Sacrée Biennale 2

Suite de la visite de la Biennale de Lyon, qui se tient à la Sucrière, 47, quai Rambaud, 69002 Lyon, jusqu'à janvier.


Dès l'accueil, l'ambiance se gâte quand on me demande de rengainer mon appareil photo. C'est un truc qui me fait toujours râler. La Biennale ce soir est ouverte exclusivement aux journalistes et aux reporters photos de notre congrès, et nous n'avons pas le droit de prendre des photos. Le fait que nous pouvons écrire des articles et les publier avec des illustrations n'entrent pas du tout en ligne de compte. La plupart des musées, maintenant, préfèrent interdir toute image pour mieux commercialiser leurs propres clichés. Il n'y a pas de petits bénéfices. Nous sommes en plein dans la marchandisation à outrance de l'info, un des thèmes de notre congrès.

J'argumente un peu, histoire de rigoler, mais je remballe mon reflex. Nous sommes séparés en groupe de quinze. A chacun est attribué un guide et un garde-chiourne. Pendant que l'un nous raconte les œuvres avec plus ou moins de bonheur, le deuxième nous surveille. Il est interdit de s'éloigner, interdit de regarder d'autres œuvres que celles qu'on nous montre, de nous promener au petit bonheur la chance, interdit de partir en cours de route. Quand certains décident de fuir, leur gardien les en empêche car il doit prévenir le vigile. Agaçant. Pour qui nous prend-on ?

Heureusement, nous avons hérité d'une guide pleine de bonne volonté, plutôt fine et qui s'en sort pas trop mal avec nous. Dans chaque salle, elle nous laisse nous "imprégner" de "l'œuvre". Puis on discute.

Nous commençons par ce qu'on nous présente comme LA réalisation polémique de cette Biennale. C'est une œuvre d'Erick Beltran que la guide nous présente comme argentin, mais qui semble être plutôt mexicain. Je précise parce qu'elle nous a dit que c'était important pour comprendre l'œuvre et le fait que certains tableaux soient écrits en espagnol. Sur un fond noir mat, donc, sont inscrits en lettres capitales en noir brillant, tout une série d'injures, les pires qu'il puisse être car à caractère raciste, sexiste, politique, religieux, etc, sur des panneaux de différentes tailles, un abribus ou une sucette de Decaux. Le plus gros indique "ploucs de lyonnais" (on sent bien la polémique là tout de suite), Puis plus loin un "salauds de syndicalistes" qui nous amuse, puis des "sales nègres", des "enculés d'arabes", "voleurs de juifs", etc. Tout le monde en prend pour son grade. Ça s'appelle L'Avalanche.

Biennale de Lyon 2007


Il semble que l'œuvre ait été censurée. Des affichettes reprenant les injures étaient en effet à la disposition des visiteurs, elles ont disparu. Un panneau explicatif a été installé pour ceux qui n'auraient pas compris qu'il s'agissait de deuxième, voire de torisième degré. Apparemment, ce n'était pas évident pour tout le monde. Je trouve que notre époque manque singulièrement de recul et d'humour. Mais je m'amuse à déjouer la surveillance de notre garde chiourne et à prendre quelques photos avec mon téléphone portable.

Nous traversons un no man's land où paraît-il, de jour, des danseurs nus se donnent en spectacle. Dans la salle suivante, se dressent d'immenses totems fabriqués à partir de sac de golf plutôt luxueux. C'est une création d'un Canadien d'origine amérindienne, Brian Jungen. C'est assez fantastique, bien réalisé, impressionnant même. Sur certains, ont reconnaît des figures entropomorphiques, traditionnelles des totems amérindiens, réalisées avec des balle, des tees et les poches des sacs. Sur le mur, sont gravées trois divinités enfantines, reproductions à grande échelle de dessins d'enfants justement. Comme souvent, le laïus sur les intentions de l'auteur me gonflent un peu. Je préfère rêver par moi-même.

Plus loin, deux carrés d'herbes folles sont censés représenter le jardin de Marylin Monroe. C'est tiré par les toiles d'araignées qui ornent abondamment lesdits jardins. Dans la salle suivante sont exposées une série de photos et deux vidéos d'une artiste brésilienne, Cinthia Marcelle. Elle semble fascinée par deux choses : les lignes géométriques et le camouflage. Sur la première vidéo, un camion de pompier tourne inlassablement en rond, arrosant le centre du cercle formé par ses roues. Hypnotique et vite lassant. Je zappe une fois de plus les explications. Pourquoi vouloir toujours tout justifier ? Un travail comme celui-ci ne peut-il pas se contenter d'être tout simplement ? J'aime ou je n'aime pas, le charabia ne m'intéresse pas.
Ses photos, si. Elles sont extrêmement graphiques et leur construction très intéressante. Se couvrant de tissus de la couleur des murs, l'artiste se camoufle dans le paysage photographier. Nous essayons de la retrouver. Mais sur la dernière image, c'est impossible. Elle est bien là nous certifie le guide, mais entourée d'inconnus. Comment savoir laquelle de ces personne est Cinthia Marcelle ? Ce pourrait être cette jeune métisse qui fixe l'objectif, ou cette femme un peu forte au traits flous, au premier rang. Ou même un homme, car Cinthia n'est peut-être qu'un pseudo.
La dernière vidéo observe de haut, à un carrefour très animé, des jongleurs qui font leur numéro avec des torches enflammées lors de chaque feu rouge. Et se garent dès que le feu passe au vert. La première fois, ils sont deux, puis quatre, puis six, puis huit. J'observe les piétons. La plupart font semblant de rien, certains regardent les artistes de rue (des habitants de favellas). un seul fait le zouave. A la dernière rotation, quand le feu passe au vert, les jongleurs restent au milieu de la chaussée. Les automobilistes s'impatientent. Un scooter force le passage, suivi d'une voiture plus importante mais qui ne peut passer sans écraser un type... Ça klaxonne, ça hurle et la video s'arrête. Amusante et jolie à regarder.

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