Racontars

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mercredi 17 mars 2010

Allons à l'opéra voir de belles choses et des amis pour discuter gaiment

J’aime prendre le train pour quitter ma ville et partir faire autre chose, ailleurs, pas forcément loin. Mais ailleurs. Bon, l’ailleurs, c’est le plus souvent Paris, on revient toujours à ses amours anciennes. J’ai donc emprunté le teuf teuf pas rapide qui mène à la capitale en deux heures et demi quand le TGV galope, lui, en une heure tout juste.

Arrivée à presque 16 heures, je me suis rendue chez la belle hôtesse pour récupérer un trousseau de clés. Puis, après avoir dégusté un très bon thé, j’ai marché jusqu’à la place d’Italie pour prendre le métro et me rendre à l’opéra Bastille. Au programme L’Or du Rhin, de Wagner. A dire vrai, je ne suis pas une wagnérienne pure et dure. Je ne suis pas une wagnérienne du tout. Mais je suis curieuse de tout et j’adore les trouvailles de mise en scène et de spectacle. Et de ce côté-là, ceux qui ont œuvré sur Wagner m’ont rarement déçue.

Il y avait eu Lohengrin, dont les costumes m’ont fait parfois sourire : Robes, costumes, pardessus des années quarante, mais quand le conflit éclate, les hommes enfilent par dessus leurs gabardines des armures moyennâgeuses et dr saisissent de leurs épées. Il paraît que c’est une allégorie, une métaphore. Moi j’ai dû réprimer un fou-rire peu propre à la gravité du moment. Mais j’avais adoré (et je n’étais pas la seule) Waltraud Meier dans le rôle d’Otrud. Je comprends qu’on traverse une partie de l’Europe pour l’entendre chanter.

Il y a eu un Parsifal à la mise en scène étonnante. Je n’ai pas tout compris des partis pris, mais c’était visuellement exceptionnel, intelligent. Et magnifiquement chanté, toujours avec l’exceptionnelle Waltraud Meier.




Parsifal et les fleurs
Et puis, j’avais été impressionnée par La tétralogie de Boulez et Chéreau donnée à Bayreuth de 1976 à 1980, que j’ai vue, comme tout un chacun, à la télé. Alors, quand j’ai vu que L’Or du Rhin, le prélude à la tétralogie, était donné à Bastille, je me suis inscrite sur la liste des candidats au billet et, grâce à un prosélyte lyrique, j’ai pu acheter une place. C’était ce samedi soir-là.

Arrivée à Bastille, on nous annonce que le spectacle sera sans entracte et se terminera à 22 heures. Deux heures et demi de spectacle ! Je me précipite aux toilettes. Ensuite, je me dis que j’aurais sans doute la chance de pouvoir dîner au restau chinois en rentrant. Oui, je sais, je suis dirigée essentiellement par mes boyaux. Mais que serais-je sans eux… Ce n’est qu’après que je pense que ça risque de faire long, quand même. De toute façon, je n’ai pas fait tout ce chemin pour vendre ma place et repartir. Je me hisse donc au 4e étage, premier balcon, porte 9, comme d’habitude. Je suis au rang 7, à la même place que la fois précédente, pour La Somnambula. Mais j’ai une arme supplémentaire, un zoom x 15 qui va me servir de jumelles.

Premier tableau, les ondines Woglinde, Wellgunde et Flosshilde, enveloppées dans une mousseline rouge, jouent à la balançoire au milieu des poissons représentés par un mur de mains gantées de rouge. J’ai l’impression d’être dans un tableau de Klimt. Evidemment, la balançoire, sous l’eau, ce n’est pas très plausible. Mais qu’est-ce qui est plausible dans cette fable sur les Dieux qui vont mourir. Elles se balancent donc, en chantant, quand le nain Alberich surgit des profondeurs de la terre et tente de les draguer. C’est la drague des profondeurs… Il est si laid que les ondines se moquent de lui. Elles l’aguichent, avec leurs costumes où sont dessinés seins et pubis. Le nain devient fou, elles le rejettent en riant. Alberich est distrait par un reflet dans l’eau, et les écervelées lui révèlent qu’elles sont les gardiennes de l’or du Rhin qui ne peut être forgé que par celui qui renoncera à l’amour. Alberich n’a rien à perdre, laid comme il est. Enervé par les agaceries des trois sœurs, il jure de renier tout amour en lui et s’empare du trésor devant les belles qui n’ont plus que leurs voix pour crier et leurs yeux pour pleurer.


Le nain est petit et moche, mais il a une voix magnifique. En tout cas, il part riche de l’Or du Rhin qui, un fois forgé, lui donnera fortune et pouvoir. Ce qui est une bonne revanche quand on ne peut pas susciter l’amour… (encore que, parfois, on voit des choses invraisemblables, de très belles femmes s’amourachant de nains mais ceux-ci ont déjà pouvoir et argent…)

Plateau suivant. Une mappemonde sur laquelle gisent endormis trois hommes torse nus et musclés et contre laquelle deux femmes s’appuient, l’une, debout, de profil, l’autre, assise et alanguie. Nous quittons l’univers de Klimt pour celui de Fassbinder, dans Querelle. Il s’agit des Dieux, Wotan, le chef de famille, de sa femme Fricka, des frères de celle-ci, Donner et Froh (de vrais demeurés) et de la belle Freia, leur sœur. Qui fait pousser les pommes dont ils se nourrissent exclusivement et qui leur garantit muscles,  jeunesse et beauté. Au loin, sur un échafaudage, on peut observer des ouvriers en plein labeur. C’est que Wotan, sur la demande pressante de sa femme, a demandé aux géants Fasolt et Fafner de construire un château digne des dieux qu’ils sont. Paiement promis, Freia, ce qui ne lasse pas d’inquiéter Fricka qui ne verrait pas d’un bon œil partir sa sœur et son garde-manger. Comme souvent chez Wagner, les femmes sont inquiètes et les hommes imbéciles. Wotan a promis sa belle-sœur sur les conseils d’un demi-dieu, Loge, malin comme un singe, qui lui a glissé qu’on trouverait bien une solution pour ne pas tenir pareil engagement. Mais au moment où les géants viennent réclamer leur du, Loge est absent et Wotan bien emmerdé.

Alors, il fait son Dieu et refuse de payer. Aussitôt, c’est la révolution. Les géants, ouvriers du bâtiment, s’emparent de la mappemonde, posent des banderolles rouges partout, envoient des tracts sur la foule. Dans les gradins, quelques fou-rires fusent.


Evidement, Loge finit par arriver. Il raconte qu’Alberich vient de se forger un anneau magique avec l’or du Rhin, qu’il a volé aux filles du Rhin, lesquelles pleurent. Ce méfait n’arrange pas les Géants qui ont souvent maille à partir avec le nain (genre les éléphants et la souris). Ils emmènent donc Freia en otage et promettent de la rendre si, dans les vingt-quatre heures, Wotan leur remet l’anneau qu’il aura préalablement volé à Alberich.

Au tableau suivant, nous sommes donc dans le royaume du nain, qui a asservi son peuple et son frère Mime. Après Klimt, Fassbinder, voici l’influence de Metropolis, de Fritz Lang. Ce qui reste de l’or du Rhin trône au milieu de la scène et une scie gigantesque se balance au dessus de lui pour le couper. Les nains se plaignent de leur nouvel état d’esclave. Ils travaillent beaucoup plus dans leur mine pour ramener toujours plus d’or pour leur insatiable tyran. Ils ne peuvent pas plus résister à la magie d’Alberich que Mime qui a été contraint par son frère à lui forger une heaume d’or pour le rendre invisible.


  Les mineurs, de par et d’autre de la scie, se balancent au même rythme qu’elle. En avant, en arrière… Arrivent Wotan et Loge auprès de qui Mime vient pleurnicher. Ils rencontrent Alberich qui, sur de sa puissance, les affronte dans une scène qui ressemble à s’y méprendre à celle du combat entre Merlin l’enchanteur et Mime la sorcière dans le film de Disney. Plutôt grotesque. Evidemment, Wotan et Loge (surtout lui, le malin) parvienne à tromper le nain et à l’emprisonner. Pour être libéré, il doit donner son or, le heaume magique. Wotan se saisit, en plus, de l’anneau qu’Albérich, fou de rage, maudit, prédisant que celui qui ne l’aura pas dépérira de désir et celui qui le possèdera attirera à lui le meurtrier. « Le seigneur de l’anneau sera l’esclave de l’anneau. »

Retour de Wotan et de Loge sur le plancher des vaches, ou plutôt sur la demi mappemonde. Ils rejoignent le reste de la famille. Arrivent les géants accompagnés de Freia. Les Dieux leur remettent l’or du  Nibelungen et le heaume. Mais il reste un trou dans le mur monté grâce aux lingots et Fafner exige de le boucher avec l’anneau. Evidemment, Wotan refuse. Les géants le réclament, Loge demande à ce qu’il soit rendu aux ondines, Wotan est inflexible. la situation est sans issue. Heureusement, Erda, la déesse de la Terre, traverse la scène et le conjure de jeter cet anneau, source de malheur et cause de la fin des Dieux. Wotan, saisi, donne l’anneau aux géants qui, aussitôt, se bagarrent pour se l’approprier. Fafner tue son frère Fasolt. Wotan se rend alors compte de la puissance de la malédiction. Qu’importe Freia est de retour parmi les siens, qui peuvent à nouveau se nourrir. Pendant que Fafner, obnubilé, passe son temps à empiler son or, Donner invoque l’orage pour nettoyer le ciel. Les Dieux issent un immense rideau représentant un magnifique ciel bleu.

[1]

Entouré dune kyrielle d’hommes en short en marcel blancs (les deux du stades) ils posent sur leur tête leurs casques à plume et prennent possession de leur château et le rideau tombe, penant que les athlètes brandissent les lettres de “Germania”. Curieux final !


C’est fini, et je n’ai pas vu le temps passé. Je ne me suis pas ennuyée une seconde. Il faut dire que ça n’arrête pas. il se passe toujours quelque chose. C’est un spectacle total, tantôt beau, tantôt drôle, mais qui finit par prendre. La scénographie est cohérente, même s’il est déroutant, de convoquer à la fois la lutte sociale (présente dans le livret) et l’imagerie nazifiante (le final). Mais le public était plutôt content. Et Wotan en tirait la langue de contentement…



J’étais d’autant plus satisfaite que j’ai eu le temps, comme envisagé, d’aller déguster un pho du côté de l’avenur de Choisy, chose dont j’avais envie depuis des lustres. Puis, sur la terrasse de l’amie qui m’hébergeait, j’ai fait une série de la ville la nuit parce que c’est beau… Après avoir pratiquement achevé La Cité des jarres d’Arnaldur Indridason, je me suis enfin décidée à dormir. Le lendemain, il y avait brunch. Et j’ai eu le plaisir de voir, outre mon hôtesse et le gars qui l’a à la bonne, Joël Riou, qui avait assisté au même spectacle que moi la veille, Bladsurb, Charles, Pascal & Co, Noël sa douce et junior, Maître Ka, Janu,  Johann, Gilsoub…, bref, que du beau monde. J’ai eu toutes les peines du monde à m’arracher de cet univers chaleureux pour courir jusqu’à Montparnasse et sauter dans le TGV. A Tours m’attendaient mes trois gisquettes qui s’étaient faites toutes belles pour accueillir leur maman. Elles m’ont accompagnée jusqu’au bureau de vote où j’ai pu rejoindre la minorité de ceux qui ont voté [2].


[1] crédit des petites photos : Opéra national de Paris/ Charles Duprat. Sauf la plus petite qui a été prises par mes soins, comme les plus grandes.
[2] et malheureusement, ce ne sera pas le cas dimanche prochain. Je remonte à la capitale pour accompagner la grande à une grosse compétition d’escrime et nous ne pourrons pas être rentrées avant 19 heures… Quant à la procuration, difficile de trouver quelqu’un dans une ville où l’in connaît finalement peu de monde.

lundi 15 mars 2010

Effet zoom à l'opéra Bastille

J’étais au 1er balcon, rang 7 et je voyais la scène à peu près comme cela



Mais avec un petit effet de zoom je voyais cela


ou cela



Dommage qu’il m’était impossible de prendre de photos pendant le spectacle, mais mon réflex fait trop de bruit. A quand des reflex silencieux comme des chats… Il y avait des choses très belles dans cette mise en scène. D’autres plus amusantes. J’essaierai de conter cela…

vendredi 29 janvier 2010

Love story à Bastille (La Somnambule)

L’histoire est digne d’un roman photo cucul la praline, comme ceux que je lisais chez le coiffeur quand j’attendais que ma mère sorte de dessous le casque séchant. Dans un hôtel suisse, Elvino aime la douce Amina qui le lui rend bien. Ils vont signer leur contrat de mariage sous l’œil furibard de Lisa, l’ancienne fiancée d’Elvino.


Nous sommes à la veille des noces, le notaire est là pour le contrat. Tout le monde est très joyeux. Arrive un touriste (dont le manteau de fourrure fait penser qu’il est très riche). Lisa entreprend de l’amadouer mais quand il voit Amina, il ne peut s’empêcher de l’admirer et de le lui dire.

Crise de jalousie féroce d’Elvino, qui reproche à sa promise de faire la coquette (alors que, franchement, il n’y a pas de quoi fouetter un chat). Larmes d’Amina. Et puis tout le monde se calme et comme c’est la fin de la journée, on se sépare en prévision des noces du lendemain.

Lisa, cependant, est restée pour « s’occuper » du voyageur. Elle minaude, il se laisse faire. On sent qu’ils vont sans doute passer du bon temps ensemble quand, coup de théâtre, Amina arrive, enroulée dans une couverture. Elle dort à poing fermé, elle est somnambule. Elle chante et parle de sa noce, de sa joie, de son amour pour Elvino.

Le voyageur, troublé par sa présence, est tenté de profiter d’elle. Puis se ravise et la laisse dormir, la couvrant même de son manteau de fourrure. Il n’aurait pas dû. Car cette salope de Lisa court réveiller Elvino pour lui dire que sa chérie fricote avec le voyageur. Quand tout le monde arrive sur place, on ne voit pas l’homme, on ne trouve qu’Amina, endormie sous le manteau, et on en conclue qu’elle a fauté. Coup de sang du jaloux, qui frappe la douce jeune fille.

Le lendemain, la mère adoptive d’Amina est la seule à prendre sa défense. Et elle trouve, dans la chambre du voyageur, un bas et une chaussure qui sont celles de Lisa. Elle met cela de côté. En attendant, ça chauffe pour Amina. Elle est battue et humiliée par son amoureux qui lui arrache même sa bague de fiançailles et annonce qu’il va se marier avec l’infâme Lisa. Amina s’enfuit et se réfugie dans sa chambre.

La Somnambule, Bellini


 Pendant ce temps, la préparation des noces va bon train. Au moment où le cortège s’apprête à partir à l’église, le voyageur revient. C’est en fait le comte de la région (et aussi le vrai père d’Amina, heureusement qu’il n’a pas fauté, sans cela, houuuuuu, bonjour l’inceste). Bref, le comte jure qu’Amina est innocente et raconte qu’elle est somnambule. Evidemment, personne ne le croit et encore moins ce gros balourd d’Elvino. La noce va pour repartir et la mère d’Amina, qui est revenue pour demander aux gens de faire moins de bruit car sa fille s’est enfin endormie (du coup, on ne s’attend pas du tout à la suite…) s’insurge contre ce mariage.

Lisa le prend mal. Elle engueule la mère. Elle lui dit qu’elle a tout à fait le droit de se marier avec un homme, qu’elle n’est pas une trainée qui passe la nuit dans la chambre d’un célibataire. La mère d’Amina voit rouge : comment oses-tu mentir, et d’ailleurs, tu y étais toi-même dans la chambre du comte, j’en ai la preuve, dit-elle en lui balançant à la gueule le bas et la chaussure, tiens prends ça ! Gniark bien fait.

Lisa est blême. Elvino est con. Enfin, ça, tout le monde l’avait compris. Il s’arrache les cheveux en criant : comment ? Les deux femmes que j’aime m’ont trompé et avec le même homme !!!! Je suis maudit (Là, devant tant de candeur et de bêtise, la salle entière s’est écroulée de rire). Lisa ne dément évidemment pas d’autant que le comte confirme. Reste Amina qui dort.

La Somnambule, Bellini

Et d’ailleurs, quand on parle de la louve, elle sort du bois. Elle arrive, toute dormante, enroulée comme la veille dans sa couverture. Le comte est bon et démontre à Elvino que la douce et charmante Amina est bien somnambule. Celle-ci pleure la mort de son amour, sa déchéance, c’est déchirant (ça l’est vraiment mais pas pour l’histoire). On presse Elvino de la réveiller pour lui dire qu’il sait, qu’il s’excuse, etc. Et c’est ce qu’il fait et la douce Amina pardonne (et là, vraiment, elle est bête, parce que son Elvino, c’est quand même un rustre, jaloux et qui la cogne). Elle se relève et court se changer. Un rideau tombe et c’est une copie de celui de l’opéra Garnier. Amina revient, vêtue de rouge, avec des gants de gala (on se demande bien pourquoi, c’est pas clair) pour entonner son air final qui est celui de son triomphe.

La Somnambule, Bellini

Et tout fini par une chanson sur les tables, une noce, quoi.

Vous l’aurez compris, ce Bellini pas ne brille pas par l’histoire, exemplaire dans son côté guimauve. Par contre, au niveau musical, c’est fabuleux. Les airs d’Amina sont magnifiques, les duos aussi. Et si l’on se moque des personnages on admire les interprètes et leurs partitions. Avant le levé de rideau, une jeune femme est venue nous prévenir que Melle Dessay était souffrante mais qu’elle chanterait malgré tout. Elle est présente quasiment du début jusqu’à la fin et elle a été tellement admirable que nous nous sommes tous demandé ce qu’elle aurait fait si elle avait été en pleine forme.  Je n’ai hélas ni video ni son pour vous faire partager l’immense bonheur que fut pour mes oreilles sa prestation.

Les autres interprètes étaient pas mal non plus. Le Conte Rodolfo (Michele Pertusi) a une basse fort harmonieuse chaleureuse. Teresa (Cornelia Oncioiu) est une belle figure matenelle et Lisa (Marie-Adeline Henry) chante parfaitement les pestes. Par contre, je suis restée dubitative à l’écoute du ténor. Par moment, notamment dans les duos avec Natalie Dessay, il faisait preuve d’une belle musicalité. Mais le reste du temps, son jeu était aussi morne que sa voix qui ne portait pas vraiment.

La Somnambule, Bellini

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Et merci aux prosélytes lyriques (et surtout à Olivier) qui ont permis que je passe cette délicieuse soirée.

lundi 14 décembre 2009

Nearly 90

Il y avait deux spectacles phares en danse cette année au programme du Théâtre de la ville. Les deux ballets de Pina Bausch, et la dernière création de Merce Cunningham, présentée à New York le 16 avril 2009, le jour même du quatre-vingt-dixième anniversaire du chorégraphe, Nearly 90. Par une étrange et triste coïncidence, les deux chorégraphes sont décédés cet été, laissant un grand vide dans le monde de la danse.

J’ai eu deux places pour Vollmond, mais pas pour Masurca Fogo, la bagarre était intense pour les ballets du Tanztheater Wuppertal. Je n’ai, par contre, pas eu de difficultés pour Merce Cunningham. J’ai donc embarqué les deux dernières à Paris, l’aînée ayant une compétition d’escrime le même jour.

Je n’avais jamais vu de ballet du grand maître américain, dont on dit qu’il est l’un des plus grand chorégraphe de notre temps. J’étais donc très curieuse de voir cela. Je n’avais rien lu de précis, regardé aucune video. Je n’avais donc aucun préjugé. Le spectacle durait une heure et demi sans entracte. C’était parfait. Nous avions fait la route depuis Tours, étions arrivées sans encombre place du Chatelet, avions déjeuné au Sarah-Bernardt (brasserie qui jouxte le théâtre) comme il se doit. Je n’aurais peut-être pas dû. La fatigue de la route, plus la digestion, ont fait que j’ai piqué du nez plus souvent qu’à mon tour.

Nous étions placé au premier rang, entourées de jeunes adotes qui n’arrêtaient pas de gesticuler et de papoter. J’ai dû faire ma police. Elles m’empêchaient de dormir. Non, je plaisante. Mais c’est vrai que je n’ai pas été emballée par ce que j’ai vu. C’est de la danse de virtuose. Les danseurs exécutent des mouvements que l’on comprends extrêmement difficiles, car ils sont souvent au ralenti. Ils réalisent des figures compliquées, des épures techniques, des paraboles incroyables avec une grâce infinie. Mais la magie ne fonctionne pas. En tout cas pas toujours. Parce que je trouve cela trop technique justement. Trop virtuose. Aucune émotion. Ces danseurs et ce ballet m’ont fait penser à ces chanteuses américaines à la voix magnifiques mais qui passent leur temps à faire des vocalises et à “hurler” : Tu entends comme j’ai une belle voix, tu entends ce que j’arrive à faire avec… Mais degré émotion, zéro pointée.

Alors oui, il y avait des tableau d’une beauté à couper le souffle. Mais aussi de l’ennui. Garance a observé ça d’un œil technique, elle y a, du coup, trouvé son content. Léone a été époustouflée par certains passages, le reste du temps elle s’est ennuyée poliment en s’appliquant à ne déranger personne.

Je ne regrette pas d’y avoir été. Il faut apprendre. Mais je préfère définitivement les chorégraphes européens : Pina Bausch, bien sûr, mais aussi Koen Angustijnen, Jean-Claude Galotta, Anne Teresa De Keersmaeker,et même Maguy Marin, avec son art déjanté de la chorégraphie, car, à chaque fois, j’en sors remuée, émue, bref vivante. Samedi, j’ai eu un peu l’impression d’observer des robots.

Et je ne dirai rien sur la musique, pour moi, à la limite du supportable.

En plus, mes photos du salut sont merdiques car j’avais oublié mon appareil photo et je me suis contentée de mon portable…

mercredi 9 décembre 2009

Danse avec eux

C’était le spectacle de cette fin d’année. Rendez-vous compte, deux morts, un chorégraphe reconnu et de nombreux danseurs plein de mérites. Gainsbourg avait sorti L’Homme à tête de chou en 1976, qui avait connu un flop. Il n’était pas encore assez Gainsbarre sans doute pour que cette œuvre sombre et sensuelle puisse trouver son public. Bashung l’a repris à son tour, en 2006, pour ce spectacle, il en a surpervisé l’arrangement. D’une demi heure environ, la partition passe maintenant l’heure. Et Galotta l’a chorégraphiée. Avec ce trio incroyable, c’est sûr, le tout-Paris allait se presser au théâtre du Rond-Point.

Quand on m’a proposé ces places, je ne savais pas du tout de quoi il retournait. J’avais juste retenu Galotta et danse. Deux mots qui me suffisait pour acheter les billets. Quand la presse a commencé à en parler, je ne me suis même pas souvenue que j’avais ces places. Alors quand je les ai reçues, j’en ai été bien aise. Mais vu les critiques, il me paraissait difficile d’y emmener Garance. On parlait de nu, de scène trop érotique, d’une scène de masturbation inutile et vulgaire. Des mots qui n’ont fait qu’attiser ma curiosité. Entre les adorateurs zélés des deux disparus, qui ne pouvaient que se sentir trahis (musique trafiquée, voix désincarnée, c’est pas lui, c’est pas eux) et ceux qui aiment descendre ce qu’ils adoraient avant, c’est sûr, il fallait détester.

La salle était pourtant comble (comme les Champs Elysées d’ailleurs, c’est fou cette foule d’avant les fêtes de noël). Sur scène, comme lu, une chaise de bureau à roulette. Entre un danseur à la silhouette déguingandée, dandy nonchalant, une réincarnation de Bashung, puis arrivent les autres, des hommes, des femmes, des journalistes à scandales et des Marilou petites coiffeuses. J’ai beaucoup aimé le travail des danseurs, et le travail de Galotta sur les danseurs. Chacun incarne à sa façon, suivant son tempérament, le couple infernal. Il y a des filles à la sensualité etrême qui réveilleraient un mort, d’autres plus athlétiques, plus rentre-dendans, d’autres encore plus douce, presque passive-soumise. Chez les hommes, pareil, les dominateurs, les faibles, les révoltés. Chacun des couples ainsi formé donne un relief nouveau à l’histoire. N’en déplaise à certains, je n’ai rien trouvé de déplacé dans ce ballet, ni les gestes, ni les attitudes. Tout avait sa raison d’être, y compris ce danseur nu comme un ver, la tête couverte d’un masque de singe, assis que la chaise, transporté par quatre de ses camarades qui le dépose sur le devant de la scène. Gratuit ? Non, c’est la statue même de l’Homme à tête de chou


Photo DR

Le spectacle est un ballet, il ne fallait pas trop y chercher les ombres de nos chers disparus. Ce n’était pas un concert souvenir, pas un concert du tout. C’était des danseurs qui s’exprimaient de façon particulièrement expressive sur une histoire connue et donc plus facilement décryptable que d’autres ballets contemporains. Et c’était beau.



Cela dit, c’était beau aussi d’entendre la voix de Bashung, cette voix magnifique sur ce texte magnifique. C’était bon aussi d’entendre ces airs de Gainsbourg revisité par Bashung. Et de se rendre compte combien ces deux-là ont marqué notre vie d’un vrai talent. Et combien ils nous manquent. J’imagine que Galotta n’avait au départ pas tout à fait imaginé ce spectacle, parce que Bashung aurait dû chanter sur scène avec ses musiciens. Mais c’est pas grave, c’est beau quand même.

Mon seul bémol, c’est sur la chanson Quand Marilou danse reggae, à ce moment-là, la chorégraphie est tout, sauf du reggae… C’est dommage, mais c’est pas grave parce qu’on est quand même pris par tout le reste.

Le ballet est donné au théâtre du Rond-point jusqu’au au 19 décembre. Puis il ira entre autres en janvier à Chambéry (12 et 13), mars à Roubaix (11-13), mai à Blagnac près de Toulouse (4 et 5), Besançon (10 et 11), Alès (18 et 19), Combs-la-Ville en Seine-et-Marne (26 et 27) et en juin (1er-3) à Clermont-Ferrand. Si vous êtes des puristes de Bashung ou de Gainsbourg, n’y allez pas, vous n’aimerez pas. Mais en dehors de la résurrection des deux artistes, rien ne pourra vous satisfaire. Pour tous les autres, n’hésitez pas. Vous passerez un moment passionnant.




vendredi 18 septembre 2009

La complainte de Mackie

Mardi soir, 15 septembre, j’étais à l’endroit où il fallait être, dans la même salle que trois ministres de la Culture (Lang, Tasca, Mitterrand le petit), que Pierre Bergé, que des femmes enrubannées et retendues, que des messieurs aux costumes empesés, que quelques comédiens en vue, que quelques garde du corps. Un vrai bain d’huile. Je n’en ai pas reconnu mon Théâtre de la ville (plutôt bobo que prout prout, quand même).

Mais qu’allais-je faire dans cette galère (j’ai un abonnement aux galères, il faut croire). Eh bien rien de moins qu’y assister à la première du plus beau, du plus intelligent, du plus drôle, du plus politique des spectacles de la saison. L’opéra de quat’sous, de Brecht et Weil en version originale, sous-titrée en français.

Rien que visuellement, j’en ai pris plein les mirettes. Les costumes aux lignes impeccables tranchant avec le minimalisme du décor tout en lumière. Et dans ce décor peu banal, des comédiens qui, comme des marionnettes, dansent et se jouent la vie, la vie rêvée des méchants garçons et des pauvres filles.

L’histoire est inspirée de L’Opéra des gueux, de John Gay et Johann Christoph Pepusch (1728). D’un côté, le roi des mendiants, Peachum, une crapule qui forme des mendigots pour les envoyer travailler dans une ville qu’il a organisée en quartiers. De l’autre, Mackie le Surineur, un voyou qui, protégé par son ami d’enfance devenu préfet de police, vole, tue, viole. Les deux brigands se sont partagé la ville des pauvres, ceux qui n’ont d’autres solution que de quémander ou de se prostituer pour survivre. Mais voilà, Mackie le dragueur ne résiste pas à un jupon et enlève puis épouse Polly, la fille de Peachum. La guerre est déclarée. Les prostituées, menées par Jennie des Lupanars trahiront Mackie le surineur pour quelques livres, une première fois, puis une seconde fois. Et Mackie finira sur le gibet.

C’est un conte des bas fonds dans un décor d’étoiles. Les comédiens du Berliner Ensemble sont fascinants. Une diction qui vous enverrait, enthousiastes, sur les bancs du collège suivre des cours d’allemand, un texte qui vous donne l’impression que vous comprenez cette langue (alors que vous ne l’avez jamais étudiée), des déplacements, un art d’occuper la scène, d’utiliser son corps… Dieu que c’était beau.

Ce n’est pas tout. Qui dit opéra dit musique et chansons. Les musiciens sont dans la fosse et ils sont sacrément bon. Quant aux comédiens chanteurs, quelle beauté. Notamment Jennie Des Lupanars, dont la voix fragile, belle et émouvante, à l’égal de celle d’une enfant, rend son personnage totalement bouleversant. Quand j’ai découvert que cette Jennie-là était interprétée par Angela Winkler, j’étais aux anges. Rendez-vous compte : LA Angela Wilnkler de Scène de chasse en Bavière (un film terrifiant mais très fort de Fleischmann), de L’Honneur perdu de Katharina Blum , de La Femme gauchère , du Couteau dans la tête et du Tambour. Angela Winkler, une comédienne emblématique d’une époque où l’Allemagne était prise au doute et au terrorisme, une Allemagne où tout était terriblement politique. Une merveilleuse actrice.

Mais les autres ne sont pas mal non plus. Peachum, le roi des mendiants (Veit Schubert) jette un regard sans aménité sur le monde. Traute Hoess est une Célia Peachum, épouse du précédent, dangereuse et drôle, qui manipule son monde de main de maître. Et puis Stefan Kurt, exceptionnel Mackie, qui tient la scène pendant trois heures, est tour à tour charmeur, sensuel, dangereux, vénéneux, roublard, cruel, léger, puis perdu. Une superbe voix lui aussi.

Bref, toute la troupe du Berliner Ensemble est remarquable. Et sert de façon merveilleuse un opéra qui a été créé chez lui, à Berlin, en 1928. Le texte est parfois d’une actualité étonnante, qui fait s’esclaffer le public, de ce rire jaune que l’on sert quand on se dit, fataliste, qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer. Mais on hésite quand même.

Quant à la mise en scène de Robert Wilson, elle est terrifiante. Elle tranche dans le vif, revenant au texte brut. Et en même temps d’une folle élégance. Wilson s’empare de l’œuvre et donne de notre monde actuel une vision cruelle et néanmoins plutôt réaliste.

Si jamais vous avez l’occasion de voir cette pièce, courrez. Elle repassera en avril au Théâtre de la ville. Mais à mon avis, ça va être chaud pour avoir des places.

Deux bémols. Il faisait à l’accoutumée beaucoup trop chaud dans la salle du Théâtre de la ville. C’est insupportable. Fatiguée comme je l’étais, la chaleur m’a anesthésiée et j’ai eu un mal fou à ne pas sombrer.
Et puis j’ai été choquée, à un moment, par les sous-titres. Vers la fin du spectacle, Mackie entonne une chanson qui est un mixte de La Ballade des pendus et de La Ballade des mercis de François Villon. Qui sont deux textes que je saurais reconnaître entre mille. Ils sont évidemment dit en allemand. Mais les sous-titres, au lieu de rétablir le texte original de Villon, se contente de faire une traduction de l’allemand. Ça veut dire exactement la même chose, mais ça le dit tellement moins bien. Et quel manque de culture pour ne pas reconnaître les deux plus célèbres poèmes de François Villon.

Photos : Lesley Leslie-Spinks/Berliner Ensemble

mardi 30 juin 2009

Adieu à Pina Bausch

Je viens de l’apprendre, c’est un éclair douloureux, une boule de tristesse. Pina Bausch est morte. Jamais plus, je ne la verrai venir saluer sur scène, avec sa troupe, après chaque représentation au Théâtre de la ville, là où elle a créé pas moins de quarante et une pièces.
Jamais plus je ne pourrai découvrir une création d’elle.
J’ai rêvé tant d’années de voir ses œuvres, je n’ai manqué aucun de ses ballets depuis quatre ans.
J’irai encore, en novembre prochain, m’assoir dans les travées du Théâtre de la Ville. Pour un hommage. Pour la fidélité. Mais ce sera autre chose. Plus cette magie créatrice qui jaillit. La source est tarie.
Mais j’irai, parce que la vie sans Pina me paraît plus fade, moins magique, moins belle. Même si ses œuvres étaient loin d’être des images de paradis.
Adieu Pina, et merci


dimanche 28 juin 2009

Le salut des artistes

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mercredi 17 juin 2009

Lundi ibère

Carme, a longtemps été mon opéra préféré, sans doute parce que, petite fille, c’est celui qui me semblait le plus accessible. L’histoire était simple, forte, et l’héroïne avait quelque chose de fascinant pour une petite fille qui découvrait que la condition des femmes n’était pas franchement enviable. Comme le disait si bien mon père : « Fais ce que je te dis, ne dis pas ce que je te fais… »

Un de mes premiers CD acheté fut celui de Carmen chanté par La Callas. J’en ai écouté des versions très différentes. J’ai vu les trois Tragédies de Carmen de Peter Brook. Je me suis précipitée au cinéma quand Carmen Jones est enfin sorti en France, Bizet venant de tomber dans le domaine public (les héritiers jugeant cette adaptation trop loin de l’œuvre initiale, les couillons).


carmen jones 1

Je kiffe Dorothy Dandridge. Mais cet extrait là n’est pas mal non plus.


carmen jones 2

C’est également un des rares opéras dont je connais certains airs par cœur. J’étais même capable de les chanter (dans ma salle de bains uniquement et quand il pleuvait déjà, c’est une honte, je n’ai pas la voix qu’il faut pour ce type d’exercice). J’ai également vu le film, de Rosi avec du beau linge, Placido Domingo dans le rôle de Don José, Ruggero Raimondi dans celui d’Escamillo et Julia Migenes en Carmen plus minaudière que force et caractère. Plutôt fade et statique – un comble pour le cinéma –, même si les voix des deux hommes étaient superbes.
J’allais donc plutôt curieuse à cette première. Garnce aurait dû venir, mais elle était punie. J’vais donc une place à vendre et c’est aux Prosélytes Lyriques que je la proposais, sans trop de succès. Il n’y eu qu’un candidat qui se démis en faveur de son ami. Et c’est ainsi que je me retrouvais devant l’Opéra comique avec S., violoncelliste, presque plus intéressé par ce qui se passait dans la fosse (la direction d’orchestre de Gardiner – il faut dire, ce n’est pas rien) que sur scène. C’est juste un peu stressant d’allet écouter une œuvre avec un musicien. On a toujours peur de dire une connerie. Mais S. fut charmant et emballé. Comme moi.
D’habitude, j’aime beaucoup le premier acte, moins le reste et le personnage de Micaëla m’assomme, car elle est interprétée de façon bien mièvre (il faut dire que le rôle est fade face aux Bohémiennes). Je déteste José mais c’est le personnage qui veut ça (sauf Harry Bellafonte dans Carmen Jones) Et il y a des airs que je chéris particulièrement comme « Sur les ramparts de Séville, chez mon ami Lilla Pastia…»

Près des remparts de Séville (Antonacci/Kaufmann, ROH 2006)

Cela dit, cela faisait un paquet de temps que je n’avais pas écouté Carmen. Eh bien, j’ai pris une bonne claque.

Tout d’abord, hommage à sir John Elliot Gardiner. Sa direction fut impériale. Il a rendu hommage à la musique de Bizet, préservant son charme, sa spontanéïté, sa joie et sa tristesse. Pas de pompe, mais de la nuance, de la subtilité et pour tout dire de la vie t « des cojones ». Quand on lui fait remarquer que sa Carmen met l’accent la sensualité du personnage, il répond : « Oui, c’est oppressant, étouffant et provocant. Venez en maillot de bain ! »
La mise en scène est elle aussi dépouillée du folklore ibérique qui était parfois pesant. Bien, sûr, cela se passe en Espagne, à Séville, ville encore sous influence maure. Et les cigarettières sont bien légèrement vêtues. Mais le décor est sobre. Les mouvements de foules sont formisablement orchestrés, parfois comme dans un ralenti qui donne le vertige. Les différents personnages n’en font pas des caisses et restent au plus près de leur vérité. Et le chœur, mon Dieu le chœur, ha quel chœur ! Des voix sublimes, une musicalité fantastique, un jeu de scène époustouflant,  ça danse, ça chante, ça joue, dans un bel ensemble et avec un bel allant. On se croirait presque dans une comédie musicale à Broadway. Moi qui ne connaissait que les chœurs de Bastille, un peu plan plan il faut dire et pas toujours justes, ceux là, misère ! quelle santé ! Quant à leur diction, elle est impeccable, on se passe aisément des sou-titre.
Ce qui n’est pas toujours le cas de Don José, que le français visiblement embarrasse. Le ténor américain Andrew Richards ne fut pas toujours à l’aise dans les deux premiers actes. Mais quel beau Don José. Il n’est pas ce benêt que Carmen mène en bateau. Il est un homme passionné, dont la Gitane tombe vraiment amoureuse, même si elle finit par se lasser de sa jalousie morbide. Et dès que le désespoir s’empare de lui, tout bascule. Il devient réellement fou. Il y a un moment, presque imperceptible, dans la scène finale, à l’instant où il se rend compte que non, décidément, Carmen ne le suivra pas, sa main, près de son oreille, a un geste saccadé. La douleur même. Cette main à elle seule est le hurlement muet de l’homme blessé à mort. Et tout le reste est à l’avenant. Wow !
Et moi qui n’aimait pas Micaëla, qui la trouvait mièvre et insignifiante, gnan-gnan (elle ne figure pas dans l’œuvre originale de Mérimée, elle fut ajoutée par Bizet pour contenter les canons moraux de l’époque), l’interprétation d’Anne Catherine Gillet m’a fait changer d’avis. Quelle belle voix, quelle belle âme, quelle force pour cette fragile jeune fille. Elle n’a pas à reougir devant Carmen. Elle est belle, amoureuse, passionnée, courageuse et tout ceci grâce à la magie de la voix de la jeune cantatrice.

Et puis il y a Carmen, Anna Caterina Antonacci, sublime. C’est un rôle qu’elle connaît, puisqu’elle le chante depuis 1998. Et visiblement, c’est un personnage qu’elle aime. Pas de minauderie, ni dans le jeu ni dans la voix. De la fierté, de la joie, de la force, de la violence, de l’amour, de la dureté, de la sensibilité. Elle est cette femme totale et elle chante totalement. Non seulement elle chante, mais elle joue, elle danse. UN abattage digne des plus grande meneuse de revue. Et une diction du français impeccable. Putain ! (pardon) quelle nana ! Il y a si peu d’héroïne qui assume ainsi leur vie, leur mort, leur liberté, leur féminité, surtout de cette époque. Et La Antonacci lui rend enfin justice. J’ajoute que c’est une femme mangifique à presque 50 ans.

Bref, je suis fan, totalement fan. Je voudrais y retourner (trois heures pourtant mais qui passent si vite). Mais pas la peine, tout est plein. Mais l’Opéra Comique a lancé une opération spéciale, pour le soir du 25 juin. Le spectacle sera retransmis dans 45 salles de cinémas françaises et suisse dont on peut consulter la liste sur le site. Dommage, il n’y a rien à Tours. Sans cela j’y aurais été en courant !


mardi 16 juin 2009

Lundi anglais

Cela faisait une éternité que je n’étais pas allée au cinéma. Mais puisque mon rendez-vous de travail était annulé et qu’une météo toute britannique s’était emparée de la capitale, je n’avais rien de mieux à faire. Il me restait deux places. Et coup de chance, les deux films que je souhaitais voir passaient dans le même cinéma à des horaires compatibles. Deux films anglais, comme le temps.

J’ai lu un jour Anarchie au Royaume-Uni, de Nick Cohn. Il y décrit une Angleterre moche, crade, bruyante, pétée de partout, peuplées de clodos, de SDF, de marginaux. L’envers du décor en quelque sorte, bien loin du sourire de Tony Blair. MAis le livre n’est pas désespéré, bien au contraire, il est puissant et plein d’espoir. L’Angleterre éternelle est là. Comme elle est sans doute aussi, dans les films de Ken Loach. Le premier film que j’ai vu de lui, c’est Family Life. Il est sorti en 1971. J’avais donc une douzaine d’année quand j’en ai lu la critique. Et l’histoire de cette jeune femme, que la société anglaise – parents compris – et la médecine psychiatrique rend folle m’avait marquée. Le journaliste décrivait entre autres une scène où la mère s’éloignait dans un corridor carrelé. Le bruit des talons, bien net, bien propre, était à lui seul la métaphore de cette Angleterre coincée et bien pensante qui voit sa jeunesse sombrer avec le sentiment du devoir accompli. Je n’ai jamais oublié ce papier et quand j’ai pu, enfin, voir le film, j’ai attendu cette scène. Je ne peux pas dire que j’ai été déçue, la scène était insignifiante, mais c’est cette insignifiance même qui lui donne toute sa force.

Je suis longtemps restée incrédule, perplexe face à ce film. Oui, tout y était dit, tout ce qui concernait cette époque. Mais les personnages : les médecins, les parents, les voisins… étaient si loin de moi, de ce que j’espérais du monde que j’en suis restée comme blessée. Je ne remettais absolument pas en cause la plausibilité de l’histoire. Mais c’était si violent, si terrible que j’en suis restée avec un méfiance vis-à-vis de ceux qui ne sont pas capables de se remettre en cause, de douter (même si ce n’est pas tout à fait leur faute) et une certaine aversion pour une certaine Angleterre.

Le film était sombre, terriblement, et sans espoir. Ce n’est pas le cas de Looking For Eric, du même réalisateur mais sorti tout récemment. et le coktail Ken Loach/Eric Cantona, ça c’est quelque chose que je voulais voir. Le décor a vieilli, les personnages aussi. Les maisons de la banlieue anglaise ne sont plus proprettes depuis longtemps. Le tatchérisme est passé par là. Le blairisme aussi. Et cette Angleterre populaire a sombré dans la pauvreté et la précarité, la violence. Plus personne n’a de certitude et encore moins Eric, le héros, qui crève de ne pouvoir expier une faute impardonnable, celle d’avoir abandonné Lilly, sa première femme, et Sam, leur petite fille de quelques mois.

Eric, c’est le frère de Janice, l’héroïne de Family Life. Le peu qu’il explique de son père, quincailleur, raconte la même rigidité, la même incompréhension du monde à venir et le même naufrage. Donc, Eric a sombré. Il erre, tel un fantôme, entre ses deux beaux-fils qui ne foutent pas grand chose si ce n’est quelques menus trafics, et son boulot de postier. Et c’est une autre fantôme, la légende d’Eric Cantona, joueur fabuleux et fantasque de MAN U, Manchester United, qui lui vient en aide.

J’adore Cantona. Peut-être pas autant qu’Eric, mais ce personnage de sale gosse génial mais pas si mauvais que cela, cette grande gueule ombrageuse, ses aphorismes, sa superbe me l’ont, quoi qu’il fasse, rendu sympathique. J’aime certains joueurs de foot pour des raisons parfaitement extrafootballistiques : Cantona, Thuram, Dhorasoo.

Dans le film, le roi Cantona est parfaitement chiant. Il débarque avec sa compassion, ses phrases à la mord moi le nœud traduite en anglais à la diable. Mais cela fait partie du personnage : « I’m not a man, I’m Eric Cantona ! » Le donneur de leçon est cependant bienveillant et, surtout, à l’écoute. Et le postier qui gardait tout son malheur pour lui, finit par détricoter son malaise et reprendre sa vie en main. Il y a un côté midinette dans ce film que je ne connaissais pas chez Ken Loach. Une midinette virile qui aurait pu chanter Les Copains d’abord, de Brassens. Car le message est là avant tout, dans l’amitié et l’esprit d’équipe. « Certains éprouveront peut-être une certaine condescendance envers cette idée, explique Ken Loach. Mais ce film parle de la solidarité entre amis en prenant pour exemple un groupe de supporteurs de foot. Il est aussi question de l’endroit où vous travaillez et de vos collègues. Même s’il peut sembler banal de dire cela, ce n’est pas le vent de l’époque. Ou du moins ça ne l’est plus depuis trente ans. Ceux qui vous entourent ne sont plus vos camarades, ils sont vos concurrents. »

De la grandeur dans les petites misères du quotidien. Et un film drôle et plein d’espoir.

Le temps de changer de salle et me revoilà outre-Manche. L’England des sixties, celle d’avant Tatcher, celle de Family Life, mais côté flamboyant. Je me suis marrée comme rarement. Un film qui pète la forme et l’insouciance. C’est l’histoire invraisemblable d’une radio pirate basée quelque part en mer du Nord, donc hors zone de contrôle, qui émet des émissions que l’etablishment britannique réprouve, mis que tous les autres adorent. Une Skyrock qui passerait de la bonne musique, ce que le rock et la pop ont fait de mieux : les Who, les Stones, Cream, les Yarbirds, les Small Faces, les Hollies… C’est aussi l’histoire d’animateurs fêlés qui s’éclatent comme des malades à faire écouter la meilleure des musiques et à parler bite et cul à l’antenne, des gamins irrévérencieux, insupportables mais géniaux. C’est l’histoire enfin d’un ministre ultra puritain (Kenneth Brannagh absolument parfait) qui n’a de cesse de faire arrêter ce scandale et de faire taire cette ù@#*€$ de radio de voyous, de pornographes. Il n’y a que dans les pays très coincés, sclérosés jusqu’à la moelle que peuvent naitre des hommes aussi déchirés et fantasques. Je parle des animateurs de Radio Rocks, pas du ministre… Quoi que…

Le film a une patate qui vous rend la fougue de vos 20 ans. Qui vous rappelle également pourquoi on a aimé cette musique et ce qu’elle avait de révolutionnaire. A l’époque dont parle le film, j’étais une mominette, mais la déflagration causée par le rock et la pop ont eu, très longtemps des retombées radioactives.

Bref, je suis sortie de ce cinéma, anglophile sautillant sous la bruine parisienne avec une envie de prendre le train et de filer à Londres.

A la place, j’ai mangé une salade crevette et j’ai filé à l’Opéra Comique où l’on chantait une toute autre chanson. Celle de Carmen. Mais c’est une autre histoire.

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