se filmant eux-même. Et là, le problème n’est-il pas plutôt la beuverie en elle-même que son film sur le Net ? N’est-il pas dans le fait que l’ado s’adonne au binge drinking plutôt que dans les pseudo risques pour sa carrière future ? Ou la gêne qu’il va provoquer chez ses copains en leur montrant ce à quoi il s’est adonné ou ce à quoi ils ont tous participé ? Arrêtons de voir l’arbre. Regardons la forêt.

Notre société est schizophrène. D’un côté elle demande aux parents de surveiller leur progéniture car elle peut être choquée par des vidéos porno, de la violence, etc. D’un autre côté, elle propose des objets, soit disant culturels, aux jeunes qui sont d’une rare violence. Vous avez vu les publicité pour les jeux vidéos ? Celles où l’on voit des personnages munis d’armes monstrueuses décimer des ennemis, perpétrant des massacres à répétition ? Cela passe à la télévision, à des heures de grande écoute, à l’intérieur de série “familiales”. Je ne parle même pas de la sacro-sainte grande messe du 20 heures qui nous sert, en plein milieu du repas, son lot de tremblements de terre, de tsunamis, de guerres…


Call of Duty Black Ops - Il y a un soldat en… par CultureGames
Et pour les 70% restant, ceux qui disent ne pas avoir été choqués, est-ce que parce qu’ils n’ont pas été exposés ou parce que les mêmes choses ne les choquent pas, ne les choque plus ? De quoi doit-on s’inquiéter le plus ? Pourquoi seuls 30% auraient été exposés et pas les autres, vu que les réseaux, comme les jeunes, fonctionnent peu ou prou de la même manière ?

La cerise sur le gâteau est dans la conclusion du chapitre : « Quand ils on été choqués, 45% n’ont rien fait. Seuls 11% en ont parlé avec leurs parents et 37% avec leurs amis : ils en parlent plus facilement quand le sujet des réseaux sociaux est abordé en famille. »

Oh la vilaine petite culpabilité qu’on essaie de refiler en loucedé aux parents…Quarante-cinq pour cent de nos malheureux enfants sont de pauvres laissés pour compte, qu’on laisse se dépatouiller seuls avec des choses affreuses vues sur le Net. Les parents doivent s’investir, parler d’Internet avec leurs enfants, etc. Bien sûr. Evidemment. Comme on parle des dangers de la société avec eux : les inconnus dans la rue, la violence à l’école, la cigarette, la drogue. Cela dit, avec toute la meilleure volonté du monde, on prévient, on n’empêche pas. Parce qu’il arrive un moment où les enfants doivent apprendre par eux-mêmes. Vous connaissez, vous, des parents qui incitent leur môme à fumer ? Et pourtant, le nombre d’adolescents qui commencent à fumer dès le collège est toujours important. C’est pas faute d’en dénoncer les dangers. Mais voilà, la vie, elle s’apprend en la vivant, et le danger s’expérimente en le provoquant. Ça a toujours été comme ça. On aura beau les mettre sous cloche nos beau ados, il y aura toujours un moment où ils la feront voler en éclat. et tous les interdits n’y pourront mais.

Et puis il y a un truc qu’on ne lit jamais nulle part, c’est qu’on peut aussi se faire des amis sur Internet. Sans être pour autant misérable socialement. Dans ceux qui forment le cercle de ce que j’appelle mes meilleurs amis, il y en a beaucoup que j’ai connus via Internet, des sites de discussion, mon blog. J’ai rencontré des gens formidable grâce à ce média. Ils ne sont pas tous devenus mes meilleurs amis. Mais ce sont des gens qui comptent pour moi, dont l’existence est importante. Qui m’ont aidé dans des moments difficiles, qui m’ont soutenue. Et parmi ces personnes-là, il y en a que je n’ai jamais rencontrées. Jamais. Même pas téléphoné. Je ne sais même pas quelle tête elles ont. Et à la limite, cela m’est égal. Je sais que si j’ai besoin d’elles, elles seront là. Et inversement d’ailleurs.

Dans le même ordre d’idée, les réseau sociaux peuvent permettre à celui qui est victime ou simplement isolé dans son collège, parce qu’il est différent, de trouver des gens qui lui ressemble, un groupe auquel appartenir. Alors, ces amis, ils seront peut-être lointains ; il ne les aura peut-être pas rencontré en vrai, ou quelques jours seulement en colo… Mais peut-être lui permettront-ils de s’exprimer, d’être un ado comme les autres, loin des quolibets, des railleries, de la mise à l’écart… Il partagera avec eux des passions communes, qui ne seront pas celles des autres. Des passions un peu à part.
Exemple, une de mes filles est une fan de gothique lolita, un genre dérivé des mangas. Elle a, sur le Net, des amies qui partagent la même passion, avec qui elle peut en parler, qui ne se moquent pas d’elle quand elle craque sur des poupées qu’elle trouve si mignonnes – et que moi personnellement, je trouve assez moches. Qui ne lui glisseront pas, perfides, en parlant d’une robe : « Oui, c’est joli, mais je ne mettrais pas ça pour aller à l’école. » ou « Tu sais, carnaval, c’était la semaine dernière… »

Poupées Gothic lolitas

Autant dire qu’essayer d’inciter nos ados à ne rien dire d’eux sur les réseaux sociaux est un vœux pieu. Internet, c’est leur vie, leur vie sans nous. Et nous, nous devons apprendre à ce qu’ils vivent en dehors du cocon familial. Aux parents qui seraient tentés d’aller fouiller dans le compte internet de leur enfant pour voir s’il n’y a rien de grave, s’ils n’ont pas trop révéler de détails croustillants sur leur petite vie, j’ai envie de leur demander de bien réfléchir à ce qu’ils font. L’apprentissage se fait en famille, au jour le jour, et pas uniquement sur Internet. Un ado sera moins enclin à croire ses parents quand ceux-ci lui parle de respect de la vie privée alors même qu’ils tentent par tous les moyens de s’immiscer dans la sienne.
Oui, nos enfants ont droit à une vie privée. Et c’est aux parents de la leur donner. En respectant leur intimité. Cela commence très tôt. Je connais des mères qui ne supportent pas que leur enfant ne leur raconte pas tout ce qu’il a fait à l’école. Mais l’école est son domaine. Il a envie de le partager, il le fait. Il n’a pas envie ? on respecte. On n’ouvre pas son courrier, ses mails, son journal intime, son compte Facebook. Je n’aimerais pas du tout que mes filles me fasse cela. Et je ne leur fait pas. C’est contre les parents que l’enfant apprend ce qu’est l’intime.
Je ne sais quasi de la vie amoureuse de mes filles. Elles ne m’en parlent pas. Elles en parlent beaucoup entre elles. Est-ce que ça  m’intéresse ? Mais oui, ça me passionne même. Mais qu’est-ce que vous voulez que je fasse, que je les espionne ? Que j’aille sur leur Facebook pour savoir si elles ont un amoureux ? Je sais ce que je dois savoir. Et elles, elles savent que si elles ont un problème, si elles ont envie de m’en parler, je suis là. Pour le reste, eh bien je musèle ma curiosité.

Prodiguer des conseils, oui, sans aucun doute. Faire preuve d’autorité, sans doute aussi. Mais pas en fouillant dans ses poubelles.

Enfin, la notion même de vie privée évolue. Il fut un temps où cela n’existait pas. Il n’y avait pas d’intime. La reine accouchait devant la cour, le roi mourait de même. Il mangeait, se lavait, pétait, rotait devant tout un tas de gens. Chose que l’on imaginerait même pas de nos jours, et c’est tant mieux. J’aurais même aimé que l’actuel présiprince soit plus discret sur sa vie privée qui ne nous regarde pas. Mais je ne mets pas la même chose dans le concept vie privée que mes parents. Et il en va de même avec mes enfants. Moi, par exemple, le geotaggage perpétuel me pose problème. Que tout le monde sache où je suis au moment où j’y suis, même si c’est pour y faire rien du tout, me gêne. Je n’ai pas envie de voir débarquer n’importe qui, y compris des amis, sur un quai de métro qui me dirait : « J’ai vu que tu étais là sur mon téléphone, du coup je suis venu… » Mes amis, j’adore les voir, quand j’ai envie de les voir. Je ne tiens pas à les voir surgir à n’importe quel moment de la journée. Idem concernant les MSN et compagnie. Je ne les ai pas installé parce que je n’aime pas être dérangée quand je suis sur mon ordinateur par quelqu’un qui voit de la lumière et qui a envie de passer. Même si c’est un copain. Je ne suis pas disponible à tout moment du jour et encore moins de la nuit. Cette fonction de messagerie m’énerve également sur Facebook. Avant, il y avait une messagerie – on lisait quand on voulait – et une messagerie instantanée. Maintenant les deux sont mélangés. Et ça m’agace.
Ma fille pas du tout. Elle vit avec son ordi et son portable et répond à tous ces messages immédiatement où qu’elle soit ou presque. Que les gens sache où elle est ne la dérange absolument pas. Et quand je lui dis : mais enfin, quand même, ça ne regarde personne. Elle ne comprend même pas à quoi je fais référence. Peut-être qu’elle le verra plus tard. Le fait d’être ainsi surveillée en permanence la dérangera-t-elle. J’espère. Parce que ça nous prépare quand même une société de cyberflics que je n’aime pas du tout. Mais ce sera sa vie, il faudra elle qu’elle la défende, qu’elle se batte pour préserver des libertés qu’elle-même aura définies. Au nom de quoi je vais lui imposer, pour sa vie future, des choses à faire ou à ne pas faire.

J’ai des valeurs. J’espère lui en avoir transmis un certain nombre. J’espère aussi que, comme moi, elle en acquiérera d’autres, qui lui seront propre. Mon boulot de mère s’arrête là. Sa vie, c’est elle qui l’a vivra. Avec Internet. Ou sans. Elle choisira.

mercredi 7 mars 2012

Mon gamin est sur Facebook (2) ou comment faire croire aux gens qu'on gère les problèmes

 J’avais promis une suite à mon précédent post, Ce n’est pas si facile à écrire… Ce sondage, les campagnes publicitaires qui ont suivi, la série d’articles ou de reportages sur le sujet ont alimenté chez moi une réflexion qui part un peu dans tous les sens et que j’ai essayé de canaliser.  

J’avoue aussi que la tapage anti-Internet en général, et antiréseaux sociaux en particulier m’agace. Parce que bien utilisés, ce sont des espaces de liberté sans précédent. Et c’est sans doute ce qui gêne.

Dans l’enquête L’usage des réseaux sociaux chez les 8-17 ans, le nœud gorgien, c’est visiblement le chapitre L’exposition au contenu sensible. Contrairement à ce qu’on pourrait craindre, il est plutôt rassurant : 84% des 8-17 ayant un profil sur un réseau social n’ont jamais publié de photos/videos sans l’autorisation des photographiés. Ils sont 91% a déclarer qu’ils n’ont jamais publié de photo ridiculisant quelqu’un de leur entourage, 93% à affirmer n’avoir pas dit de choses blessantes sur un camarade, et 96% a déclarer n’avoir jamais participé à un groupe critiquant ou étant méchant avec quelqu’un. Sans surveillance des parents, les jeunes se conduiraient donc, en très grande majorité, plutôt bien sur Internet. Peut-être parce que les jeunes, dans leur grande majorité, se conduisent plutôt bien dans la vie en général.

On regarde de l’autre côté, et on apprend que 82% des jeunes ne se sont jamais fait insulter sur Internet et 87% n’ont jamais été victime de mensonges ni du rumeur. Ils sont tout de même 18% et 13% à l’avoir été. C’est évidemment trop. Mais le sondage de conclure : « 1/4 des jeunes victimes d’incivilité sur leur réseau : 25 % des jeunes connectés ont été victimes d’insultes ou de mensonges/rumeurs… » Là on frise la malhonnêteté intellectuelle en jouant dangereusement sur les mots.
– un quart des jeunes victimes d’incivilité sur leur réseau. Non, parce que le sondage ne concerne que ceux qui sont inscrits dans un réseau social et que ceux-ci, parmi les 8-17 ans, ne sont que 48%, avec des grandes disparités selon les âges.
– 25% des jeunes connectés… Déjà, cela veut dire quoi, connecté, si on ne précise pas à quoi ? L’imprécision (on se connecte à Internet et celui-ci est vaste) dramatise, forcément. Et pour arriver à ces 25% on additionne les résultats de deux questions différentes. C’est comme si je constatais qu’il y a 5 jeunes qui aiment les bananes dans cette classe, et 6 qui aiment les pommes. et que j’en tirerais la conclusion qu’ils sont donc 11 à aimer les fruits. Le hic, c’est qu’il y a ceux qui aiment à la fois les bananes et les pommes. Les comptent-on deux fois dans ceux qui aiment les fruits ? Eh bien, il y a fort à parier que ceux qui sont victimes de mensonges et de rumeurs se font également insulter.

Mais pour les contempteurs d’Internet et de ses réseaux, la chose est claire : un quart des enfants sont victimes d’insultes et de rumeurs sur le Net.

Cela me rappelle tous ces articles, ces reportages qui ont fleuri ces derniers temps sur le harcèlement à l’école et dans lesquels Facebook était mis en cause. Le harcèlement à l’école est une plaie dont les adultes, et notamment les enseignants, n’ont pas toujours pris la mesure. C’est en train de changer, et c’est tant mieux, car c’est d’une grande violence pour les enfants qui en sont les victimes. Quand j’étais présidente des parents d’élèves de l’école de mes filles, il est arrivé un cas assez terrible et qui aurait pu mal finir. Heureusement, l’enfant et ses parents ont eu la bonne réaction. Elle, en a parlé à ses paents. Eux sont venus nous voir, nous, les parents d’élèves. Et ce qu’ils nous ont raconté, ce que leur fille leur a raconté, nous a laissé sur le cul. Cette gamine de CM2 était totalement rejetée par les autres. Pas uniquement par sa classe. Par l’autre CM2 aussi. Les autres niveaux étaient également au courant de l’exclusion la concernant et avaient pour consigne de ne pas s’en mêler. C’est une autre gamine, qui, pour s’amuser, avait décrété la mise à l’écart. Et comme elle avait de l’ascendant, ses copains ont suivi. Puis l’effet a fait boule de neige. Personne n’avait le droit d’approcher la victime, de jouer avec elle, de la toucher. Il se disait que si on la touchait, on pouvait attraper le sida. Pendant un cours de sport, lors duquel les enfants devaient faire une ronde, ceux qui étaient à côté d’elle ont mis des gants, ou ont tiré sur leurs manches pour que leur peau n’entre pas en contact avec la sienne…
Ce manège a duré plusieurs semaines, au nez et à la barbe des enseignants. Par contre, ceux-ci, quand ils ont été alertés, ont réagi immédiatement et dans le bon sens. Le manège a cessé. Il y a eu de nombreuses discussion avec les élèves.
Une de mes filles a été elle aussi victime de harcèlement, parce qu’elle est différente de ses camarades. Heureusement, nous avons une relation de confiance, et elle m’a tout raconté très vite. Quand cela a commencé à aller trop loin, je suis intervenue. Là encore, les enseignants ont eu la bonne réaction. Et cela a cessé. Un temps. C’est revenu. Puis cela a cessé à nouveau. Les enfants sentent très vite quand un autre est laissé pour compte ou quand ce n’est pas le cas.
Par contre, ma fille n’a jamais été victime de harcèlement sur Internet. Tout simplement parce que les gamins qui l’emmerdent au collège ne font pas parti de ses contacts. Ça limite bien les choses. Dernièrement, une gamine avec laquelle elle a été en colonie, avec laquelle elle n’était pas particulièrement amie, mais qui avait insisté pour qu’elles soient en contact, lui a mal parlé. Elle l’a virée. A la différence de la vraie vie, sur Internet, on peut couper le sifflet à quelqu’un. On est obligé d’aller au collège, de retourner voir ses petits tortionnaires. Pas sur Internet.

On dit que le harcèlement scolaire serait démultiplié par Internet qui rendrait les choses encore plus dures. On parle aussi de ces enfants qui ont jusqu’à 300 contacts. Mais ce sont rarement les mêmes. Un enfant en but au harcèlement n’est pas un leader, pas quelqu’un de populaire. Il n’a pas 300 contacts. Il en a même assez peu, ce qui peut le protéger. Parfois, aussi, il espère intégrer LE groupe. Celui des ados normaux. Parce que quand on est un ado, le groupe, c’est la deuxième famille obligatoire pour pouvoir quitter la première. Alors peut-être est-il tenté de faire allégeance, d’établir le contact sur Facebook. C’est alors que ça peut dégénérer. Mais ce n’est pas plus terrible qu’en vrai. Parce qu’en vrai, c’est déjà terrible. C’est déjà insupportable.



"Les injures" : Campagne contre le harcèlement à l’école par LeNouvelObservateur

Le seul passage sur Facebook concernant cette video (et les deux autres de la série), c’est quand une petite pétasse publie la photo du gros sur Internet à partir de son téléphone portable. Peu crédible. Vous savez combien coûte un forfait avec Internet illimité et ce genre de téléphone ? Vous pensez que la majorité des enfants de collège ont les moyens d’avoir ce genre de portable ? Et puis pas besoin de réseau social pour transférer une photo. Les forfaits bloqués des ados ont la plupart du temps SMS et MMS illimités. Et ils savent s’en servir. Et c’est d’ailleurs par ce biais que se font les envois de photos gênantes et choquantes, les vidéos, qui ont été jusqu’aux tournantes filmées. Pas sur Facebook. Mais quoi…, on ne va pas interdire les téléphones quand même…

Pour en revenir à la campagne sur le harcèlement et à la très grande faute d’Internet, je me rappelle de nombreux lancements de reportages : « Une plaie, qui gagne les écoles, multipliée par Internet » Sur France 2 notamment, avec un lancement plutôt appuyé de Pujadas. Le reportage lui-même ? A croire que le présentateur ne l’avait pas regardé… Il montrait un garçon qui avait dû changer d’école parce que victime de harcèlement. Il y racontait ses souffrances, avec beaucoup de clairvoyance. Parlait-il d’Internet ? A aucun moment. Alors ?

Idem dans un supplément télé du Nouvel Observateur. L’article s’appelle L’Ecole sans foi ni loi. Et le chapeau dit : « Les réseaux sociaux ont envahi le quotidien des collégiens. Avec des conséquences parfois tragiques. » Il présente un documentaire qui s’appelle, lui, La Face cachée des cours de récréation et qui porte sur le harcèlement à l’école, « ce mal insidieux qui fait trembler l’Education nationale ». Et la journaliste d’écrire que l’école doit faire face « à un autre genre de harcèlement, aux effets ravageurs : les menaces sur Internet (…) Il est facile devant son ordinateur d’écrire tout et n’importe quoi. Les insultes fusent via les réseaux sociaux, où l’impunité est totale. Des groupes se forment contre une personne et s’acharnent. Le bouc émissaire est poursuivi à coup de chats méchants et grossiers qui fabriquent un monde sans foi ni loi où la réalité peut rattraper le virtuel ». Et de citer le cas d’une jeune fille qui s’est défenestrée à l’automne dernier, victime du harcèlement  de ses camarades à la suite « d’une altercation qui avait démarré, semble-t-il, sur Facebook ». C’est moi qui souligne le semble-t-il. Oui, cela a été dit au moment du décès de cette jeune fille. Est-ce que cela a été prouvé par la suite, corroboré par l’enquête ? Non, et c’est pour cela que la journaliste soit prendre une distance, avec ce “semble-t-il”.

Car à chaque fois qu’on veut démontrer l’effet néfaste des réseaux sociaux, on sort un cas qui n’a soit rien à voir, soit qui est tellement extrême qu’il n’est absolument pas exemplaire. Comme celui de cet adolescent américain qui s’est suicidé parce qu’un de ses « copains » avait mis sur le Net une video de lui ayant des rapports avec un autre garçon. Il était homo, et jusque là, personne ne le savait. Bien sûr que ces agissement sont répréhensibles. Sont-ils la majorité de l’espèce, sont-ils suffisamment courant pour qu’on doivent s’en alarmer. Eh bien je n’en sais rien. Parce que autant des enquêtes sérieuses ont été menées sur le harcèlement à l’école, par des chercheurs en sociologie par exemple, des psychologues, etc. Autant, ce n’est pas le cas pour les dangers que l’on impute à Internet en général, aux réseaux sociaux en particulier.

D’autant que – et ça le papier du Nouvel Obs télé le dit très clairement – s’il y a une recrudescence du harcèlement à l’école (il a toujours existé mais les chiffres de signalement explosent), il ne faut pas omettre les « coupes drastiques opérées dans ce service public depuis 2007 : quelque 66 000 postes de professeurs ont déjà été supprimés ; les effectifs du personnel surveillant sont à la baisse eux aussi. » Rien que dans le collège de mes filles, le nombre d’enfants accueilli a fait en quelques années un bon important, presque d’un quart de sa population d’origine. Si le nombre d’enseignant à, lui aussi, augmenté, mais pas dans les mêmes proportions, celui du personnel de surveillant est resté dramatiquement stable.

Le nombre d’articles et de reportage sur ce harcèlement auxquels serait mêlé ce pauvre Facebook est essentiellement dû à une campagne assez spectaculaire du ministère de l’Education nationale sur le thème. Les médias les plus importants ont été convoqués à une conférence de presse sur le thème. Certains confrères m’ont fait part de “l’insistance” de ce ministère pour que le sujet soit traité “avec le volet Internet” même si leurs propres enquêtes ne le mettait pas en valeur (et pour cause). Et quand le volet ne peut y être, on fait le lancement adéquat.

Toute cette agitation pour quoi faire ? Bon sang, mais c’est bien sûr, la campagne… électorale celle-ci. Il est sans doute important de faire savoir aux parents que l’Etat est inquiet pour leurs enfants et qu’ils s’occupe du problème. En paroles… Des paroles qui coûtent cher… Il en profite pour taper sur Internet, cet ennemi si facile, ce lieu de permissivité et de liberté insupportables. C’est pervers et pathétique. Parce que ce ne sont pas quelques spots à la télé, aussi bien fait soit-ils qui mettront fin au harcèlement à l’école. Ce sont des adultes formés à la question qui peuvent rester vigilant et prévenir. Oui, mais pour cela, faudrait arrêter de déplumer l’Education nationale de ses enseignants, de ses encadrants…

mercredi 17 novembre 2010

A Haïti, les gens meurent dans la rue

C’est un reportage photo de Julien Tack. Vu sur son compte FaceBook où il poste régulièrement ses reportages.
Julien connaît bien Haïti où il a fait de nombreux séjours.



Une petite fille dort, le visage baigné de lumière. Plus loin deux autres enfants se serrent l’un contre l’autre dans leur petit lit.
Et puis, zoom arrière, les photos embrassent la salle d‘un gymnase transformé en centre de soin. Des centaines de lits, de perfusions, de personnes dans la promiscuité la plus totale. Mais ceux-là, au moins, sont à l’abri.
Car, un peu plus loin, ça se dégrade. Des manifestants, dans la rue, avec des pierres, des coutelas. En face, la Minustah, les soldats de la mission pour la stabilisation en Haïti, accusée d’avoir amené avec elle le choléra. Les soldats tirent. Balles en caoutchouc. Les émeutes ont fait une vingtaine de blessés et deux morts. On voit un blessé. La photo en rappelle une autre.



Et puis des corps, étendus.
Mais ceux-là ne sont pas des manifestants.
Ce sont des morts.
Du choléra.
Là-bas, où il n’y a plus que des ruines, les gens meurent dans la rue…


lundi 18 octobre 2010

Les journalistes ne sont pas des Indiana Jones

Depuis le début des manifestations de l’automne, des vidéos ou des posts courent sur Facebook et twitter montrant ou décrivant des journalistes en train de se faire cogner dessus par les force de l’ordre. Dans la plupart des vidéos, les tabassés protestent arguant du fait d’être journaliste. Comment ? S’insurgent des blogueurs, les journalistes se prendraient-ils pour des sur citoyens ? Ainsi, dans un papier sur Elise Lucet et sa no réaction aux propos racistes de Jean-Pierre Guerlain, Pier-Alexis Vial – qui tient un blog par ailleurs souvent intéressant –, s’étonne, voire se scandalise :

il faut réécouter attentivement le début pour se rendre compte d’un autre “scandale” : l’un d’eux déclare “nous tapez pas dessus, on n’est pas comme les autres là”. Quels “autres”? J’ose espérer qu’il ne parlait pas des manifestants… Mais aussi : “J’ai pris des coups de matraque! Alors que je suis de la presse!!” s’égosille-t-il. Tiens donc. La carte de presse est une sorte de carte d’immunité. Le gars lambda peut s’en prendre, d’ailleurs ce serait bien pour faire un scoop encore une fois sur les violences policières, mais moi, le journaliste, me toucher est un crime de lèse-majesté? On est loin du journalisme d’investigation.



Allons donc, on serait un bon journaliste d’investigation parce qu’on accepterait de se faire taper dessus lors d’une manifestation que l’on couvre pour raison professionnelle ? Je trouve cela puéril. Je trouve que c’est avoir une idée puérile de notre profession. Nous ne sommes pas des Rouletabilles, ni des Indiana Jones (qui lui était archéologue d’ailleurs). Notre métier, ce n’est pas l’aventure dont nous accepterions les dangers avec le sourire. Nous ne sommes pas tous des reporters de guerre. Ceux-ci sont même une minorité. Notre métier, et également celui des reporters de guerre, c’est d’informer et un pays démocratique tel que le nôtre se doit de nous laisser travailler dans de bonnes conditions. Alors voilà ce que j’ai répondu à Pierre-Alexis Vial.

Je suis d’accord avec vos réactions sur la présentation et le travail d’Elise Lucet. Mais un peu moins pour la suite. Vous faites un amalgame entre des situations différentes qui sont autant de raccourcis agaçants voire dangereux.

Les “stars” de l’info ont été choisis parce qu’ils sont ce qu’ils sont. Qu’ils l’étaient déjà avant de devenir présentateurs de grand messe cathodique. L’attitude d’Elise Lucet est déplorable, non professionnelle, je le confirme, télé ou pas, mais… pas étonnante. Elle est toujours du côté du manche, si je puis dire. C’est elle qui dernièrement interrogeant un syndicaliste l’attaquait en disant : « Alors, vous organisez la pénurie. »

Le cas des photographes et journalistes qui se font tabasser lors de manifestation est très différent. Vous semblez trouver qu’ils ont un ego démesuré parce qu’ils ne se prennent pas pour des manifestants comme les autres. Mais ce ne sont pas des manifestants. Ils sont là pour leur boulot. Imaginez que des pompiers ou des infirmières ou des médecins, appelés sur les lieux pour faire leur métier, soient pris à parti par les forces de l’ordre et soient tabassés. Et gueulent : “Nous tapez pas dessus, on n’est pas comme les autres là.” Vous n’auriez sans doute pas de mots assez durs pour condamner ces incidents.

En France, les journalistes sont censés pouvoir travailler normalement, sans se faire taper dessus, parce que la France est un pays démocratique. Faire un rapprochement avec les journalistes qui prennent des risques dans des pays en guerre ou dictatoriaux est indécent. Indécent pour les journalistes, indécent pour notre pays. Je sais que nombreux sont ceux qui pensent que les libertés essentielles sont grignotées par le pouvoir en place. J’en fais parti. Mais pas au point de penser qu’il est devenu dangereux, ici, chez nous, dans notre pays, d’exercer son métier quand on est journaliste.

J’ai découvert avec plaisir que je n’étais pas la seule à être choquée par de tels amalgames. Aliocha, lui réagissait aux propos d’un autre blogueur (cité par Pier-Alexis Vial) repris par Marianne2. Comme Pier-Alexis Vial aurait aimé qu’Elise Lucet réagisse aux propos de Guerlain, j’aurais apprécié que Marianne2, qui ne peut pas ne pas avoir une idée sur la question, réagisse aux propos reproduits. 

samedi 14 août 2010

Vendredi 13

Aujourd’hui, j’ai commencé par relire le jugement de divorce. Attentivement, page par page. Pour bien en comprendre tous les ressorts. Puis, histoire de me changer les idées, comme je n’arrivais pas à avoir l’avocate (je lui ai laissé deux messages et un SMS), je suis descendue dans le jardin et j’ai commencé à arracher les mauvaises herbes. Les enfants de mes nouveaux voisins piaillaient à l’étage. Je n’ai rien à dire. Quand les miennes s’étripent, c’est encore plus bruyant.
J’ai réveillé Lou et ensemble nous avons pris notre petit déjeuner sur la terrasse. Puis j’ai recommencé le cycle des lessives et des séchages. Ensuite, j’ai emmené Lou chez le médecin à cause de son genou. Elle a une tendinite sous rotulienne due à sa croissance et à son sport. Elle doit y aller mollo. Surtout que la prochaine grosse compétition est le 16 octobre.
Ensuite, nous avons été faire des courses, pour acheter tout ce qui manquait aux filles pour le départ en colo. Plus elles grandissent, et plus il me manque des choses. L’ordre de passation n’est pas toujours respecté. Garance chausse plus grand que sa sœur ainée par exemple. Elle fait ma pointure. A 12 ans. Elle est en avance. J’espère qu’elle va s’arrêter là…
Nous sommes passées près d’une animalerie où l’on vendait des chatons. Nous nous sommes arrêtées. Et nous sommes ressorti… sans boule de poil. Mais l’une d’elle nous est réservée. Je la récupère la semaine prochaine. Le prochain chat de Lou s’appellera Jeudi. Pour conjurer le sort. Car Charlot et Pline sont morts tous les deux un jeudi… Rien que d’écrire cette phrase, j’ai le cœur qui fond.
Puis j’ai discuté avec des amies au téléphone. Il s’avère que le délai pour faire appel à un jugement de divorce n’est que d’un mois. Le jugement a été rendu le 1er juin. Donc je l’ai dans l’os. Sauf que le délai d’appel partirai du moment où la personne intéressée a eu connaissance du jugement. Je vais voir si cette voie est exploitable.
J’hésite entre l’abattement, la colère. Je me trouve exactement dans le même état d’esprit quand j’ai dû quitter la maison sous la menace qu’on m’enlèverait les enfants. Certes, la situation est moins grave. Mais c’est la sensation que j’ai. Le mal au creux des côtes. Mon cou est à nouveau bloqué. Dur comme de la pierre. Je serre les dents; Tout ce qui ne me détruit pas me rend plus forte. C’est à espérer. Parce qu’entre le refus de ma VAE avant les vacances et ce jugement de divorce, la mort du chat, j’ai un peu l’impression que quelqu’un s’acharne.
Il faut que je reprenne très vite du poil de la bête. Lou rentre au lycée cette année. Garance en 6e. Deux rentrées que je ne peux pas louper.

Lou est dans mon lit. Elle pleure à nouveau. Puis elle s’endort. Une fois de plus, elle ne veut plus dormir toute seule.

Dis, le destin, tu pourrais pas nous lâcher un peu ?

PS : le jugement me condamne à verser une prestation compensatoire à mon ex de 15000 euros. Parce que comme il ne travaillait pas, je le maintenais dans une situation anxyogène de dépendance. Ben voyons ! La preuve (dixit le jugement), j’ai fait état de ce choix de vie dans l’émission « C’est mon choix » (émission à laquelle je n’ai JAMAIS participé, non mais vous m’imaginer à “c’est mon choix“ ?).
Le fait que lui n’a fait aucun effort pour apprendre à parler correctement le français, ni pour trouver du travail. Que la plupart des petits boulots qu’il exerçait, c’était moi qui les lui avait trouvés. Le fait qu’il ai dépensé l’argent du ménage à jouer au tiercé (entre 500 et 1200 euros par mois). Le fait que, contrairement à ce que dit le jugement, j’ai sacrifié ma carrière pour ma famille (ne jamais faire cette erreur, on vous le fait payer au centuple). Le fait qu’il ne se soit pas occupé des enfants dans les dernières années, le fait qu’il ait été violent avec les enfants et que c’est cette violence même qui m’a obligée à fuir la maison car on me menaçait de placer les enfants. Ces faits là sont mentionnés. Mais n’ont pas fait la balance.

samedi 3 juillet 2010

Déception

(Lire : j’ai les boules grave, tellement les boules que ça ne se peut pas).

l’année dernière, j’avais annoncé que j’allais reprendre mes études. Pas pour faire joli sur mon CV, mais parce que cela m’intéressait, et parce que j’en avais besoin. Je racontais que mes relations avec l’université avaient toujours été tumultueuses. Eh bien vingt-ans plus tard, ça n’a pas changé.

L’an passé, j’ai demandé une validation des acquis pédagogiques pour entrer en Master de socio. Cela m’a été refusé parce que je n’avais pas de connaissance en socio. Ce qui est vrai. J’ai fait des études de langue et d’histoire. Mais on m’a expliqué que j’avais fait la mauvaise démarche puisque. En fait, c’est une validation des acquis de l’expérience (VAE) que j’aurais dû demander. Qu’à cela ne tienne, j’ai reconstitué ma carrière et la totalité de mes expériences personnelles (association, engagement syndical, etc.) J’y ai passé des heures. J’ai déposé mon dossier début juin. Le résultat vient de me parvenir. Il est le même que l’an passé. Manque de connaissances en socio. Avec le petit plus qui tue : manque de compréhension sociologique. Je précise tout de même que je n’ai rencontré personne de cette commission. J’ai par contre rencontré un enseignant de la fac de socio, avec qui j’ai discuté du sujet de master que j’envisageais, qui l’a validé et a même eu l’heur de le trouver intéressant.

Mais on n’entre pas comme cela dans ce monde… et ma patte n’était sans doute pas assez blanche.

J’ai l’été pour rebondir et chercher une autre solution, une année pour arriver à intégrer un département. Ces conneries m’auront fait perdre trois ans. Il m’en restera trois autres pour décrocher un Master 2 et commencer une thèse, ce qui va faire très juste. Sinon, dans quatre ans, je suis au chômage. A 55 ans. Une perspective tout à fait idéale pour passer des vacances sereines. En même temps, si ma vie était simple, je le saurais…  J’aurais moins de bouquins à lire et donc a emmener, c’est toujours ça de pris…

Je suis fatiguée, écœurée. Mais on va vite se reprendre et dire la phrase magique : ce qui ne me tue pas me renforce.

C’est fou ce que je dois être forte…

samedi 5 juin 2010

Le DR nuit gravement à la santé

Qu’est-ce que le DR. Un acronyme qui signifie Droits réservés. Quand un journal publie une photo dont il ne connaît pas l’auteur, il inscrit en crédit : DR. Si le photographe se fait connaître, il epeut ainsi entrer dans ses droits.

Sauf que

de plus en plus nombreuses sont les publications qui, en créditant les clichés DR, feignent de ne pas connaître le nom du photographe et ainsi évitent de le payer.

Le DR qui était un outil de préservation des droits est devenu un moyen de les supprimer.

Il faut signer les photos du nom de leurs auteurs. Il faut respecter le droit d’auteur des photographes et les payer en conséquence. C’est la condition sine qua none pour avoir un journalisme de qualité en images. L’info a un coût. Si vous voulez une info de qualité, toutes les personnes qui produisent cette info doivent être rémunérés à leur juste valeur.


jeudi 28 janvier 2010

Je m'suis fait timbrer

Dans le période de course contre la montre (un peu comme ces derniers jours), quand je n’ai pas le temps de passer au guichet, il m’arrive de commander des timbres sur Internet. A La Poste, service public.

Il y a quelque temps, j’ai découvert qu’on pouvait commander des timbres, tout à fait valable, fabriqués à partir de photos personnelles. J’ai trouvé l’idée amusante, j’en ai donc fait faire trois planches. Pas de ma tronche ni de celles de mes gamines, non, de jolies photos pour faire de beaux timbres. Et j’ai payé sans plus faire attention. Etant arrivée à bout de mon stock, j’ai renouvelé l’opération. Je viens de recevoir les nouvelles planches. Bon, l’impression n’est pas terrible, nettement moins bonne que la fois précédente. Disons qu’avec mon imprimante, je pourrais faire mieux et elle n’est pas de la dernière génération loin s’en faut, elle a à peu près l’âge de Léone (comme quoi, elle est solide).

Bref, je reçois mes timbres, je les montre aux filles et là, je regarde la facture d’un peu plus près. Les planches en sont tombées. Pour 30 timbres pour lesquels je fournis la photo, je fais la mise en page via Internet, etc., 35,99 euros. Pour 30 timbres édités par La Poste, j’aurais payé 16,80 euros, soit plus de moitié moins. Si ce n’est pas un appel au piratage, ça (surtout que ce n’est pas difficile à faire avec les nouveaux logiciels et vu la qualité merdique de ce qui est proposé)…

 La Poste est définitivement passé du côté obscur de la force. Quand à moi, je jurais, mais un peu tard, qu’on ne m’y reprendrait plus.

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