Lundi ibère

Carme, a longtemps été mon opéra préféré, sans doute parce que, petite fille, c’est celui qui me semblait le plus accessible. L’histoire était simple, forte, et l’héroïne avait quelque chose de fascinant pour une petite fille qui découvrait que la condition des femmes n’était pas franchement enviable. Comme le disait si bien mon père : « Fais ce que je te dis, ne dis pas ce que je te fais… »

Un de mes premiers CD acheté fut celui de Carmen chanté par La Callas. J’en ai écouté des versions très différentes. J’ai vu les trois Tragédies de Carmen de Peter Brook. Je me suis précipitée au cinéma quand Carmen Jones est enfin sorti en France, Bizet venant de tomber dans le domaine public (les héritiers jugeant cette adaptation trop loin de l’œuvre initiale, les couillons).


carmen jones 1

Je kiffe Dorothy Dandridge. Mais cet extrait là n’est pas mal non plus.


carmen jones 2

C’est également un des rares opéras dont je connais certains airs par cœur. J’étais même capable de les chanter (dans ma salle de bains uniquement et quand il pleuvait déjà, c’est une honte, je n’ai pas la voix qu’il faut pour ce type d’exercice). J’ai également vu le film, de Rosi avec du beau linge, Placido Domingo dans le rôle de Don José, Ruggero Raimondi dans celui d’Escamillo et Julia Migenes en Carmen plus minaudière que force et caractère. Plutôt fade et statique – un comble pour le cinéma –, même si les voix des deux hommes étaient superbes.
J’allais donc plutôt curieuse à cette première. Garnce aurait dû venir, mais elle était punie. J’vais donc une place à vendre et c’est aux Prosélytes Lyriques que je la proposais, sans trop de succès. Il n’y eu qu’un candidat qui se démis en faveur de son ami. Et c’est ainsi que je me retrouvais devant l’Opéra comique avec S., violoncelliste, presque plus intéressé par ce qui se passait dans la fosse (la direction d’orchestre de Gardiner – il faut dire, ce n’est pas rien) que sur scène. C’est juste un peu stressant d’allet écouter une œuvre avec un musicien. On a toujours peur de dire une connerie. Mais S. fut charmant et emballé. Comme moi.
D’habitude, j’aime beaucoup le premier acte, moins le reste et le personnage de Micaëla m’assomme, car elle est interprétée de façon bien mièvre (il faut dire que le rôle est fade face aux Bohémiennes). Je déteste José mais c’est le personnage qui veut ça (sauf Harry Bellafonte dans Carmen Jones) Et il y a des airs que je chéris particulièrement comme « Sur les ramparts de Séville, chez mon ami Lilla Pastia…»

Près des remparts de Séville (Antonacci/Kaufmann, ROH 2006)

Cela dit, cela faisait un paquet de temps que je n’avais pas écouté Carmen. Eh bien, j’ai pris une bonne claque.

Tout d’abord, hommage à sir John Elliot Gardiner. Sa direction fut impériale. Il a rendu hommage à la musique de Bizet, préservant son charme, sa spontanéïté, sa joie et sa tristesse. Pas de pompe, mais de la nuance, de la subtilité et pour tout dire de la vie t « des cojones ». Quand on lui fait remarquer que sa Carmen met l’accent la sensualité du personnage, il répond : « Oui, c’est oppressant, étouffant et provocant. Venez en maillot de bain ! »
La mise en scène est elle aussi dépouillée du folklore ibérique qui était parfois pesant. Bien, sûr, cela se passe en Espagne, à Séville, ville encore sous influence maure. Et les cigarettières sont bien légèrement vêtues. Mais le décor est sobre. Les mouvements de foules sont formisablement orchestrés, parfois comme dans un ralenti qui donne le vertige. Les différents personnages n’en font pas des caisses et restent au plus près de leur vérité. Et le chœur, mon Dieu le chœur, ha quel chœur ! Des voix sublimes, une musicalité fantastique, un jeu de scène époustouflant,  ça danse, ça chante, ça joue, dans un bel ensemble et avec un bel allant. On se croirait presque dans une comédie musicale à Broadway. Moi qui ne connaissait que les chœurs de Bastille, un peu plan plan il faut dire et pas toujours justes, ceux là, misère ! quelle santé ! Quant à leur diction, elle est impeccable, on se passe aisément des sou-titre.
Ce qui n’est pas toujours le cas de Don José, que le français visiblement embarrasse. Le ténor américain Andrew Richards ne fut pas toujours à l’aise dans les deux premiers actes. Mais quel beau Don José. Il n’est pas ce benêt que Carmen mène en bateau. Il est un homme passionné, dont la Gitane tombe vraiment amoureuse, même si elle finit par se lasser de sa jalousie morbide. Et dès que le désespoir s’empare de lui, tout bascule. Il devient réellement fou. Il y a un moment, presque imperceptible, dans la scène finale, à l’instant où il se rend compte que non, décidément, Carmen ne le suivra pas, sa main, près de son oreille, a un geste saccadé. La douleur même. Cette main à elle seule est le hurlement muet de l’homme blessé à mort. Et tout le reste est à l’avenant. Wow !
Et moi qui n’aimait pas Micaëla, qui la trouvait mièvre et insignifiante, gnan-gnan (elle ne figure pas dans l’œuvre originale de Mérimée, elle fut ajoutée par Bizet pour contenter les canons moraux de l’époque), l’interprétation d’Anne Catherine Gillet m’a fait changer d’avis. Quelle belle voix, quelle belle âme, quelle force pour cette fragile jeune fille. Elle n’a pas à reougir devant Carmen. Elle est belle, amoureuse, passionnée, courageuse et tout ceci grâce à la magie de la voix de la jeune cantatrice.

Et puis il y a Carmen, Anna Caterina Antonacci, sublime. C’est un rôle qu’elle connaît, puisqu’elle le chante depuis 1998. Et visiblement, c’est un personnage qu’elle aime. Pas de minauderie, ni dans le jeu ni dans la voix. De la fierté, de la joie, de la force, de la violence, de l’amour, de la dureté, de la sensibilité. Elle est cette femme totale et elle chante totalement. Non seulement elle chante, mais elle joue, elle danse. UN abattage digne des plus grande meneuse de revue. Et une diction du français impeccable. Putain ! (pardon) quelle nana ! Il y a si peu d’héroïne qui assume ainsi leur vie, leur mort, leur liberté, leur féminité, surtout de cette époque. Et La Antonacci lui rend enfin justice. J’ajoute que c’est une femme mangifique à presque 50 ans.

Bref, je suis fan, totalement fan. Je voudrais y retourner (trois heures pourtant mais qui passent si vite). Mais pas la peine, tout est plein. Mais l’Opéra Comique a lancé une opération spéciale, pour le soir du 25 juin. Le spectacle sera retransmis dans 45 salles de cinémas françaises et suisse dont on peut consulter la liste sur le site. Dommage, il n’y a rien à Tours. Sans cela j’y aurais été en courant !


Commentaires

1. Le mercredi 17 juin 2009, 18:56 par julio

Je suis épaté pars ton reportage sur Carmen !
J’ai treize cousine et une sœur elle son très différente les une des autres, mais ce sont des Carmen en puissance. Quand elle sorte les griffes vaux mieux se tenir a distance ! Se sont des femmes passionné et indépendante et des caractères très fort comme na mère quoi !
Par contre je dois dire que les auteur de la nouvelle et de l’opéra on fait une subtile mélange de plusieurs femmes de ma terre et universelle, même si les non espagnole ne le voie pas. Les andalouse gitanes sont de très belle femmes mais elles sont effacé bien plus discrète que Carmen les hommes andalou sont encore proche de la mentalité arabe. Carmen ressemble a la sauvageonne andalouse elle a un caractère de castillane par sa fierté et un esprit Indépendant et volontariste comme une femme de l’atlantique du nord.
Vraiment très beau tes reportages, mais plus sincère félicitation ! A quand un reportage sur l’homme espagnol sa fierté, sont travail acharné sa passion cette soif d’amour qui lui colle a la peau !

2. Le mercredi 17 juin 2009, 20:41 par Akynou

Ha ben merci Julio. En écrivant ce truc, je pensais à ce que tu avais écrit sur mon post précédent et je me demandais si tu allais apprécier. No sabia si te gustara la historia de Carmen. Al siglo 19, Espana parecia muy exotica a los intelectuales, que sean musicos o escritores.

3. Le dimanche 21 juin 2009, 02:32 par Joël

J'ai depuis longtemps une place pour la représentation de lundi prochain. J'ai hâte de voir Anna Caterina Antonacci dans ce rôle et ton billet me donne encore plus envie d'y aller. (Depuis le premier opéra que j'ai vu il y a six ans, j'essaie de ne pas la manquer quand elle chante à Paris. En plus, cela fait une occasion de réentendre le chœur d'enfants Sotto Voce...)

4. Le lundi 22 juin 2009, 00:02 par Akynou

ça va être super et je suis sûre que tu vas prendre beaucoup de plaisir à ce spectacle :-)

5. Le mardi 23 juin 2009, 14:23 par Joël

En effet. Comme c'était bien ! J'ai aussi été très impressionné par Anne-Catherine Gillet.