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Voyages et Vacances

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mercredi 4 août 2010

Blog à l'envers

Avec la mise à jour de dotclear, j’ai perdu toute la colonne de droite, ne sais quand reviendra. Je verrai en rentrant à la maison ce qui se passe. Sans doute rien de très grave. Mais je ne me vois pas mettre les mains dans le cambouis ici.

En attendant, la vie est belle et c’est tant mieux



mardi 3 août 2010

Anthropologiquement vôtre


[[akynou]]

Hier, Karaba et Oxygène nous ont déposé au musée archéologique de Rabat. Un petit musée au fond d’une rue mais qui recèle des trésors et qui est très joliment mis en scène.

Dans la toute première salle, des objets plus ou moins anciens, un luth du XVIIIe siècle, un livre manuscrit ouvert sur une enluminure de toute beauté. Dans la salle suivante, quatre écran de télé et quatre panneaux nous racontent l’histoire de la construction des villes et des édifices religieux, intéressant et très bien fait. A droite, un patio avec des reproductions de gravures rupestres, des antilopes, des mouflons, des hommes… Je retourne dans l’entrée et demande si je peux prendre des photos.
– Mais non Madame, me répond gentiment le cerbère en m’indiquant le panneau près de l’entrée.
– Oh, je suis désolée, je ne l’avais pas vu. Je demande toujours quand je ne sais pas. Excusez-moi.
– Mais de rien, je vous en prie.

Je retourne dans le patio et nous en faisons le tour avec les filles. Puis nous retournons dans la pièce centrale. A l’étage, des pièces d’or, des verres, des flacons, des céramiques dont certaines sont vraiment belle. Je reste en admiration devant un encrier en porcelaine décorée et qui a la forme d’une maison. Une vraie merveille.

Nous redescendons et un des gardiens nous fait signe qu’il ne faut pas oublier de voir la salle romaine. Des pièces uniques, une collection étonnante de dieux lare. Un tête du roi berbère Juba II, celle d’un Romain dont j’ai oublié le nom mais qui fut le fondateur d’une cité sur le territoire marocain. Un jeune éphèbe un chien fontaine. Les filles sont fascinées… surtout par les bijoux : des perles, des bracelets en forme de serpent, des camés. On n’en fini pas de détaillé ces trésors.



Nous allons repartir quand le gardien me dit : « Vous savez, si vous voulez vous pouvez prendre des photos. En souvenir, pour vos enfants. » Je remercie chaudement. Et je photographie les filles dans le premier patio, celui au bassin bleu.

Ce petit musée est un petit bijou, un endroit frais et agréable et particulièrement intéressant quand on aime l’histoire. C’est surtout une visite logique près le Chellah.

Ensuite, nous avons pris un petit taxi. Le nom n’est pas lié a sa taille (effectivement petite) mais au fait qu’il n’a pas le droit de faire de course en dehors de la ville. Il nous emmène dans la Médina. Une autre course, d’autres plaisirs.

jeudi 29 juillet 2010

Dans les ruines du Chellah

En passant près du Chellah, Oxygène m’avait raconté : « Tu sais, nous venions ici en vélo. C’était notre terrain de jeux. Nous y passions des heures. » J’ai jeté un coup au terrain de jeux en question. Une forteresse aux murailles ocres, impressionnante dans la lumière de la fin d’après-midi, et qui semblait propice à enflammer les imaginations enfantines. Les murailles recèlent des trésors qui, depuis, ont été mis en valeur. On y trouve en effet pèle mêle des vestiges romains, une nécropole mérinides, une école coranique du XIIIe siècle et des HLM pour chats, cigognes et ibis.


A l’entrée, un homme nous aborde et me propose d’être notre guide. J’hésite. Très gentiment, il ajoute que ce n’est pas grave, mais qu’il a besoin de travailler. Qu’il n’est là que pour cela. Du coup, j’accepte, et franchement, j’ai eu raison. Il a commencé par nous parler de la végétation : le nom des arbres, des fleurs. Sur une terrasse, nous découvrons le panorama : le minaret de l’ancienne école coranique, le fleuve et plus loin la ville de Salé, tout blanche.


Le site domine la vallée le Bouregreg. Ce fut sans doute l’emplacement de la première agglomération à l’embouchure du fleuve, un comptoir carthaginois et phénicien. Mais les plus vieux vestiges trouvés sont ceux d’une cité romaine. Les restes d’une voie principale ont été dégagés ainsi que ceux d’un forum, d’une fontaine monumentale, d’un arc de triomphe, etc. On voit aussi l’emplacement des échoppes sur la rue commerçante et derrière celui des ateliers des artisans. Il s’agit sans doute de l’ancienne cité de Sala ou Sala Colonia. Nous découvrons le bas d’une statue de marbre. Le guide nous explique que le haut a été confié au musée archéologique de Rabat. Puis il nous emmène vers les anciens termes. Ils sont fermés. On envisage, toujours d’après notre guide, d’y installer un petit musée. Nous descendons encore et arrivons dans les jardins. C’est le royaume des flamboyants (au vue des feuilles, ce ne sont pas les mêmes qu’en Guadeloupe), poinsettias, agapanthes, volubilis, fleurs de canaa, oreilles d’éléphants…


Il y a également une variété d’hibiscus que je ne connaissais pas, des petites clochettes tigrées rouge et jaune, ravissantes. Nous remontons vers l’école, arrivons près du bassin où coule une source. L’eau est claire et si fraîche… L’eau s’écoulait ensuite dans un bassin, à l’intérieur de l’école, dans ce qui devait être un magnifique patio couvert de zelliges, et permettait aux élèves de l’école, aux pèlerins de faire leurs ablutions avant la prière. Sur le côté des patios, des murets encore debout délimitent les anciennes cellules des étudiants.

Notre guide nous explique que le premier sultan mérinide Abu Youssef Yakoub choisit les ruines de Salé pour construire une mosquée. Il y fut enterré en 1286 ainsi que sa femme et après lui quatre de ses successeurs. Mais c’est le sultan noir, Abou Al-Hassan érigea, sur les fondations des enceintes romaines, les impressionnantes murailles qui ceinturent la cité des morts. En 1339, il y fit construire un véritable complexe funéraire et perça ces murailles de la fameuse porte octogonale par laquelle on pénètre. Précaution contre les assaillants, la porte est en chicane. Mais elle est tellement gigantesque qu’on peut s’y presser en nombre.

Au centre de cette nécropole, il ne reste que quelques pans de mur de la Zouïa., un établissement religieux à la fois mosquée,  école coranique et centre d’hébergement pour les pèlerins et les étudiants. Nous quittons la salle d’ablutions pour aller voir le mausolée du sultan noir. On peut voir encore quasiment intacte la stèle du sultan noir ainsi que celle de sa femme, chrétienne convertie à l’Islam qui reposent tous deux ici avec un de leur fils. A côté du mausolée, les tombes des autres membres de la famille, descendants, cousins, frères, sœurs. La tombe de l’épouse du sultan, Lalla Chellah, couverte de zellige, est toujours un lieu de pèlerinage. Ce n’est pas le seul.


Juste à côté, la petite mosquée. Il n’y a plus de plafond, mais les arches sont encore là ainsi que les colonnes. L’ensemble est d’une grande finesse et légèreté. Une architecture tout en délicatesse. Notre guide nous indique l’endroit où se plaçait l’imam pour la prière. J’en profite pour raconter aux filles l’histoire de la mosquée de Cordoue, et sa phénoménale acoustique qui permettait à l’imam de se faire entendre dans toute la salle principale grande de 1,5 hectare. Cette prouesse fut détruite par les catholiques, lors de la reconquête, qui crevèrent le centre pour construire une cathédrale baroque. Ce qui leur valu le courroux de Charles Quint qui les tança en leur écrivant qu’ils avaient détruit ce qui était unique pour construire ce qu’on voyait partout.


Mais nous sommes au Chellah, au Maroc, et Cordoue est loin. Le guide après nous avoir montré la tombe de l’imam, nous emmène près des marabout, ces mausolées où sont enterrés des savants, des médecins et des lettrés et qui ont, nous dit-on, un pouvoir de guérison. Le petit chemin mène au bassin des anguilles. Tout autour, une vingtaine de chats dorment, certains le ventre à l’air, ce qui montre que s’ils ne mangent pas toujours à leur faim, ils ne sont pas pourchassés ni maltraités. Dans l’eau, comme dans tous les bassins de se type, des centaines de pièces de monnaie. Et les fameuses anguilles. L’une d’elle, grosse comme un bras d’une de mes filles, est réfugiée dans un trou du mur. Elle ne sort que sa tête et semble surveiller tout ce qui passe, comme une concierge acariâtre. 

Le vendredi, l’entrée du Chellah est gratuite. Les pèlerins s’y pressent alors. Notamment les femmes stériles qui portent des œufs en offrande aux anguilles dans l’espoir d’enfanter un jour.

Le guide nous ramène vers les hauteurs. Son travail est terminé. Vient le moment délicat du paiement. Je n’ai aucune idée du coût. Très simplement, il me dit que son tarif est de 50 dirham, soit un peu moins de 5 euros. Vu toutes les explications données, c’est très raisonnable, ce qu’Oxygène me confirmera en disant que c’est effectivement le tarif. Mais je n’ai pas la monnaie. « C’est pas grave, dit le guide. Tu feras la monnaie en sortant et alors tu me paieras. » Et il remonte vers l’entrée. Nous, nous repartons faire des tours et détours parmi les ruines suivies de près par les cigognes qui ne nous quittent pas de l’œil. Elles ont toujours fait halte ici, avant de repartir plus bas dans le sud. Mais avec le réchauffement climatique, elles ne se fatiguent plus à voler vers l’Afrique noire. Elles ont colonisé les lieux : arbres, minarets, murailles. Parfois sur plusieurs étages. Il paraît que c’est leur claquement de bac qui a donné son nom au fleuve.


Clap clap clap, c’est la fin de la visite. Clap clap clap, nous sortons de la citadelle, clap clap clap, je règle le guide au passage en le remerciant chaleureusement, clap clap clap font les portières de la voiture quand Karaba vient nous chercher. Nous rentrons à la maison après une bien jolie après-midi.

Trois jolis sites pour en savoir plus

Le chellah de Rabat, nécropole mérinide
Chellah un monument historique

La nécropole du Chellah

lundi 26 juillet 2010

Découverte de la Médina

Nous avons pris la route de Rabat. Elle suit la côte Atlantique. Mais à cet endroit, pas de plage, des falaises ocres qui se jettent dans un océan plutôt agité. Tout au long des pêcheurs. Sur plus d’une dizaine de kilomètres, entre Témara et les environs des Oudaïas, des fondations. Un projet faramineux, porté par les Emirats et stoppé par la crise qui prévoyait la réalisation des résidences, d’hôtels, de tours d’affaires, d’un centre commercial et d’une marina internationale. Le terrain fut cédé pour 1 dirham symbolique en échange de la construction des infrastructures. Il conduirait ni plus ni moins à la confiscation du littoral au profit des plus riches. Pour une fois, vive la crise.

De l’autre côté de la route, d’abord des villas cossues, et puis, au fur et à mesure que la ville se rapproche, un habitat de plus en plus insalubre. Mais on ne le voit pas, on ne fait que le deviner. Lors d’une visite de Nasser, qui devait passer devant les bidonvilles, un mur fut construit pour masquer la misère aux yeux du raïs. Un mur qui fut ensuite surnommé « Le mur de la honte ».

Il paraît que sur cette zone, Liautey avait eu l’intention de construire une zone de villas. On le comprend. Face à la mer, près de la ville, c’était un endroit idéal pour construire le quartier huppé de Rabat. Mais ses projets on fuité et une Français a acheté l’ensemble des terrains visés, pour une bouchée de pain évidemment. Il comptait se faire une grosse plus-value. Quand Liautey l’a appris, il a changé ses plans et à fait bâtir sur la rive du fleuve. Un exemple d’intégrité assez peu suivi de nos jours en France. Se sont installés sur ces terrains qui ne valaient rien tous ceux qui arrivaient des campagnes attirés par les richesses de la ville.

Nous passons les murailles et entrons dans la ville. Il semble que sous le règne du roi précédent, elles menaçaient ruines. Rabat était sale et repoussante. C’est ce que m’ont raconté nombre de mes amis voyageurs. Mais le jeune roi a fait le ménage, beaucoup de bâtiments ont été restaurés, dont ces imposantes murailles ocre rouge. Ça a une certaine allure. Nous nous garons sur un petit parking face au fleuve. Nous faisons confiance aux gardiens. Ils gèrent les emplacements, vous guident pour vous garer, surveillent les voitures. Et nous remontons vers l’entrée de la médina. Je lorgne sur les babouches, j’ai besoin de changer les miennes et j’adore celles à bout rond et à semelle en pneu.

Oxygène qui nous accompagne préfère nous montrer d’autres boutiques. Les commerçants qu’elle connaît. Nous la suivons en confiance. Nous entrons dans un magasin de cuir. Poufs classiques, sacs, selles de chameaux posés sur des tabourets construits à cet effets, sacs, trousses, mallette. Il y a de très belles choses et surtout dans des couleurs superbes. Nous sommes guidées par un jeune homme qui nous montre certaines de ses pièces et nous explique que tout est fabriqué ici, à l’étage. Bien sûr, nous pouvons aller visiter l’atelier. L’installation est sommaire mais le savoir-faire et la dextérité des artisans impressionnantes.

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Une homme coud les peaux entre elles en créant une broderie. Les filles sont fascinées par ses gestes saccadés à la beauté précise.
Plus loin, un jeune homme est en train de découper des lanières dans les chutes de cuir. Rien ne se perd, et surtout pas le cuir. Encollées les unes aux autres ces bandelettes serviront de pli pour la couture des coussins ou des selles de chameaux. Il propose à Oxygène de nous expliquer toutes les étapes de la fabrication des fameuses selles. Elle nous traduit au fur et à mesure. Seule Léone n’écoute pas, mais trop de choses attirent son attention : l’homme en bas qui dessine les coupes sur une grande peau de vache, celui qui coud, celui qui sifflote en passant la teinture… Chaque recoin du bâtiment est utilisé.

Les terrasses, elles, servent pour faire sécher les peaux avec teinture. On y voit les toits de la médina, le linge qui sèche dans les maisons voisines, plus loin, le fleuve, le grand bâtiment que le roi a commandé à Jean Nouvel, un manège forain, et la forteresse des Oudaïas bien à l’abri derrière ses murailles.

Nous redescendons, nous reviendrons voir ce magasin, mais non plus pour visiter, pour acheter.



Oxygène nous emmène quelques mètres plus loin, dans une boutique de babouches absolument renversantes. Joliment ouvragées, ce sont des chaussures élégantes, magnifiques. Et terriblement craquantes. Mais vite elle nous traine plus loin, chez le bijoutier de la famille. Nous entrons dans une boutique assez grande, pleine de vitrines de bijoux en argent vendus au poids. Des murs de boucles d’oreilles, des étagères de bagues et de bracelets. Mais nous n’avons encore rien vu. Oxygène pousse une porte et nous entrons dans la caverne d’Ali Baba où l’ont trouve des bijoux plus anciens. Il y a là des bijoux traditionnels d’une grande beauté, des fibules (boucle d’habit), des boucles d’oreilles, etc. J’ai oublié les noms de ces pièces. Evidemment, les filles craquent. Elles veulent toutes acheter quelque chose. Lou opte assez vite pour une bague, une chevalière berbère, simple et belle. Garance, après un bracelet qui me semble assez fragile, tombe en arrêt devant un semainier ravissant et la grande déniche pour la petite deux petits bracelets en argent. C’est la fête. Je leur fait plaisir. Pour un peu plus de 50 euros, elles ont toutes les trois de très jolis bijoux. Mais comme la connexion ne se fait pas pour la carte bleue (samedi, pas de connexion) je dois payer en liquide et la moitié de mon pécule s’ensauve. Bon, faudra que je trouve un bureau de change ou un distributeur.


Oxygène a un rendez-vous, nous prenons le chemin du retour. Mais nous savons déjà que nous reviendrons faire du shopping dans la médina. Je la suis chez S. que j’avais rencontrée à Paris pendant que Karaba emmène les filles déguster une glace face à la mer. L’appartement de S. est situé au rez-de-chaussée d’un immeuble labyrinthique. Evidemment, nous nous perdons. Nous l’appelons. Elle nous cherche aussi. Nous nous dirigeons à la voix. Nous nous retrouvons enfin. L’appartement de S. est joliment décoré avec des fresques peintes à même le mur. Cela me rappelle la terrasse d’une amie de ma mère, installée en Guadeloupe. Elle avait fait peindre le mur par un artiste de ses amis. C’est beau et original. Ça me donne des idées déco pour ma future maison, si j’arrive à l’avoir. Ça me changera des murs tout blancs.

Nous filons et retrouvons Karaba et les filles devant la maison. Nous sommes en nage. Le temps est lourd, un peu poisseux. Un drôle de temps qui fatigue. Mais le jardin de Karaba est là. Rien de tel qu’un jardin de sorcière pour se rafraîchir.

samedi 24 juillet 2010

Périgrinations

A croire que je suis fâchée avec les dates. J’étais persuadée que je partais au Maroc Le 20. Ce que j’ai annoncé à tout le monde. Et puis, vérification faite la veille de mon soi-disant départ, je ne partais que le 21. Ce qui nous fit une journée supplémentaire de piscine et de plage. Et de préparation de valise.

Je rentre le 10 en Espagne. Ainsi, je pars le 11, je fais étape le 11 au soir chez Samantdi et j’arrive le 12 à Tours. Le 13 et le 14 je fais les valises des filles pour les colos. Le 14 en fin d’après-midi, nous montons à Paris. Sauf que, quand j’ai voulu laisser date et heure de retour pour qu’on vienne nous récupérer à l’aéroport de Barcelone, je me rendis compte que je ne partais pas le 10, mais le 9. J’avais dû avancer d’un jour mon retour à cause du prix et sans doute aussi pour me laisser plus de temps à Tours pour préparer la fin des vacances des filles. En fait, nous resterons un jour de plus en Espagne puisque mes rendez-vous intermédiaires sont déjà fixé.

Je me suis fait foutre de ma gueule quand même.

Nous nous sommes donc présentées à l’aéroport de Barcelone le 21 à 20h30 puisqu’il fallait arriver trois heures avant le départ. Le guichet où nous devions enregistrer nos bagages était juste devant la porte par laquelle nous étions entrées, nous n’avons pas eu besoin de chercher. Il y avait déjà du monde, beaucoup de familles, avec de jeunes enfants. Des petites filles sages qui aidaient leur maman et des garçons qui couraient dans tous les sens et trouvaient toutes les bêtises à faire. L’homme qui était avant nous voyageait seul avec son fils. Il ne parlait pas un mot d’espagnol ni de catalan. Et visiblement, il y avait un problème avec un de ses bagages. J’ai donc fait la traduction pour aider. Ce qui lui fit gagner du temps à lui, pas à moi. Son problème était qu’il n’avait payé qu’une franchise de bagage pour 20 kilos alors qu’il en avait deux pesant en tout 35 kilos. Moi, je disais que la franchise devait être par personne. Oui, disait l’hôtesse, à condition de la payer lors de l’achat du billet. J’argumentais que ce n’était pas très clair sur le site, l’hôtesse me montrait les clauses du billet. En final de compte, le monsieur a accepté de payer les 22 euros supplémentaires pendant que je m’inquiétais. Allait-il nous arriver la même chose ? Nous avions tout de même 45 kilos à nous quatre.

En fait non. J’avais bien réglé, au moment de l’achat des billets, une franchise pour chacune d’entre nous. Je suis plus prévoyante que je ne le pensais. J’avais bien souscrit une assurance annulation qui m’a permis de changer le billet retour de Lou, alors que je ne le fais jamais. Bref, à nous quatre, nous aurions pu emmener 80 kilos. De le savoir, j’aurais proposé à l’homme de lui prendre sa valise. Cela n’aurais pas été très prudent. Mais je ne suis pas très prudente. Il a payé les 22 euros pour sa valise supplémentaire, ce qui n’est pas excessif quand on connaît les tarifs des compagnies régulières pour tout kilo superfétatoire.

Débarrassées des bagages, nous avons cherché un coin tranquille pour casser la croute. Et surtout boire les bouteilles d’eau qu’on nous avait donner avant de passer le contrôle. On emmène pas de bouteilles dans la zone d’embarquement. Nous avons fait un sort aux œufs durs, aux brugnons qu’on nous avait préparé. Garance n’aimant pas les œufs a boulotté son sandwich. Toute bouteille bue, nous avons passé le contrôle et sommes arrivées dans la zone de free taxe qui, à la grande déception de Lou, était entièrement close, vue l’heure. Il ne restait qu’une boutique de parfums, alcool, cigarettes et bonbons qui nous intéressaient relativement peu. Dans les bars voisins, la bouffe avait été dévalisée. Mais nous avons pu acheter quelques paquets de chips et des bouteille d’eau. Et nous avons commencé l’attente.

Ce qui est bien avec les charters, c’est qu’on demande d’arriver avec trois heures d’avance pour un avion qui la plupart du temps aura du retard. Ça n’a pas loupé. Le nôtre est arrivé à l’heure à laquelle nous aurions dû décoller. Ce qu’il y a de bien aussi, c’est qu’il ne font pas de remplissage à outrance en resserant les rangs de sièges. J’ai de longues jambes, c’est vrai, mais je n’avais tout simplement pas la place de caser mes cuisses entre mon siège et celui de devant. C’est donc très en retard et passablement contusionné que nous avons débarqué à Casablanca dans l’immense aéroport Mohammed V. Je pensais à Karaba qui nous attendait déjà depuis une bonne heure. Arriver à 0h45, ce n’est déjà pas un cadeau pour ceux qui viennent vous chercher. Mais à 1h45, c’est pire. D’autant qu’elle n’avait pas fini d’attendre.

Nous avons passer les étapes de contrôle et de douanes sans encombre. Nous nous sommes présentés devant le tapis roulant indiqué. Des valises étaient déjà en train de tourner. Pas longtemps. Les quelques bagages récupérés, plus rien n’est venu. Heureusement, un employé de l’aéroport est venu nous prévenir que le reste était livré sur un autre tapis, de l’autre côté. Heureusement, quelqu’un m’a traduit l’information. Nous nous sommes précipitées. Nous avons très rapidement récupéré la valise de Lou, la mienne. Mais celle de Léone, rien. Et puis à nouveau, le tapis a arrêté sa ronde. L’employé est revenu annoncer quelque chose. Et là, des femmes et des hommes se sont mis à râler, puis carrément à lui hurler dessus. Nous étions en plein happening et je ne comprenais rien de ce qui se disait. Un peu angoissant.Le pauvre, il n’était que le messager de la mauvaise nouvelle.

C’est l’homme que j’avais aidé à Barcelone qui m’a rendu la monnaie de ma pièce. Il m’a expliqué qu’un wagonnet de bagages avait oublié d’être chargé à Barcelone. Qu’il fallait faire une réclamation et que le bagage arriverait sans doute avec l’avion du lendemain. Ironie de l’histoire, c’était la valise pour laquelle il avait été obligé de payer un supplément qui avait été égarée. Il avait ses 22 euros un peu en travers de la gorge. Mais grâce à lui, j’ai gagné un temps fou. Les hommes derrière le guichet étaient d’une patience d’ange au milieu de toutes ces vociférations. Ils n’y pouvaient rien, c’était les bagagistes de Barcelone qui étaient en tord. Imperturbable, ils attendaient la fin des cris, les renseignements demandés, remplissaient les formulaires. J’ai admiré leur sang-froid.

J’ai pu rejoindre Karaba, qui nous attendait depuis bientôt trois heures. Mais c’était tellement bon de la voir là. Nous avons filé vers la voiture, parce que Rabat, ce n’est pas la porte à côté. Il fallait faire la route. Plus d’une heure de voyage. Nous sommes arrivées à 4 heures du matin heure locale. C’est-à-dire 5 pour nous. Karaba nous a installées dans nos chambres. Les petites ensembles, moi et Lou chacune dans la nôtre. Et nous avons dormi sans demander notre reste.

Nous nous sommes réveillées tard dans la matinée. La maison était silencieuse. J’ai ouvert les volets et découvert le magnifique jardin de Karaba. Nous y étions, enfin.


Ajout du vendredi 23. Karaba m’avait dit : « Il faudra que tu appelles l’aéroport. Eux ne le feront pas. » C’est ce que j’ai fait ce matin. Une voix féminine m’a confirmé que la valise nous attendait. Je pouvais venir la récupérer. Ni une ni deux, histoire d’être débarrassées de cette galère, Karaba nous a emmené dans son carrosse. Nous avons refait la route (autoroute) côtière. Presque trois heures aller-retour. Le temps de trouver le bon guichet, on m’a emmené près de ma valise. Elle était là, elle m’attendait bien sagement. J’étais contente de la voir. Je l’ai flattée de la main. Puis je me suis figée. On lui avait enlevé son cadenas. Je l’ai ouverte fébrilement et puis non, il ne manquait rien. Ni le sachet avec les maillots de bain mouillé, ni celui avec les médicaments, ni les vêtements de Léone, ni mon ordinateur. Oui, je sais, voyager avec un ordinateur en soute relève de la pure folie. Mais n’ai-je pas dit que je n’étais pas raisonnable ? (Cela dit, c’est la dernière fois.)

mardi 13 juillet 2010

L'été en pente douce amère 1

Des vacances, enfin des vacances où je ne fais rien. Même pas aller à la plage, ou si peu. Le matin, nous nous levons, tard… Vers 10 heures, parfois plus tard. Petit-déjeuner puis promenade de Raïa, la chienne de la maison. Pendant une petite heure, elle court, nous marchons, dans un endroit étonnant, près d’un golf, ce qui aurait dû devenir un champ de villas cossues. Il y a des routes, des chemins, des lampadaires, des branchements électrique, Mais pas le début de construction d’une maison. Des herbes folles, des arbustes, des buissons et les bestioles qui vont avec. La chienne court en tout sens pour finir dans une marre d’eau due à une fuite d’eau présente depuis des mois, m’a-t-on dit. En Espagne plus qu’ailleurs, quand le bâtiment va, tout va. Et là, ça va pas très fort…

Nous suivons vaguement la chienne, en restant sur les parties goudronnées. Puis nous revenons lentement vers la voiture. Ensuite, comme l’endroit est le plus souvent désert, je donne ses premières leçons de conduite à Lou. Elle sait maintenant démarrer la voiture, passer une puis deux vitesses, rouler à peu près droit, freiner, rétrograder, s’arrêter. Ces petites leçons de conduite la motivent pour m’accompagner. Sinon, elle préfèrerait rester devant l’ordinateur ou la télé. Et puis les insectes qui pullulent ne lui disent rien de bon. Elle a la phobie de tout ce qui vole. Phobie renforcée par le fait que je me sois fait sauvagement agressée par une abeille. Nous marchions en discutant quand c’est arrivée. Je ne l’ai même pas vu venir. Par contre, je j’ai bien vu repartir la garce. Elle m’a fait un mal de chien.

De retour à la maison, en général, c’est piscine, histoire de prendre le frais. Les filles passent leur temps à sauter dans tous les sens. Moi, je fais de nombreux exercices. Je pédale. A chacun son Tour, certains font celui de la France. Moi je me contente de la piscine. Mes jambes qui souffrent de la chaleur se portent – et me portent – beaucoup mieux. Je retrouve la finesse de mes chevilles.

Je trouve rarement la motivation de préparer le déjeuner avant 14 heures, 15 heures. LEs déjeuners sont rapides : salades, tartes aux légumes, etc. Le soir, grillades sur le barbecue et pommes de terre sous la cendre dont les filles raffolent. Ou ratatouille.

Et je range tant bien que mal ce que sèment les filles. Elles sont… elles m’énervent. Moins qu’à la maison, parce que je suis plus détendue, mais tout de même. Pour me calmer, je pique une tête et me sèche au soleil. Hier, comme une idiote, j’y suis restée trop longtemps sans protection. Et j’ai attrapé un bon coup de soleil. Comme d’habitude, je ne brûle jamais la première semaine, je fais trop attention. Mais après…

La peau de Garance tient, elle, le coup. Le premier jour, elle a fait une allergie à la crème solaire que je lui avais acheté en pharmacie. La Roche Posay, la marque que l’on achète quand on a des problèmes de peau. C’était réussi ! La peau lui brûlait. Je l’ai envoyé se doucher pour faire partir le produit. Depuis elle utilise la Nivea achetée en grande surface avec bonheur. Garance est maintenant beige clair, c’est-à-dire pour elle très bronzée. Lou est noire et Léone dorée.

Parfois, en fin d’après-midi, nous allons à la plage. Il n’y a pas beaucoup de monde. D’ailleurs, quand nous roulons dans la ville,nous voyons un nombre impressionnant d’appartements et de villas à louer. Ce n’est pas la foule des grands jours. Tant mieux. Miami Platje ressemble à Salou d’il y a trente ans, la foule en moins. Salou ne ressemble plus à rien. Avant, il y avait entre cette ville et Cambrils, un adorable petit village de pêcheur, pendant 7 ou 8 kilomètres, une lande sauvage et quelques champs cultivés. Maintenant, ce sont les immeubles que l’on fait pousser et les deux villes se touchent.

Au premier bain en mer Léone était folle de joie. Elle aime l’eau, elle adore la mer. Elle s’amuse des vagues, du sable, des galets qu’elle collectionne et dont elle leste mes valises la chipie. Elle n’est que rire et bonheur.

A suivre

samedi 8 mai 2010

Chez Mustapha, herboriste et yogui

Aujourd’hui, après le petit déjeuner, j’ai accompagné les étudiants chargés du sujet santé chez un yogui herboriste. L’ami du professeur de français. Il nous a donné rendez-vous au café, sur la place de Zénaga. Arrivé à l’heure dite, nous ne l’avons pas trouvé, mais un des deux « fous » du village nous interpellé nous disant qu’il arrivait très bientôt. Les messages ne se perdent jamais ici et tout le monde sait qui nous sommes. Un camion venu d’Oujda débarquait de grands sacs de semoule que les femmes et les hommes, venus avec une carriole, achetaient. Les femmes en haïk, bien sûr. Mustapha Fraj est arrivé à ce moment là. Et nous a emmené chez lui. Le chemin nous a paru très long et surtout très compliqué dans les ruelles du ksar. Après deux bifurcations, nous étions tout à fait perdus. Et pourtant, sans doute, pas très loin de la maison où nous logeons. En passant sur une petite place où se tient un atelier de réparation mécanique, je photographie un vélo appuyé sur une porte. Un homme intervient, pas très aimable, me demande ce que j’ai pris. Je lui explique. Il est hargneux, comme si j’avais photographié sa femme. C’est peut-être sa bicyclette ? Je n’arrive pas à le prendre au sérieux. Mais il est insistant et ne me lâche pas. Je vais pour m’énerver quand Mustapha intervient. JE ne sais pas ce qu’ils se sont dit, mais en deux secondes, l’importun a tourné les talons. Merde, c’était juste une bicyclette contre une porte. Je fais tellement attention quand je prends des photos…

La porte de sa maison donne en fait sur une petite cour où il fait pousser quelques plantes. Dont du chépopode Bon-Henri, un basilic très fort en odeur et probablement en goût. De ce basilic il se sert pour soigner un certain nombre de maux. Comme la plupart des plantes qu’il fait pousser ici. Dans la cour suivante, un autre jardin avec des oignons, des choux, des salades, des roses trémières. Donnant sur cette courette, une pièce sombre où il tient toutes ses préparations. Des bocaux de toutes sortes qu’il nous montre un a un, nous expliquant ce qu’il en fait. De la tanaisie, il fait une poudre qui dégage les intestins. Il fabrique également des dentifrices en mélangeant de la sauge, de la camomille et une troisième poudre de plante dont il ne se souvient plus du nom. Le chou lui sert pour le savon en poudre. Il fait aussi du parfum avec des boutons de roses et de la lavande, 20 g de chaque qu’il met à tremper dans de l’alcool quelques semaines pour faire du parfum. Il se sert également de morceau de roseau (des petits ronds blancs que l’on trouve à chaque intersection) comme de petits pansements sur le visage par exemple.

La limonade de datte lui permet de soigner des bronchites. Quelque 250 g de dattes dans de l’eau de pluie, en boire un verre le matin, le midi et le soir avant de se coucher. Les dattes soignent tout. On les fait également sucer aux bébés âgés de 7 jours enveloppée dans un chiffon propre pour lutter contre toute sorte de maladie infantile comme la diphtérie par exemple. Des roses trémières séchées, il fait de l’encre, mais aussi un remplacement à la bétadine (1 litre d’eau de pluie et 200 g de rose trémière séchées). La plupart des plantes sont mises en décoction dans de « l’eau de nuage décantée ». Impossible sinon de l’utiliser. Il nous montre effectivement un pot où il vient de recueillir de l’eau de pluie, elle est pleine de sable. Il part souvent dans la montagne faire ses réserves, plusieurs jours d’affilée. Il ne peut utiliser de plantes qui poussent là où l’eau est polluée. Il nous montre des objets qu’il fabrique pour toutes sortes d’usages : des attelles, des éponges, des plats, des épingle, des cuillères, des colliers de noyaux d’olive qui peuvent servir de dessous de plat, d’arme pour se défendre, ou tout simplement de bijou. Il utilise des morceau de palmier pour faire de la rééducation, etc. Il ne vend aucun objet, il en fait cadeau.

Où a-t-il appris tout cela ? Son père et son grand-père lui ont transmis une partie de sa science des plantes. Le reste, il l’a trouvé sur Internet. Il fait de nombreuses recherches sur les médecines traditionnelles : chinoise, amérindiennes, indienne, etc. Mais lui ne pourra pas transmettre tout ce qu’il a appris : les jeunes ne veulent plus apprendre. Mais il va tout de même faire de la formation dans des instituts. Il y a des maladies qu’il ne sait pas traiter avec les plantes. Il renvoie donc ces malades là vers des médecins « modernes ». Mais l’inverse est vrai aussi. Des maladies que la médecine moderne n’arrive pas à guérir sont soignées ici, au moins soulagées. Des médecins à la retraite viennent le consulter

Il nous emmène dans un autre cours, celle où il pratique le yoga. Au centre, un ovale de verdure dans laquelle est installée une curieuse banquette en bois et en fer. Autour, sur la moitié du parcours, des galets mélanger à des billes de couleurs, des agates. Des marques sur la terre, des morceaux de troncs de palmier, un bille de bois.

La première chose est de saluer. Il se déchausse, enlève sa casquette et sa veste et nous montre le salue. Puis il nous explique une à une les installations. Les galets, les billes, il faut marcher dessus pieds nus pour la réflexologie. La bille de bois sert au même usage. Les marques sur le sol servent de repères. De tel endroit à tel endroit, on bloque sa respiration, de tel autre à tel autre, on respire librement. Les exercices se font de 4 heures du matin au lever du soleil. Il incite les gens à marcher pieds nus pour être en contact avec la terre.

Après nous avoir montrer une partie des « installations » il nous invite à prendre le thé. Assis en cercle, nous lui posons des questions. Où a-t-il appris le yoga ? Auprès de thaïlandais en Lybie. Mais aussi dans les livres et sur Internet. Il y a un ouvrage qu’il connaît par cœur, écrit en 1919 par un certain Shri (chéri) quelque chose. Il est musulman oui, et prône la tolérance envers toutes les créatures de Dieu, de la simple mouche qui nous agace aux autres hommes. Il est contre les frontières : une mouche, un oiseau va bien de l’autre côté en Algérie, les nuages n’ont pas de frontières. Pourquoi lui devrait-il en avoir. Tous les préceptes du Coran, l’homme est libre de les appliquer. Il a son libre arbitre. C’est à lui de décider s’il suit les conseils ou pas. Le vin est fabriqué à partir du raisin, créé par Dieu. Pourquoi ne pas en boire, modérément. Idem pour la marijuana.

Un discours de tolérance débité d’une voix lente et douce. Cet homme pourrait se faire gourou et devenir riche. Mais il n’a pas besoin d’argent. Ou très peu. Autrefois, il a fait toute sorte de métiers. Aujourd’hui, à 55 ans, il ne fait qu’exercer sa médecine. Il vit de peu. Un feu de cheminée, un peu d’eau, des bougies, des livres. Ses seules dépenses : un peu d’électricité pour charger son portable et le cybercafé pour Internet. Il a commencé la médecine tout petit. Il avait un agneau qui le suivait partout. Et puis un jour, l’animal est tombé de la terrasse, se fracturant la patte. Il l’a soigné et guéri. C’est ainsi qu’il a commencé, avec son père et son grand-père. Il a voyagé, oui, pour chercher du travail : Malte, Lybie, France, Espagne. Il a fait taxi, coiffeur, musicien, hôtelier, peintre (on a vu quelques uns de ses tableaux dans la première cour).

Il nous raccompagne. Mais d’abord, comme j’ai mal au ventre depuis plusieurs jours, il me donne une cuillerée d’une poudre à avaler. C’est de la poudre de datte séchée. Il remplit une enveloppe de ces dattes. Je dois les piler et en avaler une cuillerée matin, midi, et le soir avant de me coucher. Il nous raccompagne ensuite dans les ruelles jusqu’à la maison de notre hôte. Nous n’étions effectivement qu’à une centaine de mètres.

lundi 3 mai 2010

Les abeilles du désert

Nous arrivons enfin chez l’apiculteur. Le premier groupe est en train d’observer les abeilles, ils ont revêtu les couvre-chefs ad hoc. Nous attendons leur retour. Puis nous entrons dans le bâtiment où l’on nous offre le thé à la menthe et de gaufrettes que nous trempons dans du miel de jujubier. Il est délicieux. Nous goûtons également le miel brut avec une matière qui ressemble à du chewing-gum. Le producteur explique qu’il n’a que quelques ruches ici, les autres sont en déplacement ailleurs. Ses abeilles voyagent. Il produit de grosses quantités et seuls 20 % de la production est écoulée ici, à Figuig. Le reste part dans tout le Maroc. C’est un met très demandé, car recommandé par le Coran. On soigne tout avec le miel. Les rhumes, les grippes, les maux de gencives. Il paraît que se faire piquer par une abeille soigne les rhumatismes. A condition de ne pas être allergique.

Nous finissons par quitter l’apiculteur et ses amis et retournons vers Figuig. Monsieur le professeur nous propose de passer par la muraille et le plus vieux minaret de la ville, près du ksar Loudaghir (l’autre ancien ksar avec Zenaga). La tour hexagonale fut construite en pierre au XIIe siècle. A côté, une ancienne muraille faite de briques de terre, comme le reste de la cité qui protégeait la ville. A cause de l’eau, les ksour se faisaient souvent la guerre. Ils étaient tous entourés de muraille, de murs de protection et l’entrée était verrouillée la nuit. Mais on dit aussi que cette muraille a été construite par les Turcs lors de leur occupation dans les année mille cinq cents. Des travaux de restauration ont débuté, il y a deux ans. L’endroit est beau, sans fioritures, presque chaleureux. Je préfère cela aux ruines romaines pour tout dire. On y sent le travail de l’homme et les siècles qui ont passé. Il faut dire aussi que je n’en ai pas vu à longueur de manuels scolaires.

Des gros ploufs attirent mon attention. Je me demande d’où ils peuvent bien venir. C’est un de mes collègues qui me donne la clé : un réservoir d’eau est enterré. À côté un petit bassin où se baignent trois gamins. Les veinards. Il fait une chaleur lourde et oppressante et je piquerais bien une tête mais je ne peux pas, je suis une femme. Le problème, c’est que nos guides sont des hommes la plupart du temps et ne peuvent nous emmener que dans des endroits de mecs. Les femmes, elles, restent dans la cuisine. Alors nous, nous restons sur notre soif de baignade. Je m’en fous, quand je rentrera à Tours, je passerai une demi-journée à la piscine du lac. Evidemment, il ne fera pas le même temps, mais je pourrai me baigner tout mon saoul !

Je boude, en plus je suis épuisée. Le vent sans doute, la chaleur aussi, les nuits probablement. Et mes intestins qui depuis que je suis arrivée m’emmerdent. Heureusement, nous rentrons pour le déjeuner. J’ai à peine le temps de poser mes affaires et de me laver les mains que nous nous installons autour de la table. En entrée, une salade. J’oublie mon mal de ventre et déguste oignons, concombre et tomates. Je ne devrais pas. Je vais le payer cher. Le plat principal, du mouton, des cœurs d’artichaut et des petits pois, est un bonheur. Oui, je sais, je n’aime pas les petits pois. Mais ici, je fais une exception. Dommage, je n’ai pas pris de photo.

En sortant de table, je vais directement m’allonger. Pour me relever. Ce coup-ci, c’est la crise. Je descends quatre à quatre aux toilettes. Je retourne me coucher. Je finis par m’endormir épuisée pour me réveiller une heure plus tard, sans doute, j’ai perdu la notion du temps. Je ne me sens pas très bien. Heureusement un de mes collègues est une pharmacie ambulante. Il a prévu de tout pour tout le monde. J’avale les médocs et nous partons pour le cyber café. Je lis quelques uns de mes mails, parcours mon blog, fait un tour sur Facebook histoire de faire coucou. Et j’envoie un message un peu plus long à mes gisquettes, leur envoyer plein de bisous baveux, les manger de câlins. Oui, j’aimerais bien ça en ce moment.

Le mal du pays arrive toujours quand on est mal. Je rejoins au café les autres. Thé à la menthe pour tout le monde. Nous rentrons à la maison. Les étudiants ont été invités à jouer un match de foot avec les lycéens du cru. Je suis la seule à ne pas aller assister à cette rencontre au sommet. La seule avec le groupe textile qui n’a toujours pas reparu. Dans la cour désertée, les femmes s’installent. Elles devisent tranquillement, en balayant ou simplement assises dans les fauteuils en plastique. J’ai le mal du pays. En même temps, je suis bien à les écouter. Mes filles me manquent. Dormir, sans doute que cela me ferait du bien. Dormir, oui, sans doute. Ma voisine de chambre me propose un whisky pour calmer mes intestins. Il paraît que c’est efficace. La maison est encore calme. Je sirote mon verre dans la fraîcheur de la nuit qui vient de tomber. La sonnette retentit. Le groupe textile est enfin de retour, tout va bien, ils ont trouvé ce qu’ils cherchaient. Les footballeurs font irruption moins de cinq minutes plus tard. La tempête après le calme…

lundi 26 avril 2010

Le bois dont on fait les portes…

Dimanche de Pâques. Premier réveil, il fait encore nuit, deuxième réveil vers 6 heures. A 7 heures, je me lève et file à la douche. Les collègues et deux étudiants se préparent à aller aux bains, une activité réservée aux hommes.Je pourrais les accompagner, ça ne gêne pas me dit-on, mais pas me baigner. Mais franchement, aller regarder d’autres se baigner et ne pas en avoir le droit, je préfère encore rester à la maison et prendre une douche.

Ils sont de retour pour le petit-déjeuner, toujours aussi bon et copieux. Les gâteaux ont simplement remplacé les beignets. Un premier groupe part qui recherche désespérément à faire parler les gens de leur façon de s’habiller. C’est un sujet si quotidien qu’il devient difficile à réaliser, les gens ne comprenant pas ce qu’ils veulent.

Les deux autres groupes vont visiter un apiculteur. Je les accompagne. Une première voiture part. Nous suivons dans la seconde avec le professeur de français du lycée. Qui en profite pour nous promener dans le désert autour de la ville. Nous trouvons les ruines d’un fortin français. Il nous fait goûter à des plantes, dont les cacahuètes des nomades qui ont un fort goût de cœur d’artichaut, et une petite fleur jaune, une épice que je mâchouille un long moment.

Nous nous arrêtons près d’un campement de nomades et de leurs animaux. Nous nous éloignons dans le sable. Puis ne trouvant pas notre chemin, nous revenons à la voiture. Les nomades s’approchent et nous proposent des paniers tressés. Nous leur en achetons quelques uns. Plus loin, une école, c’est la leur. Une tente jouxte les bâtiments, c’est celle du gardien du bâtiment. Sur les murs du bâtiment est inscrit : « Quand on veut, on peut. »

Je prends des dizaines de photos. En route, à pied, tout le temps. Et puis j’arrête parce que je sais que de toute façon aucune photo ne pourra transmettre la beauté des paysages. C’est trop. La plaine de pierres, les montagnes, le sable partout, les palmiers, les bouts d’Oasis, la ligne verte près de la rivière qui sépare le Maroc de l’Algérie à un jet de pierres. Il faut juste regarder et emmagasiner des souvenirs. C’est grand, et immense et beau, juste beau.

En plein milieu de ce désert, des palmiers. Et un homme à qui l’on amène des arbres abattus. il fabrique des poutres et à partir de ces troncs. LE palmier n’est pas un arbre en fait, c’est une herbe, dont les fibres se sont durcies. LA matière est très dure et très solide, un peu comme pour les fougères arbustives. Sauf qu’évidemment, on ne les trouve pas sous le même climat. Pas facile, donc, d’en faire des poutres, et encore moins des planches. D’autant que la scie, dans cet entrelacs de fibre, ne serait d’aucune utilité. Il travaille sont au coin, qu’il enfonce avec sa masse dans des endroits stratégiques. Le tronc grince, pleure puis finit par se fendre. Impressionnant ! Il en faut de la force pour faire une porte ou un plafond à Figuig…

De l'art de faire d'une herbe du bois pour construire De l'art de faire d'une herbe du bois pour construire
Enfoncer le coin et… Fendre l’herbe

dimanche 25 avril 2010

A la frontière

Alors que nos étudiants repartent à l’assaut de la ville, les enseignants font la sieste. J’en profite pour sauvegarder mes photos sur l’ordinateur et les visionner. Je suis assez contente du résultat, mais je n’ai pas encore l’habitude de mon nouvel objectif. Il faudra que je retravaille certains clichés.

Je bouquine aussi ce satané livre de sociologie qui me motive autant qu’un plat de haricot blanc, et ce n’est pas peu dire. Je m’allonge une petite demi-heure. Puis j’écoute quelques uns de mes podcasts dont une superbe interview de Dennis Hopper par Rébecca Manzoni. Un vrai bonheur.

Puis, quand tout le monde est réveillé, nous décidons de prendre la voiture pour aller faire un tour. Nous allons jusqu’au poste frontière voisin. De l’autre côté, c’est l’Algérie. Avant, c’était encore Figuig. Jusqu’au XIXe siècle, la ville était un carrefour pour les caravanes et une étape pour les pélerins. Elle était donc riche, commerçante, vivante. Il paraît qu’il y eut même un embryon d’université où l’on étudiait l’algèbre et la théologie. Mais les Figuigui sont des esprits indépendants. Ils ont donc soutenu l’émir Abd El-Kader contre les Français. Les tensions se sont accentuée jusqu’en 1903 où la ville fut bombardée. Les plus anciens s’en souviennent encore avec terreur (eh oui, il y a des centenaires). La France a imposé une nouvelle frontière qui coupait l’oasis en deux, lui faisant perdre ses terres de l’est autour du ksar de Beni Ounif.

Les choses ne se sont pas calmées avec l’indépendance des deux pays à cause de la rivalité entre les deux pays. jusqu’à la guerre des sables en 1963 lors de laquelle Figuig devient le théâtre de combats. Les paysans sont obligés d’obtenir des laisser-passer pour aller cultiver leur terres côté algérien. En 1970, avec le conflit avec le Sahara occidental (très loin de Figuig) la frontière est fermée et Figuig se retrouve complètement enclavée.

Jusque là, même si l’entente n’était pas cordiale, la ville restait tout de même une étape vers l’Algérie, une ville de passage. Mais une fois la frontière fermée, l’oasis devient un cul de sac. Elle fut rouverte entre 1986 et 1994 quand un attentat à Marrakech raidit à nouveau la position des deux pays. Il y a deux ans, les Figuigui ont eu l’espoir que la frontière s’ouvre à nouveau, le Maroc en avait fait la demande très officiellement. Mais l’Algérie a refusé, réclamant que tous les contentieux soient réglés avant. Et ils sont nombreux. Cela ne fait pas l’affaire des habitants du ksar de Zenaga dont une partie des terres se trouve de l’autre côté de la frontière. L’Algérie a brûlé une partie des palmiers, les autres sont laissés à l’abandon. Ils n’intéressent personne que ceux qui n’y ont plus accès. Certains ont tout perdu, parce que tout est là bas, de l’autre côté. Alors ils ont les yeux constamment porté vers cette ligne ténue, invisible, cet ailleurs. Toute la tragédie de Figuig est là… Cette barrière blanche et rouge et ces jeunes gens en uniforme qui nous saluent de la main…

Nous repartons vers la ville haute, à la recherche d’une muraille que nous ne trouvons pas. Mais découvrons un magnifique point de vue sur les montagnes, le désert. Le soleil se couche, voilé, le ciel prend des teintes ocres. De nombreux Figuigui sont venus s’installer là pour regarder le soir s’installer. Ces gens sont des contemplatifs, mais la beauté des paysages qui les entoure ne peut que les y inciter.

Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons chez un marchand de journaux, épicier, papetier. J’achète un cahier, une bouteille d’eau pour mes futures sorties, et quelques cartes postales. Il y en a quatre modèle, pas le choix. Elles ne coûtent que 1 dirham chacune. Soit 8 centimes d’euros. Les timbres sont par contre beaucoup plus chers, un peu plus de 7 dirhams pour la France. Ce qui me surprend. Chez nous, c’est tout le contraire, les cartes postales sont de plus en plus cher. Nous allons au café. Je suis la seule femme. La société est vraiment séparée. Les hommes vivent leur vie entre eux, les femmes ont leurs propres activités, le café n’en fait pas partie. Mais cela ne veut pas dire qu’elles restent enfermées chez elles et qu’elles n’ont pas de vie sociale. Bien au contraire. Beaucoup travaillent, sont bénévoles dans des associations de tout genre. Notamment de développement. Mais ce sont elles qui élèvent les enfants et font le repas. Les hommes ne pénètrent pas dans la cuisine. Ils vont au café.

Je bois un thé. Notre cercle s’agrandit : notre hôte nous rejoint, le professeur de français du lycée voisin, le jardinier de ce matin, un enseignant de mathématique à l’université d’Oujda. Nous parlons de choses et d’autres, de journaux, dont un, qui semble dépendre du PS local et dont la page en français est le plus souvent piratée sur Internet. Le prof de français, qui s’est fait « emprunter » de nombreux papiers sur son blog, peste : ils font n’importe quoi, coupent n’importe comment, ne se relisent pas. C’est pas sérieux tout cela.

Nous rentrons pour le dîner. Ce soir, c’est soupe. Une bonne soupe très goûteuse et qui tient bien au corps. Deux petits bols et nous sommes rassasiés. Puis nous faisons une réunion avec les étudiants pour voir où ils en sont. Ils ont eu plein de contacts, vu plein de monde. Le projet avance vite. Ils sont contents.

A 22 heures, je tombe de sommeil. Je rejoints mon lit. Je tente crânement d’écrire quelques lignes, mais je sombre.

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