Sacrée Biennale 4

Suite et fin de la visite de la Biennale de Lyon, qui se tient à la Sucrière, 47, quai Rambaud, 69002 Lyon, jusqu'à janvier.

Nous descendons au rez de chaussée pour la fin de la visite. Une tente militaire est dressée dans laquelle est projeté un film, Nu River, d’une artiste chinoise, Cao Fei : on voit un groupe de copains à elle en train de camper. J’aimerais bien en regarder plus. Mais ce n’est pas au programme de notre guide…

Nous débouchons dans une salle entièrement consacrée à un artiste écossais, Charles Avery dont l’œuvre, Islanders, recrée un monde étrange, à la fois comme le nôtre mais très différent, une île imaginaire. C’est passionnant comme un livre ouvert, mais qui intégrerait d’autres codes. Sur un mur, un texte raconte l’histoire d’un jeune fou devenant vieux sage pour tout une population, dont certains membres tentent de l’imiter. Ils s’enferment alors dans une machine, sorte de kaléïdoscope géant, qui trône d’ailleurs dans la salle. Cette machine est censée leur donner une vie aussi longue que celle du sage. Mais, conclut le texte, on n’a jamais pu mesurer la valeur de la machine car les impétrants, rendus téméraires par leur sentiment d’invulnérabilité, étaient victimes d’accidents (comme tomber d’une falaise).
De nombreux dessins exposés illustrent certaines parties de l’histoire de tous ces îliens. C’est une œuvre totale qui mélange BD, conte philosophique et art plastique, un univers complet et fascinant. Nous sommes beaucoup à l’être, mais la guide nous appelle vers d’autres univers et la surgé nous pousse. Vite, vite, il faut continuer. Au passage, je note deux tableaux (de Thomas Bayrle) montrant des scènes de copulation franchement explicites. Elles sont inratables et non protégées, encore moins interdites aux mineurs, contrairement aux photos d’Hamilton… Je ne demande pas à ce qu'elles le soient, après tout, les enfants de Pigalle en voient d'autres sans être particulièrement choqués. Mais faudra quand même qu’on m’explique, un jour…

Nous arrivons au clou de la Biennale, l’œuvre qui a remporté le prix. Au centre d’une grande salle trône un bunker émergeant de rochers en polystyrène. De chaque meurtrière sortent des instruements de musique alors que sont (mal) jouées des marches militaires. Il paraît, dixit notre guide, que les deux auteurs, Jennifer Allora & Guillermo Calzadilla ont voulu interroger le public sur la place dans l’art de la musique militaire. Est-ce ou n’est-ce pas de la création artistique.
C’est gentil de me poser la question, mais voyez-vous, je m’en tamponne un peu. Mais si vous voulez vraiment une réponse, je dirai que cela dépend de qui la compose et de qui l’interprête. Ce ne sont pas les Français, dont l’hymne même est une marche on ne peut plus guerrière qui diront le contraire. Cela n’enlève rien à la laideur de cette œuvre. Déjà, un bunker, dans la réalité, ce n’est pas terrible, mais au moins, il y a la plage, la mer, une dimension, un décor qui peu magnifier l’artefact. Mais en polystyrène, c’est franchement immonde. On dirait une énorme crotte de chien.
D’apprendre que les conservateurs lui ont donné le prix de la Biennale m’emplit d’un doute sournois : ont-ils voulu s’amuser et ce choix est-il une preuve de leur humour et de leur autodérision ? Ou se foutent-ils vraiment de notre gueule ? A moins que, tout simplement, ils soient tous faits d’une essence différente que nous ne pouvons pas comprendre. Peut-être sont-il des « Islanders » ?

Nous récupérons nos manteaux et sortons dans le froid. Je discute un moment avec un autre congressiste de l’œuvre que j’ai le plus appréciée, celle de Shilta Gupta, et de celle que j’ai le plus détestée. Non, pas le bunker. Une video d’un Anglais, Nathaniel Mellors. Dans uen salle deux écrans, un grand et un plus petit sur lesquels est projetée la même video absconne. A priori, l’idée est séduisante : un homme est emprisonné dans une bande magnétique (celle qui défile) et torturé. Il raconte par le menu ce qui lui arrive, il est au bord de la panique totale. A la fin, il parvient à se libérer de son tortionnaire en le confondant à l’aide du langage. Dans la réalité, on voit un Anglais en slibard du genre de ceux dessinés par Reiser qui pleurniche et déclame un texte comme si c’était du Shakespeare. Pathétique et moche, un comble…

Nous passons devant le bâtiment de la Sucrière redécoré par Josh Smith (il a écrit son nom en gros sur les murs) et la balançoire des géants de Liu Wei.

La Biennale de Lyon


Il est plus de 22 heures. Nous voilà à nouveau dans le bus, en route pour l’hôtel. Comme nous avons l’estomac dans les talons, nous demandons à ce qu’on nous arrête près des restos encore ouverts. J’opte, avec d’autres pour la Brasserie Georges et je ne le regrette pas. Nous avons galéré pendant une bonne demi-heure pour la trouver, mais au bout, quelle récompense. Une salle art déco, magnifique et immense., des serveurs professionnels et accueillants et une bonne bouffe de brasserie. Je me régale d’un saucisson lyonnais aux pistache accompagnée de ses pommes de terre écrasées en purée parfumées à l’huile d’olive. Tout en buvant une bière maison (ben oui, une brasserie au départ, c’était un endroit où on brassait de la bière…).
Toutes les dix minutes environ, la lumière se tamise et un serveur porte à une table un gateau illuminé de bougies. Toute la salle entonne alors le traditionnel « Joyeux anniversaire ». c’est fou le nombre de gens nés un 19 octobre tout de même (c’était aussi ma fête ce soir-là, mais je l’avais oublié). Les camarades à ma table sont très amusés par le rituel et décide d’en faire bénéficier un de leurs copains qui dîne tranquillement un peu plus loin. Quand le gâteau arrive, il ne se doute de rien. Normal il est né en mars. La farce fait rire tout le monde, y compris le félicité qui passera le reste du congrès à se voir souhaiter un bon anniversaire, y compris par les élus du département que personne ne détrompera.
De l’humour potache ? Sans aucun doute, mais à ce niveau là, c’est du grand art…
Je prends un taxi pour rentrer à l’hôtel. Et dans ma chambre je contemple longuement la plus belle œuvre que j’ai pu voir aujourd’hui : Lyon, la belle endormie entre Saône et Rhône.

Lyon vu du ciel


Il avait raison le père Borhinger, c’est beau une ville la nuit… Voilà, c’est fini, et quoi que j’ai pu en dire, si vous en avez l’occasion, allez visiter cette Biennale. Ne prenez pas de guide, si c’est possible, vous trouverez toujours sur le net suffisemment de quoi vous renseigner sur les œuvres… J'ajoute des liens sur tous les artistes dont je parle sur les quatre notes. Et si vous voulez en savoir plus, je vous propose d'aller lire le blog "Amateur d'art par Lunette Rouge". Une petite merveille, ce blog, quand on aime l'art contemporain...

Vous trouverez la totalité des artistes exposés ici

Commentaires

1. Le dimanche 9 décembre 2007, 00:04 par akynou

C'est pour un essai de commentaire

2. Le lundi 10 décembre 2007, 18:59 par alixire

En découvrant le nom de cette rubrique, envie d'y répondre que c'est du lard contemporain... ;-) ;-) ;-)

3. Le mardi 26 février 2008, 19:09 par Naiana

Je de demande une chose: vous êtes venu en visite privée, quand la Biennale était déjà fermée, pas vrai?
Alors c'est simple: si vous ne voulez pas suivre le guide, n'allez pas dans les visites privées!!
Il faut penser qu'une visite guidée part du principe que nous avons des choses intéressantes à dire les uns aux autres, mais il faut être présent si vous voulez interagir...pas vrai? ;-)
En plus, un guide ne sert pas à vous donner des vérités sur l'art contemporain, mais à partager des points de vue, à montrer des nouvelles possibilités de regard sur l'œuvre.
Le rôle du médiateur culturel est celui de coopérer au dialogue avec soi-même devant la création artistique. Celui qui incite à d’autres « choses » à voir, celui qui montre d’autres points de vue. Il partage son point de vue et, en le partageant, il stimule les autres points de vue. Il rend possible le regard de celui qui croyait ne pas en avoir. Il collabore à son autonomie.
Mais ce n’est pas tout. Autonome, le spectateur se laisse regarder, mais il aperçoit que son regard est UN possible parmi des infinis…Il a besoin de se reconnaître et de se différentier dans se autres regards, il a besoin de dialoguer. Le médiateur fonctionne ici comme rassembleur. Rassembleur autour d’un dialogue qui a besoin d’exister.

Merci de votre blog, parce qu'il fonctionne en dialoguant....il fonctionne pour ceux qui le lisent...comme les guides qui fonctionnent pour ceux qui l'écoutent.

4. Le mercredi 27 février 2008, 13:03 par Akynou

Bonjour Naiana
A vrai dire, pour la visite guidée, je n'avais guère le choix. Quand on vous invite quelque part, il est fort impoli de tourner le dos. La Biennale nous a invité. Nous avons répondu à son invitation sans en connaître les conditions. Mais je crois que vous vous trompez d'interprétation sur ce que j'ai voulu écrire (en dehors du fait qu'un post sur l'art est forcément subjectif).

Je n'en avais pas particulièrement après le système de guide. Et j'ai écrit que la nôtre s'en était plutôt bien sortie avec nous (même si ça n'a pas été le cas de tous ses collègues avec les autres groupes). C'est surtout les gardes chiournes qui m'ont énervée. Enfin, pas eux précisément, parce qu'ils ne faisaient que leur boulot. Mais le fait que, nous invitant, on ai cru bon nous fliquer. C'est la mentalité de cette Biennale que je n'aime pas. Pas le guide, ni les œuvres (enfin, pour certaines, c'est sûr, j'ai pas aimé :-)).

J'ai fait, il n'y a pas longtemps, une visite de l'expo Courbet avec un guide. C'est une expo à laquelle je n'aurais probablement pas été sans cela. Courbet n'est pas un peintre dont j'apprécie particulièrement l'œuvre et la foule qui accoure à ce genre d'expo me fait fuir. Mais là, c'était effectivement passionnant. De bout en bout. Je n'en ai pas plus apprécié le peintre par la suite. Mais le guide a su effectivement nous faire partager son regard sur le peintre, son œuvre et sa carrière (avec un côté langue de pute des plus amusant).

Et puis comme nous étions reliés par un système audio, nous n'étions pas tenus de rester autour de lui (avec le monde qu'il y avait, c'était encore plus appréciable). cela ne nous empêchait pas de dialoguer. Il suffisait de se rapprocher.

Je suis vraiment persuadée qu'un bon guide peut permettre à des gens qui fréquentent peu l'art, et qui en font des complexes (qu'ont si bien su leur donner certains critiques d'art pour happy few et certains professeurs un peu trop imbus de leur culture) de découvrir un monde ô combien magique. Je pense que la jeune femme de la Biennale, comme le guide de Courbet, peuvent transmettre un savoir sans être pédant, en restant à la portée des visiteurs. Et s'ils sont vraiment bons, les amener à avoir leur propre vision de l'œuvre. Car le problème n'est pas tant d'admettre que chaque personne à une façon personnelle de percevoir une œuvre (dire cela c'est un peu enfoncer une porte ouverte) que de s'autoriser à en avoir une.

Cela dit, je ne suis pas un guide. Je suis seulement une raconteuse. Chacun y prend ce qu'il a envie d'y prendre. Toute proportion gardée (je ne voudrais pas avoir l'air de me la péter ;-)), je suis le tableau. Il reste à trouver le guide pour mettre en ordre tout ce fatras :-)

bien à vous