Racontars

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mercredi 15 juillet 2015

Terres du son 2

Après la chaleur du concert d’Izia à Terres du son, l’urgence est de boire un coup. Le soleil et la poussière ont desséché ma gorge. Je craque et commande une bière et une bouteille d’eau. La bière est bonne, fraîche, elle descend toute seule, dépoussière tout sur son passage. Mais difficile de faire des réglage pour prendre Asa en photo un verre à la main.

Main

Car sur la scène d’à côté, la Nigériane vient de s’installer. Tenue noire moulante, poncho rouge et lunettes improbables, elle commence son récital par un de ses titres les plus connus. Je la regarde pendant deux ou trois morceaux puis je m’éloigne. J’ai besoin de m’asseoir. Et je m’ennuie. J’aime beaucoup la musique d’Asa. Mais la voir ne m’apporte pas grand chose de plus. De toute façon, la musique est si forte que je l’entends très bien sans la regarder.

Je retrouve une de mes filles et son groupe de copains. On commente les concerts. On fait des projets pour dimanche, la troisième et dernière journée du festival : Zoufris Maracas, Massilia Sound System, Damian Marley, Jeanne Added… alléchant.

La bière, c’est désaltérant, mais cela a quelques conséquences. Nous voilà à la recherche des toilettes publiques. Terres du son se veut un festival écolo. Les toilettes sont donc écolos. Box en bois avec copeau de bois pour la grosse commission, pissotières pour pipi de garçon et aussi pour pipi de filles… Séparées bien sûr. On a testé. Deux grandes rigoles en plastique courent sous des parois de tissus qui délimitent les toilettes. Le mode d’emploi est inscrit sur un tableau à la craie : on se munis de papier toilettes, on se place derrière un morceau de tissu (qui ne dissimule pas grand chose), on baisse sa culotte et on pisse dans la rigole. Simple comme bonjour. Des nanas s’esclaffent, d’autres sont prises de fou rire, certaines prennent des mines dégoûtées, mais l’ambiance est plutôt à la bonne humeur, voire au girl power. Suffit-il de pisser debout ?

The Do se présente sur la scène Gingko. Une de mes filles est fana de ce groupe. Je ne suis pas sûre de vouloir assister au concert. J’ai déjà vu le duo à la télé. J’aime beaucoup leur pop mâtinée d’électro et de rock. Mais je les trouve très cérébraux sur scène : les mouvements de la chanteuse sont mesurés, calculés, voire millimétrés. Si la mesure est sincère (et bonne), les mimiques me semblent totalement artificielles. A la fin d’une chanson, elle prend la pause, les mains croisées sur la poitrine à la façon d’Egin Schiele (la référence doit être autremais c’est ce à quoi elle me ait penser). L’instant d’après, alors qu’elle esquisse puis réalise un mouvement de jambe façon karateka, on ne le voit pas, mais elle tire légèrement la langue. Comme une écolière qui peine à trouver son équilibre. Mon objectif est indiscret.

Main Main Main

Je ne suis pas une bonne cliente. Je prends quelques photos, puis je vais regarder le spectacle de plus loin, mieux profiter de la musique. Je suis épuisée, mais je n’ai pas envie de partir.

Je me rapproche, je prends des photos. Je cherche mes lunettes, je les sors de ma poche. Je m’avance d’un mètre en surveillant l’écran de mon appareil photo et j’entends mon nom. Mon nom et mon prénom. Je me retourne, une jeune femme tient dans ses mains ma carte de presse qui était tombée quand je cherchais mes lunettes. Je m’approche pour la lui demander, elle se retourne, c’est une de mes étudiantes. Elle s’est fait accréditer et elle assiste au concert. C’est elle qui a trouvé ma carte, surprise de la trouver en cet endroit. De me trouver à cet endroit. Le monde est tout petit.

The Do se tait, les lumières s’éteignent. Pas pour longtemps. D’autres groupes sont annoncés. Jusqu’à 3 heures du matin. Mais je n’en peux plus. J’envoie un SMS à mes filles pour les avertir que je rentre. Elles restent. J’ai envie d’une bonne bière et d’un bon bain.

Alors je m’éloigne et je dis « oh let me alone ».

 

Main
 
Texte et photos tous droits réservés

dimanche 12 juillet 2015

Terres du son 1

 

Capture_d_e_cran_2015-07-12_a__00.54.09.pngAutours de Tours, il y a de nombreux festivals l’été. Terres du son est l’un d’eux. Organisé dans le domaine du château de Candé, à Monts (37) il invite artistes rock, pop, français et étrangers. Parcourir une plaine des décibels plein la tête n’est pas forcément ce dont je rêve. Sans doute ai-je passé l’âge. Mais cette année, il y avait Izia. La petite Izia que j’aime d’amour. Alors j’ai dit banco, je me lance. Je veux voir cette fille, trouvez-moi une place.

 

Izia, je l’aime de toute petite (elle). La faute à ce disque, « Illicite », de son père, qui clamait sa naissance. Quelques chansons d’une tendresse infinie, comme a la Ballade pour Izia que j’ai chanté à ma propre fille quand elle était tout bébé. cette naissance patagée avec nous à fait d’Izia, certes la fille de Jacques, mais aussi la fille d’un copain qu’on ne voit pas très souvent. Qu’on regarde pousser de loin et qu’on découvre un jour, ado puis jeune fille. On se rappelle d’elle tout petit bébé, quand son papa chantait des morceaux qui portaient son nom. Et on se dit : mazette, comme elle a grandi la petite… Vous voyez ce que je veux dire.

Le truc, c’est qu’Izia n’a pas seulement grandi, elle n’est pas seulement devenue ce petit bout de femme qui nous épate parce que, mon Dieu, qu’est-ce qu’elle est devenue belle. Elle a aussi un putain de talent. Une générosité aussi. Un sourire. Une éclate… Izia, elle est wow, excusez-moi, je n’ai pas de mots.

Je l’ai découverte à la télé, cette pile électrique au sourire éclatant, génial, nature, sincère. Et j’ai aimé cette énergie qu’elle livre, qu’elle donne sans rien retenir. Prenez et prenez en tous, ceci est ma vie, mon air, mes poumons, ma musique, mon bonheur, ma joie.

J’observais cela du coin de l’œil et je me disais : je veux cette fille, je veux la voir sur scène…

Je suis plutôt difficile question spectacle de musique. J’en veux pour mon argent. Enfin, ce n’est pas une question d’argent. J’en veux plein les mirettes. Je veux en sortir avec des étoiles dans les yeux. Je veux vibrer, rire, crier… Je veux un feu d’artifice (je suis particulièrement fan des feux d’artifice). Si c’est pour écouter le disque, je préfère rester à la maison. Et puis, je sors moins souvent. Des fois, cela me coûte de quitter ma tanière.

Alors, pour que j’aie envie de voir quelqu’un sur scène, il faut vraiment m’en promettre.

Bref, je me suis retrouvée sur les chemins du château de Candé. Me demandant ce que j’allais faire dans cette galère. J’avais emmené mon appareil photo. J’ai failli ne pas pouvoir entrer à cause de lui. J’ai rusé, après des tours et des détours, j’ai réussi à passer l’appareil.

On s’est retrouvé dans cette grande plaine en plein soleil. Et ça tapait dur. On a acheté un peu de monnaie locale, on est passé devant le chapiteau où jouait Maria Kamaty, une Réunionnaise qui joue du maloya. J’aime beaucoup. Mais le chapiteau m’a fait reculer, il faisait chaud. Nous avons été voir les trois derniers morceaux de Jabberwocky, un groupe de techno français. Une voix de fille enregistrée et trois mecs s’agitant sur scène autour d’ordinateurs. Des bons morceaux, mais les basses (ce que mes parents appelaient le « tapoum tapoum ») me portait au cœur. Un jeune à côté de moi s’est penché à mon oreille pour me glisser que c’était normal, c’était fait pour. Nooooooon, tu crois ? J’ai eu envie de rire. C’était gentil et maladroit. Le bpm (battement par minute) la pulsation de la musique qui bat au même rythme que le cœur, ça ne date pas d’hier.

Jabberwocky Sur scène, les trois garçons transpiraient abondamment. Les scènes sont placées face au soleil couchant. Il était un peu plus de 18 heures et le soleil n’avait aucune envie d’aller se coucher. Il tapait fort, aussi fort que le bpm. Et puis ce fut la fin du dernier morceau, ici, pas de rappel. J’ai abandonné mes compagnons et j’ai été attendre Izia, à l’ombre, en mangeant mes sandwichs.

A Terre de son, il y a de tout. Des jeunes, beaucoup, des adolescents énormément, des enfants aussi. Parce qu’il y a de nombreux parents. Ou des gens qui sont en âge de l’être. Et quelques grands-parents, des gens comme moi, des seniors en forme (en formes pour ma part). Festival familial où l’on partage avec ses enfants le même goût pour la musique. Et pour les musiciens. Le public d’Izia est à cette image, très éclectique.

Nous étions là, assis à l’ombre. Et puis tout à coup, les gens ont commencé à se lever. Elle était là, sur scène, derrière le batteur, en train de bouger la tête en rythme. Lunettes de soleil (face au soleil), débardeur blanc sur soutien gorge noir, short noir, et longues jambes musclées avec au bout des petites bottines en daim.

Le concert d'Izia

Elle n’est pas restée longtemps derrière le batteur, elle s’est ensuite ruée vers le devant de la scène et là… là le spectacle a commencé.

La voir en vrai, c’est se voir confirmer tout ce qu’on pressentait devant notre écran de télé. C’est un maelstrom, une énergie à l’état pur. Magique. Elle a commencé par La Vague, bien sûr, la chanson qui donne son titre au dernier album. Elle danse, elle chante, elle a une voix qui monte, qui descend, qui prend des teintes graves pour s’envoler. Elle rit, sourit, chante, hurle, s’arc-boute. Elle donne tout et bien plus encore.

Le concert d'IziaDès la fin de la deuxième chanson, elle l’avoue. Il fait une chaleur à mourir, l’air est saturé de poussière et elle est très asthmatique. Elle vide une première bouteille d’eau sur sa tête. Mais prise par la musique, jamais elle ne s’économise. Elle repart dans sa danse endiablée, s’excuse parfois, mais de quoi ? et repart de plus belle. On est tous totalement sous le charme. Elle nous adresse des sourires, des clins d’œil, elle est gourmande, elle nous mange tout entier, nous enveloppe de sa musique de sa voix. Elle a une voix extraordinaire. Puissante, chaude, belle, vibrante. Elle commence douce, douce, accélère le tempo puis hurle « Let me alone »…

Elle reprend sa ventoline, son souffle et repart à l’assaut du public, oubliant sa promesse de s’économiser pour mieux chanter. Elle ne sait pas s’économiser, elle ne peut que donner et encore donner. Elle me cueille (mais j’étais plus que mûre) avec sa chanson Tomber.

Elle termine en chantant Reptile. Elle salue ses musiciens. Ils l’entourent sur le devant de la scène et c’est là que l’on mesure son épuisement et l’effort consenti. Elle nous sourit et on oublie tout.

Le concert d'Izia

Les autres vont paraître bien fade…

Le concert d'Izia
Probablement, une suite à venir…

 

mercredi 17 mars 2010

Allons à l'opéra voir de belles choses et des amis pour discuter gaiment

J’aime prendre le train pour quitter ma ville et partir faire autre chose, ailleurs, pas forcément loin. Mais ailleurs. Bon, l’ailleurs, c’est le plus souvent Paris, on revient toujours à ses amours anciennes. J’ai donc emprunté le teuf teuf pas rapide qui mène à la capitale en deux heures et demi quand le TGV galope, lui, en une heure tout juste.

Arrivée à presque 16 heures, je me suis rendue chez la belle hôtesse pour récupérer un trousseau de clés. Puis, après avoir dégusté un très bon thé, j’ai marché jusqu’à la place d’Italie pour prendre le métro et me rendre à l’opéra Bastille. Au programme L’Or du Rhin, de Wagner. A dire vrai, je ne suis pas une wagnérienne pure et dure. Je ne suis pas une wagnérienne du tout. Mais je suis curieuse de tout et j’adore les trouvailles de mise en scène et de spectacle. Et de ce côté-là, ceux qui ont œuvré sur Wagner m’ont rarement déçue.

Il y avait eu Lohengrin, dont les costumes m’ont fait parfois sourire : Robes, costumes, pardessus des années quarante, mais quand le conflit éclate, les hommes enfilent par dessus leurs gabardines des armures moyennâgeuses et dr saisissent de leurs épées. Il paraît que c’est une allégorie, une métaphore. Moi j’ai dû réprimer un fou-rire peu propre à la gravité du moment. Mais j’avais adoré (et je n’étais pas la seule) Waltraud Meier dans le rôle d’Otrud. Je comprends qu’on traverse une partie de l’Europe pour l’entendre chanter.

Il y a eu un Parsifal à la mise en scène étonnante. Je n’ai pas tout compris des partis pris, mais c’était visuellement exceptionnel, intelligent. Et magnifiquement chanté, toujours avec l’exceptionnelle Waltraud Meier.




Parsifal et les fleurs
Et puis, j’avais été impressionnée par La tétralogie de Boulez et Chéreau donnée à Bayreuth de 1976 à 1980, que j’ai vue, comme tout un chacun, à la télé. Alors, quand j’ai vu que L’Or du Rhin, le prélude à la tétralogie, était donné à Bastille, je me suis inscrite sur la liste des candidats au billet et, grâce à un prosélyte lyrique, j’ai pu acheter une place. C’était ce samedi soir-là.

Arrivée à Bastille, on nous annonce que le spectacle sera sans entracte et se terminera à 22 heures. Deux heures et demi de spectacle ! Je me précipite aux toilettes. Ensuite, je me dis que j’aurais sans doute la chance de pouvoir dîner au restau chinois en rentrant. Oui, je sais, je suis dirigée essentiellement par mes boyaux. Mais que serais-je sans eux… Ce n’est qu’après que je pense que ça risque de faire long, quand même. De toute façon, je n’ai pas fait tout ce chemin pour vendre ma place et repartir. Je me hisse donc au 4e étage, premier balcon, porte 9, comme d’habitude. Je suis au rang 7, à la même place que la fois précédente, pour La Somnambula. Mais j’ai une arme supplémentaire, un zoom x 15 qui va me servir de jumelles.

Premier tableau, les ondines Woglinde, Wellgunde et Flosshilde, enveloppées dans une mousseline rouge, jouent à la balançoire au milieu des poissons représentés par un mur de mains gantées de rouge. J’ai l’impression d’être dans un tableau de Klimt. Evidemment, la balançoire, sous l’eau, ce n’est pas très plausible. Mais qu’est-ce qui est plausible dans cette fable sur les Dieux qui vont mourir. Elles se balancent donc, en chantant, quand le nain Alberich surgit des profondeurs de la terre et tente de les draguer. C’est la drague des profondeurs… Il est si laid que les ondines se moquent de lui. Elles l’aguichent, avec leurs costumes où sont dessinés seins et pubis. Le nain devient fou, elles le rejettent en riant. Alberich est distrait par un reflet dans l’eau, et les écervelées lui révèlent qu’elles sont les gardiennes de l’or du Rhin qui ne peut être forgé que par celui qui renoncera à l’amour. Alberich n’a rien à perdre, laid comme il est. Enervé par les agaceries des trois sœurs, il jure de renier tout amour en lui et s’empare du trésor devant les belles qui n’ont plus que leurs voix pour crier et leurs yeux pour pleurer.


Le nain est petit et moche, mais il a une voix magnifique. En tout cas, il part riche de l’Or du Rhin qui, un fois forgé, lui donnera fortune et pouvoir. Ce qui est une bonne revanche quand on ne peut pas susciter l’amour… (encore que, parfois, on voit des choses invraisemblables, de très belles femmes s’amourachant de nains mais ceux-ci ont déjà pouvoir et argent…)

Plateau suivant. Une mappemonde sur laquelle gisent endormis trois hommes torse nus et musclés et contre laquelle deux femmes s’appuient, l’une, debout, de profil, l’autre, assise et alanguie. Nous quittons l’univers de Klimt pour celui de Fassbinder, dans Querelle. Il s’agit des Dieux, Wotan, le chef de famille, de sa femme Fricka, des frères de celle-ci, Donner et Froh (de vrais demeurés) et de la belle Freia, leur sœur. Qui fait pousser les pommes dont ils se nourrissent exclusivement et qui leur garantit muscles,  jeunesse et beauté. Au loin, sur un échafaudage, on peut observer des ouvriers en plein labeur. C’est que Wotan, sur la demande pressante de sa femme, a demandé aux géants Fasolt et Fafner de construire un château digne des dieux qu’ils sont. Paiement promis, Freia, ce qui ne lasse pas d’inquiéter Fricka qui ne verrait pas d’un bon œil partir sa sœur et son garde-manger. Comme souvent chez Wagner, les femmes sont inquiètes et les hommes imbéciles. Wotan a promis sa belle-sœur sur les conseils d’un demi-dieu, Loge, malin comme un singe, qui lui a glissé qu’on trouverait bien une solution pour ne pas tenir pareil engagement. Mais au moment où les géants viennent réclamer leur du, Loge est absent et Wotan bien emmerdé.

Alors, il fait son Dieu et refuse de payer. Aussitôt, c’est la révolution. Les géants, ouvriers du bâtiment, s’emparent de la mappemonde, posent des banderolles rouges partout, envoient des tracts sur la foule. Dans les gradins, quelques fou-rires fusent.


Evidement, Loge finit par arriver. Il raconte qu’Alberich vient de se forger un anneau magique avec l’or du Rhin, qu’il a volé aux filles du Rhin, lesquelles pleurent. Ce méfait n’arrange pas les Géants qui ont souvent maille à partir avec le nain (genre les éléphants et la souris). Ils emmènent donc Freia en otage et promettent de la rendre si, dans les vingt-quatre heures, Wotan leur remet l’anneau qu’il aura préalablement volé à Alberich.

Au tableau suivant, nous sommes donc dans le royaume du nain, qui a asservi son peuple et son frère Mime. Après Klimt, Fassbinder, voici l’influence de Metropolis, de Fritz Lang. Ce qui reste de l’or du Rhin trône au milieu de la scène et une scie gigantesque se balance au dessus de lui pour le couper. Les nains se plaignent de leur nouvel état d’esclave. Ils travaillent beaucoup plus dans leur mine pour ramener toujours plus d’or pour leur insatiable tyran. Ils ne peuvent pas plus résister à la magie d’Alberich que Mime qui a été contraint par son frère à lui forger une heaume d’or pour le rendre invisible.


  Les mineurs, de par et d’autre de la scie, se balancent au même rythme qu’elle. En avant, en arrière… Arrivent Wotan et Loge auprès de qui Mime vient pleurnicher. Ils rencontrent Alberich qui, sur de sa puissance, les affronte dans une scène qui ressemble à s’y méprendre à celle du combat entre Merlin l’enchanteur et Mime la sorcière dans le film de Disney. Plutôt grotesque. Evidemment, Wotan et Loge (surtout lui, le malin) parvienne à tromper le nain et à l’emprisonner. Pour être libéré, il doit donner son or, le heaume magique. Wotan se saisit, en plus, de l’anneau qu’Albérich, fou de rage, maudit, prédisant que celui qui ne l’aura pas dépérira de désir et celui qui le possèdera attirera à lui le meurtrier. « Le seigneur de l’anneau sera l’esclave de l’anneau. »

Retour de Wotan et de Loge sur le plancher des vaches, ou plutôt sur la demi mappemonde. Ils rejoignent le reste de la famille. Arrivent les géants accompagnés de Freia. Les Dieux leur remettent l’or du  Nibelungen et le heaume. Mais il reste un trou dans le mur monté grâce aux lingots et Fafner exige de le boucher avec l’anneau. Evidemment, Wotan refuse. Les géants le réclament, Loge demande à ce qu’il soit rendu aux ondines, Wotan est inflexible. la situation est sans issue. Heureusement, Erda, la déesse de la Terre, traverse la scène et le conjure de jeter cet anneau, source de malheur et cause de la fin des Dieux. Wotan, saisi, donne l’anneau aux géants qui, aussitôt, se bagarrent pour se l’approprier. Fafner tue son frère Fasolt. Wotan se rend alors compte de la puissance de la malédiction. Qu’importe Freia est de retour parmi les siens, qui peuvent à nouveau se nourrir. Pendant que Fafner, obnubilé, passe son temps à empiler son or, Donner invoque l’orage pour nettoyer le ciel. Les Dieux issent un immense rideau représentant un magnifique ciel bleu.

[1]

Entouré dune kyrielle d’hommes en short en marcel blancs (les deux du stades) ils posent sur leur tête leurs casques à plume et prennent possession de leur château et le rideau tombe, penant que les athlètes brandissent les lettres de “Germania”. Curieux final !


C’est fini, et je n’ai pas vu le temps passé. Je ne me suis pas ennuyée une seconde. Il faut dire que ça n’arrête pas. il se passe toujours quelque chose. C’est un spectacle total, tantôt beau, tantôt drôle, mais qui finit par prendre. La scénographie est cohérente, même s’il est déroutant, de convoquer à la fois la lutte sociale (présente dans le livret) et l’imagerie nazifiante (le final). Mais le public était plutôt content. Et Wotan en tirait la langue de contentement…



J’étais d’autant plus satisfaite que j’ai eu le temps, comme envisagé, d’aller déguster un pho du côté de l’avenur de Choisy, chose dont j’avais envie depuis des lustres. Puis, sur la terrasse de l’amie qui m’hébergeait, j’ai fait une série de la ville la nuit parce que c’est beau… Après avoir pratiquement achevé La Cité des jarres d’Arnaldur Indridason, je me suis enfin décidée à dormir. Le lendemain, il y avait brunch. Et j’ai eu le plaisir de voir, outre mon hôtesse et le gars qui l’a à la bonne, Joël Riou, qui avait assisté au même spectacle que moi la veille, Bladsurb, Charles, Pascal & Co, Noël sa douce et junior, Maître Ka, Janu,  Johann, Gilsoub…, bref, que du beau monde. J’ai eu toutes les peines du monde à m’arracher de cet univers chaleureux pour courir jusqu’à Montparnasse et sauter dans le TGV. A Tours m’attendaient mes trois gisquettes qui s’étaient faites toutes belles pour accueillir leur maman. Elles m’ont accompagnée jusqu’au bureau de vote où j’ai pu rejoindre la minorité de ceux qui ont voté [2].


[1] crédit des petites photos : Opéra national de Paris/ Charles Duprat. Sauf la plus petite qui a été prises par mes soins, comme les plus grandes.
[2] et malheureusement, ce ne sera pas le cas dimanche prochain. Je remonte à la capitale pour accompagner la grande à une grosse compétition d’escrime et nous ne pourrons pas être rentrées avant 19 heures… Quant à la procuration, difficile de trouver quelqu’un dans une ville où l’in connaît finalement peu de monde.

lundi 15 mars 2010

Effet zoom à l'opéra Bastille

J’étais au 1er balcon, rang 7 et je voyais la scène à peu près comme cela



Mais avec un petit effet de zoom je voyais cela


ou cela



Dommage qu’il m’était impossible de prendre de photos pendant le spectacle, mais mon réflex fait trop de bruit. A quand des reflex silencieux comme des chats… Il y avait des choses très belles dans cette mise en scène. D’autres plus amusantes. J’essaierai de conter cela…

vendredi 29 janvier 2010

Love story à Bastille (La Somnambule)

L’histoire est digne d’un roman photo cucul la praline, comme ceux que je lisais chez le coiffeur quand j’attendais que ma mère sorte de dessous le casque séchant. Dans un hôtel suisse, Elvino aime la douce Amina qui le lui rend bien. Ils vont signer leur contrat de mariage sous l’œil furibard de Lisa, l’ancienne fiancée d’Elvino.


Nous sommes à la veille des noces, le notaire est là pour le contrat. Tout le monde est très joyeux. Arrive un touriste (dont le manteau de fourrure fait penser qu’il est très riche). Lisa entreprend de l’amadouer mais quand il voit Amina, il ne peut s’empêcher de l’admirer et de le lui dire.

Crise de jalousie féroce d’Elvino, qui reproche à sa promise de faire la coquette (alors que, franchement, il n’y a pas de quoi fouetter un chat). Larmes d’Amina. Et puis tout le monde se calme et comme c’est la fin de la journée, on se sépare en prévision des noces du lendemain.

Lisa, cependant, est restée pour « s’occuper » du voyageur. Elle minaude, il se laisse faire. On sent qu’ils vont sans doute passer du bon temps ensemble quand, coup de théâtre, Amina arrive, enroulée dans une couverture. Elle dort à poing fermé, elle est somnambule. Elle chante et parle de sa noce, de sa joie, de son amour pour Elvino.

Le voyageur, troublé par sa présence, est tenté de profiter d’elle. Puis se ravise et la laisse dormir, la couvrant même de son manteau de fourrure. Il n’aurait pas dû. Car cette salope de Lisa court réveiller Elvino pour lui dire que sa chérie fricote avec le voyageur. Quand tout le monde arrive sur place, on ne voit pas l’homme, on ne trouve qu’Amina, endormie sous le manteau, et on en conclue qu’elle a fauté. Coup de sang du jaloux, qui frappe la douce jeune fille.

Le lendemain, la mère adoptive d’Amina est la seule à prendre sa défense. Et elle trouve, dans la chambre du voyageur, un bas et une chaussure qui sont celles de Lisa. Elle met cela de côté. En attendant, ça chauffe pour Amina. Elle est battue et humiliée par son amoureux qui lui arrache même sa bague de fiançailles et annonce qu’il va se marier avec l’infâme Lisa. Amina s’enfuit et se réfugie dans sa chambre.

La Somnambule, Bellini


 Pendant ce temps, la préparation des noces va bon train. Au moment où le cortège s’apprête à partir à l’église, le voyageur revient. C’est en fait le comte de la région (et aussi le vrai père d’Amina, heureusement qu’il n’a pas fauté, sans cela, houuuuuu, bonjour l’inceste). Bref, le comte jure qu’Amina est innocente et raconte qu’elle est somnambule. Evidemment, personne ne le croit et encore moins ce gros balourd d’Elvino. La noce va pour repartir et la mère d’Amina, qui est revenue pour demander aux gens de faire moins de bruit car sa fille s’est enfin endormie (du coup, on ne s’attend pas du tout à la suite…) s’insurge contre ce mariage.

Lisa le prend mal. Elle engueule la mère. Elle lui dit qu’elle a tout à fait le droit de se marier avec un homme, qu’elle n’est pas une trainée qui passe la nuit dans la chambre d’un célibataire. La mère d’Amina voit rouge : comment oses-tu mentir, et d’ailleurs, tu y étais toi-même dans la chambre du comte, j’en ai la preuve, dit-elle en lui balançant à la gueule le bas et la chaussure, tiens prends ça ! Gniark bien fait.

Lisa est blême. Elvino est con. Enfin, ça, tout le monde l’avait compris. Il s’arrache les cheveux en criant : comment ? Les deux femmes que j’aime m’ont trompé et avec le même homme !!!! Je suis maudit (Là, devant tant de candeur et de bêtise, la salle entière s’est écroulée de rire). Lisa ne dément évidemment pas d’autant que le comte confirme. Reste Amina qui dort.

La Somnambule, Bellini

Et d’ailleurs, quand on parle de la louve, elle sort du bois. Elle arrive, toute dormante, enroulée comme la veille dans sa couverture. Le comte est bon et démontre à Elvino que la douce et charmante Amina est bien somnambule. Celle-ci pleure la mort de son amour, sa déchéance, c’est déchirant (ça l’est vraiment mais pas pour l’histoire). On presse Elvino de la réveiller pour lui dire qu’il sait, qu’il s’excuse, etc. Et c’est ce qu’il fait et la douce Amina pardonne (et là, vraiment, elle est bête, parce que son Elvino, c’est quand même un rustre, jaloux et qui la cogne). Elle se relève et court se changer. Un rideau tombe et c’est une copie de celui de l’opéra Garnier. Amina revient, vêtue de rouge, avec des gants de gala (on se demande bien pourquoi, c’est pas clair) pour entonner son air final qui est celui de son triomphe.

La Somnambule, Bellini

Et tout fini par une chanson sur les tables, une noce, quoi.

Vous l’aurez compris, ce Bellini pas ne brille pas par l’histoire, exemplaire dans son côté guimauve. Par contre, au niveau musical, c’est fabuleux. Les airs d’Amina sont magnifiques, les duos aussi. Et si l’on se moque des personnages on admire les interprètes et leurs partitions. Avant le levé de rideau, une jeune femme est venue nous prévenir que Melle Dessay était souffrante mais qu’elle chanterait malgré tout. Elle est présente quasiment du début jusqu’à la fin et elle a été tellement admirable que nous nous sommes tous demandé ce qu’elle aurait fait si elle avait été en pleine forme.  Je n’ai hélas ni video ni son pour vous faire partager l’immense bonheur que fut pour mes oreilles sa prestation.

Les autres interprètes étaient pas mal non plus. Le Conte Rodolfo (Michele Pertusi) a une basse fort harmonieuse chaleureuse. Teresa (Cornelia Oncioiu) est une belle figure matenelle et Lisa (Marie-Adeline Henry) chante parfaitement les pestes. Par contre, je suis restée dubitative à l’écoute du ténor. Par moment, notamment dans les duos avec Natalie Dessay, il faisait preuve d’une belle musicalité. Mais le reste du temps, son jeu était aussi morne que sa voix qui ne portait pas vraiment.

La Somnambule, Bellini

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Et merci aux prosélytes lyriques (et surtout à Olivier) qui ont permis que je passe cette délicieuse soirée.

lundi 14 décembre 2009

Nearly 90

Il y avait deux spectacles phares en danse cette année au programme du Théâtre de la ville. Les deux ballets de Pina Bausch, et la dernière création de Merce Cunningham, présentée à New York le 16 avril 2009, le jour même du quatre-vingt-dixième anniversaire du chorégraphe, Nearly 90. Par une étrange et triste coïncidence, les deux chorégraphes sont décédés cet été, laissant un grand vide dans le monde de la danse.

J’ai eu deux places pour Vollmond, mais pas pour Masurca Fogo, la bagarre était intense pour les ballets du Tanztheater Wuppertal. Je n’ai, par contre, pas eu de difficultés pour Merce Cunningham. J’ai donc embarqué les deux dernières à Paris, l’aînée ayant une compétition d’escrime le même jour.

Je n’avais jamais vu de ballet du grand maître américain, dont on dit qu’il est l’un des plus grand chorégraphe de notre temps. J’étais donc très curieuse de voir cela. Je n’avais rien lu de précis, regardé aucune video. Je n’avais donc aucun préjugé. Le spectacle durait une heure et demi sans entracte. C’était parfait. Nous avions fait la route depuis Tours, étions arrivées sans encombre place du Chatelet, avions déjeuné au Sarah-Bernardt (brasserie qui jouxte le théâtre) comme il se doit. Je n’aurais peut-être pas dû. La fatigue de la route, plus la digestion, ont fait que j’ai piqué du nez plus souvent qu’à mon tour.

Nous étions placé au premier rang, entourées de jeunes adotes qui n’arrêtaient pas de gesticuler et de papoter. J’ai dû faire ma police. Elles m’empêchaient de dormir. Non, je plaisante. Mais c’est vrai que je n’ai pas été emballée par ce que j’ai vu. C’est de la danse de virtuose. Les danseurs exécutent des mouvements que l’on comprends extrêmement difficiles, car ils sont souvent au ralenti. Ils réalisent des figures compliquées, des épures techniques, des paraboles incroyables avec une grâce infinie. Mais la magie ne fonctionne pas. En tout cas pas toujours. Parce que je trouve cela trop technique justement. Trop virtuose. Aucune émotion. Ces danseurs et ce ballet m’ont fait penser à ces chanteuses américaines à la voix magnifiques mais qui passent leur temps à faire des vocalises et à “hurler” : Tu entends comme j’ai une belle voix, tu entends ce que j’arrive à faire avec… Mais degré émotion, zéro pointée.

Alors oui, il y avait des tableau d’une beauté à couper le souffle. Mais aussi de l’ennui. Garance a observé ça d’un œil technique, elle y a, du coup, trouvé son content. Léone a été époustouflée par certains passages, le reste du temps elle s’est ennuyée poliment en s’appliquant à ne déranger personne.

Je ne regrette pas d’y avoir été. Il faut apprendre. Mais je préfère définitivement les chorégraphes européens : Pina Bausch, bien sûr, mais aussi Koen Angustijnen, Jean-Claude Galotta, Anne Teresa De Keersmaeker,et même Maguy Marin, avec son art déjanté de la chorégraphie, car, à chaque fois, j’en sors remuée, émue, bref vivante. Samedi, j’ai eu un peu l’impression d’observer des robots.

Et je ne dirai rien sur la musique, pour moi, à la limite du supportable.

En plus, mes photos du salut sont merdiques car j’avais oublié mon appareil photo et je me suis contentée de mon portable…

mercredi 9 décembre 2009

Danse avec eux

C’était le spectacle de cette fin d’année. Rendez-vous compte, deux morts, un chorégraphe reconnu et de nombreux danseurs plein de mérites. Gainsbourg avait sorti L’Homme à tête de chou en 1976, qui avait connu un flop. Il n’était pas encore assez Gainsbarre sans doute pour que cette œuvre sombre et sensuelle puisse trouver son public. Bashung l’a repris à son tour, en 2006, pour ce spectacle, il en a surpervisé l’arrangement. D’une demi heure environ, la partition passe maintenant l’heure. Et Galotta l’a chorégraphiée. Avec ce trio incroyable, c’est sûr, le tout-Paris allait se presser au théâtre du Rond-Point.

Quand on m’a proposé ces places, je ne savais pas du tout de quoi il retournait. J’avais juste retenu Galotta et danse. Deux mots qui me suffisait pour acheter les billets. Quand la presse a commencé à en parler, je ne me suis même pas souvenue que j’avais ces places. Alors quand je les ai reçues, j’en ai été bien aise. Mais vu les critiques, il me paraissait difficile d’y emmener Garance. On parlait de nu, de scène trop érotique, d’une scène de masturbation inutile et vulgaire. Des mots qui n’ont fait qu’attiser ma curiosité. Entre les adorateurs zélés des deux disparus, qui ne pouvaient que se sentir trahis (musique trafiquée, voix désincarnée, c’est pas lui, c’est pas eux) et ceux qui aiment descendre ce qu’ils adoraient avant, c’est sûr, il fallait détester.

La salle était pourtant comble (comme les Champs Elysées d’ailleurs, c’est fou cette foule d’avant les fêtes de noël). Sur scène, comme lu, une chaise de bureau à roulette. Entre un danseur à la silhouette déguingandée, dandy nonchalant, une réincarnation de Bashung, puis arrivent les autres, des hommes, des femmes, des journalistes à scandales et des Marilou petites coiffeuses. J’ai beaucoup aimé le travail des danseurs, et le travail de Galotta sur les danseurs. Chacun incarne à sa façon, suivant son tempérament, le couple infernal. Il y a des filles à la sensualité etrême qui réveilleraient un mort, d’autres plus athlétiques, plus rentre-dendans, d’autres encore plus douce, presque passive-soumise. Chez les hommes, pareil, les dominateurs, les faibles, les révoltés. Chacun des couples ainsi formé donne un relief nouveau à l’histoire. N’en déplaise à certains, je n’ai rien trouvé de déplacé dans ce ballet, ni les gestes, ni les attitudes. Tout avait sa raison d’être, y compris ce danseur nu comme un ver, la tête couverte d’un masque de singe, assis que la chaise, transporté par quatre de ses camarades qui le dépose sur le devant de la scène. Gratuit ? Non, c’est la statue même de l’Homme à tête de chou


Photo DR

Le spectacle est un ballet, il ne fallait pas trop y chercher les ombres de nos chers disparus. Ce n’était pas un concert souvenir, pas un concert du tout. C’était des danseurs qui s’exprimaient de façon particulièrement expressive sur une histoire connue et donc plus facilement décryptable que d’autres ballets contemporains. Et c’était beau.



Cela dit, c’était beau aussi d’entendre la voix de Bashung, cette voix magnifique sur ce texte magnifique. C’était bon aussi d’entendre ces airs de Gainsbourg revisité par Bashung. Et de se rendre compte combien ces deux-là ont marqué notre vie d’un vrai talent. Et combien ils nous manquent. J’imagine que Galotta n’avait au départ pas tout à fait imaginé ce spectacle, parce que Bashung aurait dû chanter sur scène avec ses musiciens. Mais c’est pas grave, c’est beau quand même.

Mon seul bémol, c’est sur la chanson Quand Marilou danse reggae, à ce moment-là, la chorégraphie est tout, sauf du reggae… C’est dommage, mais c’est pas grave parce qu’on est quand même pris par tout le reste.

Le ballet est donné au théâtre du Rond-point jusqu’au au 19 décembre. Puis il ira entre autres en janvier à Chambéry (12 et 13), mars à Roubaix (11-13), mai à Blagnac près de Toulouse (4 et 5), Besançon (10 et 11), Alès (18 et 19), Combs-la-Ville en Seine-et-Marne (26 et 27) et en juin (1er-3) à Clermont-Ferrand. Si vous êtes des puristes de Bashung ou de Gainsbourg, n’y allez pas, vous n’aimerez pas. Mais en dehors de la résurrection des deux artistes, rien ne pourra vous satisfaire. Pour tous les autres, n’hésitez pas. Vous passerez un moment passionnant.




vendredi 18 septembre 2009

La complainte de Mackie

Mardi soir, 15 septembre, j’étais à l’endroit où il fallait être, dans la même salle que trois ministres de la Culture (Lang, Tasca, Mitterrand le petit), que Pierre Bergé, que des femmes enrubannées et retendues, que des messieurs aux costumes empesés, que quelques comédiens en vue, que quelques garde du corps. Un vrai bain d’huile. Je n’en ai pas reconnu mon Théâtre de la ville (plutôt bobo que prout prout, quand même).

Mais qu’allais-je faire dans cette galère (j’ai un abonnement aux galères, il faut croire). Eh bien rien de moins qu’y assister à la première du plus beau, du plus intelligent, du plus drôle, du plus politique des spectacles de la saison. L’opéra de quat’sous, de Brecht et Weil en version originale, sous-titrée en français.

Rien que visuellement, j’en ai pris plein les mirettes. Les costumes aux lignes impeccables tranchant avec le minimalisme du décor tout en lumière. Et dans ce décor peu banal, des comédiens qui, comme des marionnettes, dansent et se jouent la vie, la vie rêvée des méchants garçons et des pauvres filles.

L’histoire est inspirée de L’Opéra des gueux, de John Gay et Johann Christoph Pepusch (1728). D’un côté, le roi des mendiants, Peachum, une crapule qui forme des mendigots pour les envoyer travailler dans une ville qu’il a organisée en quartiers. De l’autre, Mackie le Surineur, un voyou qui, protégé par son ami d’enfance devenu préfet de police, vole, tue, viole. Les deux brigands se sont partagé la ville des pauvres, ceux qui n’ont d’autres solution que de quémander ou de se prostituer pour survivre. Mais voilà, Mackie le dragueur ne résiste pas à un jupon et enlève puis épouse Polly, la fille de Peachum. La guerre est déclarée. Les prostituées, menées par Jennie des Lupanars trahiront Mackie le surineur pour quelques livres, une première fois, puis une seconde fois. Et Mackie finira sur le gibet.

C’est un conte des bas fonds dans un décor d’étoiles. Les comédiens du Berliner Ensemble sont fascinants. Une diction qui vous enverrait, enthousiastes, sur les bancs du collège suivre des cours d’allemand, un texte qui vous donne l’impression que vous comprenez cette langue (alors que vous ne l’avez jamais étudiée), des déplacements, un art d’occuper la scène, d’utiliser son corps… Dieu que c’était beau.

Ce n’est pas tout. Qui dit opéra dit musique et chansons. Les musiciens sont dans la fosse et ils sont sacrément bon. Quant aux comédiens chanteurs, quelle beauté. Notamment Jennie Des Lupanars, dont la voix fragile, belle et émouvante, à l’égal de celle d’une enfant, rend son personnage totalement bouleversant. Quand j’ai découvert que cette Jennie-là était interprétée par Angela Winkler, j’étais aux anges. Rendez-vous compte : LA Angela Wilnkler de Scène de chasse en Bavière (un film terrifiant mais très fort de Fleischmann), de L’Honneur perdu de Katharina Blum , de La Femme gauchère , du Couteau dans la tête et du Tambour. Angela Winkler, une comédienne emblématique d’une époque où l’Allemagne était prise au doute et au terrorisme, une Allemagne où tout était terriblement politique. Une merveilleuse actrice.

Mais les autres ne sont pas mal non plus. Peachum, le roi des mendiants (Veit Schubert) jette un regard sans aménité sur le monde. Traute Hoess est une Célia Peachum, épouse du précédent, dangereuse et drôle, qui manipule son monde de main de maître. Et puis Stefan Kurt, exceptionnel Mackie, qui tient la scène pendant trois heures, est tour à tour charmeur, sensuel, dangereux, vénéneux, roublard, cruel, léger, puis perdu. Une superbe voix lui aussi.

Bref, toute la troupe du Berliner Ensemble est remarquable. Et sert de façon merveilleuse un opéra qui a été créé chez lui, à Berlin, en 1928. Le texte est parfois d’une actualité étonnante, qui fait s’esclaffer le public, de ce rire jaune que l’on sert quand on se dit, fataliste, qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer. Mais on hésite quand même.

Quant à la mise en scène de Robert Wilson, elle est terrifiante. Elle tranche dans le vif, revenant au texte brut. Et en même temps d’une folle élégance. Wilson s’empare de l’œuvre et donne de notre monde actuel une vision cruelle et néanmoins plutôt réaliste.

Si jamais vous avez l’occasion de voir cette pièce, courrez. Elle repassera en avril au Théâtre de la ville. Mais à mon avis, ça va être chaud pour avoir des places.

Deux bémols. Il faisait à l’accoutumée beaucoup trop chaud dans la salle du Théâtre de la ville. C’est insupportable. Fatiguée comme je l’étais, la chaleur m’a anesthésiée et j’ai eu un mal fou à ne pas sombrer.
Et puis j’ai été choquée, à un moment, par les sous-titres. Vers la fin du spectacle, Mackie entonne une chanson qui est un mixte de La Ballade des pendus et de La Ballade des mercis de François Villon. Qui sont deux textes que je saurais reconnaître entre mille. Ils sont évidemment dit en allemand. Mais les sous-titres, au lieu de rétablir le texte original de Villon, se contente de faire une traduction de l’allemand. Ça veut dire exactement la même chose, mais ça le dit tellement moins bien. Et quel manque de culture pour ne pas reconnaître les deux plus célèbres poèmes de François Villon.

Photos : Lesley Leslie-Spinks/Berliner Ensemble

mardi 30 juin 2009

Adieu à Pina Bausch

Je viens de l’apprendre, c’est un éclair douloureux, une boule de tristesse. Pina Bausch est morte. Jamais plus, je ne la verrai venir saluer sur scène, avec sa troupe, après chaque représentation au Théâtre de la ville, là où elle a créé pas moins de quarante et une pièces.
Jamais plus je ne pourrai découvrir une création d’elle.
J’ai rêvé tant d’années de voir ses œuvres, je n’ai manqué aucun de ses ballets depuis quatre ans.
J’irai encore, en novembre prochain, m’assoir dans les travées du Théâtre de la Ville. Pour un hommage. Pour la fidélité. Mais ce sera autre chose. Plus cette magie créatrice qui jaillit. La source est tarie.
Mais j’irai, parce que la vie sans Pina me paraît plus fade, moins magique, moins belle. Même si ses œuvres étaient loin d’être des images de paradis.
Adieu Pina, et merci


dimanche 28 juin 2009

Le salut des artistes

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