Racontars

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samedi 9 juin 2012

Etre enterré quelque part…


Je ne serai pas à l’hommage qui lui sera rendu demain matin si ce n’est par la pensée.
J’attends mon ami et beau-frère à Tours, où il sera enterré. Cela s’est décidé un peu par hasard.

Je suis contente de ce choix. Il sera près de la Loire.

Je trouve qu’elle lui va bien.

Après-midi en bord de Loire


dimanche 6 novembre 2011

BDM

Non, ce n’est pas une VDM quelque peu enrhumée. Quoi que… C’est l’acronyme de bridage des mineurs. Et c’est le sujet du film de Maïwen, Polisse, que j’ai été voir avec ma fille aînée.

Dès que j’en ai entendu parlé, j’ai su j’irai le voir. D’abord parce que j’aime beaucoup cette femme. Ensuite parce que le sujet qu’elle avait décidé d’aborder frontalement me parlait. La vie des policiers membres de la brigade des mineurs. Brigade où j’ai passé un après-midi. Pas pour un reportage. Pour accompagner mes enfants et témoigner. Un peu comme la femme jouée par Sandrine Kimberlain, mais pour une affaire moins grave. Mon ex battait mes enfants, il ne les violait pas.

Le film est fort. Mal ficelé parfois, mais fort. Mal ficelé par exemple parce que je ne comprends pas trop le pourquoi l’histoire du petit Solal. Et je comprends encore moins pourquoi tant d’articles en parlent et présentent ce qu’il dit comme le moment le plus poignant. Pour moi, c’est le plus mièvre et aussi le moins crédible. Du violeur qui pleure et reconnaît ses tort à l’enfant qui n’a pas de séquelles et remporte sans trembler la compétition de gymnastique. Tout finit bien. Avec une belle image du garçon qui sourit et soulève sa coupe de champion. Les journaux ne le disent pas, ils ne parlent que de ses boucles blondes, de ses questions sur la pédophilie que je n’ai même pas retrouvées dans le film. L’histoire de Solal, pour moi, elle est de trop, elle ne sert à rien sauf à ajouter un moment rassurant. Parce qu’il est sans doute plus rassurant en effet de se souvenir d’une histoire qui finit bien. Même si la chute finale n’est pas si belle et qu’au bout il y a la mort.

Quand même, j’ai trouvé autrement plus poignante et forte l’histoire de cette femme africaine qui vient donner son enfant à la brigade parce que cela fait six mois qu’elle vit dans la rue avec lui et qu’elle ne veut plus de ça pour lui. Cela oui, c’est du vécu. Et cela finit mal, parce que, malgré toute la bonne volonté de la brigade, tous ses efforts, il faut séparer cette mère de son enfant car aucun foyer ne les veut ensemble. C’est quelque chose que j’ai vu, oui. La détresse de cette femme, avec son accent, sa voix douce, les choses terribles qu’elle débite avec ce calme que l’on n’atteint que lorsqu’on est totalement au fond du gouffre, ce léger zozottement qui ferait presque sourire, le désespoir d’abord muet, puis hurlant du gamin, oui, ce sont des choses que je reconnais, que j’ai vues dans les familles réfugiées dont les enfants étaient dans la même école que la mienne. La lutte de tous les jours de ces femmes. Ce sacrifice ultime pour que l’enfant, au moins, soit sauvé. Cette incroyable dignité dans le désespoir souligné par un geste, celui de se masquer les yeux. Non là, pas d’image d’Epinal, on ne va pas nous raconter le bonheur du gamin dans son foyer.

Fort aussi, mais on connaît son talent, le rôle interprété par Sandrine Kimberlain. Cette femme qui soudain comprend ce que lui dit son enfant, et le gouffre qui s’ouvre. Oh, pas tout de suite. Pas d’un coup. Mais c’est bien un gouffre dans lequel  s’effondre l’apparence tranquille du bonheur familial pour l’illusion duquel on consent à passer sous silence tant de choses. Mais la profondeur du gouffre, on n’en prend la mesure que lorsque le père incestueux admet très volontiers faire l’amour à sa fille et, avec un sourire cynique, affirme qu’avec les gens qu’il connaît, il ne pense pas en prendre pour vingt ans, non. Ignoble. Mais bien réel. Et quel comédien aussi. Il faut savoir jouer les salauds intégraux.

Car c’est peu dire que les acteurs sont formidables. Parce qu’on y croit à leurs histoires, celles qu’ils vivent, celles qu’ils reçoivent. On croit aussi à leurs fous-rires, aux cocasseries du quotidien. Parce qu’il ne fait pas croire, on rit beaucoup dans ce film. Et heureusement, parce que sinon, il serait insupportable. Et puis j’ai retrouvé des choses. Je me souviens de la jeune inspectrice qui nous avait reçues. Elle devait avoir à peine une trentaine d’années. Je me rappelle sa neutralité. Il n’y avait pas de bienveillance ni d’agressivité. Elle n’était pas là pour juger. Mais pour enregistrer nos dépositions et les transmettre. Elle était étonnée que j’ai pu déposer une main courante dans mon commissariat et qu’on l’ai reçue, là-bas. Alors que ce n’est pas du ressort du commissariat de quartier. Il aurait fallu qu’ils m’envoient à la brigade, directement. Elle m’a demandé si je voulais porter plainte. Je lui ai demandé si ça servait à quelque chose. Probablement à rien a-t-elle répondu.

La plupart de mes souvenirs sont flous. Au rez-de-chaussée il y avait des portiques de sécurité. Cela venait d’être refait. Il y avait du monde qui allait et qui venait. Je crois qu’elle est venue nous chercher. Je ne me souviens ni de l’étage ni des couloirs. On nous a installées dans une petite salle d’attente, pas dans les couloirs comme dans le film. Il y avait des livres et des jouets pour enfants, comme chez le pédiatre, la psy, les psychologues, les associations chargées de suivre les familles à problème… Bref, comme partout. Elle venait nous chercher les unes après les autres. Ça a duré longtemps. Elle ramenait une de mes filles, repartait avec une autre. Et puis ça a été mon tour. Je l’ai suivie dans les couloirs. Je ne me souviens pas si c’était au même étage, ou plus haut. Il y avait des travaux. Son bureau, qu’elle partageait avec quatre ou cinq collègues, était tendu d’un bleu soutenu. Exactement comme dans le film. La même couleur. Ça, j’ai reconnu tout de suite.

Il y a un autre truc dont je me souviens parfaitement, c’est que je n’ai pas eu peur. Je veux dire pas dans cette brigade. A aucun moment. Je ne risquais rien. Pourtant, j’étais en plein tempête. Pingpong entre les assistants sociaux, celle qui nous suivait dans le cadre de la mesure demandée par le juge pour enfant, celui du collège de ma fille aînée. La surenchère entre les deux. Et la menace de me prendre les filles et de les placer. Je vivais dans l’angoisse perpétuelle. Mais là bas, à la BDM, je n’ai pas eu peur. Comme si, pendant une après-midi, quelqu’un avait momentanément pris mon fardeau. 

A la fin du film, la salle est restée totalement muette et silencieuse. Pendant la quasi totalité du générique. Nous étions tous enfoncés dans nos fauteuils, sans dire un mot, à regarder défiler les noms des acteurs, des producteurs, des assistants, des caméramans, des perchistes… Il nous a fallu, à tous, un long moment pour descendre.

Quelque part, ça m’a rassurée. Je n’étais pas sûre de tenir le coup, je n’étais pas sûre de mes cicatrices. Mais j’ai reçu ce film comme les autres, comme s’il ne m’était rien arrivé de particulier, comme si je n’avais jamais mis les pieds dans cette brigade. Même pas mal. Cela me prouve donc que je vais globalement bien et me confirme que tout cela est derrière moi. C’est quand même une chouette chose.

Cela dit, il est 3h20 du matin et je ne dors toujours pas…

J’ai remis en ligne tous mes billets de cette période là.

mardi 9 août 2011

Retour

Les vacances furent bonnes, voire même excellentes. Le soleil, la mer, la piscine, la feria du village, les excursions à Barcelone, les manèges de Port-Aventura (pour la jeune classe), le jet-sky. La dernière semaine nous nous sommes arrêtés à Castelnou, chez mon amie Anne. Puis nous avons filé en Ariège, dans le village de mon amie Hélène. 

Par contre, comme souvent, les retours sont difficiles. Et pas uniquement parce qu’il y a beaucoup de route à faire ni parce que c’est tout simplement les vacances.

Garance ne va pas bien dans sa tête depuis un moment. Elle a eu des hauts et des bas pendant toutes les vacances. Parfois présente, gaie, enjouée, ensoleillée. Parfois sombre, boudeuse, agressive ou simplement pas là. L’impression de me trimbaler avec une bombe à retardement. L’avant veille de notre départ d’Ariège, elle a participé gaiement à une fête, s’est fait des amis. Elle semblait toute heureuse. Le lendemain soir, catastrophe. Elle ne sait pas communiquer. Elle est en demande, mais ne sais pas dire. Elle attend toujours trop des autres. Et évidemment cela ne vient pas, puisqu’elle ne dit rien. Le soir, elle a eu une violente algarade avec M., la jeune cousine d’Hélène. Qui a l’âge de Léone. J’ai appris qu’elle l’a même frappée. Ce qui déjà est insupportable. Mais quand elle est rentrée dans la maison, elle a pris des ciseaux et s’est acharné sur le doudou de M.

Peut de temps après, la jeune M est rentrée pour s’expliquer avec Garance. Elle lui a expliqué qu’elle parlait mal de le français, qu’elle avait des difficultés à s’exprimer, qu’elle s’inquiétait pour son frère, et que c’était normal qu’elle le fasse. Bref, elle lui a expliqué tout ce que Garance avait compris de travers. Moi, qui était dans la pièce à côté, j’étais contente. Parce que j’aime beaucoup M. (au point que Lou m’a reproché de prendre sa défense contre mes propres filles…). Et que je voyais que Garance mordais à l’hameçon, s’adoucissait, et qu’elles finiraient peut-être par se comprendre ses deux là.

Et puis M. a découvert son doudou mutilé. J’étais en train de me coucher quand Garance est venue me chercher, affolée. Non en fait, elle m’a demandé du fil et une aiguille (que je n’avais évidemment pas). Et j’ai entendu M. pleurer et crier. Je me suis précipitée. Je ne comprenais pas ce que voulait Garance. Mais je comprenais que M. souffrait. Quand j’ai vu le doudou, son état, j’ai compris son désespoir. J’ai d’abord pensé au chien. Il joue à la maison avec les peluches des enfants et les déchiquette volontiers. Mais là, les coupes étaient trop nettes, trop marquées. C’était fait par quelqu’un, et c’était dégueulasse.

J’ai été chercher Hélène. Puis j’ai envoyé quelqu’un chercher le frère de M. qu’elle réclamait. Quand celui-ci est arrivé, il a tout de suite accusé Garance. Et moi, évidemment, j’ai nié. Garance niait. Donc ça n’était pas elle. Je ne pouvais pas admettre que ma fille ait pu commettre un tel acte. S’acharner ainsi, ça ne pouvait pas être vrai. 

Hélène a mis des heures à consoler sa cousine. Avec beaucoup de tendresse et beaucoup de patience. Quand j’ai entendu que M. ne pleurait plus et même se permettait, malgré sa peine, de rire, j’ai décidé d’aller me coucher. J’avais une longue journée de route le lendemain.

Au petit déjeuner, Lou m’a dit que Garance avait avoué son forfait. Même si je refusais la réalité, je n’ai pas été totalement surprise. J’ai demandé à Garance d’écrire un mot d’excuse à M. Nous avons déjeuné, nous avons fini de ranger les affaires, défait les draps, vider la machine à vaisselle, bref, ce qu’on a pu.Les autres cousins sont venus prendre leur petit déjeuner.  Hélène et M. étaient parties dormir chez la grand-mère, ce qui vu ce qui venait de se passer était une bonne chose. On m’a dit qu’elles dormaient encore. Après l’émotion de la nuit et tout le boulot d’intendance de la semaine précédente, je n’ai pas voulu réveiller Hélène pour lui dire au revoir. Nous avons embrassé tous les autres et nous sommes partis. Le cœur gros.

Le geste de Garance m’angoisse. Ce n’est pas qu’une affaire de gamine. C’est une enfant qui s’est acharnée sur ce qui était le plus cher à une autre. Je suis malheureuse pour les deux. La victime et le bourreau. Je ne sais pas encore comment je vais discuter de cela avec Garance. Mais je sais qu’il faut que je le fasse et que je trouve quelque chose pour stopper la spirale. Qu’elle cesse de souffrir et de faire souffrir les autres. Et que son propre tourment peut certes aider à comprendre ses actes mais pas les excuser.

La route s’est déroulée. Alternant averses et soleil. J’étais lessivée par la nuit courte, la crève de la veille, les kilomètres. Nous nous sommes arrêtés trois fois, dont une assez longuement pour que je puisse dormir. Partis vers 11h30 le matin, nous sommes arrivés à Tours à 20 heures. 

Les parents du petit ami de Lou, que nous avions emmené en vacances, nous ont invité à dîner pour que je n’ai pas à faire la cuisine en arrivant. Ce fut un soulagement. En rentrant, j’ai ouvert mon courrier. Et je suis tombée sur la lettre de mon avocate avec le jugement en appel de mon divorce. La prestation compensatoire de 15 000 euros que je dois verser à mon ex est maintenue ainsi que la baisse du prix de la pension qu’il doit verser pour les enfants (il ne la verse pas de toute façon). Je n’ai même pas compris tous les tenants du jugement. Il a retenu les violences aux enfants à cause d’un témoignage concernant Léone (qui était la moins touchée), les enquêtes demandées par la juge des enfants ayant été écartées, elles ne doivent pas, paraît-il rentrer dans la discussion. Il a également retenu le jeu. Pas les sommes dépensées. Mais d’après les photos. Donc atteintes répétées au devoirs et obligations au mariage.

Quant à moi, le fait que j’ai constitué le dossier de demande de congé parental pour l’ex, que je n’ai pas pu prouver que je lui ai proposé en compensation des cours de français compatibles avec ceux des enfants (alors qu’il a toujours refusé quoi que ce soit de ce genre) (on appréciera que c’était à moi de combler les lacunes de l’Education nationale) ni une formation professionnelle, le fait aussi que je proposais à chacune de mes filles “des sorties qui n’étaient pas compatibles avec l’âge des autres qui ne pouvaient être laissées seules au domicile” (“il pouvait être agacé par la situation”), la répétition de ces faits constitue une violation grave et renouvelée des devoirs et obligations du mariage.

Donc torts partagés. Et comme ma situation est meilleure que la sienne (et pour cause), je dois lui verser la coquette somme de 15 000 euros. 

Ça arrive aussi à des hommes, hein. Des femmes qui arrêtent de travailler pour s’occuper des enfants et qui au moment du divorce, exigent et obtienne une prestation compensatoire. Mais elles ont le plus souvent les enfants à charge. Je trouve également que les griefs de part et d’autres sont disproportionnés. Car une fois de plus, que me reproche-t-on ? De m’être occupée de mes enfants, de ne pas avoir obligé mon ex à travailler ou à prendre des cours. Il aurait fallu que je fasse quoi ? Que je le fouette ? Que je le cogne comme il cognait les enfants ? Il aurait peut-être fallu que j’arrête de travailler et que je joues moi aussi au tiercé. Car en fait de carrière, pendant les treize ans où nous avons été marié, je n’ai eu aucune promotion et trois augmentations de salaire. Je n’ai pas pu quitter le poste que j’occupais pour essayer d’avoir mieux ailleurs parce que j’étais coincée. Le fait qu’il gardait les enfants alors qu’il était au chômage en fin de droit m’a juste permis de travailler et de nourrir ma famille. Et j’ai sacrifié ma carrière à ma famille, lui compris. Alors, oui, la prestation compensatoire, elle a du mal à passer.

On dit toujours qu’on ne devrait pas revenir de vacances… On y est bien obligé. Mais il y a des retours plus durs que l’autres. Du coup, aujourd’hui, j’ai glandé. Et j’ai décidé que pfff même pas mal. J’ai tondu la pelouse avant d’être moi-même tondue. Quand même !

lundi 1 mars 2010

C'est arrivé comme cela

Jeudi matin, Elle m’a dit : « Tu sais Charlot, il est malade, il a du mal à respirer. » Il était rentré la veille, comme tous les soirs, de sa virée. Avait mangé normalement, avait joué avec sa maîtresse, puis s’était endormi contre elle, dans son lit. Comme tous les soirs. Mais ce matin-là, effectivement, il haletait. Il n’a pas voulu sortir. Quand les filles ont été parties, il s’est couché sur mon lit. Il a toujours aimé mon lit, même tout petit. Quand elle n’était pas là, il venait s’installer sur ma couette.

Une histoire de cha(t)rme

il était donc installé là, moi j’étais allongée à côté de lui. J’écoutais la radio, essayant de gagner quelques minutes de repos supplémentaire avant de filer bosser. Je lui caressais la patte tout doucement. Il a collé sa tête contre ma main et nous sommes restés un long moment, comme cela, tous les deux. Nous étions bien.

Et puis je suis partie. Quand je suis rentrée, il était passé 19 heures. La grande qui regardait les JO m’a dit : « Tu sais, le chat, ça va pas mieux. » Effectivement, il respirait encore plus mal. Mais pourquoi n’as-tu pas appelé la clinique vétérinaire, maintenant, c’est trop tard, lui ai-je répondu. Maintenant, il faudra attendre demain… Le chat est sorti à ce moment-là de sa chambre. Il restait avec nous et semblait souffrir. J’ai été chercher le numéro du vétérinaire de garde. J’avais un dîner avec des collègues. J’ai laissé le numéro à la grande en lui disant : Tu appelles le véto si son état empire. Je ne rentrerai pas tard. Je suis partie.

Vers 9h30, mon portable a sonné. Elle était affolée. Il n’allait vraiment pas bien. Je lui ai dit d’appeler de vétérinaire de garde. Elle l’avait fait, mais celui-ci lui avait raccroché au nez. Dix minutes plus tard, nouvel appel, mais ce coup-là, un cri, paniqué. J’ai dit à mes collègue que je devais rentrer de toute urgence. L’un d’eux m’a ramenée. Dans la voiture, troisième coup de fil. C’était la plus jeune : « Il est mort. »

Je ne voulais pas y croire. Je ne pouvais pas y croire. J’aimais ce chat. J’y était profondément attachée. Et en plus, j’imaginais le malheur total qui devait être celui ma fille aînée. Son chat, qu’elle aimait, qu’elle couvait, qu’elle protégeait (et inversement), son meilleur ami et allié, était mort. Et moi je gueulais en demandant si cette putain de série de merdes allait un jour enfin s’arrêter. Mais comment avait-il pu mourir, à 2 ans et demi ?

Je suis rentrée dans l’appartement. Une de mes voisines du dessus serrait Lou dans ses bras, Lou qui hurlait. Les petites, terrifiées par ses cris, étaient allées à l’étage chercher de l’aide. Et mes voisins charmants avaient accouru. Elle m’a laissé la place, que j’ai prise. Mais je savais déjà que je n’arriverai pas à arrêter ce hurlement. Alors je suis restée là, à la tenir, mon bébé si malheureux, à lui parler, à pleurer avec elle. Elle tenait dans ses bras le corps du chat, inerte. Et à le regarder, j’ai compris que le poison l’avait tué. Ses poumons recrachait une mousse blanche, épaisse qui continuait à suinter encore après sa mort. Lou le secouait, l’appelait, lui criait : « Charlot, ne me laisse pas, ne part pas, Charlot reviens, bouge, je t’en prie, bouge! »

Au bout d’une heure, il fallait faire quelque chose, nous ne pouvions passer la nuit assise dans cette position. Alors, j’ai convaincu Lou de me donner son chat. Nous l’avons lavé, nous l’avons enroulé dans le tee-shirt préféré de ma grande, un tee-shirt d’escrime, son porte bonheur  pour ses compétitions. Et puis les petites ont ajouté un élastique, parce qu’il adorait jouer avec. Et aussi une paire de chaussettes propres, parce que, quand il était petit, il nous piquait nos chaussettes, pour jouer avec, et les abandonnait systématiquement dans sa gamelle d’eau. J’ai mis le tout dans une grande boîte en fer, celle que j’avais acheté pour ses croquettes. Et j’ai fermé la boîte avec du gros scotch car je ne voulais pas que la grande le récupère. Elle pleurait toujours, puis se remettait à hurler. J’ai appelé SOS médecin. Je ne savais plus quoi faire d’autre.

C’est difficile, quand on est malheureux soi-même, il faut oublier sa tristesse pour consoler son enfant. Mais c’est encore plus dur de sentir que son enfant est inconsolable et qu’on ne pourra pas soi-même faire quoi que ce soit pour l’aider. La seule chose qu’elle voulait, ce n’était pas moi, c’était son chat.

Garance lui a fait couler un bain, l’a deshabillée, l’a démaquillée. Elle se laissait faire comme un bébé. Nous l’avons sortie, séchée, rhabillée, couchée dans mon lit. Le médecin est venu. Il a été très bien. Lui a prescrit (et donné) un médicament pour qu’elle se calme et dorme. Ce qu’elle a fait très vite. Mais j’ai eu du mal a trouvé le sommeil. D’autant que Léone, qui n’arrivait pas à dormir, est venu nous rejoindre dans le lit. C’est quelque chose que nous vivons depuis notre départ de la maison : quand l’une des filles a un problème, elle vient dormir dans mon lit. Mais à trois, il ne me restait pas beaucoup de place.

Je me suis endormie vers 3 heures du matin. Mais à un peu plus de 4 heures, la tempête m’a réveillée. Je n’ai réussi à dormir que vers 5 heures pour me réveiller à nouveau à 7 heures pour préparer les petites pour l’école. Puis j’ai levé Lou, je lui ai donné ses médicaments que j’avais été chercher, j’ai téléphoné au vétérinaire pour savoir quoi faire du corps. Il y avait un service incinération, individuel, grâce auquel on pouvait récupérer les cendres. C’est ce que voulait Lou. Ce n’était pas donné. Mais si ça pouvait lui permettre de faire son deuil…

J’ai sorti le corps du chat de la boîte. Son corps qui était évidemment tout raide. Mais sa pose pouvait laisser croire qu’il dormait. Lou est venu le voir. Elle s’est mise à pleurer. C’est à ce moment là qu’est arrivé la femme de ménage. Qui a eu un coup au cœur en découvrant la scène… J’ai remis Charlot dans le tee-shirt et déposé dans un grand sac en plastique. Lou s’est habillée et nous avons été chez le vétérinaire. Chez qui il a fallu dire adieu au corps du chat.

Et le week-end est passé comme cela, entre tristesse, pleurs, abattement, puis premiers sourires, et puis de nouveau abattement et pleurs. Je guette tous ses changements d’humeur. J’espère qu’elle va revenir tout doucement vers la vie. Elle parle déjà de reprendre un chaton. J’espère que nous allons en trouver un bientôt. Mais Charlot aura toujours une place dans mon cœur. Dans notre cœur. C’était un bon chat.



Le printemps en son jardin

dimanche 29 novembre 2009

La fessée

Lili, dans son blog “En passant…” a fait un post sur la fessée. Ce moquant gentiment de l’annonce gouvernementale sur la fessée. Auquel j’ai répondu dans un commentaire : « Pourtant, c’est important aussi. Au delà du terme fessée, il y a les châtiments corporels dont sont victimes les enfants. Et il n’y a pas de quoi rire. »

Lili, qui a compris pourquoi je disais cela, a écrit un nouveau post sur la question, en réponse. Mais à sa lecture, je me suis rendue compte qu’il fallait que je sois plus précise. Parce que je reste en désaccord avec elle sur l’importance de la mesure. Et que les gens ne pourront comprendre ma position que si je raconte pourquoi. Il y a eu de nombreux posts sur ce blog sur ce thème. Je les ai virés parce que je suis en plein divorce, que l’avocat de mon mari est tordu et que je ne veux pas qu’il se serve de mes propos pour les retourner contre moi. Mais le commentaire que j’avais écrit chez Lili était trop long, et son blog l’a refusé. Alors voici ma réponse.

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mercredi 23 septembre 2009

Et moi, et moi émoi

Généralement, quand on me demande comment ça va et que je commence à dire que… on me coupe assez rapidement pour me répondre : « Mais les filles, ça va ? Non ? » Oui, les filles , ça va. La grande s’éclate à l’escrime et au collège. La deuxième se languissait de l’école, un comble quand on se rappelle ses souffrances des années parisiennes. Et la troisième prends pied petit à petit dans son école. Elle continue l’escrime et va commencer des cours de guitare. Alors, oui, les filles vont bien.
Mais pourquoi ai-je l’impression perpétuelle d’être punie ? Pourquoi mon estime de moi est-elle en déroute au point que je ne peux plus me voir ni en peinture ni en photo et je ne vous parle même pas des miroirs ? Pourquoi est-ce que je renacle à me mettre au boulot, que je développe un sentiment d’échec, de que je me dis que je n’y arriverai jamais.
Les inscriptions en Master sont aléatoires. Toujours quelque chose qui cloche. La personne qui devait défendre mon dossier auprès du département de socio ne l’a pas fait. Total, on ne m’a accepté qu’en licence. Je ne veux pas faire de licence. J’en ai déjà deux, je suis maître de conférence et j’ai plus de vingt ans de métier derrière moi. Ça va. Du coup, nous nous sommes retournés vers une autre solution. Mais pour celle-ci, c’est trop tard, les inscriptions sont closes depuis avril. Par contre, ce que j’ai apprécié, c’est que le responsable de ce département a décroché son téléphone pour me le dire, alors qu’il avait déjà expliqué ce qu’il en était à une de mes collègues, qui me l’avait transmis. Nous avons relancé la première solution. Je dois appeler quelqu’un et ça me soulève le cœur. Vous savez pourquoi ? Parce que je voudrais (que quelqu’un m’attende quelque part, non je déconne) qu’on s’occupe de moi. Qu’on gère ce problème pour moi. J’en ai assez de gérer des problèmes et de devoir rebondir continuellement. Je commence à me faire vieille et je n’ai plus la souplesse des chats. Vous ne trouvez pas que j’en ai assez fait ces deux dernières années ?
Du coup, je bloque. Impossible de lire. Difficile de me remettre à travailler sur mes cours. Je me laisse aller. Et je me déteste. CQFD.
L’Indre-et-Loire (où je vis, pour les distraits) est en pointe sur les campagnes de dépistage des cancers du sein et de colon. Je fais des examens. Et dans l’état dans lequel je suis, évidemment, j’y pense. Je m’angoisse parce que, si je suis malade, qui s’occupera des filles. La visite au médecin a permis de voir que depuis quelques années, je souffrais de diverculite. Enfin, elle en est presque sûre. Le test sur le cancer du colon devra confirmer que c’est bien cela. Et hop, le cerveau se remet à tourner dans tous les sens. D’autant que ce test, je ne peux pas le faire pour des raisons que la décence m’interdit de vous expliquer (encore que, ça pourrait être drôle, mais je maîtrise mal le scatologique). J’ai mal au ventre.
Je ne dors plus la nuit avant 3 heures du matin. Je m’abrutis devant des séries télé que je regarde sur Internet en me tapant des tablettes de chocolat (une par soir). Ce qui n’arrange rien.
Mais enfin, les filles vont bien, alors…

samedi 19 septembre 2009

Vidée

Le jour de l’anniversaire de Léone, j’ai reçu les conclusions de l’avocat de mon futur ex-mari. Je me suis bien gardée d’ouvrir l’enveloppe avant que d’avoir dignement fêter les neuf ans de la mominette puis d’avoir couché les trois filles.

J’ai alors décacheté l’enveloppe et j’ai parcouru la douzaine de pages. J’ai bien fait d’attendre. Cela m’a mis dans une grande colère. Un retour en arrière violent. Il fallait s’y attendre. Je m’y attendais donc. Mais je n’ai pu empêcher ce mouvement d’humeur. Négation de l’évidence, distorsions, mensonges patents, incohérences presque amusantes si elles n’étaient pas pathétiques… Au total, on me réclame beaucoup d’argent. 45000 euros pour être exacte.

Ben mon vieux !

Mon avocate attendant mes commentaires, j’ai commencé à noircir des pages. Et des pages. Et des pages. Quinze au premier jet. A 3 heures du matin, j’ai été me coucher. J’ai laissé passer la journée. Pris rendez-vous avec mon avocate. Ce matin, je me suis remise à l’ouvrage. Encore deux bonnes heures. Au total dix-sept pages. J’ai posté le tout cet après-midi.

Cela m’a fait du bien. Je suis vidée, mais soulagée. Une histoire crachée. Les choses bougent enfin. Je vais pouvoir avancer de nouveau. J’en avais assez d’être encalminée.

samedi 5 juillet 2008

Vous avez dit conciliation ?

En fait, c'est ainsi qu'on nomme la chose, on essai de concilier ce qui ne l'est plus. Et personne n'est dupe. L'urgence du jour était d'étudier le sort des enfants pendant les vacances. De bonne foi, j'ai obtenu ce que je voulais. L'avocat du Nom avait demandé tout le mois d'août, pour qu'elles puissent aller en Guadeloupe avec leur père. Alors que celui-ci n'était pas encore arrivé (trois quart d'heure de retard tout de même, la juge a apprécié). Il confirmera plus tard qu'il n'en avait absolument pas l'intention. La juge a un moment a dit au Nom qu'il avait beaucoup de chances parce qu'elle connaissait de nombreuses mères nettement plus fermes que moi et qui n'auraient pas permis qu'il revoit ses enfants. J'en connais aussi. Disons que nous ne fonctionnons pas comme cela dans la famille. J'ai eu quelques courageuses prédécesseuses…

Quoi dire d'autre : une enquête sociale est demandée par le juge. Je dois prendre rendez-vous pour une médiation familiale. Le Nôm devra venir voir ses enfants à Tours. Les filles ont le droit d'aller passer les vacances que nous avions prévu chez des amis.

La procédure de divorce commencera à proprement parler le 11 septembre. Symbole, quand tu nous tiens…

En attendant le divorce, je reste solidaire du bail et donc du loyer de notre appartement. Si je ne veux pas que ça tourne à la catastrophe, j'ai intérêt à lui faire un dossier APL béton. Parce que lui ne le fera pas… Ça me gonfle.

L'urgence maintenant, la valise des enfants qui partent toutes les trois en colonies de vacances lundi aux horreurs…

PS : je suis dans un nouvel appartement doté d'un ordinateur… Yes !!!

mercredi 2 juillet 2008

Croisons les doigts

Demain, de nouveau rendez-vous devant le juge des affaires familiales… Le matin… On reste zen. Enfin, on essaie…

jeudi 29 mai 2008

Gai gai marions-nous...

J’ai été voir mon avocate ce soir. Un peu plus de deux heures. Et j’ai appris que j’étais convoquée par le JAF pour la conciliation… le 2 juin. Oui, lundi prochain. Ça va être chaud pour faire tout ce que je dois faire avant… Notamment pour obtenir des témoignages qui attestent de mon côté bonne mère de famille. Il faut tout de même que j’atteste que mes filles sont entre de meilleures mains quand elles sont avec moi que lorsqu’elles sont avec leur père…

Je ne peux pas en dire plus pour le moment, je raconterai après.

Mais il est fort probable que je ne récupère pas mon appartement. Eh oui. Et si la séparation de corps est prononcée, il est même possible aussi que je n’ai plus le droit d’y aller sauf à faire une violation de domicile…

Gai gai marions-nous, mettons-nous la corde au cou.

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