Sacrée Biennale 1

Je suis descendue à Lyon quatre jours pour le congrès de mon syndicat de journalistes. Le SNJ pour ne pas le nommer. Les séances furent intéressantes. Nous sommes tous dans la même merde et ça fait du bien d'en parler ensemble... Mais les débats, ce n'est pas vraiment racontable. Cela ne fait pas de bon Racontars. Par contre, une soirée à la Biennale de Lyon, invitée par le conseil régional, voilà qui donne matière à jaser...



Accompagnée le plus souvent de Marloute, de mes collègues du groupe de presse auquel j'appartiens, j'ai passé quatre jours fatigants, mais qui avaient l'immense mérite de se dérouler loin, très loin de mes cartons...


Bref, En ce jeudi soir, nous sommes donc invités, par le conseil régional Rhônes Alpes, à la Biennale d'art contemporain. Le carton annonce : visite de l'exposition et buffet dînatoire. Alléchant ! Un bus vient nous chercher, prévu pour 180 personnes dont plus de la moitié debout. Ça a un côté "heure de pointe" qui en amuse plus d'un. Le bus nous emmène le long des fleuves lyonnais vers la Sucrière, un ancien bâtiment des docks, transformé en lieu d'art. La réception se donne dans l'ancien comptoir des douanes. Béton, parpaings, éclairage étudié et deux petites tables pour le buffet. Sol brillant bien noir. Près d'une immense baie vitrée, quelques profonds canapés qui auront leur utilité... L'endroit est vaste, bien chauffé (il fait un froid de canard dehors) et somme toute assez accueillant... L'élu de la région se lance dans un discours fleuve, sans doute inspiré par la Saône toute proche. Je le connais, j'ai eu à apprécier son boulot et son intégrité en d'autres temps. Mais comme tous les politiques qui s'adressent à la presse en ce genre d'occasion, il est interminable. Ça n'en finit pas. Ça continue encore et encore. Et quand enfin il se tait, c'est notre secrétaire général qui reprend le crachoir pour ne plus le lâcher.


Nous lorgnions vers le buffet, mais les serveurs, peu aimables, nous indiquent que ce n'est pas ouvert... OK, OK, c'est que le début d'accord, d'accord. Je cherche les toilettes. Tant qu'à faire, autant s'occuper. Ceux qui ont eu la même idée que moi apprennent que nous n'avons pas le droit d'y aller seuls. Comme les lieux d'aisance sont dans les étages, au milieu des bureaux, la sécurtié nous impose un accompagnement. C'est normal, il est notoirement connu que les journalistes sont de dangereux criminels et des voleurs patentés. Je serai bien capable de sortir avec un ordinateur, une souris, un clavier, voire avec une lampe de bureau. Nous sommes dans l'ancien bâtiment des douanes, ne l'oublions pas. L'âme des gabelous doit furieusement d'accrocher aux murs... Les vannes fusent, masquant l'agacement. Heureusement, l'hôtesse est charmante. Ce qui fait passer la pilule... Je découvre des chiottes ultra tendances, murs noirs, joints blancs, cuvette immaculée. une vraie ambiance branchouille... Je me demande si on ne pourrait pas se réunir là, finalement.

Réception au comptoir des douanes


Je retourne, toujours accompagnée, dans la salle. Le buffet dînatoire a démarré et ce que nous ne savons pas encore, c'est qu'il est déjà fini. En deux minutes, les trois canapés et deux verrines qui se battaient en duel sont engloutis. La région nous proposait un cocktail pour quarante personnes, nous étions deux cents. De là à penser qu'ils sont un peu radin... Tout de suite arrivent quelques plateaux de petits fours sucrés, aussi nombreux, aussi vite avalés. C'est peu dire que nous restons sur notre faim, d'autant que les serveurs sont d'une amabilité de cerbères. Ils doivent rigoler à chaque fois qu'ils boivent du vinaigre. Un blondinet à cheveux long, peigné comme une gravure de coiffeur, remporte la palme de la mauvaise humeur. Il rembarre un de nos secrétaires généraux, qui pourtant est adorable. Un congressiste un peu âgé lui demande de l'eau en tendant son verre. Il reçoit la moitié de la carafe sur la manche. Le garçon, sans même s'excuser, lui arrache le verre des mains avant de le lui remplir et le lui tendre. Ecœurée, je m'éloigne. A l'autre table, l'ambiance n'est pas meilleure. La plupart des journalistes sont plutôt goguenards. Les vannes fusent. L'ambiance bon enfant du congrès y est pour beaucoup, malgré la faim.

Ce buffet qui n'a rien de dînatoire pèse peu sur les estomacs. Le temps passe, nous nous affalons dans les canapés... Et puis on nous appelle, il est l'heure de nous rendre dans le bâtiment de la Sucrière. Certains traînent des pieds : ils sont affamés et l'art contemporain ne les enthousiame guère. De plus, la Biennale n'a pas bonne presse. Elle est très critiquée cette année. Curieuse comme je le suis, je décide de rester.

A suivre