Un jour que j'étais à l'école (en tant que parent, je ne vous raconte pas mes souvenirs d'enfance, là), j'ai vu arriver tout une famille de sikhs, le papa, la maman, les deux sœurs et le petit frère. A l'école, comme il y a une classe de CLIN (pour les primo arrivant ne parlant pas un mot de français), des arrivées de gens différents, on en voit souvent. Ils viennent, envoyés par la mairie, inscrire leurs enfants à l'école. Car le tout premier réflex de ceux qui se réfugient chez nous, c'est d'amener leurs enfants à l'école libre, laïque, obligatoire et... gratuite.

Alors à peine installés, les bagages tout juste posés dans la chambre d'hôtel, ces parents-là courent à la mairie inscrire leurs enfants, et viennent ensuite en courant confirmer cette inscription chez Madame la Directrice. Ceux-là ne faisaient pas exception.

A quoi ai-je su qu'ils étaient sikhs. Au deux hommes de la familles. Le père arborait un magnifique turban et le fils, un tout petit qui enserrait juste sa natte. Les deux filles étaient vêtues de costumes d'emprunt, des tenues de garçons en opposition avec leurs longues tresses. Et la mère était en sari. Ils sont entrés dans le bureau de la directrice. Je suis repartie vers d'autres occupations. Et je l'es ai oubliés.

Sauf que Yadwinder était entré dans l'école et dans la classe d'une de mes filles. Yadwinder, un enfant long, aux traits fins, au cheveux jusqu'au creux des reins retenus d'un simple élastique et qui jouait au foot comme un garçon. Et pour cause, c'en était un. Je n'avais tout simplement pas reconnu le petit sikh à l'école entraperçu. Sans son mini turban (parce que vous comprenez, me diront plus tard ses parents, le règlement de la France, il faut le respecter).

En dehors de ses cheveux très long, Yadwinder est un gamin comme les autres. Turbulent, joueur, amusant, chahuteur. Peut-être un peu plus autonome que les autres quand il lui faut traverser en métro tout Paris pour venir à l'école. Et puis, souvent, les familles changent d'hôtel. On ne peut pas changer d'école à chaque fois.

Un soir, j'avais rendez-vous comme tous les parents, avec la maîtresse de ma fille pour le remise du bulletin scolaire. C'est une institution chez nous. A chaque trimestre, les instituteurs reçoivent tout le monde et ça dure... La famille qui me précédait était celle de Yadwinder. J'étais dans la pièce à côté et sans entendre ce qui se disait, je reconnu la voix du gamin qui manifestait son désaccord. Puis je le vis sortir en pleurant de rage, suivi de sa mère et d'une de ses soeurs, souriantes, elles...
Le lendemain, je demandais à ma fille :
« Il a des problème Yadwinder, en classe ?
– Yadwinder, t'es folle, c'est un des meilleurs.

Il n'était là que depuis six mois. A son arrivée, il ne parlait pas un mot de français. Quelques mois plus tard, il sautait une classe. S'il pleurait ce soir-là, c'était de ne pas y arriver plus vite.
Depuis il caracole en tête et fait un brillant CM2. J'ai appris qu'il en était de même pour ses deux grandes sœurs.

Seulement, leurs parents sont sans-papiers. Et vivent sous la menace réelle et sérieuse d'une expulsion qui pourrait se produire à tout moment.Leur parrain fait tourner une pétition. Dans son texte, il vous explique bien mieux que moi leur situation. Là bas, dans leur pays, les parents, mais aussi la fille aînée, ont connu la torture et ils risquent la mort, tout simplement. Ils veulent rester, ils ont les capacités de s'intégrer et de devenir des personnes de talent. Nous voulons les y aider. En signant et faisant à votre tour tourner la pétition, vous nous aiderez à les protéger.

Photos de famille
Photo Luc Pages