Racontars

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

un journal des journaux

Fil des billets - Fil des commentaires

vendredi 1 juillet 2011

Enfin libres


[[akynou]]

30 juin 2012. Les deux journalistes, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponnier, retenus en otage pendant dix-huit mois en Afghanistan arrivent enfin en France. Regarder la télé à ce moment-là est un pur moment d’émotion. A défaut d’être sur le tarmac, je photographie la liesse depuis mon salon. Des souvenirs, car il faut se souvenirs des belles choses

samedi 26 juin 2010

Panique à France Inter

Depuis que j’ai l’âge de comprendre qu’une radio c’est autre chose que du bruit d’ambiance et de la musique, j’écoute France Inter. Ce qui, croyez-moi, fait un certain nombre d’années. J’ai été élevée avec « l’Oreille en coin » de Pierre Codou et Jean Garetto et je me souviens d’une émission qui s’appelait : « Qu’il est doux de ne rien faire quand tout s’agite autour de soi ». Il fallait oser un titre pareil, même le dimanche après-midi. Il y en avait une autre « Dans la ville de Paramaribo, il y a une rue qui monte et qui ne descend jamais » Je ne m’en souviens pas de celle-là, juste du titre et de son animateur, Daniel Mermet. C’est d’ailleurs fou les gens de radio qui sont passé par « L’Oreille en coin »  : Jacques Mailhot, Denis Cheissoux, Françoise Morasso, Paula Jacques (ha ! Paula, j’ai toujours aimé ses émissions, vous saviez qu’elle avait été emprisonnée parce qu’amoureuse d’un terroriste ?), Marie-Odile Monchicourt, Daniela Lumbroso (qui aurait pu ne pas mal tourner), Noëlle Bréham, Jacques Pradel (il était bon quand il était sur Inter), Kriss (dont la disparisition m’a fait pleurer et je pleure rarement sur les gens que je ne connais pas en vrai, mais quand même, depuis tout ce temps, c’était comme ma grande sœur), Eve Ruggieri, pour n’en citer que quelques uns.

Et puis il y en a eu plein d’autres, Bernard Lenoir qui a fait toute mon éducation rock, avec Patrice Blanc-Francart, Claude Villers avec « Pas de panique » ou « Marche ou rêve »,  et puis bien sûr « Le tribunal des flagrants délires » (dont j’ai le dernier numéro, avec Coluche en K7), Julien Delli Fiori qui a fait débuté Clémentine Célarié (qu’est-ce que j’aimais leur duo), Yvan Levaï et… Jean-Luc Hees, dont j’étais fan. Un exemple de journaliste pour moi. Et puis aussi Jean-Louis Foulquier avec toutes ses émissions sur quarante ans de carrière : « Studio de nuit », « Saltimbanques », « Bain de minuit », « Y’a d’la chanson dans l’air», « Comme on fait sa nuit, on se couche », « Pollen ». Autant vous dire que je ne me souviens pas des premières.

Des émissions qui s’arrêtent, des gens qui partent, ou qui se font virer, j’en ai donc vu. Mais comme cette année, jamais. “Le climat est d’une grande violence. Je n’ai jamais connu ça en vingt ans”, a commenté Vincent Josse. Moi non plus. Jusqu’à présent, j’avais surtout entendu des animateurs qui arrêtaient parce qu’ils évoluaient, souhaitaient faire autre chose, faire de la télévision par exemple. D’autre fois, c’était parce que l’émission n’avait pas fonctionné, parce que les auditeurs n’étaient pas au rendez-vous, ou qu’elle était mal placée dans la grille ou encore que l’animateur(trice) n’était pas très bon (mais que fait Colombe Schneck à la radio par exemple). Il y a eu des arrêts pour cause de trop longs et loyaux service. Mais à chaque fois, même si on était triste, on comprenait.

Le premier vidage qui m’a marquée fut celui de Jean-Luc Hees par le précédent président de Radio France, Jean-Paul Cluzel. Scandale et émoi parmi les auditeurs. Puis en 2007, Frédéric Schlesinger, le directeur de France Inter d’alors, supprimait « La Bande à Bonnaud », émission lancée en 2006, culturelle, impertinente, intelligente. On disait déjà à cette époque que c’était une décision politique, que ce programme était trop impertinent. Frédéric Bonnaud voyait son émission arrêtée mais il était également viré de la chaîne. Tout France Inter se mit en grève pour le soutenir. Enfin, sauf la tranche horaire de Nicolas Demorand. L’émission de Daniel Mermet a également failli disparaître. Finalement, grâce à la mobilisation des auditeurs, elle a été maintenue, elle a juste changé de créneau horaire.
Frédéric Schlesinger avait déjà fait pas mal de ménage en 2006, lors de son arrivée. Il ne s’était pas fait que des amis parmi les journalistes et les auditeurs. Mais la radio n’allait pas très bien. Il avait pour mission de booster l’audience. La purge était dure à avaler, mais il en est sorti de belles émissions et la radio a, effectivement, gagné de l’audience. Depuis, elle se porte bien. Alors quoi ? Pourquoi la valse de ce mois de juin ?

L’année dernière, Sarkozy débarque Cluzel en le remplaçant, humiliation suprême, par celui que Cluzel avait lui-même débarqué, Jean-Luc Hees. Il y eu alors comme un goût de revanche et de vengeance qui n’augurait rien de bon. Le président de la République mettait sa patte sur la maison en nommant le P-DG de Radio France directement. Ce qui pose une tache originelle sur toutes les actions présentes et futures dudit P-DG. Nommé par le présiprince, Hees est suspecté d’inféodation. Mais Sarkozy mettait dans cette nomination autre chose qu’une simple prise de pouvoir. On ne me fera pas croire que le choix du successeur n’était dû qu’à son talent. Dans la crise que traverse France-inter en ce moment, les conditions de nomination de Hees et l’humiliation de Cluzel ont aussi leur part.

Hees remplace Schlesinger par Val, ami de notre présidame, ce qui renforce les suspicions de collusion. Mais les deux hommes sont également amis. A l’époque, j’y ai vu une bonne chose : Val a cessé ses interventions du vendredi qui étaient périssantes d’ennui et de suffisance (ce qui lui avait valu un certain nombre de piques de Guillon). Et il a été remplacé par l’excellent François Morel.

Quelle est le point commun des émissions qui sont arrêtées définitivement. Elles ont toutes été mise en place en 2006 ou en 2007 par Frédéric Schlesinger. Et portent la marque de Cluzel.
Et pourtant elle tourne, de Jean-Marc Four
Allo la planète d’Eric Lange
Esprit critique de Vincent Josse
- Parking de nuit, de Sophie Loubière
- La nuit comme si, de Sylvie La Rocca (dont la dernière émission, une rediffusion, était remarquable) était plus récente.
- Evidemment Porte et Guillon, mais le cas est un peu à part.
- Demorand, mais lui est volontaire pour arrêter.
- Nuits noires, nuits blanches, de Patrice Liegibel.
- Dormir debout par Philippe Debrenne

Voyons les modifications annoncées
- Demorand remplacé par Audrey Pulvar et Patrick Cohen. On revient à l’avant, quand on avait deux animateurs sur cette tranche horaire, dont Patricia Martin, écartée par Val alors qu’elle avait été mise en place par Schlesinger.
- Comme il faut trouver une place conséquente à Demorand, on arrête deux émissions, celle d’Yves Calvi (elle ne me manquera pas, elle était tellement fade) et celle de Jean-Marc Four, une des émissions emblématiques de la rédaction de France-inter, un vrai programme journalistique, bref, on en a déjà largement dit le bien qu’en pensent les auditeurs. Idem, on en revient au découpage horaire d’avant. Deux heures de 16 à 18 heures.
- Pascale Clark qui est revenue sur la chaîne avec Hees avait besoin d’une case plus grande pour parler médias (un demi heure, trop court, il faut un vrai programme pour la dame). Du coup, exit Vincent Josse, recasé le samedi, en lieu et place de Rebecca Manzoni qui arrête volontairement « Eklektic » ce jour-là pour faire autre chose.

Pour la nuit ? on ne sait pas. On saura à la rentrée. Les émissions évincées « ne correspondent pas à la ligne éditoriale de la rentrée ». On a du mal à comprendre. Elles avaient pourtant leur légitime succès. Elles étaient passionnantes, elles rendaient nos nuits intelligentes. Et quand Val donne les grandes lignes de la rentrée et qu’il explique les changements, il ne parle pas des émissions nocturnes…

La volonté du gouvernement de mettre à bas la radio dans l’optique de 2012 parce que cette radio serait gênante n’explique pas leur arrêt. Et puis c’est un pari à risque. Et  j’ai du mal à imaginer Hees dans la peau d’un Sarko-“idiolâtre” même si l’éviction des deux trublions du matin y ressemble beaucoup. Mais cela n’explique pas tout.

J’y vois surtout la marque d’un ego surdimensionné, d’une éviction absolument pas digérée il y a six ans, et d’une volonté non pas de prendre le pouvoir, mais de l’imposer avec morgue. Et de revenir à ce qu’il faisait avant, histoire de démontrer que c’est lui qui avait raison. Qu’il est le plus fort, plus fort que Cluzel et Schlesinger qui ont pourtant bien développé la radio.

Guillon et Porte ont été traités de « petits tyrans » mais cette volonté de marquer son territoire, c’est lui, et le mépris envers tout ce qui vient contredire la pensée heesienne signent quand même un bon gros tyran.

Il a le pouvoir. Nous verrons ce qu’il en fera. Mais d’ores et déjà, sa manière est détestable.

En final, je citerai juste Schlesinger interrogé par Le Monde alors qu’il était encore à la tête de la radio du service public : « Guillon est à l’antenne pendant trois minutes. Après lui, l’invité politique dispose de quarante minutes. Guillon ne me fait pas rire tous les jours, il se plante de temps en temps. Et alors ? (…) Les radios privées sont ravies des polémiques qui peuvent naître autour d’Inter, surtout en cette période électorale ! On oublie que sur RTL, Laurent Gerra a eu des mots terribles pour DSK, tout comme Nicolas Canteloup sur Europe 1 à propos de Martine Aubry. Cela étant dit, je ne suis pas choqué lorsque le président de la République se plaint d’une chronique. Chacun est libre d’apprécier ou pas nos programmes. »

Et puis il y a une pétition là

vendredi 25 juin 2010

On corrige

Voici les corrections qu’il fallait trouver au texte sur l’écriture journalistique. Vous les aviez quasi toutes trouvées. Comme quoi, à plusieurs, on est plus intelligent que tout seul.

C’est entendu, l’écriture journalistique a ses règles qu’on se doit de connaître quand on rentre dans une école de journalisme. [Quand on entre bien sûr. Rentrer implique une idée de revenir. Et c’est une faute qui revient très souvent dans la prose de mes confrères et consœurs, également à la télé et dans les copies des étudiants.] Mais elles ne doivent pas annihiler tout style sous peine de rendre un texte indigeste.

Ainsi, contrairement à ce qui est communément affirmé, on ne jette pas aux orties les temps du passé. Mais quand on propose aux étudiants d’écrire un texte au passé (passé simple, passé composé, imparfait, plus-que-parfait…), s’en suivent des réflexions outrées [s’ensuivent, en un seul mot. Faute également très courante.] on ne peut pas, s’offusquent-ils, écrire un papier au passé ! Eh bien si, on peut, et même parfois on doit. Ne serait-ce que pour éviter d’impossibles présents comme celui trouvé dans un magazine de voyage : « Nous découvrons le navire la semaine précédente, dans le port de Saïgon. » [Vu par Anne, on doit bien écrire Saigon. Beaucoup de candidats m’ont réécrit la phrase fautive citée en exemple, du coup le texte n’avais plus de sensIl en avait encore moins quand ils ajoutaient des fautes.]

Si elle méprise le passé, la presse use et abuse de l’euphémisme. On ne parle plus de femme de ménage, mais de technicienne de surface, de chômeur mais de demandeur d’emploi. Pourtant, il convient de le traquer sans merci si l’on veut éviter bien des avatars. [Mésaventures est correct. L’avatar est une métamorphose, jamais un accident ni une aventure.]

Le « Et » en début de phrase peut être magnifique et excessivement efficace. [Celle-ci est bien passée dans le langage courant. La preuve, aucun d’entre vous ne l’a trouvée (mais quelques candidats si). Comment peut-on être efficace à l’excès ? C’est typique des abus de langage et de la langue molle des journalistes. “Extrêmement efficace” conviendra mieux.] Mais pas tout le temps. A être trop souvent employé, le voilà bien usé. Ce qui produit « à peu de frais, un style archaïco-biblique aux effets solides et un peu vulgaires… », comme le dénonce Michel Volkovitch dans Verbier. « Et » est avant tout un terme de liaison et doit le rester. D’autre part, il ne faut pas abuser des conjonctions de coordination. Celles-ci sont, la plupart du temps, un cache-misère. Leur omission allègera et musclera une écriture mollassonne. [On ne peut avoir “d’autre part” si on n’a pas d’abord “d’une part”. Un grand classique. Que quasi aucun candidat n’a trouvé. Donc “Par ailleurs” va bien. Il y en a d’autres, bien sûr.]

On nous en rabat les oreilles [on nous en rebat les oreilles bien sûr. Rabattre signifie rabaisser, diminuer. Comme dit Andrem, il n’y a qu’aux éléphants qu’on peut rabattre les oreilles.] « On est con ». Sans vouloir être aussi sévère, force est de constater qu’il faut apprivoiser ce pronom personnel car il est utilisé à tort et à travers. L’écriture en devient toute relâchée, voire un peu veule. Le « on » est toutefois parfait, voire irremplaçable pour permettre l’identification du lecteur. Mais il ne doit ni remplacer ni se mélanger au “nous”. Impersonnel il est, impersonnel il se doit de rester. [J’avais oublié les guillemets…]

Dédaigner la ponctuation – si naturelle dit-on – est un chausse-trappe dans lequeltombe de nombreux apprentis journalistes. [Alors c’est une chausse-trappe, logique puisque, au départ, c’est d’une trappe qu’il s’agit. Donc dans laquelle. Il y a un candidat qui a proposé de remplacer chausse-trappe par chausse-pied. Je me demande comment il se représentait la chose :-) Et puis ce sont les journalistes qui tombent. La faute la plus évidente et la plus trouvée lors de l’examen, mais pas par tout le monde…]

Le point d’exclamation, par exemple, remplace pour certains les émoticons et l’on prête aux points de suspension des vertus qu’il n’ont pas. Quant au point virgule, est-ce un sous-point ? une supervirgule ? On l’adore et on l’arbore. Savoir s’en saisir est signe d’une réelle maîtrise de l’écriture.
[Point-virgule, c’est mieux. Et on l’abhorre, on le déteste. On ne le porte pas en sautoir. Ce n’est pas une décoration.]

Est-ce que de savoir ce qu’est un adynaton, une hypallage et autre anaphore affine et muscle la plume du journaliste ? [Ni l’adynaton ni l’hypallage ne sont des anaphores, mais cette construction fautive est, elle, très répandue. Tellement répandue et ancrée que lorsque je la corrige à mes étudiants, ils continuent de faire la faute. On aurait dû écrire un adynaton, une hypallage et autre figure de style. Ou autres figures de styles, les deux sont corrects, le singulier ayant souvent le sens du pluriel dans ce type de construction en français.]

Sans doute non ! C’est cependant un acquit important. [Acquis, bien sûr. L’acquit est la quittance d’un paiement, l’acquis, le savoir, l’expérience.] et il n’est pas aberrant, pour un professionnel de l’écriture, d’en connaître les ressources et les secrets, même si, comme le bon M. Jourdain sa prose, il pratique l’épanelepse [épanalepse, merci Anne encore.] ou le chiasme depuis sa première rédaction. Une façon aussi de démystifier [Démythifier (détruire un mythe) ; démystifier c’est détromper la victime d’une mystification.] ces figures et tournures apparemment si compliquées. Et de se régaler des mots qui sonnent  anadipose, tapinose – comme des maladies enfantines. [Infantiles les maladies quand même. Et là je m’étonne qu’Anne n’ai pas bondi ;-). Cela dit, j’ai un candidat qui a proposé comme correction de modifier “maladie” en “mélodie”. Et ça marche tout à fait. Je l’ai donc validée. Et c’est anadiplose, coquille trouvée par Anne.]

Ainsi, un adynaton est une hyperbole qui énonce des réalités tellement exagérées qu’elles s’avèrent impossibles. [Anne le dit très bien, un fait avéré ne peut être impossible.] Exemple : « Elle était une fille mélancolique au regard battu et d’une maigreur à rayer les baignoires. » (Pascal Bruckner). Et une dérivation n’a que peu à voir avec la plomberie. C’est l’emploi rapproché de mots de la même famille : « Cent et cent fois j’avais fait, défait et refait la même page. » (Chateaubriand). Un luxe malheureusement que les journalistes n’ont plus, pour des raisons pécunières semble-t-il. [Encore du très classique. Pécuniaires, bien sûr. Un candidat m’a posé un problème. Il a transformé plomberie par électricité. Alors c’est vrai qu’une dérivation, c’est électrique. Du coup, j’ai failli lui donner un point. Mais après enquête, la dérivation s’applique aussi à la plomberie, donc pas de faute.]

Bref, vous l’aurez deviné, être journaliste c’est aussi apprendre à écrire en bon français, des phrases intelligibles, correctes, pleines de sens, qui sauront également donner du plaisir. Les lourdeurs, les erreurs de mots ou de construction telles que celles que vous avez su traquer dans ce texte impactent le lecteur, lui faisant irrémédiablement tourner la page. Ce qui est dommage car, comme tout un chacun, le journaliste écrit pour être lu. [Erreur de “mot” qui doit être au singulier. Et le verbe “impacter”, s’il est à la mode, n’existe pas. C’est du pur langage de journaliste. Un jour, je vous ferai un texte sur cette langue complaisante.]

mardi 22 juin 2010

Grandeur et misère du français

Lorsque je travaillais dans une rédaction au poste de secrétaire de rédaction (le journaliste chargé de vérifier les infos, de mettre les textes en page et d’écrire la “titraille”, pas de remplacer les correcteurs, j’insiste), il m’est arrivé de lire des choses assez étranges, dont hélas, je n’ai pas toujours gardé trace. J’ai surtout remarqué que chez certains de mes confrères l’utilisation d’un dictionnaire était quelque chose de très couteux et de très difficile. Comment expliquer sinon de telles erreurs dans le sens des mots, dans la correction du français. Un bon journaliste vérifie ses sources et sa langue. Je rassure tout le monde, c’était des cas plutôt isolés.

Depuis que j’enseigne, j’en lis de bien pire. Ce qui est normal. Il s’agit de jeunes en formation. Mais ce qui m’étonne, tout de même, c’est le niveau de français général. Telle candidate ayant eu 15 à l’écrit et à l’oral de français a envoyé une lettre de motivations truffée de fautes. Tel étudiant emploie un mot pour un autre au point de rendre son texte peu compréhensible et parfois même de dire le contraire de ce qu’il veut dire. Tel autre méconnaît les sens des temps et emploie, par exemple, l’imparfait quand un passé composé serait plus judicieux et le reste à l’avenant…

Et je ne suis pas la seule à me plaindre de ce phénomène. Or, nous n’avons pas le temps de donner des cours de français aux étudiants en journalisme. C’est un problème qu’ils doivent avoir réglé tout seuls (ou avec leurs enseignants de français au collège et au lycée), avant de s’inscrire chez nous. Nous avons donc mis une barrière en créant un exercice de français lors du concours.

Nous avions annoncé qu’il y avait 15 fautes à trouver (en fait, il y en avait une ou deux de plus). La plupart on trouvé 15 fautes et se sont arrêté là. Sans doute n’imaginaient-ils pas un instant qu’ils n’avaient pas su trouver les bonnes. C’est ainsi que certains ont récolté des 0. Rien trouvé, nada. Impressionnant, parce qu’il y en avait de faciles.

J’avais imaginé donner 1 point par faute trouvée sauf pour 5 à qui j’attribuais 2 points car plus difficiles. En fait, j’ai compté un point par faute trouvée et un point par faute corrigée. Sinon, personne n’aurait eu la moyenne. Et certains avaient bien trouvé les erreurs mais avaient été incapables de les corriger.

Nous avions précisé qu’il n’y avait aucune erreur dans les noms de figure de style, passage qui semblait rugueux à certains de mes collègues.

Voici le texte proposé. Vous pouvez jouer à chercher les erreurs. J’en donnerai le corrigé plus tard. Et je vous raconterai peut-être quelques anecdotes savoureuses (mais pathétiques quand même).

C’est entendu, l’écriture journalistique a ses règles qu’on se doit de connaître quand on rentre dans une école de journalisme. Mais elles ne doivent pas annihiler tout style sous peine de rendre un texte indigeste.

Ainsi, contrairement à ce qui est communément affirmé, on ne jette pas aux orties les temps du passé. Mais quand on propose aux étudiants d’écrire un texte au passé (passé simple, passé composé, imparfait, plus-que-parfait…), s’en suivent des réflexions outrées : on ne peut pas, s’offusquent-ils, écrire un papier au passé ! Eh bien si, on peut, et même parfois on doit. Ne serait-ce que pour éviter d’impossibles présents comme celui trouvé dans un magazine de voyage : « Nous découvrons le navire la semaine précédente, dans le port de Saïgon. »

Si elle méprise le passé, la presse use et abuse des euphémismes. On ne parle plus de femme de ménage, mais de technicienne de surface, de chômeur mais de demandeur d’emploi. Pourtant, il convient de les traquer sans merci si l’on veut éviter bien des avatars.

Le « Et » en début de phrase peut être magnifique et excessivement efficace. Mais pas tout le temps. A être trop souvent employé, le voilà bien usé. Ce qui produit « à peu de frais, un style archaïco-biblique aux effets solides et un peu vulgaires… », comme le dénonce Michel Volkovitch dans Verbier. « Et » est avant tout un terme de liaison et doit le rester. D’autre part, il ne faut pas abuser des conjonctions de coordination. Celles-ci sont, la plupart du temps, un cache-misère. Leur omission allègera et musclera une écriture mollassonne.

On nous en rabat les oreilles : « On est con ». Sans vouloir être aussi sévère, force est de constater qu’il faut apprivoiser ce pronom personnel car il est utilisé à tort et à travers. L’écriture en devient toute relâchée, voire un peu veule. Le « on » est toutefois parfait, voire irremplaçable pour permettre l’identification du lecteur. Mais il ne doit ni remplacer ni se mélanger au nous. Impersonnel il est, impersonnel il se doit de rester.

Dédaigner la ponctuation – si naturelle dit-on – est un chausse-trappe dans lequel tombe de nombreux apprentis journalistes. Le point d’exclamation, par exemple, remplace pour certains les émoticons et l’on prête aux points de suspension des vertus qu’ils n’ont pas. Quant au point virgule, est-ce un sous-point ? une supervirgule ? On l’adore et on l’arbore. Savoir s’en saisir est signe d’une réelle maîtrise de l’écriture.

Est-ce que de savoir ce qu’est un adynaton, une hypallage et autre anaphore affine et muscle la plume du journaliste ? Sans doute non ! C’est cependant un acquit important et il n’est pas aberrant, pour un professionnel de l’écriture, d’en connaître les ressources et les secrets, même si, comme le bon M. Jourdain sa prose, il pratique l’épanelepse ou le chiasme depuis sa première rédaction. Une façon aussi de démystifier ces figures et tournures apparemment si compliquées. Et de se régaler des mots qui sonnent  – anadipose, tapinose – comme des maladies enfantines.

Ainsi, un adynaton est une hyperbole qui énonce des réalités tellement exagérées qu’elles s’avèrent impossibles. Exemple : « Elle était une fille mélancolique au regard battu et d’une maigreur à rayer les baignoires. » (Pascal Bruckner). Et une dérivation n’a que peu à voir avec la plomberie. C’est l’emploi rapproché de mots de la même famille : « Cent et cent fois j’avais fait, défait et refait la même page. » (Chateaubriand). Un luxe malheureusement que les journalistes n’ont plus, pour des raisons pécunières semble-t-il.

Bref, vous l’aurez deviné, être journaliste c’est aussi apprendre à écrire en bon français, des phrases intelligibles, correctes, pleines de sens, qui sauront également donner du plaisir. Les lourdeurs, les erreurs de mots ou de construction telles que celles que vous avez su traquer dans ce texte impactent le lecteur, lui faisant irrémédiablement tourner la page. Ce qui est dommage car, comme tout un chacun, le journaliste écrit pour être lu.

 

Exercice très librement inspiré de Question de style, manuel d’écriture, de Dane Cuypers. CFPJ éditions. Il n’y a bien entendu pas d’erreur dans le texte d’origine.


samedi 12 juin 2010

Les limites du journalisme amateur

Marianne2 publie un papier sur le naufrage des crèches qui me pose deux problèmes.

Le premier, l’opposition faite entre la préemption par Frédéric Mitterrand, es qualité de ministre de la Culture, des pièces du mobilier de la maison de couture Lacroix et les nouvelles mesures annoncées par Nadine Morano pour les structures qui accueillent nos enfants (crèches, maternelles).
Clairement, la démonstration n’avait pas besoin de cette mise en scène qui affaiblit le propos. S’il fallait opposer les dépenses du ministre de la Culture à quelque chose, cela aurait pu être la baisse dramatique des subventions pour le spectacle vivant par exemple, ou la gestion des musées… Des sujets de son ressort. En soit, cette préemptions pourrait mériter enquête : pourquoi ces meubles ? sont-ils de qualité, exceptionnels ? cela en vaut-il le coup ? quid de l’amitié qui lie le ministre au grand couturier, etc.  Mais l’article ne renseigne en rien. Je ne vois donc pas ce qu’il peut y avoir de scandaleux à préempter des pièces, probablement rares et qui ont sans doute toute leur place dans les musée français, au même titre qu’un tableau.

En face, le scandale des crèches. Je précise tout de suite que sur ce sujet précisément, je partage l’énervement de l’auteur. La politique du gouvernement concernant nos enfants, pour faire des économies sur l’argent que nous versons sous forme d’impôts, est scandaleuse. Peut-être pourrait-on demander aux gens s’ils pensent que c’est d’abord sur la scolarité et l’éducation des enfants qu’il fallait faire autant d’économies. C’est pourtant un peu l’impression que donne le gouvernement avec toutes ces mesures annoncées. Mais sinon, quel rapport avec le ministère de la Culture. Est-ce à dire qu’il faut lui couper les vivres pour sauver les crèches ? 

Le deuxième soucis que me pose cet article, c’est la photo d’illustration. Elle est censée représenter des enfants en crèche, mais en fait pas du tout. Les gamins sont alignés les uns derrière les autres, ils ont tous la même tenue… Etrange quand même. En fait, on comprend mieux en allant voir l’original et sa légende. Il s’agit d’un cliché d’un photographe russe qui vit à Chypre. La photo a été prise lors d’une fête dans le jardin d’enfants de son fils. Une photo prise par un papa ému lors d’une fête scolaire… A priori rien à voir avec les crèches en France.

Cela n’existe pas, les photos de crèches en France ? Mais si, bien sûr. Mais alors pourquoi ne pas illustrer au mieux ce papier, avec des photos réellement en rapport avec le sujet. il y a sans doute plusieurs raisons :
- la photo de notre ami russe, Leonid Manchenkov, est sous licence creative commons. Il en autorise l’utilisation à condition de donner son nom. Elle est donc totalement gratuite et à la limite, on peut se passer de son autorisation (au cas ou je lui ai mis sous la photo un lien avec le papier. Au moins il sera content d’avoir une publication dans la presse française.)
- difficile d’en faire autant avec des photographes français, même amateurs. Immanquablement, des proches de la famille tomberaient sur la photo et l’auteur pourrait avoir des remords de voir la photo de son gamin ainsi exposée et de l’avoir cédé gratuitement.
- le droit français est d’ailleurs assez strict avec le droit à l’image des enfants. il faut l’accord des parents… Toujours embêtant à demander quand on est pressé par le temps…
- Si on ne pique pas dans la base de données Flickr d’amateurs qui mettent leurs photos sous licence creative commons sans forcément comprendre ou envisager toutes les implications sur le métier de photographe, on est obligé de recourir à une agence de photo ou à un photographe pro et donc de payer l’image. Ben oui. L’info a une valeur et un coût.

Le même raisonnement vaut également pour le papier. Il n’est pas fait par un journaliste, et ça se voit. Ça se voit d’autant plus que Marianne2 l’annonce dès le départ. Le journal ne cherche pas à masquer la réalité. L’auteur est donc un blogueur associé qui signe d’un pseudo. Mais le papier ne figure pas dans les pages blogs. Elle figure dans la rubrique actu, au même titre que n’importe quel autre article, au même titre que ceux signés par des professionnels. Mélange des genres…
Il me semble pourtant qu’un tel sujet mériterait un vrai papier d’un vrai journaliste. Mais j’imagine que les conditions financières ne sont pas les mêmes.

Un journaliste, comme un photojournaliste, ce sont des professionnels, qu’on doit rémunérer. Dans le cas présent, si la photo est bonne (mais hors sujet) le papier lui n’est pas bon, à la limite de l’illisible (mal construit, trop de citations). Alors que le sujet est intéressant. Et on en arrive à cette constatation qui est valable pour tout type de presse (je ne jette pas la pierre à Marianne, loin de là, ce ne sont pas les pires) : quand on ne veut pas payer pour une information de qualité, on sombre dans le médiocre. Le journalisme dit citoyen – je préfère pour ma part parler de journalisme amateur – trouve là toutes ses limites.

Et je demande : est-ce que c’est ce journalisme au rabais que nous voulons ?

samedi 23 janvier 2010

J'en ai marre des clichés des articles de presse

Ce matin, je me suis fâchée contre mes étudiants. J’étais en train de corriger une brève sur Haïti, et je tombe sur « l’île maudite ». S’il y a une expression qui m’énerve ces derniers temps, c’est bien celle-là. On voit ça partout dans la presse. Mais à eux, comme je les avais sous la main, je leur ai dit ma façon de penser : « Vous diriez, vous, que la République dominicaine est un pays maudit par la nature ? Non. Il ne l’est pas. Pourtant, c’est la même île. Ou que le Japon est une île maudite ? Pourtant il a subi des tremblements de terre aussi violents.
La situation qu’Haïti connaît n’est pas due à la nature, à une malédiction, mais à une politique économique, une exploitation  menée par la France, par les Etats-Unis. Alors ne venez pas me dire qu’elle est maudite. Victime, oui, mais pas maudite.

– Mais madame,  on lit ça partout… (oui, hélas, je m’en suis rendue compte figurez-vous…)

– Et c’est parce qu’on dit des conneries partout que vous êtes obligés de les répéter ? Réfléchissez donc par vous-même. La presse est en train de crever de ça, de cette langue convenue, où l’on utilise toujours les mêmes clichés. Alors si vous, qui n’êtes même pas encore dans le métier, vous vous y mettez, mais dans dix ans, la presse aura définitivement crevé.

J’y ai été un peu fort. Mais ils ont convenu que j’avais raison. J’espère que cela les fera réfléchir.

Parce que, quand même, ça veut dire quoi maudit. Ces jeunes, ce que je leur reproche, c’est de ne jamais ouvrir un dictionnaire. Mais dans cette profession, ils sont loin d’être les seuls. Car si mes confrères ouvraient de temps à autre un de ces livres, ils y verraient que :
- le premier sens de maudit, c’est qui encourt la réprobation. Vous pourriez me dire, vous, en quoi Haïti encourt la réprobation ? Et la réprobation de qui ? A part donner raison aux sectes de tout genre qui déjà prolifèrent sur cette île, aux racistes, à quoi sert ce mot ?

Deuxième sens : Détestable, exécrable. Faut-il vraiment que je commente ?

Dernier sens : Rejeté, réprouvé, condamné. Sans doute par ceux qui la traite de maudite. Par ceux qui l’ont tenue bien loin, oublié, au point de ne pas savoir quoi en dire quand elle est revenue aussi brutalement dans le cœur de l’information.

Jamais la presse n’a choisi plus mauvais qualificatif que celui-ci. Jamais elle n’a été plus à côté de la plaque qu’en employant ce terme. Enfin, quand je dis jamais, je me trompe. Elle n’a fait que ce qu’elle fait régulièrement. Dans la concurrence infernale à laquelle se livrent les médias, personne ne prend de risque. On parle des mêmes sujets de la même manière. Avant, chaque journal avait son propre concept. Mais il a disparu le concept. Si je vous montre un papier du Nouvel Observateur et une autre de L’Express, sans vous dire d’où je les ai pris, qui fera la différence entre les deux ? Même leurs unes se ressemblent et mettent en avant les mêmes sujets au même moment. Ah oui, parce qu’il s’agit bien de ne pas prendre de risque. Il s’agit plus de ne pas perdre de fric, voire d’en gagner, que de délivrer une réelle info avec une valeur ajoutée. Du coup, on traite tous des mêmes sujets et de la même manière. La presse française est devenue d’un conformisme à pleurer. Idem pour la télé. Entre le journal de TF1 et celui de France 2, quelle différence dans la façon de traiter un sujet ? Aucune. A tel point que sortis de leur contexte, ces reportages ne peuvent être identifiés. TF1 ? France 2, Tf2 ? France 1 ?

Dans la rédaction dans laquelle je travaillais, je me plaignais de ne pouvoir distinguer les articles de quelques uns de mes confrères. Pas tous, certains avaient un vrai style. Je lisais deux lignes et je reconnaissais leurs papiers. Mais pour d’autres… rien à faire : les mêmes constructions, les mêmes expressions, les mêmes clauses de style. Et, surtout, les mêmes clichés. La France est forcément terre d’accueil (alors que, soyons sérieux, elle est terre d’accueil pour pas beaucoup de monde,…), la Corse est forcément l’île de Beauté, les premiers caracolent toujours en tête, l’énergie est celle du désespoir, etc.

On utilise également les mêmes registres. Pour la situation économique, par exemple, on utilisera des métaphores météorologiques : Nuages sur la conjoncture, coup de froid sur les salaires, tempête dans l’hémicycle. Autres champs sémantiques largement utilisés, la géologie, le sport et la guerre : le séisme électoral, l’UMP mobilise ses troupes, levée de bouclier, la dernière ligne droite, Fillon monte au filet…

Comme le souligne Alain Joannes dans Le Journalisme à l’ère électronique (passionnant pour des tas d’autres sujets) : « Ces clichés privent les reportages et les commentaires de significations précises. Ils donnent une impression de paresse intellectuelle et de manque de courage. Ces clichés évite aux journalistes d’utiliser des mots qui pourraient froisser la susceptibilité des gens du pouvoir. » Et il cite un petit manifeste d’Eric Hazan, LQR, la propagande au quotidien que j’ai également été consulter et qui n’est pas à piquer des vers.

Hazan décrit notamment comment cette langue de clichés joue tout d’abord sur les euphémismes pour atténuer, par exemple, les maux de la société : on ne parle plus de grève mais de mouvements sociaux, plus d’infirmes mais d’handicapés, plus d’arabes mais de Maghrébins, plus de chômeurs mais de demandeurs d’emplois. On ne dit plus les pauvres, mais les gens de condition modeste. « Comme si les pauvres n’avaient plus le droit d’être orgueilleux », commente Hazan. Le recours à l’anglicisme fonctionne de la même manière : il remplace le mot français afin de l’adoucir. Une autre forme d’euphémisme consiste à utiliser des mots en « post » tel que post-industrie pour essayer d’oublier la période d’industrialisation et ainsi refermer la page sur les ouvriers pauvres et la lutte des classes. C’est une façon de dire au lecteur : vous n’y pouvez rien.

Le problème, c’est que cette monotonie, le fait d’avoir l’impression de lire partout la même chose, écrit qui plus est de la même manière, fait que l’on s’ennuie à lire, à écouter. Et on se lasse. On n’a plus envie. Et pourtant, l’info, on sait que c’est nécessaire, mais on n’arrive plus à accrocher, à se sentir concerné. Autre conséquence, la perte de crédibilité de ceux qui utilisent cette langue : vendus pour les journalistes, tous pourris pour les politiques sont les termes que l’on trouve régulièrement dans les commentaires des articles de presse sur le Web ou dans les blogs. En définitive, le résultat est le même : une certaine désaffection des médias. Et croyez-moi – c’est ce qui me navre le plus – cette désaffection me touche également.

vendredi 11 juillet 2008

Je m'inquiète pour Match

Oui, c’est vrai, parce qu’en ce moment, c’est le poids des mots, le choc des photos, et la palme des bourdes. Déjà, il y a eu ce dossier spécial pour le quatre centième anniversaire du Québec. Des pages entières sur la belle province, ses ressortissants (dont Natasha St Pier, née au Nouveau Brunswick, et donc pas au Québec, mais bon, là je pinaille), des photos de Montreal, des Inuits, etc. Sauf que, l’anniversaire en question était en réalité celui de la ville de Québec, dont il est à peine fait mention dans le dossier.

C’est tellement énorme, que ça me laisse sans voix. D’autant que je connais bien comment se fabrique un journal et quels sont les verrous de sécurité. Je ne peux même pas imaginer comme cela a pu être possible et que personne n’a dit, à un moment : “Heu, excusez, mais on a fait une connerie…”

Des conneries, j’en ai vues des vertes et des pas mures. D’ailleurs, c’est mon métier de les traquer. J’ai vu des accidents, des trucs auquel on ne peut rien parce que le journal est déjà imprimé. Exemple, quand dans le numéro sur le 11-septembre de VSD était resté un article sur le base jump (un sport qui consiste à sauter en parachute du haut de gratte-ciel). Tout le monde s’était gaussé à l’époque, mais vu la date de bouclage, le journal devait déjà être imprimé au moment de l’attaque du World Trade Center et ce journal n’a pu qu’ajouter des cahiers pour traiter de l’actu. On ne peut rien contre cela.

Mais une aussi belle, publiée, qui touche à l’essence même de notre métier de journaliste, la vérification des infos, ça jamais…

Depuis, moins spectaculaire, il y a aussi eu cette légende, sur l’enfance d’Ingrid Betancourt : « Devenue une jeune fille rêveuse, Ingrid, après un premier séjour français, retrouve les rivages boliviens. Elle ne cessera plus de se partager entre les deux pays (…). »

Et enfin, cet article sur PPDA où celui-ci raconte que le jour où il a appris son éviction, il n’a rien changé à son emploi du temps et s’est rendu, comme prévu, à Roland Garros pour assister à « la victoire de Roger Federer sur Rafael Nadal ». Je veux bien que ce soit PPDA qui se soit trompé. Mais dans ce cas-là, on corrige. En tout cas moi, j’aurais demandé la correction, quitte à faire appeler l’attaché de presse de PPDA

Je savais qu’il y avait des compressions de personnel chez Hachette (et pas seulement une valse des rédacteurs en chef pas assez souple de l’échine). Mais ils devraient garder tout de même quelques correcteurs et quelques secrétaires de rédaction. Ça les aiderait…

Thumbnail