Racontars

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dimanche 12 septembre 2010

Le jeu : lettre de non motivation

Septembre, la rentrée. Nous avons tous repris le chemin du travail avec plus ou moins de bonheur. Il est de bon ton d’être motivé, de prendre de bonnes résolutions. Oui, mais… si ce n’était pas si simple. Si un arrière-goût de vacances nous donnait une vague idée de tout envoyer promener.

Il y en a un (il n’est sans doute pas le seul, mais c’est de celui-là que je veux parler) qui a décidé de prendre les chemins de traverse. Zoé Varier, présentant le numéro de « Nous autres » qu’elle a réalisé à son sujet le présentait ainsi :

« Ne l’embauchez surtout pas, il n’est pas dynamique, il n’a pas envie de réussir, il n’est pas ambitieux. En plus il ne désire pas faire carrière. Au contraire.

C’est un doux dingue, un drôle de zozo, un artiste, ce gars là. Depuis 8 ans il joue à un drôle de petit jeu. Un jeu de massacre, jubilatoire et féroce. Et peut-être pas si drôle que ça à la fin.

Fatigué d’écrire de lettres de motivation pour trouver du travail qu’on lui refusait à chaque fois, Julien Prévieux a décidé de se venger. Il s’est mis à refuser tous les emplois. Finie l’hypocrisie de la lettre de motivation, finis les contorsions pour être conforme au poste et avoir le profil, finis les mensonges, Julien Prévieux a décidé de renverser le jeu, il répond aux offres d’emplois des lettres de non-motivation.

Il s’amuse, il refuse, les salaires trop bas, les horaires décalés, le travail de nuit, les slogans ineptes des entreprises, on rit beaucoup, on rit jaune. Il s’invente des personnages, toujours francs du collier qui écrivent ce qu’ils pensent, inadaptés à la langue et aux exigences de l’entreprise. Julien Prévieux s’invente des vies, on éclate de rire, il se déguise et ça révèle l’absurdité de ce jeu de dupes.

Depuis 8 ans Julien Prévieux a écrit plus de 1000 lettres de non-motivation, dans chacune d’elles il multiplie les arguments de son refus, et l’accumulation dessine en creux une vraie critique de l’organisation du travail et de sa violence. »

Voilà, le jeu c’est cela : écrire une lettre de non motivation à une entreprise pour qu’elle ne vous embauche pas. Une douce vengeance, une sorte de travail buissonnier. Mais il faut que ce soit une vraie lettre (même si elle ne sera jamais envoyée), qui propose de vrais arguments. Il vous faudra vous renseigner un minimum sur l’entreprise, le poste auquel vous n’allez pas candidater. Je vous avais demandé le nom d’une entreprises. Si vous y avez pensé, c’est que, forcément, d’une certaine manière, cette entreprise-là vous titille. Mais ne vous sentez pas obligés si cela vous paraît trop difficile. Vous pouvez changer, c’était une sorte de teasing, pour vous apâter.

Vous pouvez aussi traquer la proposition d’emploi publiée dans la presse pour vous inspirer. Vous pouvez aussi, si une entreprise particulière vous démange mais que vous êtes trop proche d’elle, lui donner un autre nom. Juste, vous me le précisez.

Parce qu’il faut donner une date butoir, vous avez jusqu’au 20 septembre. Mais bon, vous n’êtes pas mes étudiants, je ne serai pas à cheval sur la date. Les lettres seront publiées dans ma salle de jeux.

Julien Prévieux a publié un livre qui est consultable en ligne gratuitement.

vendredi 10 septembre 2010

Un nouveau jeu ?

Hier soir, j’étais dans mon bain et je me disais que j’avais envie de lancer un jeu sur le blog. Oui, mais qu’est-ce que j’allais pouvoir trouver ? » Je n’avais pas envie d’un diptyque. J’en referai, c’est sûr, mais pas tout de suite. Un jeu des couverture de CD ne m’enchantait guère plus. Je ne voulais pas un jeu des trouvaille, mais d’écriture. Pour les mêmes raisons je repoussais Les confitures (mais cela ne m’empêchera pas d’en organiser un prochainement, c’est l’affaire de quelques jours).

Et puis je me suis souvenue d’une interview de Zoé Varier dans « Nousautres », une émission que j’apprécie vraiment, une des rares rescapées de l’hécatombe Valesque, une qui fait que je reste encore, un peu, fidèle à Inter (que je n’arrive plus à écouter ni le matin ni le soir…, un peu le WE et dans l’après-midi et encore, pas longtemps). Bref, j’ai eu une idée. Qui m’a fait rire. Je ne sais pas si c’est faisable. Mais on va voir. Je vous en redonne des nouvelles dans quelques jours.

En attendant, et pour l’intérêt du jeu, citez moi chacun un nom d’entreprise. Si elle n’est pas connue, donnez quelques éléments descriptifs (type d’activités, etc.)

mardi 8 juin 2010

Histoire boiteuse

Franck avait tout pour être heureux : une très bonne situation, une belle maison, deux voitures, une moto, des amis qui aimaient faire la fête et une très jolie fiancée, très très jolie, Amanda. Le matin, quand il se regardait dans le miroir de la salle de bains, il voyait un beau gars d’une trentaine d’année, bien dans sa peau, à qui le bonheur allait comme un gant… Il se souriait, satisfait. Oui, c’est sûr, Franck était content de vivre.

Ce jour-là, justement, il avait invité la plupart de ses amis. Passer l’après-midi au bord de sa piscine, se faire un barbecue géant le soir puis regarder sur écran géant dernier cri le premier match des Français en coupe du Monde. Un programme simple, comme il les aimait. Surtout pas de prise de tête. Pourquoi s’en faire, vraiment ?

Les copains commencèrent à arriver au milieu de l’après-midi. Le jardin retentit bientôt des ploufs de la piscine, des rires, des cris. Le décapsuleur fonctionnait à plein régime. Il allait y avoir de la viande saoule le soir-même. Franck, allongé sur sa chaise longue, rigolait avec Pierre, un copain de fac. Amanda vint le rejoindre, mais comme il ne s’occupait pas d’elle, elle haussa les épaules, qu’elle avait ravissantes, et alla s’installer plus loin. Elle avait l’habitude de ces journées de mecs et menait sa barque tranquillement. Elle en profitait pour inviter ses propres copines, voire ses propres copains. Avec la bénédiction de Franck

Ce qu’il fallait savoir, c’est que, si son compagnon aimait faire la fête, c’était également un gros bosseur. Amanda passait souvent des soirées en solitaire. Enfin, en solitaire… Tiens, d’ailleurs, aujourd’hui, elle avait invité le nouveau voisin, un joli brun aux yeux bleus. Une vraie gravure de mode. Elle lui lançait des œillades de temps à autre et il ne semblait pas insensible. Elle sourit, langoureuse.

Au bout de dix minutes de ce manège, elle se leva lentement, très lentement et se dirigea vers la maison en ondulant des hanches. Arrivée à sa hauteur, elle ralentit le pas et lui planta un sourire que l’autre comprit parfaitement. Il posa son verre et la suivit à l’intérieur.

Autour de la piscine, l’ambiance se fit morose. Comme si d’un coup, on avait éteint la lumière. Certains des hommes présents arboraient des mines dépitées. Même Pierre, toujours en grande conversation avec Franck, s’assombrit. Quand Amanda était venue s’installer près d’eux, il avait bien cru qu’il serait l’élu du jour. Mais à cause de cet idiot qui ne voyait rien à rien, et surtout pas quelle perle il tenait, elle était parti papillonner ailleurs. Putain, la dernière fois qu’il l’avait approchée, ça remontait à quand ?… C’était  pour elle qu’il avait renoué avec Franck avec qui il n’était pas si proche le temps de leurs études, c’était pour elle qui abandonnait femme et enfants régulièrement le week-end pour participer à ces barbecues-football alors qu’il n’aimait ni les merguez ni le foot.
– Oh, Pierre ! tu m’écoutes ?
– Pardon ? Excuse-moi, je réfléchissais.
– Arrête ! Tu vas te faire mal à la tête. On n’est pas heureux, ici ?

Pierre se retint de lui dire tout ce qu’il avait sur le cœur : « Mais pauvre con ! qu’est-ce que tu crois qu’elle est ta vie. Ta copine te trompes avec tous tes amis, et même avec tes voisins. Tout le monde se fout de ta gueule. Et toi, t’es là, à picoler de la bière et à parler foot… » Mais il regarda son copain et renonça. Car Franck était peut-être un peu couillon, mais il avait le cœur sur la main. C’était un homme heureux de vivre et qui n’avait qu’un but : partager un peu de son bonheur avec les autres. Il en partageait même un peu trop. Mais n’avait pas l’air de s’en soucier. C’était Franck, ça ne servirait à rien de lui faire mal.

Pierre soupira et leva la tête. Amanda était redescendue dans l’arène. Mais de l’endroit où il était assis, il ne voyait que son pied, beau. Ce pied, qui l’avait rendu fou. Il soupira à nouveau, se leva et piqua une tête dans la piscine.



Ceci est ma participation à la session 5 qui clôt le 5e diptyque. Ce n’est pas parce qu’on choisi une photo, qu’il est facile d’en inventer l’histoire.

Photo prise par moi-même.



mardi 1 juin 2010

Diptyque 5.5 toutes les bonnes choses ont une fin

La session précédente a été intéressante et riche. Son récapitulatif est ici. Gageons que la dernière de cette saison soit une apothéose.

1. Le texte à illustrer est de la précieuse Traou et il est de saison. Enfin, on l’espère… A vous de développer toute votre sensibilité artistique pour l’habiller : video, dessins, photos, etc.

1. Un pique-nique de campagne, une couverture écossaise sur laquelle les grandes font semblant de dormir, rient des galipettes de la plus petite qui refuse de s’allonger, suce son pouce et rit aux éclats dans le cou de sa maman, ravie d’être rebelle. Derrière la caméra 8 millimètres, mon père, fantôme des films, omniprésent et invisible.

2. La photo dont il faut inventer l’histoire. Une photo de saison également. C’est une des miennes.


Travaillez bien, je relève les copies lundi prochain


lundi 31 mai 2010

Le verre cassé

Nous étions dans ce petit bar du barrio chino barcelonais, celui d’avant la reconstruction et des jeux Olympique. Un petit bar de rien du tout, entièrement rouge, dont le décor n’avait pas bougé depuis une vingtaine d’année, quand le patron avait cassé sa pipe. Des vieilles bouteilles pleines de poussières, des tableaux copiant Toulouse Lautrec, un vieux gramophone et une bande sonore qui passait du Piaf à longueur de soirée. La petite vieille, derrière le comptoir, servait des pastis et un vin de sa fabrication qui auraient rendu alcoolique un mormon pratiquant tant ils étaient bons.

C’était un tout petit bar, avec quelques tables seulement, nous nous pressions près du comptoir ou, aux beaux jours, nous sortions avec nos verres dehors et ne rentrions que pour les remplir à nouveaux. Nous étions jeunes, nous étions beaux, et nous étions des borrachos. Et la patronne nous rabrouait trop impatients que nous étions d’être servis.

C’était un tout petit bar où nous allions souvent, nous les étudiants de la faculté de droit.

C’était un tout petit bar et nous étions des étudiants, insouciants, aimant boire, rire, chanter et courir les jolies filles. Et la patronne, derrière sa grande gueule cachait un bon cœur.

C’était un tout petit bar au murs rouge sang.

Un soir, il est entré comme ça. On ne l’avait jamais vu avant. Il est arrivé, sans prévenir. Juste, il était là. Il s’est installé dans un coin de la salle, l’air accablé, comme abasourdi, les yeux pleins de fièvre. De la mauvaise fièvre, celle de la jalousie, du doute et du malheur. Il pleurait silencieusement, mais sans s’arrêter. Il pleurait comme un fou. Il pleurait, comme un gosse désespéré, une ingrate qui l’avait abandonné.

Un soir, il est entré en pleurant. Nous ne l’avions jamais vu avant. Il s’est assis les yeux pleins de fièvre, accablé et abasourdi par son malheur. Il pleurait sans pouvoir se retenir, sans pouvoir s’arrêter, sans pouvoir… Il pleurait la tête dans ses bras, posés sur la table, son chapeau de cow boy de travers. Il pleurait une ingrate qui s’était fait la belle.

Un soir il est entré et il s’est assis à la table du fond, les yeux emplis de chagrin et il a commandé un verre que la patronne lui a servi sans rien dire. Puis un autre, puis un autre. Il pleurait comme seuls les fous de malheur peuvent le faire. Alors, lassée de faire l’aller retour ou émue par sa détresse, elle lui a laissé la bouteille.

Avec lui, il n’était pas seul, un autre homme, à peu près du même âge. Qui le tenait par l’épaule. Et tentait de le raisonner. Arrête de boire, lui disait-il. Arrête de boire. Tu es déjà plein comme une outre. Arrête, ça suffit, ça ne la fera pas revenir. Elle s’en fout, elle est partie.

Avec lui, un compagnon, sans doute le meilleur,qui savait tout de lui, de son malheur, qui tentait de retenir ses gestes, ses pleurs, ses verres. Tu ne guériras rien avec des larmes, ni avec des cris, ni avec du vin. Elle est partie,

Avec lui un compagnon, arrête, reprends-toi. Crois-tu que te saouler à mort changera quelque chose ? Crois-tu que le vin te la fera oublier. Mais idiot que tu es regarde-toi ! Au contraire, il avive ta douleur  et ton cœur se souvient d’elle encore plus fort. Ami, je t’en conjure, cesse de gémir, chasse-la de tes pensée.

Avec lui un compagnon que d’un geste brusque il écarta en se levant. Il saisit son verre en hurlant et le mordit avec férocité. Le silence s’était fait dans la salle, nous regardions tous sa bouche en sang, le verre de vin, et le malheur dans ses yeux.

Il saisit son verre et le mordit sauvagement, le cassant d’un coup de mâchoire rageur. Le sang giclait, se mélangeant au vin et nous étions là, muets d’horreur et de peine à le regarder, à voir ses yeux fous, et nous n’osions pas bouger.

Le sang giclait et nous n’osions plus bouger.

Alors, il s’est tourné vers nous, et dans un rictus, il a hurlé

Amis, n’ayez pas peur. Oui ! je me suis coupé les lèvres, mais c’est pour effacer la trace des baisers que m’a donné cette traitresse.

Amis, n’ayez pas peur. Oui ! je déchire ma bouche, je veux tout gommer d’elle jusqu’au souvenir de ses lèvres sur les miennes,
Amis, n’ayez pas peur.

Patronne, sers-moi le vin dans ce verre cassé, sers-moi, parce que je souffre
Patronne, sers-moi encore du vin, parce que cette obsession me détruit et que je veux l’oublier
Patronne, sers-moi encore de ce vin. Je veux boire dans cette coupe cassée
Patronne, sers-moi, je veux saigner, goutte à goutte, le venin de cet amour maudit !



Aturdido y abrumado, por la duda de los celos
se ve triste en la cantina a un borracho ya sin fe
con los nervios destrozados y llorando sin remedio
como un loco atormentado por la ingrata que se fue.

Se ve siempre acompañado del mejor de los amigos
que le acompaña y le dice ya esta bueno de licor,
nada remedia con llanto, nada remedia con vino
al contrario, la recuerda mucho mas tu corazón.

Una noche como un loco, mordió la copa de vino
y le hizo un cortante filo, que su boca destrozo
y la sangre que brotaba, confundiose con el vino
y en la cantina este grito a todos estremeció.

No se apure compañero si me destrozo la boca
no se apure que es que quiero con el filo de esta copa
borrar la huella de un beso, traicionero que me dio.

Mozo, sírveme, la copa rota
sírveme que me destroza, esta fiebre de obsesión.
Mozo, sírvame, la copa rota
quiero sangrar gota a gota, el veneno de su amor.

Il y a des versions meilleures de cette chanson. Notamment celle d’un ami maintenant décédé qui s’appelait Agustin Peiro, mais que je n’ai pas retrouvée. Je pense très fort à lui et je lui dédie ce texte.

Ceci est ma participation au Diptyque 5.4, l’illustration de la photo de Michel Clair

jeudi 27 mai 2010

Jardinons un minimum

Depuis que je vis à Tours, j’ai un jardinet, un jardin de none dit un ami. Et il me convient très bien car j’ai un minimum de choses à y faire. Reste un gros point noir. Une espèce d’allée centrale anciennement encailloutée dont les graviers se sont mélangés à la terre. C’est devenu n’importe quoi. J’aurais aimé y mettre des galets qui laisseraient pousser l’herbe entre leurs jointures imparfaites. Mais on ne trouve pas des galets sous le sabots d’un cheval par ici. Nous avons donc commencé par l’herbe. Ainsi, Garance a semé les graines hier après avoir consciencieusement bêcher le sol.

Tout ce travail parce que nous aimerions faire comme Samantdi

Dans mon jardinvague, il n’y a rien de tout cela : la terre est basse et l’herbe pousse à une vitesse folle. Et puis, je vais vous dire un secret : je crois bien que je n’aime pas jardiner ! C’est fatigant et pas aussi drôle que dans mes souvenirs d’enfant.
Ce que j’aime surtout, c’est m’amuser dans mon jardin, me coucher dans l’herbe, regarder les coquelicots et les boutons d’or pousser dans les herbes hautes et m’imaginer des histoires le nez au ras des taupinières.
Vues de là, Nini et Minette sont de gros félins et nous sommes des aventurières dans la jungle.

Au jardin, je ne suis plus du tout sûre d’être devenue une adulte.

Ceci est bien entendu ma participation au diptyque 5.4, l’illustration du texte de Samantdi ci-dessus.

mercredi 26 mai 2010

5.4 Un jardin et un cow boy fatigué

Bon, on se détend, on reprend du poil de la bête et on repart. C’est vrai, j’ai failli abandonner la semaine dernière. Mais je ne suis pas de celle qui rendent leur tablier comme ça. Alors, êtes-vous prêts ? Voici de quoi il retourne.

1. le texte à illustrer est extrait d’un billet de Samantdi (eh oui, on reste du coté de Toulouse). Elle a depuis peu un jardin mais ne se découvre pas pour autant la main verte…

Dans mon jardinvague, il n’y a rien de tout cela : la terre est basse et l’herbe pousse à une vitesse folle. Et puis, je vais vous dire un secret : je crois bien que je n’aime pas jardiner ! C’est fatigant et pas aussi drôle que dans mes souvenirs d’enfant.
Ce que j’aime surtout, c’est m’amuser dans mon jardin, me coucher dans l’herbe, regarder les coquelicots et les boutons d’or pousser dans les herbes hautes et m’imaginer des histoires le nez au ras des taupinières.
Vues de là, Nini et Minette sont de gros félins et nous sommes des aventurières dans la jungle.

Au jardin, je ne suis plus du tout sûre d’être devenue une adulte.

Un bout de jardin et laissez libre cours à votre fantaisie : photo, video, dessin, etc.

2. La photo dont il faut inventer l’histoire a été prise par Michel Clair qui nous avais déjà prêter une de ses photos, celle des draps noirs…

mardi 25 mai 2010

Le 5.3, c'est fini…

Ouf, ça n’a pas été sans mal. Surtout me concernant. Je n’ai écrit l’histoire de la photo de Bladsurb que cette nuit et n’ai construit l’illustration du texte de Brol que tout à l’heure, soit bien en retard.

Or donc, cette semaine, les participations sont

1. L’histoire de la photo


Rencontre, par Akynou

Vicky, par Lyjazz

Le temps des cerises par Nawal

Empoisonnement hebdomadaire, par Bladsurb

Révélations par Anna

Bronca chez les Banderas, par Julio

L’enquête progresse, par K

2. Illustrer le texte

Ado, je n’ai jamais eu de mobylette, scooter ou moto. Je n’ai pas le permis mais ai possédé pendant quelques années une voiture. Je sais, c’est débile.

Bref, la vitesse ne m’a jamais fait bander

brol

La vitesse de mes transports, par Bladsurb
How Do You Stop, par K
Diptyque, par Nawal
Crossboarder, par Lyjazz
Brol, par Akynou


Brol, par Akynou

Ado, je n’ai jamais eu de mobylette, scooter ou moto. 

Manif de motards

Je n’ai pas le permis mais ai possédé
pendant quelques années une voiture.

Signes extérieurs de richesse

Je sais, c’est débile.

Une journée parisienne de akynou

Bref, la vitesse ne m’a jamais fait bander

Ceci est ma participation au dyptique 5.3 version : illustrer le texte qui est cette semaine de Brol

Rencontre

J’avais donné rendez-vous à Valérie dans un bar chic de la rue des Abbesses. Elle apprécie  cet endroit au confort bourgeois revendiqué et qui se situe pas très loin de son bureau. Avantage non négligeable quand on sait que Valérie travaille comme une damnée et est, du coup, régulièrement en retard à ses rendez-vous. Y compris avec moi. Mais je suis philosophe.

D’ailleurs, elle venait de m’appeler pour me dire qu’elle ne pourrait me rejoindre avant une bonne demi-heure, à cause de Jean-Denis qui avait oublié de mettre les visuels pour la prochaine campagne dans les bonnes chemises et elle devait tout vérifier pour le lendemain.
– Cela ne t’embête pas chéri, m’avait-elle sussuré à l’oreille.
– Non, mon amour, absolument pas. Mais ne tarde pas trop tout de même…

Elle eut un rire de gorge qui me promit qu’elle saurait se faire pardonner. Je raccrochais, restait un instant songeur avant de commander un picpoul de pinay. J’aime assez ce petit blanc sec et frais quand il fait chaud et un peu lourd, comme ce jour-là. J’allais sortir un livre quand mon regard tomba sur une femme assise quasi en face de moi. Elle avait une cinquantaine d’année, peut-être un peu moins. Rousse, un peu ronde, elle tournait lentement le doigt autour de son verre, l’air ailleurs. Puis elle redressa la tête, sourit avec ravissement, se leva et fit mine de serrer la main de quelqu’un. Il n’y avait pourtant personne. Elle se rassit et commença son monologue d’une voix joyeuse.

– Bonjour, vous êtes Frédéric, n’est-ce pas ? Vous ressemblez beaucoup à votre photo.
– Agréablement j’espère.
– Plus jeune, vraiment ?…
– Sans doute…, vous savez,  j’ai tellement peur de ne pas plaire que je donne en fait une photo de maman dans la soixantaine. il parait que nous nous ressemblons beaucoup. Si les hommes veulent malgré tout me rencontrer, j’espère leur faire une agréable surprise. Dix ans de moins, c’est un beau cadeau du temps.

Entre chacune de ses phrases, elle laissait un blanc, semblait écouter une réponse avec attention et repartait de plus belle. Toujours attentive à l’autre, qui n’existait pas, toujours souriante. Soudain, elle éclata d’un rire gai et léger, qui cascadait, sans même se rendre compte qu’en dehors de son interlocuteur invisible, tout le monde la regardait.

– Mon Dieu, quel taquin vous faites, affirma-t-elle en reprenant son souffle. Elle replaça une mèche qui lui tombait dans l’œil, lissa ses cheveux d’une main distraite, toujours absorbée par la conversation de l’autre, qu’elle relançait de temps à autre par des petits mots : ha oui ?… Mon Dieu !… Je ne vous crois pas… D’accord… je comprends… et alors ?…

Au bout d’un quart d’heure de ce manège, elle finit par dire
– Dîner ? Oui, bonne idée, je meurs de faim. Vous connaissez un restaurant dans le quartier ? … Sinon, il y a une petite brasserie juste à côté, on y mange très bien et pour des prix tout à fait convenables… Très bien, faisons ainsi.

Elle se leva alors, défroissant sa jupe du plat de la main et se retournant pour attraper son manteau. Puis elle regarda sa montre et se rassit. Elle ouvrit son sac, en sortit un poudrier et un rouge à lèvres, retoucha son maquillage. Puis elle rangea le tout et murmura : « Ça devrait aller. »

A ce moment, un homme grand et élégant se présenta à elle. Elle sourit avec ravissement, se leva et lui serra la main. Elle se rassit et entama la conversation d’une voix joyeuse.

– Vous êtes Frédéric, n’est-ce pas ? Vous ressemblez beaucoup à votre photo.
– Et vous Mathilde, vous ne lui ressemblez pas vraiment… Je suis surpris…
– Agréablement j’espère.
– Vous êtes tellement plus jeune que sur votre phot…
– Plus jeune, vraiment ?…
– Ne vous méprenez pas, ce n’est pas une critique, bien au contraire.
– Sans doute…, vous savez, j’ai tellement peur de ne pas plaire que je donne en fait une photo de maman dans la soixantaine. Si les hommes veulent malgré tout me rencontrer, j’espère leur faire une agréable surprise. Dix ans de moins, c’est un beau cadeau du temps.

Elle enchaînait les phrases les unes après les autres exactement telles qu’elle les avait répétées, je le comprenais maintenant. Mais comment avait-elle su ? Comment avait-elle pu anticiper ainsi ? Par quelle miracle ? J’en était estomaqué.

Au bout d’un quart d’heure, elle se leva avec son compagnon, lissa sa jupe du plat de la main et se retourna pour prendre son manteau. Puis elle sortit, ne laissant derrière elle que son verre de martini vide, une rondelle d’orange et des noyaux d’olive sur une coupelle…

Ceci est ma participation au Diptyque 5.3, l’histoire de la photo de Bladsurb

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