Racontars

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jeudi 16 août 2012

L'attaque des puces ninjas

Cet hiver, nous avons été une première fois envahies par les puces. J’ai acheté des bombes fumigènes en pharmacie. On les places dans les pièces à traiter, on fiche le camp pendant deux heures (quatre pour nous histoire d’être sûres) et on revient compter les morts. Enfin, on l’espère. Car il faut croire que chez cette espèce, les morts ressuscitent. Quelques jours plus tard, l’invasion avait repris de plus belle. Re-pharmacie, re-traitement, une vague de froid bienvenue et nous avons été tranquille quelques mois. Il ne me restait plus qu’à traiter le chien qui continuait à se gratter furieusement, à s’arracher les poils et la peau. Le pauvre est violemment allergique aux morsures des sales petites voraces et développe un eczéma de très mauvais aloi. Rendez-vous chez le vétérinaire. Une centaine d’euros plus loin, j’ai décidé de lui administrer des antihistaminiques courants (à petite dose, il ne fait ni mon poids ni ma taille). J’ai eu raison, ça a très bien marché et son eczéma a guéri aussi vite qu’il était arrivé.

Las, nous n’étions pas au bout de nos peines. Les puces, ça va, ça vient, comme mes chats qui courent la gueuze (bien que dûment castrés). Au début de l’été, elles sont revenues et cela a pris des proportions inquiétantes. Au milieu de l’été, ce fut le cauchemar.

Je me suis donc renseignée sur ces petites bêtes histoire de mieux les comprendre et les traquer sans merci. Certains représentent les puces comme ceci :

Elle a presque l’air sympa. Bonnasse et un rien peureuse. Or cet insecte est redoutable. Il apparaît plus agressif sur cette photo. 

On comprend sa capacité à sauter haut (30 centimètres !), par rapport à sa taille. Et dire qu’il y en a pour les dresser et en faire des animaux de cirque…

Mais moi, je les imagine tout autrement. Ceux qui on envahit ma maison ont tout de puces ninjas (on ne voit pas le bandeau noir parce que noir sur prune foncé, à cette taille, c’est pas net :

puces162.jpg

J’avais pensé que si la maison était vide d’animaux et d’humains pendant une vingtaine de jours (nous en vacances, les chats dans le jardin mais dûment nourris), faute de nourriture, elles finiraient par mourir de faim. Un peu comme les poux… En fait, c’est idiot. Les puces Ninja sont capables de s’autoréguler en fonction des conditions de vie (température ambiante, bruit, hydrométrie, quantité de nourriture disponible [sang]). Si effectivement une première génération meure, ce n’est pas le cas de leurs œufs.

Une puce pond de trente à cinquante œufs par jour pendant une période qui peut aller jusqu’à deux mois. Même si un de mes chats, ou mon chien, n’a ramené qu’une seule puce d’une de ses vadrouilles, au bout de quelques semaines, elles peuvent être des centaines. Contrairement à la lente du pou, l’œuf de puce de s’accroche pas aux poil des animaux, il glisse à terre et se dépose soit sur le canapé sur lequel les animaux aiment à se vautrer (moi aussi, mais je n’amène pas de puces de mes virées). Soit, le plus souvent, il tombe à terre, dans la moquette, ou, dans le cas de ma maison, se glisse entre les lames du vieux parquet. Là, il subit deux métamorphoses, en larves, qu’on peut tuer facilement, puis en nymphe, à l’abri d’un cocon bien solide, et quasi inattaquable. Et attend que la génération précédente soit morte pour prendre sa place en quelques heures. Mais qui n’éclot pas si les conditions ne sont pas requises. Donc ma maison désertée de ses habitants légaux n’était pas gage de puces éradiquées. Les cocons peuvent rester planqués pendant plus de six mois. A la moindre vibration, ils éclosent et attaque le premier passant. C’est ce qu’on appelle, à tord, les puces de plancher. Elles sont voraces, parce qu’elles viennent de naître et qu’elles sont affamées. Mais ce sont bien les dignes héritières des puces de chien ou de chat.

puces163.jpgJe les imagine assez bien, massées derrière ma porte, et passant par la fente destinée au courrier, sautant sur le premier facteur venu. Niark niark, du sang, du sang frais. Même si, paraît-il, l’humain n’est pas leur met favori. Elles préfèrent, et de loin, le chat et le chien. Ils ont tout pour leur plaire. Ils sont chauds, ont la peau légèrement humide, ils leur apportent une nourriture de choix et la présence de poils leur assure un abri idéal pour la ponte (et la partie de jambe en l’air qui précède, eh oh, elles ne font pas cela en public, les puces ninjas sont pudiques).

Cela dit, si la maison est pleine de nourriture ambulante, le cycle de reproduction peut être beaucoup plus rapide. En effet, la mort d’une première génération peut provoquer la naissance quasi immédiate d’une deuxième génération présente à l’état de cocon.

Bref, il n’y a pas trente six solutions pour éliminer ces bestioles, il faut prendre le taureau par les cornes.

Première étape, fulmigator. Je veux dire fumigène dans toutes les pièces. Evidemment, il ne faut personne dans la maison. Pour gagner du temps, j’ai décidé de passer à l’attaque dès le soir de notre arrivée. Après onze heures de route, j’ai déposé les filles chez ma sœur, qui vit à deux rues de chez moi ou presque, j’ai commandé les pizzas, puis je suis partie avec mes bombinettes, commandées depuis mon lieu de vacances et livrées chez la frangine, vers mon logis. Le miaulement désespéré de Jeudi m’informe que lui, au moins, est dans le jardin. Milhaud semble avoir disparu… Je ne résiste pas, je sors pour faire un gros câlin mais suis obligée de le laisser dehors. C’est que les fumigènes sont très fortement déconseillés aux humains, surtout pour les chats et les insectes (et pour cause). J’oublie complètement les phasmes, mais je verrai plus tard que cela n’a guère d’importance. Je monte les escaliers quatre à quatre, je dégoupille et dépose la bombe dans la chambre des filles. Je descend d’un étage. Même opération de la chambre de la grande. J’arrive dans ma chambre : mince, les volets de ma chambre ne sont pas fermés. Je pose ce que j’ai dans les mains, ferme les volets et referme la fenêtre, je dégoupille, dépose la bombe près de la porte pour qu’elle agisse aussi sur le palier et dans la salle de bains. Je descends et mets en route la bombe du rez de chaussée. Puis j’essaie de partir en courant. Sauf que je n’ai plus mes clés. Je ne sais pas où je les ai posées. Je commence à tousser. L’air est irrespirable. J’attrape une écharpe, me la colle contre le nez et la bouche et grimpe à nouveau les escaliers. Les clés sont sur mon lit, là où je les ai déposées pour fermer les volets. Je redescends les escaliers en courant, ouvre la porte, la referme et rentre. Ça m’apprendra à être aussi étourdie…

Arrivée chez ma sœur, je me déshabille entièrement, mets tous mes vêtements dans un sac en plastique et je pulvérise de l’antipuce à l’intérieur, puis je ferme hermétiquement. Bien m’en prends,avant d’enfouir ma chemise dans le sac, j’y vois deux bébés puces. Ça fait pschittttt aussi sec… Pour faire bonne mesure, j’asperge le paillasson, mais il y a peu de risque. Dans le plus simple appareil, j’entre dans le salon en priant pour que le livreur de pizza n’arrive pas au même moment. J’ai heureusementle temps d’enfiler mon pyjama avant qu’il ne sonne. Ouf !

– Deuxième étape. Aération. Le lendemain, après le petit déjeuner, nous rentrons chez nous. Nous ouvrons les fenêtres en grands. Sauf dans la chambre des filles, car elles étaient déjà grandes ouvertes. Damenaid, dans le noir, je ne l’avais pas vu. Le fumigène n’a sans doute pas servi à grand chose. Heureusement, il m’en reste une un. On recommence l’opération uniquement dans cette pièce, en fermant bien soigneusement la porte.

Au jardin, le chat Jeudi miaule toujours désespérément. Il est tellement heureux de nous voir qu’il supporte sans broncher le traitement que nous lui infligeons.

– Troisième étape. Traitement des animaux. En effet, ça ne sert à rien de traiter une maison si les vecteurs de contamination ne le sont pas. Le meilleur moyen n’est pas de s’en débarrasser. Les puces, sans leur nourriture de choix, se retourneront contre les humains. Je préfère encore que les survivantes s’attaquent au chat. Et elles ne se gênent pas, les peaux de toutou ninja. Nous avons traité Jeudi quatre fois et à chacune nous avons trouvé un grand nombre de bestioles. Idem pour Moucky le chien. Traitement de choc au Frontline, pipette, soit disant hyper efficace se sont révélés inutiles. La seule chose qui a fonctionné, c’est l’épouillage. Oui, ce bon vieux peigne antipoux qui chope aussi les puces.

– Quatrième étape. Nettoyage intégral de la maison. Pour la chasse au cocon. Pièce par pièce, nous avons passé l’aspirateur au millimètre. En insistant sur les fentes de parquets. Et tous les endroits où se sont couché les animaux. Les puces ninjas n’aiment pas particulièrement les fauteuils, les canapés, les coins obscurs, etc. Mais les œufs tombent là où s’installent leurs garde-manger. Donc les fauteuils, les canapés, les coins obscurs. En l’occurrence dans ma chambre, l’étagère la plus basse, celle où sont rangés tous mes paréos, ponchos, sacs, etc. Et le dessous de mon lit (planque préférée de mon chien quand il a peur que je lui foute une branlée, ce qui arrive très peu souvent, mais on ne sait jamais). Donc, on a dû déplacer quasiment tous les meubles. Evidemment, il faut ensuite jeter les sacs d’aspirateur le plus loin de chez soi. Voir près de la maison d’un ennemi…

– Cinquième étape. On lave tout que les animaux ont touché : la housse du canapé, les paréos, les châles, les couvertures… Il n’y a certainement plus de puces à cette étapes, mais encore des cocons. Donc lavages machine à 60 °C. Pour ce qui n’est pas lavable, mise en sac poubelles avec force insecticide. Ça n’atteint pas les cocons ? Non, c’est vrai, mais relisez ce que j’ai écrit. La deuxième génération naît dès que la première est morte pour peu qu’il y ait de la nourriture et de la vie. Alors je me fais un malin plaisir de faire vibrer le plancher, de secouer les sacs poubelles. Et pan, je remets une bonne giclée d’insecticide.

Voilà, nous avons fait tout ça. Ce fut un chouette retour de vacances. J’en ai eu des pires : convocation au tribunal pour enfants, découvert abyssal parce que le mari jouait immodérément, hospitalisation de ma mère, résultat du divorce (perdu ! rejoue encore), résultat de l’appel du divorce (reperdu, vous allez directement à la case prestation compensatoire sans passer par la case départ, vous ne touchez pas 20 000 francs mais vous versez 15 000 euros, et vous perdez 60 euros de pension alimentaire…). Bref, l’attaque des puces ninja, finalement, c’est du nanan. Sauf qu’il me reste une sixième étape : recommencer tout à zéro pour achever celles de la deuxième génération qui aurait échappé à tout ça.

Et là, je ne sais pas pourquoi, j’ai un coup de mou…

PS. Milhaud est revenu. En fait, on l’a localisé, et on a été le chercher. Il va bien. Mais il n’a pas aimé le traitement. Il fait un peu la gueule. Les phasmes, eux, étaient morts avant que je rentre. Après les avoir cherché un peu partout, je les ai retrouvés à la cave. Ils n”ont pas supporté leurs quinze jours sans nourriture, sans eau et sans lumière. J’espère ne pas être poursuivie par la SPA.

Sources :
Les puces de parquet
Pour éliminer les puces à la maison, rien de tel qu’un chien
Anti puce

jeudi 6 janvier 2011

Paf le chien

Vous connaissez l’histoire de Paf le chien ? C’est l’histoire d’un chien qui traverse la rue. Mais une voiture arrive, . Et PAF ! le chien.

Moi, c’est le genre de blague idiote qui me fait rire. C’est la grande qui me l’a racontée. Depuis, dès qu’on doit employer le mot PAF,on ajoute “le chien”.

Hier, j’étais avec les étudiants de première année. Cours de code typo (les règles d’écriture d’un certain nombre de choses qu’on utilise dans l’imprimerie pour unifier. Exemple, les durées sont toujours écrites en toutes lettres. Les quantités, elles, sont en chiffres arabes (par opposition aux romains qu’on n’utilise quasiment plus que pour les siècles). Les heures aussi. Ce qui donne : « Pendant quatre heures il mangea 4 kilos de cerises. A 4 heures, il se rua dans les toilettes familiales. »

Mon exemple est un peu pourri, d’accord, mais essayez de manger 4 kilos de cerises, et vous verrez bien.

En général, avec les étudiants, je débute par une règle toute simple, mais qui est du pur français, même pas du code typo. Je veux dire par là que c’est une règle qui s’applique à tous et pas uniquement dans l’imprimerie.

Je commence par leur demander donc comment ils abrègent “premier”. En général, pas de problème, ils me disent tous “1er”. Vous aussi sans doute.

Ça se corse quand je leur demande comment on abrège “première”, toujours en français bien sûr. La plupart me répondent “1ère”. Cette année, les premières années sont très forts. Il y en a quelques uns qui ont dit “1re”. Je les salue, c’est rare à cet-âge-là. L’année précédente, tout le monde s’était planté.

Vient enfin mon petit moment de gloire parce que là, tout le monde se trompe, et cette année n’a pas échappé à la règle : comme abrège-t-on “deuxième” ?

2 ème ?

Eh bien non. C’est 2e. Et puis 3e, 4e, 5e. Avec le e en exposant bien sûr, ce que Dotclear ne me permet pas de faire (ou alors je ne sais pas comment).

Ce petit jeu m’amuse beaucoup.

Des fois je me lâche. Enfin, je me lâche, ça reste correcte tout de même. Ainsi, quand je leur explique les sigles et les acronymes. Le sigle de Société nationale des chemins de fer est SNCF. Qu’on écrit tout en majuscules (capitales dans notre jargon). Sans point. C’est totalement passé de mode.

Mais si le sigle peut se dire sans que les lettres soient détachées, quand c’est un acronymes donc, on met une capitale initiale et le reste en minuscules (bas de casse). Assedic, par exemple. Sauf (la langue française ne serait pas ce qu’elle est sans les exceptions) dans le cas où l’acronyme ne comprendrait que trois lettres, ou moins : Organisation des Nations unies, ONU, Paysage audiovisuel français, PAF. Et d’ajouter, “le chien”.

Je n’ai pas eu un sourire, pas même un regard amusé ou surpris. La Bérésina totale. Je n’ai pas insisté.

Pourtant, PAF le chien, merde quoi. Même Wikipedia en parle…

La prochaine fois, j’essaie de placer “pas de bras, pas de chocolat…”

dimanche 6 juin 2010

Beau temps mais orageux en fin de journée

Un pique-nique de campagne, une couverture écossaise sur laquelle les grandes font semblant de dormir, rient des galipettes de la plus petite qui refuse de s’allonger, suce son pouce et rit aux éclats dans le cou de sa maman, ravie d’être rebelle. Derrière la caméra 8 millimètres, mon père, fantôme des films, omniprésent et invisible.



Quand j’ai lu le texte de Traou, j’ai tout de suite pensé à cette photo : un pique-nique à la campagne, une couverture écossaise… Mais mes parents ne sont pas là. Nous sommes avec ma tante et son mari, c’est lui qui prend la photo. Nous sommes entre Lacanau et Arcachon. Il ne fait pas très beau, un peu lourd. La journée va se terminer par une énorme tempête que fera de nombreux blessés, des camping ravagés. un arbre s’abattra devant nous et nous devrons trouver refuge dans une ville voisine.

En attendant, je boude. Je ne garde pas un très bon souvenir de ces vacances…



Ceci est ma participation au Diptyque 5.5 l’illustration du texte de Traou

lundi 31 mai 2010

Trois jours, part 2

Dans le programme, le dimanche matin devait être LA grasse matinée qui devait me permettre de récupérer de la veille et de tenir la journée entière. Mais non, pas de ça Madame. A 7h30, j’avais les yeux grands ouverts et mon cerveaux était en mode : le stage de Lou, quelle solution… Je crois que j’ai trouvé, mais j’aurais préféré dormir.

Quand mon amie s’est levée, elle aussi trop tôt à son goût, j’en ai fait autant. Soulagée de ne plus tourner en boucle toute seule dans mon coin. Après un bon petit déjeuner, nous avons mis le mode ralentis. Papote et le cul sur la chaise. Cela dit, le fait de n’avoir quasi plus qu’une barre de batterie sur mon téléphone m’inquiétait beaucoup. Il fallait que je récupère le fils d’ami, Garance, Léone, dans des endroits différents pour les emmener au théâtre. Puis Lou à la gare et avoir le train. Sans téléphone alors que nous n’avions pas prévu de rendez-vous fixe. Mince, comment faisions nous quand nous n’avions pas de portable. Eh bien, si mes souvenirs sont bons, en stressant un maximum. Ce n’est pas de téléphoner qui me manquait, j’avais accès au téléphone de l’amie hébergeuse. C’était de ne plus être joignable s’il y avait quoi que ce soit. J’ai horreur des quoi que ce soit…

Je suis donc descendue rue de Flandres voir si une boutique de téléphonie était ouverte un dimanche matin. C’est le cas aux Abbesses. Je suis descendue de mon pigeonnier pour rien. Ici, les magasins de ce genre sont, paraît-il, fermés même le samedi. Alors le dimanche matin… 

Je suis remontée. Puis je suis redescendue chercher Garance qu’on me ramenait. Toujours ça de gagné. Nous nous sommes acheté des nouilles chinoises, avons grimpé les escaliers, elle quatre à quatre, moi en ahanant. Nous avons déjeuné en vitesse, puis nous sommes reparties pour aller récupérer, pas trop loin, le fils de l’amie que j’avais invité au théâtre (le fils, pas l’amie). Heureusement, son père ne vit pas loin (parce qu’il passait ce week-end là avec son père). Ensuite bus. Pris d’assaut par la foule du dimanche matin. Comment ça la foule du dimanche mati ? Mais oui la foule de ceux qui étaient refoulé par le métro, ligne 2 totalement fermée pour le WE. Evidemment celle que j’étais censée emprunter le plus souvent ce jour-là. Donc bus, heureusement direct jusqu’à Pigalle où nous avons failli ne pas descendre car de nombreuses personnes faisaient barrage de leur corps pour nous empêcher d’atteindre la porte. Puis, comprenant que c’étaient trois places qui se libéraient d’un coup, elles se sont désolidarisées pour se ruer à l’assaut. Je n’ai pas pris le temps de regarder quels ont été les vainqueurs, j’avais eu mon comptant d’émotions la veille.

Pour arriver dans l’appartement où était hébergée Léone, il fallait grimper jusqu’à la rue Ravignan. Puis ouvrir mon téléphone en espérant que ça marche encore et demander le numéro de code de la porte. Puis descendre environ un étage dans une cour, la traverser et remonter enfin quatre étages. Mes rotules m’ont traitée de tous les noms. J’ai cru qu’elles allaient déclarer grève. Cela dit, elles râlent, mais comme les Français, elles passent peu à l’action. Elles ont donc tenu le coup, ce qui, somme toute m’arrangeait bien.

Nous avons passé vingt minutes à récupérer avant de descendre tout schluss vers la place Clichy, emprunter une ligne qui fonctionnait, la 13, ce qui est, paraît-il, plutôt exceptionnel. Dix minutes après, nous étions au théâtre, suffisamment à temps pour laisser sacs et manteaux (en ce temps de novembre) au vestiaire et nous installer confortablement à de très bonnes places.

La pièce était une adaptation de plusieurs contes des frère Grimm réalisée et mise en scène par Olivier Py. Ça promettait d’être intéressant. C’était super. L’histoire était classique. Une jeune fille orpheline de mère, douce, intelligente (non, ça ce n’est pas classique, en général, les princesses sont douces et belles, on ne les voit pas avec des livres à la main) attend son père qui doit ramener sa nouvelle épouse. Evidemment, c’est une marâtre des plus nocives. Et sa fille, très belle, n’est guère bavarde. L’affreuse exige de sa belle-fille des tâches inimaginables. Les justification de ces diktats, concernant les bienfaits du travail sont des morceaux d’anthologie tout à fait grinçant et d’une certaine actualité. La belle-mère est affreuse comme un présiprince. Pour se débarrasser de la gamine, elle l’accuse d’avoir tué son père. Affolée, la jeune fille fuit dans les bois où elle trouve refuge, grâce au jardinier qui la protège, dans une cabane. Arrive un prince, qui tombe amoureux d’elle, de ses mots (elle n’est pas très jolie). Et part chercher sa couronne pour la demander en mariage. Las, il tombe sur la belle-mère. Celle-ci lui fait boire une filtre magique qui transforme le doux prince en dictateur abominable et le rend amoureux de la jolie fille muette de la marâtre.

Fille qui n’est en fait qu’une poupée à l’exacte effigie de son enfant morte. Tout finira par rentrer dans l’ordre parce que dans les contes des frères Grimm, s’il y a toutes les horreurs de la vie : la mort, la cupidité, la méchanceté, la violence, la maltraitance des enfants, il y a aussi, toujours, un happy end. Olivier Py a d’ailleurs tout un discours intéressant sur la question. Le spectacle fut beaucoup applaudi, par les enfants bien sûr, mais aussi par leurs parents qui ont crié moult bravos. Réservé au plus de 7 ans, il n’ pas déçu les plus jeunes (très nombreux dans la salle). Le petit garçon à mmon côté ne devait pas avoir plus de 5 ans. Il est resté extrêmement attentif et concentré pendant toute la représentation. Visiblement, cela lui parlait. Quant aux trois que j’avais amené avec moi, ils ont adoré et Garance m’a même commandé le DVD. Les décors étaient très beau, qui ressemblait (comme un peu la scénographie, au Soulier de satin, mis en scène par le même Olivier Py. Les comédiens, tous musiciens et quelques uns chanteurs étaient excellents. Notamment la marâtre joué par un homme, le même que celui qui jour le chef de la troue de théâtre. Oui, parce qu’il y a un théâtre dans l’hitoire. Ce qui permet aussi de parler politique. Et de faire rire les parents. Oui, ça a l’air un peu compliqué comme cela, mais allez-y, surtout si vous avez des enfants, c’est trop génial. Ça se jour jusqu’au 18 juin aux ateliers Berthier, près de la porte de Clichy.

A la sortie du théâtre, le temps tournait vinaigre une fois de plus. J’ai remis le fils à son père et nous nous sommes engouffrées dans le métro, direction gare Montparnasse. Ligne direct, métro à l’heure. Un truc simple, sans complication, tout ce qu’il me fallait. Lou nous a rejoint avec son père qui l’avait soutenu pendant toute la journée de la compétition par équipe. Et nous étions en avance ! Comme quoi, je suis réellement la reine de la logistique. Puis nous sommes montées dans le train pour, enfin, rentrer. J’avais hâte, j’avais assez bougé pour un moment.  Le truc, c’est que la SNCF, toujours pratique, quand on lui demande un carré famille, à la réservation, fait comme si c’était bon. On découvre ensuite, qu’en fait, non, pas du tout. Si au moins La SNCF nous avait laissées ensemble, c’est vrai quand on réserve quatre places dans un wagon avec une carte famille nombreuse, qu’on demande un carré famille, ce n’est pas pour être éparpillé dans le wagon… Mais non plus… nous étions toutes les quatre à des rangées différentes. J’étais derrière Lou et, de l’autre côté du couloir, Léone était derrière Garance. Nous avions toutes des places près des fenêtres, je dois remarquer cela, mais ce n’est pas ce que je demandais. Heureusement que le trajet n’est pas long et que les filles sont assez grandes pour se débrouiller seules sans leur maman… Pour discuter du stage avec Lou, par contre, c’était un peu compliqué. Elle venait de me remettre les papiers et je venais de découvrir qu’il me faudrait débourser 200 euros pour le stage, plus le trajet. Ha non ! pas ça en plus… Nous parlions donc des modalités à voix un peu haute et un des passager nous a demandé sèchement de parler moins fort. Je l’ai envoyé baladé. Il a fini par dire s’il vous plaît et je me suis tue. Il faut toujours demander poliment. Un grand garçon comme lui aurait dû le savoir.

Nous sommes enfin arrivées à Tours. Très contente d’avoir eu l’idée de laisser la voiture à proximité de la gare et de ne pas avoir à transporter les sacs jusqu’à la maison. Sur le pare-brise, un papillon bleu nous attendait. Je n’avais pas pensé que le parc-mètre avait également faim le samedi. Mais 11 euros, c’était de toute façon moins cher qu’une journée de parking. Alors … Le truc, c’est que lorsque j’ai tourné la clé de la voiture, le moteur a fait eueuhueugueuhueug, d’un ton assez poussif. J’ai eu beau réessayer plusieurs fois, attendre, réessayé. Rien n’y a fait. Ça nous a laissé le temps d’observer la foule des gens qui venaient déposer leur déclaration d’impôts dans la boîte aux lettres de la perception. Ça c’est un truc qui m’a toujours amusée. Outre que j’ai fait cette année encore ma déclaration par Internet, quel intérêt d’attendre le tout dernier jour pour être obligé, en plus, de se déplacer. Vous me direz : ça économise toujours un timbre. Internet aussi. Et avec le sans plomb à 1,35 euros le litre, il faudrait également penser à économiser de ce côté-là.

En tout cas, ce n’est pas nous qui avons dépensé de l’essence… Nous avons dû rentrer à pied. Epuisées et heureuses, jurant, mais un peu tard qu’on ne nous y reprendrait plus à vivre des WE aussi compliqués.

dimanche 30 mai 2010

Trois jours, part 1

C’est peu dire que j’appréhendais ce week-end. Il s’annonçait sur les chapeaux de roue. Il a tenu toutes ses promesses.

J’avais prévu un train qui quittait Tours après la sortie des classes mais qui arrivait à 20 heures à Paris. Vu le programme de la soirée, j’ai finalement choisi de faire manquer l’école aux trois filles et de partir plus tôt. J’ai bien fait. Nous avons garé la voiture près de la gare et nous avons emprunté le teuf teuf qui rallie la gare d’Austerlitz. Deux heures et demi de bagarre entre les deux dernières, ponctuées de presque siestes. Un peu avant 18 heures (avec un bon quart d’heure de retard), nous avons retrouvé mon amie P. qui prenait en charge mes deux harpies. Elle gardait la plus jeune avec elle et déposait la plus grande chez une de ses amies.

Je suis partie avec Lou en direction de son hôtel. Ib** Porte d’Italie, m’avait-on dit par SMS quand je m’étais rendue compte que personne ne nous avait donné l’adresse et que je n’avais pas pensé à la réclamer. Mon organisation laisse à désirer… Arrivées Porte d’Italie, nous n’avons pu que constater que d’Ib** il n’y en avait point. Grâce au kiosquier, nous avons compris que nous devions traverser le périphérique et marcher, beaucoup… et même encore plus. Nous devions longer la voie rapide, ça descendait, ça montait. Les indications qu’on nous donnaient étaient contradictoires. Au bout d’une bonne demi-heure, nous avons fini par arriver devant la réception totalement sur les genoux. J’ai installé Lou dans sa chambre, puis nous sommes descendues dans la salle de restauration pour dîner. Moment calme et agréable. Qui m’a aidé à reprendre des forces. Je m’étais levée tôt, la matinée avait été chargée avec la soutenance des étudiants, puis la course pour avoir le train en temps et en heure…

Vers 19h30, j’ai quitté Lou et suis partie à la recherche du RER B puisque, d’après le réceptionniste, c’était beaucoup plus près que le métro. Plus près est une notion toute relative. Certes, j’ai moins galéré pour trouver la station, mais j’ai dû marcher longtemps, longtemps, bien plus longtemps en tout cas que je ne l’avais prévu. Comme nous étions juste de l’autre côté du périphérique, mes tickets de métro n’étaient pas valable, je devais en acheter un spécial banlieue. Ensuite, RER B jusqu’à gare du nord, changement vers gare de l’Est, puis autre changement vers Crimée. Le trajet fut long et pour passer le temps, je discutais pas SMS avec Lou. Je n’aurais pas dû. J’ai mis la batterie à plat, quand je m’en suis rendue compte, il ne me restait que deux barre et j’avais deux journées entières à assurer avec des emploi du temps chargé et des rendez-vous compliqués.Je n’avais pas assez de stress comme cela, il fallait que je m’en ajoute.

Je suis arrivée en bas de l’immeuble de l’amie qui m’héberge sur les rotules. J’avais déjà laissé mes genoux du côté de la Porte d’Italie. Mais c’est devant l’ascenseur que j’ai vraiment compris que cette fin de semaine serait un long calvaire : il était en panne. Ma copine habite au septième étage.

Avec philosophie je me suis dit qu’il valait mieux que je me prenne tous les ennuis et que Lou en soit exempte. J’ai donc attaqué l’escalade des étages avec ce qu’il faut de pauses pour se dire qu’on n’est plus jeune (voire vieux), qu’on est trop gros (on est foutu on mange trop de toute façon) et qu’on a mal aux genoux (ah non, c’est vrai, je n’en avais déjà plus).

Heureusement, là haut m’attendais mon amie, et un bon lit.

Le lendemain, levée 6 heures. Petit déjeuner avec un thé succulent. Il faisait grand beau temps. Je descends mes sept étages toute guillerette, me dirige vers la banque pour prendre de la monnaie. Et me rends compte que j’ai oublié ma carte bancaire dans mon deuxième sac. Je remonte donc mes sept étages, pour les redescendre aussi sec, prendre les billets, m’engouffrer dans le métro et là… tout allait bien. Ligne direct jusqu’à l Halle Carpentier où se tenaient les épreuves, au hasard, sortir une station plus tôt, j’ai bien fait, la bouche de métro était pile poil à coté de l’entrée du gymnase ou les demoiselles fleurettistes officiaient.

J’ai retrouvé Lou tout de suite dans la foule. Elle faisait un peu la tête. Elle et ses amies avaient mis un temps fou à déposer leurs sacs dans la salle prévue à cet effet, elles devaient commencer les poules sans avoir pu s’échauffer. Ça n’a pas loupé. Au premier match, elle s’est pris 5-1 (les assauts en poule se font en cinq touches). Heureusement, elle s’est reprise et a gagné tous les autres, y compris contre celle qui était mieux classée qu’elle. Ce qui lui a permis de sortir des poules à la 18e places, ce qui était son classement avant la compétition.

A la pause pipi, je retrouve une copine de longue date. Nous faisions de l’équitation ensemble. Nous étions enceinte de nos aînés ensemble. Puis elle a suivi son mari en province et nous nous sommes perdues de vue. Son fils, deux mois de moins que Lou, faisait la compétition à l’épée.

Puis les tableaux ont commencé. Les assauts les plus difficiles de ma vie. Imaginez, une salle en effervescence avec  partout des jeunes qui laissent éclater leur victoire ou qui explosent en larmes. Ma fille sur la piste, face à des adversaires de plus en plus coriace. Et moi, en bout de piste, à la soutenir comme je peux, tendue comme une arbalète, allant jusqu’à prier je ne sais qui pour qu’elle passe un tour et encore un autre, et un autre. Elle en a passé trois, avec des matchs denses, serrés qu’elle n’a jamais lâché. Au quatrième, elle est tombée contre une tireuse qu’elle connaissait du temps qu’elle était encore à Paris et qu’elle craint. La championne de Paris. Et elle a baissé la garde. Je pense qu’elle avait les moyens de la battre. Mais c’est psychologiquement que l’autre était plus forte. Cela fait partie de la compétition. Lou a donc perdu. Il était un peu plus de 15 heures. La tension peu à peu a commencé à refluer. Et nous étions tous très contents : le maître d’armes de Lou, ses amies. Lou un peu moins. Elle ne se rendait pas vraiment compte en fait. Elle aurait voulu aller plus loin. Et moi aussi sans doute, mais j’y croyais plus qu’elle.

Elle est partie se changer. J’ai retrouvé avec plaisir son ancien maître d’armes avec qui j’ai papoté quelques minutes. Et c’est là que j’ai appris la nouvelle. Les vingt premiers étaient sélectionnés pour faire un stage d’une semaine, l’été prochain, à Vichy, stage évidemment très important avec comme perspective la détection de la future élite. Elle était arrivée à se qualifier ! J’ai déchanté quand on m’a appris la date : début, aout, pendant notre voyage au Maroc. J’ai acheté les billets la semaine dernière. Je n’ai pas pris d’assurance annulation. Entendons-nous bien. Je n’ai aucune intention d’annuler mon voyage là bas, ni celui de Léone et Garance. Mais il va bien falloir le faire pour Lou. Car du 2 au 8 août, c’est à Vichy qu’elle ira…

Du coup, je me suis assise. Le ciel s’éclaircissait à peine qu’un autre nuage s’annonçait (c’est une métaphore, dehors il faisait un temps de chien). Bien sûr, ce n’est pas une tuile. Mais il va me falloir développer tous les talents de logisticiennes qui sont les miens pour trouver une solution. C’est quelque chose que j’aurais dû ajouter dans mon dossier VAE. Ingénieure en logistique. Lou d’ajouter, perfide : « Mais maman, je te l’avais dit. » Mais ma chérie, sans doute, mais pas assez fort, pas de la bonne façon. » Je n’imaginais même pas que les stages dont elle me parlait avait cette fonction là…

Autour de ma perplexité, l’agitation était à son comble. Tout le monde est venu s’installer autour de moi. C’était gentil de venir me soutenir dans ce moment d’intense réflexion. Mais je me suis hélas rendue compte que j’étais près de la piste d’honneur, celle où devient avoir lieu les finales. Et que le spectacle promis était bien plus attirant que mes réflexions. Je me suis fait une raison. Et j’ai assisté à six assauts très intéressants. J’ai été impressionnée par le sabre, c’est puissant, rapide, étonnant. J’ai été saisie par la championne d’épée qui avait un air méchant, je ne lui aurais pas adressé la parole de peur qu’elle me morde. J’ai une fois de plus constater que mes critères de beauté masculine n’avaient rien à voir avec ceux de Lou quand elle m’a dit que le malheureux finaliste à l’épée homme était beau. Et j’ai hué avec les autres l’arbitre de la finale fleuret dames qui a volet au moins six touches à celle qui, du coup, a fini par perdre. A ce niveau-là, pour une finale, c’est inadmissible !

Et puis la journée a été finie. Je ne suis pas restée pour les remises de récompense. Je suis remonté vers mon 18e natal pour rejoindre une fête. J’avais plutôt envie d’une bonne douche et d’un lit, mais cela faisait longtemps que je n’avais pas vu tous mes amis. J’ai passé l soirée à discuter avec les uns, et les autres. Et à leur dire que, oui, à Tours, la vie était agréable et douce, mais que les amis me manquaient. Car ce n’est pas vraiment ici que je vais m’en faire.on m’a parlé de mon boulot. un ami qui veut créer des connexions. un autre des lauréats de notre école. C’est que nous avons fait fort cette année. Outre les gagnants de deux bourses majeures en radio, la Bourse Lauga d’Europe 1 et la bourse Dumas, de RTL, deux de nos étudiants sont lauréat, en télé, de la bourse Jean-Darcy, l’un en JRI, l’autre en journaliste-reporter. Et on n’est pas peu fier. A la clé de ces bourses, des CDD entre trois mois et un an dans les médias organisateurs. Bref, nous avons parlé parlé parlé (bu aussi, il faut dire). Et nous nous sommes caillés. Je n’avais pas prévu une aussi forte baisse dé régime du temps. Et je n’étais donc pas habillée en conséquence. J’ai bien cru que j’allais attraper mille mort. J’ai choppé un pull qui m’a bien aidé, c’est déjà ça. Mais ce mois de novembre fin mai commence à me lasser.

A 2 heures du matin, sous une pluie battante, on m’a déposé devant l’immeuble où je dors, et jai grimpé mes 7 étages. Pour m’écrouler sur le lit et m’endormir pour une bonne nuit de sommeil voire même une grasse matinée…

vendredi 22 janvier 2010

Je me souviens

Anne se souvient des choses qu’elle a dû apprendre et demande : « Et vous, qu’est-ce qu’il vous reste, de vos par cœur ? »

Il était un grand mur blanc, nu, nu, nu
contre le mur une échelle haute, haute, haute
et par terre un hareng saur, sec, sec, sec…

Je me souviens de toute cette récitation apprise en primaire et je m’en suis servi comme histoire à raconter à Léone pour qu’elle s’endorme. Il y a aussi de nombreuses contines. Par contre, je regrette de ne pas me souvenir d’une chanson en occitan apprise dans une communale charentaise et que le maître nous faisait répéter en jouant d’un mini orgue à manivelle.

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

J’ai oublié le reste, mais je me souviens de l’émotion de cette histoire et de ces quelques vers d’un Hugo désespéré appris au collège.

C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Je me rappelle aussi la fin, à laquelle on ne s’attend pas, qui choque presque délicieusement, et qu’on regrette ensuite de connaître car on ne peut plus revivre cette sensation.

Deux et deux quatre, quatre et quatre huit huit et huit font seize…
Répétez ! dit le maître
Deux et deux quatre, quatre et quatre huit
huit et huit font seize…
Mais voilà l’oiseau lyre qui passe dans le ciel
l’enfant le voit, l’enfant l’entend, l’enfant l’appelle
Sauve-moi, joue avec moi, oiseau !
Alors l’oiseau descend
et joue avec l’enfant

Et plus que ce poème de Prévert, je me souviens de la chanson des multiplications

J’ai mis mon képi dans la cage
et je suis sorti avec l’oiseau sur la tête
Alors
on ne salue plus
a demandé le commandant
Non on ne salue plus

a répondu l’oiseau
Ah bon
excusez-moi je croyais qu’on saluait
a dit le commandant
Vous êtes tout excusé tout le monde peut se tromper
a dit l’oiseau.

Celui-ci, c’était pour le plaisir, c’est ma sœur qui devait l’apprendre. Mais il était tellement joli que je l’ai toujours gardé en tête. Et puis, c’est ma toute première notion d’anarchie… Les instituteurs savent-ils bien les graines qu’ils sèment ?

Dites-moi où, n’en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, et Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Echo, parlant quant bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu’humaine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?

Villon donc et il faut ajouter à ce texte celui de la ballade des Mercis ou le terrible

Frères humains qui après nous vivez,
N’ayez les cœurs contre nous endurcis
Car si pitié de nous pauvres avez
Dieu en aura plutôt de vous merci

de la ballade des pendus. Plus léger, sans doute, l’amoureux transi Ronsard, né dans la région où maintenant je vis

Mignonne allons voir si la rose
Qui se matin avait desclose
Sa robe de pourpre au soleil
N’a point perdu cette vesprées
Les plis de sa robe pourprée
Et son tein au votre pareil

Un grand libidineux qui aimait les jeunes filles assurément comme s’en moqua Brassens. Mais bien plus facile à apprendre que son contemporain José Maria de Hérédia dont je ne me souviens que du

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal

dans le même temps, les litanies que nous transformions et que j’ai retrouvé avec amusement en écoutant ma grande alors en cinquième et en quatrième

To be I was been
to eat I ate eaten
To have I had Had
To do I did done
To see I saucisse

Les cours d’anglais donc et de nouveaux sons à se mettre en mémoire. Et puis le lycée ensuite, avec une nouvelle langue encore

Las tierras, las tierras, las tierras de Espana
las grandes, las solas, desiertas llanuras
Galopa caballo cuatralbo
jinete del pueblo
al sol y a la luna

Et puis aussi cette petite chanson des soldats de Pancho Villa

La Cucaracha
La Cucaracha
Ya no puede caminar
Porque no tiene
Porque le falta
Mariguana que fumar.

Eh oui, elle figurait dans mon livre d’espagnol. Je le sais, j’ai vérifié. C’est un des rares que j’ai gardé avec mon Lagarde et Michard de terminale.

J’ai appris bien d’autres choses encore, mais de toutes celles que j’ai retenues, celles-ci sont les plus chères à mon cœur.

mardi 14 juillet 2009

Quelle histoire ce 14 juillet

Une mienne amie avait invité quelques uns de ses proches à monter sur le toit de la Grande Arche de la Défense pour y admirer le défilé aérien. Etant à Paris, j’avais deux solutions :
- profiter de l’invitation
- en faire profiter les filles, et donc leur père. Mes filles adorent regarder les avions. J’ai donc opté pour la deuxième solution.

Cela a commencé hier. J’ai d’abord appris que ma belle-mère et la nièce n’y allaient pas. Ce qui ne m’étonne pas. C’est une occasion unique pour elle de monter sur la Grande Arche et de voir un défilé, mais elles ne vont pas y aller parce que ce sont des … (est-ce que l’on sent, là, la légère aigreur qui marque le fait que, malgré toute l’amitié que je leur porte, j’ai du mal à supporter ma belle famille maintenant ?).
Puis Lou m’informe par SMS que chaque fois qu’elle parle de cette sortie avec son père, il élude. En général, cela veut dire qu’il ne veut pas y aller. Croute, il ne va pas s’y mettre. Lou est au quatre cents coups. moi qui pensais qu’en bonne ado, elle trainerait des pieds pour y aller, voilà que c’est elle qui motive tout le monde. Je passe sur les dizaines de SMS dont elle m’abreuve. Jusqu’à ce que j’y mette le hola non sans lui avoir donné quelques conseils : ton père élude, c’est qu’il ne dit pas non. Donc tu le réveille demain matin à 7 heures comme si de rien n’était.

Par acquis de conscience, j’envoie un SMS au père en lui disant qu’il n’y a aucun problème (genre, tu as intérêt à y aller). Il m’appelle et je continue de le rassurer. Oui, Il peut se présenter avec sa mère et sa nièce si elles en ont envie. Parce qu’elles en ont envie mais n’osent pas. Le problème était là. Soit tout le monde bénéficiait de l’invitation, soit personne. J’ai débloqué la situation. Ils se lèveront à 7 heures quand moi je dormirai du sommeil du juste.

Croyais-je. A 7 heures, mon téléphone sonne. C’est la grande qui s’inquiète. Je lui répète ce que j’ai dit à son père. Bon Dieu, qu’ils sont compliqués. Les SMS se succèdent à un rythme intense (j’en ai reçu une centaine entre hier et ce matin). La petite fait des siennes, la nièce est capricieuse, comment on va là bas ? C’est où qu’on va ? Je finis par me lever pour chercher via Internet les coordonnées exactes. Au moment où je trouve, je reçois un énième SMS me disant qu’ils sont bien arrivés.

Wow, c’est grand ! Je me dis que maintenant qu’isl sont dans la place, je vais être tranquille, que nenni. Et si on est bloqué à l’entrée parce qu’on est plus de 5 (ils sont 6). Et si ils veulent pas nous laisser entrer parce que t’es pas là. Oh, on se calme. Le temps que je réponde de toute façon, ils sont déjà dans l’ascenceur. Il y a un buffet sur lequel se précipitent les plus jeunes. Nouveau SMS : “Ils me foutent la honte, les filles s’empiffrent et font les folles. Papa n’arrête pas de leur crier dessus.” Dix minutes plus tard, nouveau message : “Y a un bébé qui pleure, ouf, c’est pas nous qui faisons le plus de bruit.”

D’après mon reporter en direct de la Grande Arche, les invités passent dans l’Auditorium. Pour en ressortir une fois la patrouille de France passée. Ils étaient pourtant venus surtout pour cela. Mais le Présiprince a décidé de faire accélérer les choses et tout a démarré avec dix minutes d’avance. Lou est dégoutée. Elle attend maintenant les hélicoptères qui closent le défilé.

Entre temps, je ne sais pas ce qu’aura fait la petite troupe. Le reportage via SMS a cesssé. C’est donc que tout va bien. Mais si jamais l’occasion se représente, c’est moi qui irai. Seule et sans téléphone.

Parisienne, tête de chienne 2

Pas beaucoup d’expos intéressantes ouvertes en ce lundi. Alors je suis partie le nez au vent le long du canal avec mon appareil photo. C’est toujours la même chose, quand je commence ce genre de promenade. Au début, je photographie tout et n’importe quoi, une affiche déchirée, un morceau d’herbe. Puis au fur et à mesure que j’avance, je trouve mes petites pépites personnelles.J’ai dû prendre une centaines de clichés aujourd’hui, mais un seul me fait vraiment plaisir. C’est déjà ça. Les autres ne sont pas mauvais, mais celui-là me plaît.

Au retour, j’ai décidé de faire quelques courses, pour l’amie qui m’héberge et qui rentre demain de vacances. De quoi lui faire un déjeuner. Juste devant le monop’, j’ai croisé Bladsurb, plongé dans ses pensées. J’ai hésité à l’y laisser. Puis je lui ai fait signe. Je n’ai pas si souvent que ça le plaisir de discuter avec lui. Nous avons taillé une (petite) bavette là, sur le trottoir, parlant de spectacles (je m’interrogeais sur son programme de l’an prochain). Je crois qu’il m’a donnée une idée, qui s’est ensuite transformée en envie. Ornette Coleman… ça ne se loupe pas. Le hic, c’est que je crois bien que son concert tombe le jour de la rentrée scolaire…

Nous sommes repartis, chacun de notre côté et j’ai été errer de longues minutes au supermarché de luxe (les prix !!!, plus l’habitude). J’en suis ressortie une heure plus tard, l’estomac dans les talons, prête à défaillir. Quand on petit déjeune à midi, on déjeune rarement juste après. J’avais donc le ventre vide et les jambes flageolante. J’ai grignoté sur le pouce sitôt arrivée à la maison.

A 19 heures, je suis repartie rejoindre une amie dans le 20e. Elle m’a emmené dans un restaurant très sympa dont je ne connais ni le nom ni l’adresse. Dommage, il est situé sur une petite place et sa terrasse bénéficie de l’ombre des grands platanes (je crois que ce sont des platanes, mais je n’y mettrais pas la main au feu). Pendant toute la soirée, la grande m’a breuvée de SMS me décrivant les faits et gestes de chacun. J’ai fini par lui dire que je dinais avec une amie. “Mais tu m’avais dit que je pouvais t’envoyer des SMS comme je voulais.” Oui, mais il y a des limites tout de même.

Ma copine n’était pas en reste avec sa propre progéniture, ce qui nous amusait beaucoup. Un sociologue passant dans les parages aurait encore parlé des ravages de la société de la (télé)communication… qui frappe non seulement les adolescents mais aussi les mères de famille. A minuit, j’ai pris le métro pour rentrer. Je suis descendue à Stalingrad. et j’ai marché le long du canal. Au loin, de la musique. C’est la caserne des pompiers qui donne son bal, orchestre et sono. Et les pétards des enfants. J’ai dailleurs passé mon après-midi à dire : ça sent le pétard, mais pas celui auquel on pense… L’hôtel - celui qui a remplacé l’immeuble des magasins généraux parti en fumée - clignote : un coup rouge, un coup bleu, un coup rose. J’essaie de le photographier dans chacune des couleurs. Pas facile d’autant que, comme je n’ai pas de pied, j’utilise la minuterie pour bouger le moins possible (on fait toujours bouger l’appareil quand on appuie sur le déclencheur). Je finis par shooter le rose, après deux bleus et trois rouges. Mais sur la photo, le rose n’est pas rose, il est lavasse. En politique, c’est pareil. Mieux vaut carrément un bon rouge.

Je rejoins mon immeuble et monte dans mon septième. Il fait lourd dans l’appartement alors que la nuit est douce et fraîche. J’ouvre la fenêtre et le bal des pompiers s’installe dans le salon. Il va être difficile de dormir la fenêtre ouverte. Tant pis. 

Demain matin, je feignantise. Demain après-midi, je dois avoir un goûter dans un square. Demain soir, je dîne chez une autre amie. J’ai un agenda de ministre. 



lundi 13 juillet 2009

Parisienne, tête de chienne

Nous sommes arrivées à Paris hier. Après un détour par Chartres.La SNCF n’assure plus la liaison entre Chateaudun et Paris. Il faut prendre le bus jusqu’à Chartres (une heure), attendre la correspondance en train pour Paris (une autre heure, il aurait été trop simple de coordonner les deux), et faire la fin du voyage en Ter (encore une heure). Nous avons trouvé plus simple que ma mère nous amène jusqu’à Chartres en voiture (une demi heure). Le Nôm était en retard. Les filles sur les dents et moi, j’essayais de rester zen. Nous avons pris le métro ensemble puisque nous allions dans la même  direction. Le  Nôm s’est renfrogné quand il a compris que je partais de mon côté et que je ne l’accompagnais pas jusqu’à la maison. Mais je préférais pas. C’était déjà assez difficile comme ça. 

Normalement,les filles ne peuvent rester chez lui s’il n’y a pas de tiers. Ma belle-mère est chez lui pour le mois. Elle fait un très bon tiers. Chouette, j’ai une semaine à Paris sans enfants.

En théorie. La pratique est une autre paire de manche. J’ai un peu l’impression d’être amputée et l’angoisse des petites me colle à la peau. Pourtant je suis sure que ça va bien se passer. Au pire, elles vont s’emmerder parce que les distractions seront rares et surtout centrées sur l’appartement. Au mieux, il se sera débrouillé pour leur rendre la semaine agréable et elles en redemanderont.

Mais on va faire avec. Ce matin,je me suis levée tard.Il fait beau sur la ville. Je suis descendue dans cette rue que je connais pourtant bien,qui n’est pas la mienne mais celle d’une amie. Avec le soleil, la solitude, je me suis sentie pour la première fois touriste dans ma ville. Sensation rare, amusante. 

Au programme aujourd’hui, pas grand chose. Une ballade, des photos peut-être, et un dîner avec une amie. Et puis une intense réflexion sur moi. Apprendre à me dire que je peux exister sans mes filles, que je peux aussi m’occuper de ma petite personne, perdre un peu de poids (je n’ai pas besoin de surpoids pour peser dans la vie de ceux qui m’entourent), réapprendre à sourire., à vivre sans un fond d’angoisse et dans une grande fatigue…

Dans la semaine, la Cité des sciences et son expo sur l’image, la librairie Karthala pour quelques bouquins sur la sociologie des médias à potasser pendant l’été. Dont ceux de Rémy Rieffel. Du cinéma aussi, j’aimerais bien. D’autres expos au fur et à mesure de mes envies et quelques déjeuner/dîner avec les amis qui ne seront pas partis en vacances (et qui ne sont pas très nombreux). Si vous avez des idées, j’ai tout mon temps jusqu’à dimanche prochain

Pendant tout le temps du week-end, j’ai été privée d’Internet, de radio et de télé, d’informations quoi, étant chez ma mère. Chez ma mère, je roupille, je récupère. C’est le seul endroit où je me sens suffissemment en sécurité pour me laisser aller à dormir tout mon saoul. Ce qui fait qu’elle est assez frustrée. Donc le soir, je ne regarde pas les infos, je lui fais la conversation et je profite de ses repas. Tout cela pour dire que les suites du résultat du procès du gang des barbares m’est passé par dessus la tête.Alors écoutant les infos aujourd’hui, les bras m’en sont tombés.

Que la famille des victimes trouve que les peines infligées aux inculpées soient trop légère, à cela rien d’étonnant. C’est le cas à chaque procès criminel. Mais que cette contestation atteigne cette proportion, voilà qui l’est moins, et je trouve ça déplacé. Le meurtre d’Ilan Halimi par la bande de Fofana était particulièrement abject, mais la justice est passée. Mais que la Garde des Sceaux demande au parquet de faire appel de toutes les peines qui sont inférieures à celles demandées par l’avocat général, voilà qui me sidère. Et qui porte, pour moi, gravement atteinte à la justice. A quoi sert la cour d’assise, a quoi servent les jurés, la plaidoirie des avocats, qui intervient toujours après le réquisitoire de l’avocat général justement pour contre balancer ses propos si on refait le procès à chaque fois que le verdict n’est pas conforme. Alors quoi, on aurait refait le procès de Patrick Henri ? Celui de Bertrand Cantat ? Et celui de tant d’autres ? Je doutais, avec la nomination de Mam, que nous ayons gagné au changement de ministre. Je ne doute plus et je me demande dans quelle mesure nous ne serons pas bientôt conviés à l’enterrement des droits de la défense. 

Le clavier que j’emprunte est déconnant. La barre des espaces fonctionne quand elle a le temps. C’est pénible. Mon blog risque d’en pâtir dans les jours qui viennent.

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vendredi 26 juin 2009

Ah ! la fac… 2

1978Laure.jpg

J’ai fait ma première année assez paisiblement, la partageant entre la fac d’espagnol et celle de droit. Enfin, paisiblement… J’allais de l’Assas du Gud au Censier de l’Unef ID. Quand les premiers ont fait une descente chez les seconds, je n’en menais pas large. Quand je me baladais dans la fac de droit avec dans mon sac des tracts PS que j’apportais à mes parents qui dirigeaient la section de notre commune, je rasais les murs. Mais bon, une année sereine. Je n’ai pas passé le cut en droit, mais j’ai été admise assez tranquillement en deuxième année d’espagnol.

Enfin, tranquillement… Le ministre des universités cette année-là s’appelait Alice Saunia Seité, celle-là même qui a fait détruire la fac de Vincennes. Et qui a pondu, comme tous ses pairs, une réforme qui a mis en rogne les universitaires. Grève du zèle des enseignants. Blocage administratif. Pour ne pas pénaliser les étudiants, les profs n’ont pas bloqué tous leurs résultats. Ils ont fait un mix, ils en ont bloqué certains et pas d’autres. Normalement, tout le monde avait de quoi s’inscrire dans l’année suivante. Tout le monde, sauf cinq ou six malchanceux. Dont ma pomme. Nous n’avions aucune note. Rien. Je me suis pincée pour me sortir de se cauchemar. Mais non, je n’avais pas le droit de m’inscrire en année supérieure. J’avais d’autant plus un sentiment d’injustice que si je n’avais pas officiellement les résultats, je les avais officieusement et ils étaient bons. Il m’a fallu une dérogation du président de l’université. Les notes ont été débloquées en novembre de l’année suivante.

La deuxième année a été plus mouvementée. J’ai commencé à travailler. On avait beaucoup de cours à assurer et d’UV à obtenir, environ 16, avec à chaque fois un écrit, un oral (je ne faisais pas le contrôle continu). Plus la fac de droit quand même où je repiquais ma première année, j’étais pas mal occupée (j’ai toujours été un peu suractive). En fait, j’ai définitivement planté mon droit. Et que je me suis vautrée en traduction. Les UV de littérature, de civilisation, ça allait. La version, ça n’était pas trop mal. Mais le thème me posait définitivement beaucoup de soucis. Le prof, un espagnol, et moi n’avions pas la même façon de comprendre le français. Et donc pas la même de le traduire en espagnol. Je soutenais (et je maintiens) qu’il faisait de gros contresens en français. Et que ses traductions étaient fausses. Je me suis un peu trop fait remarqué. J’ai aligné les mauvaises notes, et ça n’a pas été mieux à l’examen final. Nous pouvions nous inscrire en licence sans avoir le Deug complet, mais la traduction était barrage. J’ai redoublé ma deuxième année pour repasser le thème. Et j’en ai profiter pour finir ce qui me manquait et faire des tas d’autres choses : du portugais par exemple, même si je n’en avais pas vraiment besoin.

Le directeur du département à changé en février. Et le nouveau a décidé qu’il allait reprendre en main ce département (qui ne s’appelait pas comme cela à l’époque, je crois que c’était UFR). Peu de temps avant les examens, il a décrété que tous les écrits devaient être doublés d’oraux. Ce qui était déjà le cas pour la plupart, sauf pour les UV de traduction. Et pour cause. Mais le directeur était malin. Il a décidé de coupler toutes les UV de traduction à des UV de linguistique qui étaient tout ce qu’il y avait d’optionnels jusque là. Et que je n’avais donc pas pris. Ne me destinant pas à l’enseignement ni à la traduction, je n’avais pas jugé bon de m’y inscrire. Vous me direz que ce n’était pas très grave puisque la décision devait être prise pour l’année suivante. Mais non, c’était avec effet retroactif. Totalement illégal. J’ai bachoté autant que je pouvais. J’ai eu la version et le thème. Un exploit. J’ai planté les oraux. UV barrage, retour à la case départ. Nous étions là aussi plusieurs dans ce cas. Nous nous sommes réunis. Nous en avons appelé au président de l’université. Qui est parti à la retraite avant de nous donner sa réponse. Il ne nous restait que le recours du conseil d’état. Minimum trois ans d’attente nous a-t-on dit. Nous en avons gagné deux en redoublant. J’ai passé une année avec cinq heures de cours… Je ne me suis pas ennuyée une seconde. Ce n’est pas mon genre. Mais j’ai eu du mal à raccrocher les wagons ensuite.

La Licence, je l’ai eu normalement. Nous avions un très gros programme. Nous avions une douzaine d’œuvres en littérature, six en contemporain et six en classique. Et à chaque fois, il fallait tout connaître de l’époque et de l’auteur. Dont je ne me souviens pas de la moitié. C’est cette année là, cependant, que j’ai découvert Jorge Luis Borges, grâce à une enseignante argentine, spécialiste du grand homme. Une parfaite peau de vache, mais dont le cour était passionnant. La période du XIXe siècle me passionnait moins, surtout en littérature espagnole, dont les cours nous étaient donnés par un vieux crouton chiant comme la pluie. En civilisation, nous avions également un programme assez lourd. Dont une UV sur la colonisation dans laquelle nous avons beaucoup parlé de créolité. Ça m’a poursuivi longtemps, à mon corps défendant. Bref, programme chargé.

Je bossais à plein temps. Je suivais les cours comme je pouvais, dès que je le pouvais. Je me faisais des fiches. Mais j’ai fait une impasse. Sur un auteur. Chacun de nos enseignants en littérature devait nous faire travailler deux œuvres, une par semestre. Le vieux crouton avait passé les trois quarts de l’année sur la première, celle de sa thèse, et avait bâclé la seconde en deux cours. C’est donc celle-là que j’ai boudé. Et c’est celle-là qui est tombée. Evidemment.

On nous tendais la feuille du sujet au fur et à mesure que nous entrions dans l’amphi. Et nous avons été quelques uns à dire tout haut : eh merde, c’est… (je ne crois pas que c’était Valle Inclan, mais en tout cas un contemporain). Ceux qui attendaient pour entrer, nous entendant, ont filé à la bibliothèque histoire d’essayer d’aligner quelques connaissances. Moi, j’en ai pris mon parti. Je me suis installée assez près de la sortie, histoire de ne pas perdre trop de temps, j’ai inscrit mon nom sur la feuiIle et je l’ai rendue au vieux crouton. Complètement blanche. Je n’ai même pas essayé. Je trouvais ça stupide. Je trouvais ça dégueulasse. Nous donner ce sujet à l’exam alors que le prof ne l’avait quasiment pas abordé…

Les retardataires avaient une heure pour arriver. Nous avions donc une heure à attendre pour sortir (nous n’étions pas censé pouvoir communiquer le sujet aux gens qui n’étaient pas encore arrivés mais qui pouvaient encore le faire. Tu parles !) Au fur et à mesure que le temps passait, les trois quart des étudiants remettaient leur copie et venaient s’assoir tout près de l’entrée pour ne pas déranger ceux qui essayaient de travailler. Une amie est venue me rejoindre. C’était une tête, une forte en thème. Elle n’avait que des mentions bien et très bien. Une bosseuse de première. En même temps, une nana adorable, douce et gentille. Mais quand le vieux crouton a pris la feuille immaculée qu’elle lui tendait et lui a sorti, bredouillant de surprise :

– Vous ? Mademoiselle Unetelle ? Vous aussi vous rendez feuille blanche ?

Elle a rétorqué, tranquille, mais d’un ton assez coupant.

– Quatre-vingt pour cent des étudiants qui vous rendent feuille blanche, ça ne vous pose pas de question sur le contenu de votre cours ?

Il l’a mal pris. Mais moi, je buvais du petit lait.

J’ai eu ma licence en octobre. Ce n’est pas ce prof qui a fait passé cette UV. Je me suis inscrite en maîtrise. Mais je bossais de plus en plus. Et j’avais de moins en moins envie. Il y avait tant de choses intéressantes à faire, ailleurs. J’ai passé mon certificat de maîtrise. Dans des conditions rocambolesques puisque j’ai été victime d’une très grosse crise de rhume des foins. Heureusement, mon prof avait souffert d’allergies importantes. Il m’a accordé le certificat sur le travail accompli tout au long de l’année. Je n’ai jamais écrit ma thèse. Ça ne me faisais pas envie. Surtout, je ne m’en sentais pas capable. Donner le change sur des cours, des examens, passe encore. Mais écrire, là on allait voir mon imposture. Ce n’est la confiance en moi qui m’étouffait.

Evidemment, si je l’avais fait à cette époque, je n’aurais pas à reprendre des études. Je ne regrette rien. Les doutes (je ne vous raconte pas la rédaction de la lettre de motivation) sont toujours là, mais je les connais bien maintenant et ils ne me paralysent plus. Et je trouve que c’est une belle revanche sur eux.

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