C’était le spectacle de cette fin d’année. Rendez-vous compte, deux morts, un chorégraphe reconnu et de nombreux danseurs plein de mérites. Gainsbourg avait sorti L’Homme à tête de chou en 1976, qui avait connu un flop. Il n’était pas encore assez Gainsbarre sans doute pour que cette œuvre sombre et sensuelle puisse trouver son public. Bashung l’a repris à son tour, en 2006, pour ce spectacle, il en a surpervisé l’arrangement. D’une demi heure environ, la partition passe maintenant l’heure. Et Galotta l’a chorégraphiée. Avec ce trio incroyable, c’est sûr, le tout-Paris allait se presser au théâtre du Rond-Point.

Quand on m’a proposé ces places, je ne savais pas du tout de quoi il retournait. J’avais juste retenu Galotta et danse. Deux mots qui me suffisait pour acheter les billets. Quand la presse a commencé à en parler, je ne me suis même pas souvenue que j’avais ces places. Alors quand je les ai reçues, j’en ai été bien aise. Mais vu les critiques, il me paraissait difficile d’y emmener Garance. On parlait de nu, de scène trop érotique, d’une scène de masturbation inutile et vulgaire. Des mots qui n’ont fait qu’attiser ma curiosité. Entre les adorateurs zélés des deux disparus, qui ne pouvaient que se sentir trahis (musique trafiquée, voix désincarnée, c’est pas lui, c’est pas eux) et ceux qui aiment descendre ce qu’ils adoraient avant, c’est sûr, il fallait détester.

La salle était pourtant comble (comme les Champs Elysées d’ailleurs, c’est fou cette foule d’avant les fêtes de noël). Sur scène, comme lu, une chaise de bureau à roulette. Entre un danseur à la silhouette déguingandée, dandy nonchalant, une réincarnation de Bashung, puis arrivent les autres, des hommes, des femmes, des journalistes à scandales et des Marilou petites coiffeuses. J’ai beaucoup aimé le travail des danseurs, et le travail de Galotta sur les danseurs. Chacun incarne à sa façon, suivant son tempérament, le couple infernal. Il y a des filles à la sensualité etrême qui réveilleraient un mort, d’autres plus athlétiques, plus rentre-dendans, d’autres encore plus douce, presque passive-soumise. Chez les hommes, pareil, les dominateurs, les faibles, les révoltés. Chacun des couples ainsi formé donne un relief nouveau à l’histoire. N’en déplaise à certains, je n’ai rien trouvé de déplacé dans ce ballet, ni les gestes, ni les attitudes. Tout avait sa raison d’être, y compris ce danseur nu comme un ver, la tête couverte d’un masque de singe, assis que la chaise, transporté par quatre de ses camarades qui le dépose sur le devant de la scène. Gratuit ? Non, c’est la statue même de l’Homme à tête de chou


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Le spectacle est un ballet, il ne fallait pas trop y chercher les ombres de nos chers disparus. Ce n’était pas un concert souvenir, pas un concert du tout. C’était des danseurs qui s’exprimaient de façon particulièrement expressive sur une histoire connue et donc plus facilement décryptable que d’autres ballets contemporains. Et c’était beau.



Cela dit, c’était beau aussi d’entendre la voix de Bashung, cette voix magnifique sur ce texte magnifique. C’était bon aussi d’entendre ces airs de Gainsbourg revisité par Bashung. Et de se rendre compte combien ces deux-là ont marqué notre vie d’un vrai talent. Et combien ils nous manquent. J’imagine que Galotta n’avait au départ pas tout à fait imaginé ce spectacle, parce que Bashung aurait dû chanter sur scène avec ses musiciens. Mais c’est pas grave, c’est beau quand même.

Mon seul bémol, c’est sur la chanson Quand Marilou danse reggae, à ce moment-là, la chorégraphie est tout, sauf du reggae… C’est dommage, mais c’est pas grave parce qu’on est quand même pris par tout le reste.

Le ballet est donné au théâtre du Rond-point jusqu’au au 19 décembre. Puis il ira entre autres en janvier à Chambéry (12 et 13), mars à Roubaix (11-13), mai à Blagnac près de Toulouse (4 et 5), Besançon (10 et 11), Alès (18 et 19), Combs-la-Ville en Seine-et-Marne (26 et 27) et en juin (1er-3) à Clermont-Ferrand. Si vous êtes des puristes de Bashung ou de Gainsbourg, n’y allez pas, vous n’aimerez pas. Mais en dehors de la résurrection des deux artistes, rien ne pourra vous satisfaire. Pour tous les autres, n’hésitez pas. Vous passerez un moment passionnant.