PC du soir, espoir ?

Ma première impression, arrivée à l’Assassin, a été de me dire : « Je n’aurais pas dû venir. » Et s’il n’y avait pas eu Brol, j’aurais certainement continué mon chemin, fait quelques mètres de plus pour m’engouffrer dans le métro et rentrer dans ma tanière.

Mais il y avait Brol, à qui j’avais promis un hébergement. Et puis le fait que je m’étais annoncée. Cet espoir auquel on a envie de croire, qu’on est attendu. Alors j’ai éteint la musique de mon portable. Rangé l’appareil photos. Et je suis entrée.
Devant la porte, une bâche transparente abritait les fumeurs. Il y avait là Kozlika discutant avec un escogriffe. Un grand sourire, une bise et quelques mots « Comment vas-tu ? » qui me font monter une boule dans la gorge. Je m’enfuis, juste le temps de l’entendre demander à son interlocuteur : « Quand es-tu arrivé à Paris. » Furtivement, je pense à Brol, qui vient de Toulouse, que je n’ai jamais vu, puis je passe à autre chose. Il m’avait dit qu’il n’avait plus de cheveux, je l’imaginais donc chauve. Je suis parfois un peu primaire dans mes conclusions. Et Brol exagère souvent ses propos.
Tout de suite, j'aperçois Chondre. Un grand sourire. On a peu le temps de discuter tous les deux. Il arrive et part tôt. Je viens après le boulot, et parfois après avoir couché les enfants. Donc jamais avant 20 heures bien sonnées. Il m’a amené du Nes*quick à la fraise qu’il m’avait promis depuis… C’était un temps où Sarko n’était pas encore tout à fait président… On ne compte plus. Mais la boîte fera tout de même le bonheur de ma grande fille et arrivera tout juste pour son anniversaire…
Je suis empruntée. Je le suis toujours quand j’arrive à un Paris Carnet. Je ne sais guère aborder les gens. Mais là, j’ose encore moins m’imposer. Pour ceux qui me lisent, et qui donc savent ce que je vis en ce moment, j’ai peur de faire peur, ou je crains la compassion qui me fera monter les larmes aux yeux et gênera mes interlocuteurs. Quant à ceux qui ne me lisent pas, mon naturel timide reste un rempart.
Je m’approche tout de même d’une autre table, hélée par Johann. Il me fait irrésistiblement penser à ces jeunes dandys du 19e siècle, tant dans sa façon de se tenir, sa légèreté de façade, cette joie qu'il arbore, son côté bulle de champagne que par la faille qui affleure derrière, mais qui se laisse de moins en moins dénicher. C’est que le jeune seigneur prend de l’âge et des défenses. Autour de lui, Labosonic, Marloute, Goon, Gilda, maître Ka qui pour n’être pas avocat n’en demeure pas moins un maître (même s’il prend sa retraite bloguesque). Thomas arrive, il m’a doublée dans la rue tout à l’heure, grimpant la côte sur son Vélib’. Il me souhaite la bonne année. Et me dit qu’il a lu mes derniers posts et que… ouf…, il ne sait pas quoi dire. Parce que tout y est dit sans doute. Mais heu voilà, quand même, tu sais… Il est adorable.
La table est pleine, je salue tout le monde, je bise et j’embrasse et m’installe derrière, seule. Je pourrais aller vers le fond, il y a des places et des gens que je connais, mais je n’ose pas. Bon Hé, Akynou, ça va. Tu es là, assume ! Pour me donner une contenance, je sors mon cahier. Johann tourne sa chaise pour ne pas me laisser complètement seule. Et me conseille d’aller commander tout de suite si je veux manger. Il a raison. L’Assassin est en train de se remplir et ils sont vite débordés en cuisine. Je me commande donc un demi et des côtelettes d’agneau.
Brol vient se présenter à moi officiellement. C’était bien lui qui grillait une cigarette avec Kozlika. Il n’est pas chauve, juste un tout petit peu déplumé. Il a un joli sourire doux et un regard bien moqueur derrière ses lunettes. Il s’éloigne retrouver le gang avec lequel il a commencé la soirée. Il est rassuré d’avoir repéré son hébergeuse d’un soir.
Je gratte des phrases sur mon cahier. J’essaie de continuer "maux dits mots". Très peu de temps en ce moment pour écrire. Alors autant en profiter. Et puis Gilda, Marloute et Labosonic arrivent tous les trois en délégation et s’installent. Nous discutons de chose et d’autres. De cette curieuse atmosphère non-enfumée, de la nostalgie de Gilda pour cette ambiance de bar. « Autant dans les bureaux, au travail, j’étais d’accord. Mais dans les bistros, les cafés tout de même… Il manque une ambiance, une magie… » Très égoïstement, mes yeux et mes sinus me disent qu’ils sont, eux, très contents. Je le dis tranquillement. Je n’arrive pas à être triste de cette mesure même si son côté : « On vous oblige à être en bonne santé, malgré vous » m’énerve parfois. C’est entendu, nous mourrons tous en bonne santé…
Mais nous sommes entre non-fumeurs à cette table, il n’y a pas de fumeurs pour râler. Ha si, pardon, il y a Labo. Je ne l’ai pas oublié lui, j’avais oublié qu’il fumait. Parce que Labo, quand il se lève, ne dit jamais ce qu’il va faire et encore moins qu’il va fumer : il va chercher un coca, il va discuter ailleurs, il va fumer une cigarette, il va chercher autre chose. On ne le sait que lorsqu’il revient… Et entre chaque départ, il parle cuisine avec Marloute, nous écoute toute les deux parler d’écriture (journalistique ou pas), met son grain de sel. Mais surtout écoute encore, et observe puis part et revient encore…
Avec Marloute, nous discutons blog, de ce que j’écris en ce moment, de l’intervention de mes sœurs, de ma décision de fermer les commentaires sur certains de mes posts.
Ces échanges m’ont ragaillardie. S’ils n’étaient pas venus, je pense que j’aurais fini par fuir. Les plombs sautent, plusieurs fois. On crie, on rit, on chante « joyeux anniversaire » comme si un gâteau enflammé allait soudain apparaître. L’ambiance est bon enfant, les gens ont l’air d’être heureux, souriant, gentil. Je suis bien. Si bien que lorsque Marloute quitte les lieux pour rentrer chez elle, je me décide à me lever à mon tour et à traverser la salle pour voir si ailleurs les tables sont plus belles.
J’accoste près de celle du capitaine où voguent également Kozlika, Brol, Gilda, Pascal. La conversation est vive, enjouée, mais comme je ne sais absolument pas de quoi l’on parle, j’ai du mal à m’intéresser. Brol ne dit pas un mot non plus. Des anges passent, attirés par le sourire de Kozlika. Ils apportent aussi l’assiette du capitaine, une viande qui a de la gueule et des frites appétissantes. Cela ferait presque envie. Je me lance et je lui demande si sa viande est bonne. Pas terrible, dit-il en souriant. Mais il n’en donnerait pas un morceau à Brol qui fait mine de vouloir lui piquer son assiette. Le capitaine est affamé.
A la table voisine, tous les convives se sont levés pour aller griller leur cigarette, sauf un qui se retrouve, seul non-fumeur, abandonné. Nous l’invitons à notre table, lui tenir compagnie en attendant le retour de ses compagnons. il n'a rien d'un monstre malgré le nom de son blog (Some Kind of Monster). Nous nous faisons la conversation. De quoi parlons-nous ?Mais de blogs, bien entendu, du sien, du mien, de ce qu’on y écrit…
Et puis d’un coup, je n’ai plus envie. Ce n’est pas tant que je fatigue (même si, c’est vrai, je suis vraiment épuisée), mais l’effort est intense et j’ai envie de me réfugier dans ma maison. Je regarde Brol et lui demande si on peut partir. Quand tu veux répond-il. Alors nous nous levons, allons régler nos consommations. Et puis nous prenons le métro jusqu’à Barbes. Ensuite, à pied, jusqu’à la maison. L’air est vif. Je suis contente d’arriver.
Brol fait la connaissance du Nôm. Je lui montre les chambre et lui faire choisir son lit. Comme pour Boucle d’Or, il y en un petit, un moyen et un grand… Puis je branche l’ordinateur. Nous discutons, musique (tiens, il faut que j’aille écouter son morceau de rock russe) devant mes étagères à CD. Puis ordi, devant l’ordi. Et puis il part se coucher. Et je continue sur mon clavier et mon écran, expédier les affaires courantes, préparer mon cours de mardi à Tours. Puis bain, en compagnie d’Agatha Christie.C’est un des rares auteurs que j’arrive à lire sans problème en ce moment. C’est propre, bien fait, il n’y a pas d’émotion, pas d’enfants qui pleurent.
En allant au Paris Carnet, j’ai vu une famille avec de nombreux enfants métis. La plus jeune, une adorable petite chabine, sanglotait en hoquetant. J’en ai eu le cœur serré à en pleurer. Puis, comme tous les enfants de son âge, elle a oublié son chagrin et s’est mise à rire.
Je ne dormirai pas avant 3 heures du matin.

Pour les liens, voir la page du Paris Carnet

Commentaires

1. Le jeudi 3 janvier 2008, 17:37 par Valérie de Haute Savoie

Merci beaucoup Akinou de raconter cette soirée à l'Assassin. Je me suis souvent dit que si un jour je décidais d'aller à une de ces soirées, vraisemblablement juste avant d'entrer dans l'antre bloguesque je passerais mon chemin... trop timide ! Lire que je ne suis pas la seule me fait sourire et relativiser cette difficulté.
Ton récit est si vivant, qu'il me semble y avoir été.

2. Le jeudi 3 janvier 2008, 18:57 par Johann

Tu lis dans la transparence des gens.

3. Le jeudi 3 janvier 2008, 19:45 par Chondre

Heureux de t'avoir fait un bisou :)

4. Le jeudi 3 janvier 2008, 19:54 par caro

partage, partage, partage ...

ps : mince alors, l'assassin, drole de nom pour un bar... (ils doivent savoir que tu lis agatha christie dans ton bain)
gros smacks

5. Le jeudi 3 janvier 2008, 21:42 par Oxygène

De retour de Guadeloupe, il y a à peine deux heures.... A qui ai-je pensé pendant ce séjour ? A toi... à toi et encore à toi ! Bises.

6. Le jeudi 3 janvier 2008, 21:44 par saperli

eh bien, je pense que tu as bien fait d'y aller car tu as besoin de te changer les idées, et vaincre sa timidité, c'est courageux.

7. Le vendredi 4 janvier 2008, 01:17 par brol

Je t'attendais, évidemment, pour enfin te rencontrer. Mais tu aurais dû savoir qu'il te suffisait de me passer un coup de fil pour décommander l'hébergement !
Bref, tu as bien de la chance que je sois devant mon ordi chez moi, sinon tu aurais droit à mes gros zyeux !
Nonmé !
Pour le rock russe, il n'est actuellement pas en ligne mais je peux te faire un package ; actuellement, c'est du métal symphonique de toute beauté ;-)
Et... au fait... à charge de revanche si d'aventure tu pousses jusque par chez moi ;-)

8. Le vendredi 4 janvier 2008, 01:28 par gilda

Tu as bien fait de venir, tu sais.

9. Le vendredi 4 janvier 2008, 10:48 par Akynou

Brol : Mais c'est très bien que j'ai été obligée de venir.
Du métal symphonique... Je suis pas sûre d'être en état de me confronté à cette expérience ;-)

Valérie : Il faut y aller avec quelqu'un. Etre sûr d'avoir quelqu'un à qui parler, ça aide :-)

Chondre : moi zossi :-)

Caro : c'est un bar super sympa et à des prix tout à fait abordables surtout pour le soir. Le patron est adorable et les serveurs pas vilains de leur personne :-) Je suis contente de te lire à chaque fois que tu m'écris :-)

Oxygène : merci, j'ai aussi pensé à toi, là bas. J'aurais voulu y être pour te faire découvrir tous mes coins à moi. Tu as pu voir des chanté nwel ?

Saperli : ceux qui fréquentent le Paris Carnet sont nombreux mais à eux tous, ils ne sont pas très effrayants. J'ai des fantômes autrement plus durs à affronter ces derniers temps ;-)

Gilda : oui, je le sais. J'aurais d'ailleurs pu finir mon post sur cette phrase. Merci :-)

10. Le vendredi 4 janvier 2008, 11:59 par Clopine Trouillefou

Akynou, j'ai essayé aussi, dernièrement, de faire ce que j'appelle "traverser le miroir", d'aller vers certains internautes qui m'avaient touché au travers des mots. Le repas (c'était un midi) s'est bien passé, tout s'est bien passé en fait, il n'y a rien à dire, un peu comme ce que tu racontes, on essaie tous de surmonter le côté "emprunté" un peu de la chose. Mais depuis, je les ai tous perdus, tous ces internautes : au premier mot de ma part, l'une d'entre eux m'a rembarrée durement, un échange de photos et puis, pffft, plus un signe, et moi qui suis restée là, à me demander ce que j'avais bien pu faire de mal pour ne pas me dire que c'était juste "moi" qui ne collait pas. Trop vieille, trop grosse, trop pas en train de draguer, quoi.

Donc "tu as bien fait de venir", je ne sais pas si c'est approprié pour tous les traverseurs d'écran ?

Clopine, dubitative

11. Le vendredi 4 janvier 2008, 13:02 par Akynou

Clopine, je connais beaucoup d'Internautes. J'en rencontre beaucoup. J'aime bien. Bien sûr, il y a des déceptions, des rendez-vous sans lendemain. Mais pas plus pas moins que dans la vie courante... Certains de ces internautes rencontrés sont devenus des amis très proches. des vrais amis sur qui ont peu compter et qui sont présents dans l'amitié et les fêtes et aussi dans les ennuis. De plus c'est grâce à ces rencontres qu'une de mes soeurs a rencontré son il. Alors, il y a aussi de belles rencontres.

Comme dans la vie quoi :-)

12. Le vendredi 4 janvier 2008, 15:35 par tilly

Racontars ? Akynou ? Mais on se connait d'avant, d'il y a longtemps a La Passerelle ?
Je suis arrivee tot et je me suis vissee au fond d'ou je n'ai pas bouge'.... Tu disais que tu avais apercu des tetes familieres au fond ? Mouche ? elle etait assise a cote de moi ? Elle etait venue de Liege, et presque la seule que je (re)connaissais, avec Thomas, Charles, le Capitaine et Maitre Eolas, a qui je n'ai pas ose' parler...
C'est comme Marloute, je lui avais mis un petit comm sur son blog parce que je voulais parler avec elle du square des Batignolles, et j'ai meme pas eu le courage de la chercher.
(desolee pour les accents qui n'y sont pas, je suis au bureau sur un qwerty)

13. Le vendredi 4 janvier 2008, 16:25 par Akynou

Tilly, je t'ai vue moi :-) Je me souviens parfaitement de toi. La prochaine fois que je te vois et que je vois Marloute, je te présente :-)

J'ai vu Mouche aussi, mais au moment de partir.

14. Le vendredi 4 janvier 2008, 16:58 par brol

Pour le rock russe, c'est ici... ;-)

15. Le vendredi 4 janvier 2008, 22:00 par anita

Un moment que je n'étais pas venue chez toi-un chez toi drôlement beau d'ailleurs.
Du coup, je suis très touchée de ce que tu dis de ton histoire, comme chaque fois qu'il est question d'impossibilité à aimer paisiblement. Je te souhaite, du fond du coeur, que tout ceci se dénoue. Bises et embruns

16. Le samedi 5 janvier 2008, 01:09 par Vroumette

Tu sais, à défaut de n'avoir pu sautiller jusqu'à l'assassin, mes bises l'ont fait pour toi.

17. Le lundi 7 janvier 2008, 08:13 par Laurelin

Allez Akynou, je suis sûre que cette soirée t'a fait du bien :)

Clopine : Akynou a bien raison quand elle dit que c'est comme dans la vraie vie. Il y a des internautes que j'ai rencontré et c'était sans plus, mais il y en a d'autres qui sont venus fêter le nouvel an chez moi ;-)
Et pourtant, on est trop pas en train de draguer, trop pas en train d'étaler notre science, mais qu'est-ce que l'on rigole :D quelle que soit l'apparence de l'autre, parce que ce n'est pas ça qui compte :-)

18. Le mercredi 23 janvier 2008, 02:07 par rhp

@Akynou,

Un jour, une arraignée m'a narré une disussion qu'elle a eu avec une internaute an tan lontan...

l'internaute : -"La toile est un cocon, je l'image en couffin, où n'existent mirages, ni de lettres futiles"
l'Araignée : -"Apprends la soie fragile qui tisse cet ouvrage, et vois que tel ecrin peut faire belle prison"

Puis de fil en fil, dame araignée s'en est allée...